Quel avenir pour la ZL√‰A ? : perspective mexicaine
par Christine Fréchette
Article publiť le 29 juin 2006

L’importance qu’a pris le secteur des exportations dans l’√©conomie mexicaine au cours des quinze derni√®res ann√©es est ph√©nom√©nale. En ce sens, il n’est pas √©tonnant que le Mexique se soit fait le promoteur de la cr√©ation d’une Zone de libre-√©change des Am√©riques (ZL√‰A) lors du IV√®me Sommet des Am√©riques tenu en novembre 2005 en Argentine. N√©anmoins, l’int√©r√™t du Mexique aurait peut-√™tre √©t√© mieux servi si le pr√©sident Vicente Fox s’√©tait propos√© comme m√©diateur entre les promoteurs et les pourfendeurs du projet de lib√©ralisation commerciale. Il n’aura finalement r√©ussi qu’√ se mettre √ dos une part du monde politique latinoam√©ricain. Consid√©rant l’√©chec des n√©gociations entourant la ZL√‰A √ ce Sommet, que peut-on attendre de l’attitude mexicaine quant √ l’avenir des n√©gociations commerciales interam√©ricaines ? En ce domaine, consid√©rant la tenue prochaine des √©lections pr√©sidentielles, l’actuel pr√©sident Vicente Fox fait d√©j√ partie de l’histoire. C’est pourquoi nous esquisserons quelques sc√©narios d’avenir √ partir des profils des principaux candidats de la course √ la pr√©sidence.

Le Mexique : nouveau g√©ant de l’exportation

Le Mexique a fait sa marque au cours des derni√®res ann√©es sur le plan du commerce et particuli√®rement dans le domaine des exportations. Le Mexique constitue dor√©navant la huiti√®me puissance commerciale de la plan√®te et la premi√®re en Am√©rique latine. Il compte pour 44% des exportations de l’Am√©rique latine et 49% des importations de la r√©gion. De fait, le Mexique exporte davantage que le Br√©sil, l’Argentine, le Chili et le Venezuela r√©unis.

Cette part importante des √©changes commerciaux internationaux d√©tenue par le Mexique r√©sulte du fait qu’il a sign√© au fil des derni√®res ann√©es de
nombreux accords de lib√©ralisation commerciale. Le rythme des signatures a √©t√© tel au cours des quinze derni√®res ann√©es que m√™me les gens d’affaires mexicains ont demand√© au gouvernement de ralentir la cadence du fait qu’ils peinaient √ la suivre.

Entre 1993 et 2000, le Mexique a tout simplement quadrupl√© le niveau de ses exportations. Ces donn√©es prennent un sens politique diff√©rent lorsque l’on constate le haut niveau de concentration de ces exportations dans le march√© am√©ricain. En effet, malgr√© le nombre √©lev√© d’ententes bilat√©rales et multilat√©rales de lib√©ralisation des √©changes, les exportations mexicaines sont destin√©es √ pr√®s de 89% au march√© am√©ricain, pour l’ann√©e 2003. En comparaison, l’Union europ√©enne (UE) est le lieu de destination de 3.4% des exportations mexicaines tandis que le Canada n’accapare que 1.7% des exportations mexicaines.

Ainsi, c’est en vue de diversifier ses march√©s d’exportation que le Mexique a soutenu le projet de cr√©ation d’une ZL√‰A au cours des derni√®res ann√©es. Selon l’administration mexicaine, une telle entente permettrait au Mexique de b√©n√©ficier d’un acc√®s privil√©gi√© √ 22 nouveaux pays, parmi les 35 que comptent les Am√©riques.

