Colombie
La victoire d’Uribe remise en perspective
par Gary Leech
Article publié le 7 juin 2006

Après la victoire électorale du président Alvaro Uribe la semaine dernière [28 mai 2006] avec 62% des voix, ses supporters et bon nombre d’analystes ont commencé àparler àtour de bras de « mandat  » et de « vote de confiance  ». Si Uribe a clairement remporté l’élection, ce qui a été totalement perdu de vue dans tout ce tapage, dont l’argument selon lequel il a stoppé àlui tout seul le virage àgauche de l’Amérique latine, c’est le fait qu’il a en réalité reçu le mandat électoral le plus faible jamais accordé àun dirigeant sud-américain ces dernières années. Seuls 45% des électeurs colombiens ont pris la peine d’aller voter, ce qui signifie donc que les 62% qui ont donné leur voix àUribe ne représentent que 27% des électeurs ayant choisi de réélire le président du pays. Ce chiffre est bien maigre en comparaison avec le pourcentage d’électeurs ayant voté pour les candidats sortis vainqueurs dans d’autres élections présidentielles récemment en Amérique du Sud.

Alors que des médias tels que le Christian Science Monitor déclaraient que les Colombiens « Ã©taient allés voter pour lui avec plaisir  », la réalité est que seule une petite minorité a donné sa voix àUribe. Le président colombien a recueilli seulement 27% des voix du pays, alors que d’autres vainqueurs au premier tour lors d’élections récentes tenues dans la région ont fait significativement mieux. Par exemple, 42% des électeurs boliviens ont voté pour Evo Morales en 2005, et 46% des Uruguayens avaient soutenu Tabaré Vazquez un an plus tôt. En 2004, 42% des électeurs vénézuéliens avaient soutenu le président Hugo Chávez lors du référendum révocatoire.

On peut faire les mêmes commentaires au sujet d’élections qui ont fait l’objet d’un second tour. Michèle Bachelet est sortie victorieuse des urnes en janvier dernier avec 47% des électeurs chiliens exprimant leur voix en faveur de la première présidente du pays. Pareillement au Brésil en 2002, Inácio Lula da Silva avait remporté les élections au second tour avec 46% des voix. En fait, le seul candidat présidentiel en Amérique du Sud àavoir reçu un aussi faible pourcentage de voix qu’Uribe la semaine dernière, c’était Uribe lui-même il y a quatre ans. En 2002, seuls 24% des électeurs colombiens avaient soutenu l’allié le plus proche de Washington dans la région.

Malgré le fait que tous les présidents de centre-gauche en Amérique du Sud aient été élus avec un soutien significativement plus populaire qu’Uribe, aux yeux de nombreux analystes, il semble que la Colombie soit la seule àavoir une démocratie qui fonctionne. Comme le commentait Investors Business Daily après la victoire d’Uribe la semaine dernière, « la réélection d’Alvaro Uribe ne contredit pas seulement l’opinion communément admise sur le rejet par les électeurs latinos du libre marché, mais est aussi la preuve que la démocratie existe au sud de notre frontière  ».

A ce qu’il semble, aux yeux de la droite et de l’Amérique des affaires, une élection - et par extension un pays - ne peut être considérée démocratique que lorsque c’est leur candidat qui gagne. Et dans le cas de l’Amérique du Sud, seul leur candidat de Colombie est considéré comme ayant reçu un fort mandat électoral même si la plupart des présidents de centre gauche de la région ont reçu 20% de votes de plus qu’Uribe.

Source : Colombia Journal (http://www.colombiajournal.org/), 2 juin 2006.

Traduction : Isabelle Dos Reis, pour le RISAL http://www.risal.collectifs.net/).

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