Un Sommet des Amériques houleux

Lors du quatri√®me Sommet des Am√©riques qui s’est tenu √ Mar del Plata, en novembre 2005, le th√®me de la cr√©ation d’une zone commerciale interam√©ricaine avait √©t√© mis de c√īt√©, du fait de l’impasse qui caract√©risait les n√©gociations entourant ce projet. N√©anmoins, un certain nombre de pays, dont le Mexique, le Canada et les √‰tats-Unis, ont vainement tent√© de convaincre les dirigeants r√©fractaires √ ce projet lors du Sommet. Cela cadrait avec l’approche adopt√©e ces derni√®res ann√©es par les gouvernements mexicains, de m√™me qu’avec l’opinion de la population mexicaine √ l’√©gard d’une possible int√©gration √©conomique avec l’Am√©rique latine. Selon l’organisme Latinobarom√©tro, qui prend r√©guli√®rement le pouls des populations latinoam√©ricaines sur des questions politiques et √©conomiques, c’est en effet au Mexique que l’on retrouve le plus haut niveau de soutien de la population √ l’id√©e d’entamer un processus d’int√©gration √©conomique avec l’Am√©rique latine. Pas moins de 92% des Mexicains sont en accord avec cette id√©e.

En ce sens, il n’est pas √©tonnant que le pr√©sident Fox ait √©t√© un fervent promoteur du projet de ZL√‰A. Toutefois, la ferveur avec laquelle il a promu cette id√©e lors du Sommet des Am√©riques a sembl√© en choquer plus d’un, √ tel point que de vives tensions ont √©clat√© avec le Venezuela et l’Argentine.

Tout d’abord, en r√©action √ l’attitude affich√©e par le pr√©sident Fox, le pr√©sident v√©n√©zu√©lien Hugo Chavez a accus√© Vicente Fox de s’√™tre comport√© en ¬« chiot ¬ » des √‰tats-Unis durant le sommet. Pour appuyer ses dires, Chavez a diffus√© sur une cha√ģne de t√©l√©vision v√©n√©zu√©lienne des s√©quences de discussions qui se d√©roulaient √ huis clos et o√Ļ l’on voyait notamment le pr√©sident mexicain promouvoir la ZL√‰A.

Le pr√©sident Fox a exig√© des excuses du pr√©sident Chavez, ce √ quoi ce dernier s’est refus√©. Il s’en est suivi un retrait de l’ambassadeur mexicain au Venezuela, de m√™me qu’un retrait de l’ambassadeur v√©n√©zu√©lien au Mexique. Ainsi, les canaux diplomatiques sont coup√©s depuis lors et leur r√©tablissement pourrait fort bien tarder, consid√©rant l’impasse dans laquelle sont engag√©es les relations mexicanov√©n√©zu√©liennes.

Le pr√©sident mexicain s’est par ailleurs permis de critiquer l’h√īte du Sommet, le pr√©sident argentin Nestor Kirchner, en laissant entendre que ce dernier avait √©chou√© dans son r√īle d’h√īte, du fait qu’il n’√©tait pas demeur√© neutre durant les discussions entourant la ZL√‰A. Selon le pr√©sident Fox, Kirchner aurait d√ » √©viter de prendre partie durant les discussions entourant cette proposition, plut√īt que de joindre le camp des pourfendeurs de ce projet. Selon Fox, le mandat de Kirchner consistait √ se placer au dessus de la m√™l√©e et √ favoriser l’atteinte d’un consensus.

Fox a √©galement d√©clar√© que Kirchner s’√©tait montr√© oppos√© √ la ZL√‰A simplement pour √™tre populaire aupr√®s des Argentins. Le pr√©sident argentin a clos l’√©pisode en invitant Fox √ s’occuper des Mexicains, tout en le priant de lui laisser la responsabilit√© de s’occuper des Argentins.

En somme, ce Sommet des Am√©riques ne s’est pas av√©r√© tr√®s glorieux pour ce qui concerne les relations entre le Mexique et deux de ses principaux partenaires sud-am√©ricains. De retour au Mexique, Fox a d√ » essuyer les critiques des partis d’opposition et de plusieurs commentateurs politiques qui le bl√Ęmaient d’avoir eu l’air de faire la ¬« job sale ¬ » pour le pr√©sident Bush lors du Sommet. Certains ont avanc√© qu’il avait sembl√© mettre de l’avant les
int√©r√™ts des √‰tats-Unis avant ceux du Mexique, alors que d’autres ont pr√©tendu qu’il avait donn√© un appui aussi marqu√© au voisin am√©ricain uniquement pour tenter de soutirer un accord avec les √‰tats-Unis sur la question migratoire.

Une belle occasion manquée

Quoi qu’il en soit, il aurait √©t√© opportun que le Mexique tente plut√īt de jouer la carte de la m√©diation entre les deux camps qui se sont affront√©s √ Mar del Plata : les partenaires de l’AL√‰NA et le groupe des pays latinoam√©ricains. Le Mexique aurait en effet pu tenter de mettre √ profit sa double appartenance, pour tenter de rapprocher les deux groupes [1]. Dans cette perspective, il aurait √©t√© int√©ressant, par exemple, que le Mexique propose d’associer la cr√©ation d’un fonds d’investissement au projet de zone commerciale interam√©ricaine. Cela aurait permis de sortir le d√©bat entourant la ZL√‰A du cadre restreint √©tabli par les n√©gociateurs commerciaux et aurait probablement suscit√© un rapprochement entre les deux parties. Une telle approche aurait en effet suscit√© l’int√©r√™t du duo Chavez-Kirchner - ces derniers pr√īnant la cr√©ation d’un tel fonds d’investissement - tout en suscitant l’int√©r√™t des populations mexicaines et, plus largement, latino-am√©ricaines.

Cela aurait par ailleurs √©t√© coh√©rent avec la position mexicaine, puisque le pr√©sident mexicain a lui-m√™me d√©fendu cette id√©e √ l’√©chelle nord-am√©ricaine au d√©but de son mandat pr√©sidentiel. En effet, d√®s sa premi√®re visite aux √‰tats-Unis et au Canada, √ l’√©t√© 2000, le pr√©sident mexicain avait mis de l’avant une proposition de cr√©ation d’un fonds d’investissement nord-am√©ricain, inspir√© de l’exp√©rience des fonds de coh√©sion europ√©ens. C’est un tel fonds qui a permis √ quatre pays d’Europe, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et la Gr√®ce, qui accusaient un retard sur le plan √©conomique, de diminuer significativement, voire d’abolir l’√©cart qui les s√©parait des autres membres de l’Union europ√©enne (UE).

Le pr√©sident mexicain a plut√īt choisi de se pr√©senter comme un des promoteurs les plus convaincus de la ZL√‰A, abdiquant ainsi tout pouvoir de n√©gociation concernant les am√©nagements qui auraient pu √™tre apport√©s √ ce projet.

L’√©chec des n√©gociations de la ZL√‰A : √ qui la faute ?

Les √‰tats-Unis et le Canada ont eux-m√™mes pos√© les bases de l’√©chec des n√©gociations de la ZL√‰A, en ne parvenant pas √ faire du Mexique un pays o√Ļ il fait mieux vivre gr√Ęce √ l’AL√‰NA. Rappelons que l’AL√‰NA constituait le premier accord de lib√©ralisation des √©changes r√©unissant un pays en d√©veloppement et des pays d√©velopp√©s. Aveugl√©s par leur foi dans les capacit√©s du libre-√©change √ relever le niveau de d√©veloppement du Mexique, les gouvernements n’ont pas cru n√©cessaire de pr√©voir des mesures d’accompagnement susceptibles d’amortir l’impact de la lib√©ralisation sur les secteurs les plus faibles et les plus √ risque au Mexique.

Or, au terme d’une d√©cennie de libre-√©change, les statistiques montrent que la cr√©ation d’emplois n’a pas suivi le rythme des exportations, que la migration des Mexicains vers les √‰tats-Unis va croissant, malgr√© le niveau de danger accru, et que les salaires r√©els mexicains, selon le Carnegie Endowment, sont moindres qu’avant la mise en oeuvre de l’accord [2].

Si le Canada et les √‰tats-Unis avaient convenu de cr√©er un fonds d’investissement nord-am√©ricain, nous aurions probablement pu assister √ une r√©duction significative de l’√©cart de d√©veloppement entre le Mexique et ses partenaires du nord, comme ce fut le cas pour l’UE. L’image de l’AL√‰NA, et par extension celle de la ZL√‰A, aurait d√®s lors √©t√© beaucoup plus positive, au Mexique tout comme au sein des pays latino-am√©ricains. Mais pour en arriver l√ , il aurait fallu que le Canada et les √‰tats-Unis voient le Mexique comme un v√©ritable partenaire au potentiel inexploit√©, plut√īt que comme une simple plate-forme de production de produits d’exportation destin√©s au nord.

Faute de mesures de soutien √©conomique ad√©quates, l’AL√‰NA n’est parvenu qu’√ s’attirer les critiques virulentes des travailleurs mexicains et la ZL√‰A n’a r√©ussi qu’√ soulever les craintes des populations, rassemblant des milliers de manifestants latino-am√©ricains dans les rues. En somme, en refusant de pr√©voir des mesures pour pallier aux difficult√©s que rencontre un pays en d√©veloppement √ s’adapter au libre-√©change avec des pays industrialis√©s, le Canada et les √‰tats-Unis ont eux-m√™mes contribu√© √ forger une image n√©gative des accords de libre-√©change, creusant ainsi la tombe de la ZL√‰A. Pendant ce temps, l’UE r√©ussissait √ rallier l’appui de 81% des Europ√©ens de l’Est quand ils se sont prononc√©s par r√©f√©rendum sur l’opportunit√© pour leur pays de joindre l’union.

Est-ce simplement d√ » au fait que le Mexique aurait mal n√©goci√© l’AL√‰NA ? Non, car il √©tait de l’int√©r√™t des trois partenaires de jeter les bases d’une v√©ritable r√©gion nord-am√©ricaine au lieu de se contenter de d√©fendre leurs priorit√©s nationales respectives. Mais, pour ce faire, il aurait fallu que les √‰tats-Unis et le Canada veuillent, √ terme, faire du Mexique un v√©ritable moteur √©conomique et non pas seulement une simple extension de leurs √©conomies propres.

√€ cet √©gard, l’AL√‰NA constituait en quelque sorte un projet pilote pour ce qui a trait √ la cr√©ation d’une zone de libre-√©change entre des pays fortement industrialis√©s et un pays en d√©veloppement. Or, ce projet pilote n’a pas su d√©montrer que l’AL√‰NA avait permis au Mexique de quitter le camp des pays en d√©veloppement pour entrer dans celui de ses partenaires du nord. Certes, en termes d’exportations et d’importations, le Mexique est entr√© dans la dynamique nord-am√©ricaine, mais il demeure dans le camp latino-am√©ricain lorsque vient le temps de classer le pays selon son niveau de d√©veloppement.

Quelques sc√©narios de ¬« politique-fiction ¬ » mexicaine

√€ l’avenir, quelle position le Mexique pourrait-il prendre en regard des questions commerciales interam√©ricaines ? Qui souhaite sp√©culer sur l’avenir des n√©gociations commerciales interam√©ricaines d’un point de vue mexicain devra passer outre les opinions du pr√©sident Fox. En cette mati√®re, le pr√©sident mexicain fait d√©j√ partie de l’histoire, puisque la rencontre en Argentine constituait sa derni√®re participation aux Sommets interam√©ricains. La constitution
mexicaine interdisant la r√©√©lection, un nouveau pr√©sident sera √©lu en juillet 2006. Tournons-nous donc vers les principaux candidats en lice pour tenter de sp√©culer sur l’avenir des n√©gociations commerciales interam√©ricaines du point de vue du Mexique.

Le 2 juillet 2006, les √©lecteurs mexicains √©liront un nouveau pr√©sident qui √©manera fort probablement de l’un des trois principaux partis politiques, soit le Parti action nationale (PAN), le Parti r√©volutionnaire institutionnel (PRI) ou le Parti de la r√©volution d√©mocratique (PRD). Apr√®s avoir pr√©sent√© bri√®vement les profils des candidats de chacun de ces trois partis, nous tenterons d’esquisser ce qui pourrait caract√©riser leur approche en ce qui concerne les relations commerciales interam√©ricaines.

Une lutte serrée

Le PAN est le parti de l’actuel pr√©sident mexicain. D’id√©ologie plut√īt conservatrice, ce parti est actuellement en troisi√®me position dans les intentions de vote [3], mais il n’est pas tr√®s loin derri√®re les principaux meneurs. Leur candidat, l’ex-ministre de l’√©nergie, Felipe Calder√≥n, recueillait en effet 28% des intentions de votes en novembre 2005. Calder√≥n ayant √©t√© ministre de l’actuel gouvernement au pouvoir, il repr√©sente donc le candidat de la continuit√©.
L’ouverture √ l’√©gard d’un projet de ZL√‰A devrait donc se maintenir si le PAN r√©ussissait √ conserver le pouvoir durant un second mandat.

Le PRI, qui a domin√© le syst√®me politique mexicain pendant 71 ans, est repr√©sent√© dans cette course par Roberto Madrazo, ex gouverneur de l’√‰tat de Tabasco. Celui-ci b√©n√©ficiait, en novembre 2005, de 30% des intentions de vote. Plus ambigu sur le plan id√©ologique, ce parti se pr√©sente comme le d√©fenseur des id√©aux patriotique et r√©volutionnaire de Benito Juarez et d’Emiliano Zapata. Au-del√ du discours nationaliste, le PRI, lorsqu’il √©tait au pouvoir, avait sign√© plusieurs accords de lib√©ralisation commerciale.

C’est ainsi que l’AL√‰NA avait √©t√© sign√© par le pr√©sident priiste Carlos Salinas de Gortari. Le PRI est √©galement √ l’origine de la signature des accords de lib√©ralisation commerciale avec le Costa Rica, la Bolivie, le Nicaragua, le Chili, l’UE, ainsi qu’avec la Colombie et le Venezuela, dans le cadre du G3. Dans cette perspective, malgr√© les critiques du PRI quant √ la prestation de Fox au Sommet des Am√©riques, il ne serait pas √©tonnant de voir ce parti ranimer le projet de ZL√‰A s’il revenait au pouvoir.

Le PRD, quant √ lui, est le parti qui occupe la gauche sur l’√©chiquier politique mexicain. Son candidat, Andr√©s Manuel Lopez Obrador (AMLO), est un singulier et charismatique personnage de la sc√®ne politique. Ex-chef du gouvernement du district f√©d√©ral (DF), il est le candidat qui, pour le moment, recueille le plus d’appuis au sein de la population, bien qu’il ait perdu de son avance ces derniers mois. Bon premier dans les sondages, AMLO recueillait 45% des intentions de vote en ao√ »t 2005, mais ce taux √©tait descendu √ 35% en novembre dernier.

Les options envisageables

Diff√©rentes options s’offrent au Mexique en ce qui concerne l’avenir de ses relations commerciales au sein des Am√©riques. Passons en revue ces principales parmi elles pour tenter de d√©celer les orientations que pourrait prendre le prochain gouvernement mexicain.

Option 1 : n√©gocier une ZL√‰A sans le MERCOSUR

Rappelons que, lors du Sommet des Am√©riques, pas moins de 29 pays sur les 34 pays pr√©sents se sont montr√©s ouverts √ l’id√©e de cr√©er une ZL√‰A.
Le Mexique, de pair avec le camp des ¬« pro- ZL√‰A ¬ », pourrait ainsi d√©cider d’aller de l’avant avec la signature d’une ZL√‰A √ 29. Cette option pourrait √™tre envisag√©e, surtout si le PAN r√©ussissait √ se maintenir au pouvoir et si les alli√©s du Mexique optaient pour cette option √©galement.

Les cinq pays r√©fractaires √ la ZL√‰A p√®sent toutefois d’un poids tr√®s lourd dans la balance, puisqu’il s’agit des membres du MERCOSUR soit, le Br√©sil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela, qui en est devenu membre √ part enti√®re en d√©cembre 2005.

Une entente √ 29 permettrait non seulement de ranimer la ZL√‰A, mais √©galement de revenir √ la formule qui pr√©valait avant la rencontre de Miami o√Ļ, √ la demande du Br√©sil, la ZL√‰A avait √©t√© r√©duite √ sa plus simple expression. Ainsi, une entente √ 29 permettrait d’inclure √ nouveau des obligations contraignantes dans le domaine des services, de la propri√©t√© intellectuelle, des investissements et de l’acc√®s aux march√©s publics, en plus d’obligations fermes concernant la r√©duction des barri√®res tarifaires et non tarifaires.

L’envers de la m√©daille r√©side dans le fait qu’une telle initiative cristalliserait l’image d’un continent latino-am√©ricain divis√©, scind√© en deux, non seulement sur plan √©conomique, mais fort probablement sur le plan politique √©galement. Une telle d√©marche serait √©galement vue comme un r√©el affront par les pays membres du MERCOSUR qui se retrouveraient isol√©s.

Option 2 : poursuivre la signature d’ententes commerciales bilat√©rales

Bien que la signature d’ententes de lib√©ralisation commerciale bilat√©rales ait √ ce jour entra√ģn√© des retomb√©es commerciales fort limit√©es, en comparaison de celles d√©coulant de l’AL√‰NA, le Mexique pourrait envisager de poursuivre sur cette voie au cours des prochaines ann√©es et ce, peu importe le candidat qui serait √©lu √ la pr√©sidence. De telles ententes plaisent en effet √ la communaut√© d’affaires et permettent de compenser partiellement l’absence de ZL√‰A, en ouvrant de nouveaux march√©s d’exportation. Elles permettent finalement de consolider les liens politiques du Mexique avec plusieurs de ses partenaires dans les Am√©riques.

Option 3 : devenir membre √ part enti√®re du MERCOSUR

En vue de compenser l’absence de ZL√‰A, le Mexique pourrait √©galement opter pour un statut de membre √ part enti√®re du MERCOSUR, alors qu’il n’est actuellement que membre associ√© du MERCOSUR depuis un peu plus d’un an. Cela donnerait au Mexique l’avantage consid√©rable d’√™tre √ la fois membre de l’AL√‰NA et du MERCOSUR, ce qui en ferait la plaque tournante par excellence √ l’int√©rieur des trois Am√©riques. Pour y parvenir toutefois, le
Mexique devrait tout d’abord obtenir l’accord des membres du MERCOSUR dont les r√®gles interdisent pour l’heure la double appartenance √ des blocs √©conomiques r√©gionaux.

Les trois principaux partis politiques mexicains pourraient √™tre int√©ress√©s √ adopter une telle strat√©gie, du fait des retomb√©es √©conomique et politique qu’elle pourrait g√©n√©rer. N√©anmoins, consid√©rant que le MERCOSUR est actuellement men√© par un groupe de pr√©sidents qui se situent √ gauche sur l’√©chiquier politique, il ne serait pas √©tonnant si une telle strat√©gie √©tait plus rapidement mise en oeuvre si AMLO √©tait √©lu √ la pr√©sidence. Les convergences de vue politique entre AMLO et Lula, Kirshner et Chavez pourraient en effet acc√©l√©rer les pourparlers en vue d’une adh√©sion pleine et enti√®re du Mexique au MERCOSUR.

Quoi qu’il en soit...

Peu importe les strat√©gies qui seront mises de l’avant par le prochain pr√©sident mexicain, il ne faut pas oublier que l’appartenance du Mexique √ l’AL√‰NA demeurera au coeur des priorit√©s du prochain gouvernement. De fait, l’importance des flux commerciaux que cette r√©gion g√©n√®re, tout comme la pr√©sence de millions d’immigrants d’origine mexicaine au nord de la fronti√®re maintiendront l’Am√©rique du Nord en t√™te de liste des zones d’int√©r√™t strat√©gique du Mexique. Il s’agit l√ d’une r√©alit√© dont aucun parti politique ne pourra faire abstraction.

Notes :

[1Certains pays latino-am√©ricains consid√®rent toutefois que le Mexique a tourn√© le dos √ l’Am√©rique du Sud depuis qu’il a ¬« choisi le camp du nord ¬ » par suite de son adh√©sion √ l’AL√‰NA.

[2Le Carnegie Endowment indique dans son rapport intitul√© ¬« NAFTA’s Promise and Reality ¬ » que les emplois cr√©√©s dans le secteur manufacturier mexicain ont √ peine compens√© pour les pertes d’emplois dans le secteur agricole.

[3[NDLR] Depuis la rédaction de ce texte, Felipe Calderón est donné second et même premier dans certains sondages.

Source : La Chronique des Am√©riques, janvier 2006, n¬°1, Observatoire des Am√©riques (www.ameriques.uqam.ca), Universit√© du Qu√©bec √ Montr√©al (UQAM).

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