La quatrième déroute du néolibéralisme en Bolivie
par Luis Tapia
Article publi le 1er août 2005

Le long cycle de crise politique que vit actuellement la Bolivie au sein de l’Etat et du bloc politique dominant exprime également une crise du modèle néolibéral. Cependant, cette crise ne signifie pas que le modèle ne fonctionne plus en tant que fondement de l’organisation de l’économie bolivienne ou que les membres de ce bloc dominant ne gouvernent plus. La crise a produit une absence de consensus et de stabilité pour ce bloc et pour son projet.

Jusqu’en octobre 2003 [1], le dogmatisme néolibéral en personne était  la tête du gouvernement [2]. La position était de ne pas négocier et de ne rien réformer ; il s’agissait plutôt de radicaliser le modèle, qui combinait privatisation et exportation, avec la vente du gaz vers les Etats-Unis, en passant par le Chili. Pour soutenir ce projet, on avait eu recours  un système de répression policière et militaire contre les secteurs critiques.

Les mobilisations populaires ont eu raison de cette facette dogmatique du néolibéralisme incarnée par Sánchez de Lozada, qui représentait pour sa part le visage tyrannique que le néolibéralisme tend  adopter dans ses moments de décomposition politique. Pour Sánchez de Lozada, le referendum [sur l’exploitation des ressources gazières] et l’assemblée constituante étaient anti-démocratiques.

La victoire populaire sur Sánchez de Lozada produisit la transition vers la facette réformiste du néolibéralisme. De fait, la transition commença avec l’inscription  l’agenda de l’Etat de la réalisation d’un référendum sur le gaz et de l’assemblée constituante. Il s’agissait en principe d’un réformisme politique, et pas tellement économique, bien que la réalisation du référendum supposait d’affronter une réforme de la régulation de la propriété des hydrocarbures. Le réformisme néolibéral imagina même ensuite plusieurs politiques pour appuyer la production nationale, comme le plan « d’achat bolivien  » [3].

Le c“ur de ce réformisme néolibéral consistait au départ  accepter et  affronter la revendication généralisée d’un référendum sur le gaz sans que cela signifie un changement du modèle de privatisation transnationale du secteur. Par ailleurs, cette situation de revendication de réforme du régime de contribution fiscale permettait au gouvernement de faire face  une situation extrêmement critique : son déficit fiscal et les difficultés croissantes pour financer le fonctionnement normal de l’administration publique. Ainsi, les revendications sociales permettaient  l’exécutif d’opposer aux transnationales une réforme qui augmentait la marge de man“uvre du Trésor national.

Dans ce contexte, le gouvernement de Mesa [4] s’est organisé autour de deux axes politiques. L’un fut la politique par rapport au Chili [5], profitant de la mobilisation contre l’exportation du gaz  travers ce pays comme un axe d’articulation de sa base politique. L’autre axe qui occupa une place centrale, fut la question du gaz, autour de laquelle s’est joué son gouvernement et son pouvoir politique. Tout au long de ce processus prolongé de discussion sur la réforme de la loi du gaz, la réalisation du référendum et des questions qui seraient posées [6] ont été subordonnées  la façon de formuler les modifications de la loi sur les hydrocarbures préparées par l’exécutif, en consultation constante avec les entreprises pétrolières. La première opération a consisté  faire de la revendication de référendum sur la nationalisation du gaz une consultation sur le contrôle des 50% de redevances, position partagée pendant un certain temps par le Mouvement vers le socialisme (MAS). La seconde opération, postérieure au référendum, a été de transformer l’appui massif  cette option dirigée vers des redevances de 50% en une version de la loi qui ne correspondait pas aux résultats de la consultation elle-même. Ainsi, les propositions de loi élaborées par le pouvoir exécutif signifiaient un recul par rapport aux réponses aux questions posées dans le référendum par le pouvoir d’Etat lui-même. On pourrait dire que Carlos Mesa a joué en faveur des entreprises pétrolières - et du type d’appui politique et économique qu’elles apportent  travers les organismes internationaux de régulation économique et politique mondiale - mais il l’a fait sur un terrain politique ou selon un rapport de forces qui lui offraient une base sociale fragile pour son gouvernement.

Le rapport de forces

Dans ce sens, le gouvernement de Carlos Mesa incarnait la continuité du modèle économique néolibéral, mais dans une situation de fragmentation des forces au sein du bloc politique qui avait implanté et dirigé ce modèle depuis vingt ans. Dans le cadre de cette fragmentation, l’une des divisions était relative aux principaux partis de la coalition de gouvernement de Sánchez de Lozada, qui ne faisaient plus partie du gouvernement. Le résultat est que l’un des axes principaux d’affrontement et de lutte politique s’est situé entre l’exécutif et la fraction du pouvoir législatif contrôlée par les partis expulsés du gouvernement.

Dans ce contexte, le principal problème que Mesa dut affronter fut de mener  bien la réforme de la [nouvelle] loi sur les hydrocarbures, tout en réduisant la portée des résultats du référendum et en répondant aux intérêts des transnationales pétrolières, mais sans compter sur l’appui des partis politiques et dans un climat de méfiance constante de la part des diverses fractions de la bourgeoisie bolivienne, en particulier de l’est du pays.

Le principal soutien  cette phase de transition et  la réalisation du référendum fut le MAS, qui n’était pas encore au gouvernement. Durant toute cette période, le MAS a été, peut-être, le seul parti politique qui ait défendu la continuité du régime de démocratie représentative dans le pays, avec la majorité des organisations populaires, comme cela s’est vu en juin 2005.

A l’étranger, on a l’habitude de considérer que ce sont les mouvements sociaux qui ont renversé le président Mesa [7]. Pourtant, je considère que les forces qui se sont soulevées contre lui, qui l’ont boycotté et ont conspiré pendant des mois, sont les partis politiques écartés du gouvernement et en particulier la bourgeoisie de Santa Cruz [est du pays]. En contrepartie, les organisations populaires, y compris le MAS, ont commencé  se mobiliser pour demander au moins que soient garantis les résultats de la consultation du référendum sur le gaz - par l’adoption de la réforme de la loi sur les hydrocarbures et la convocation d’une assemblée constituante - c’est- -dire, que le président tienne les engagements pris au moment de la transition.

Pour mieux expliquer ce processus, il faut revenir un peu en arrière pour replacer quelques évènements marquants qui ont généré le conflit au cours dans la conjoncture de la crise du mois de juin de cette année. Face  la revendication d’un référendum sur le gaz et de la convocation  une assemblée constituante - qui est le programme du camp national-populaire et qui a été  l’origine de la crise et du renversement de Sánchez de Lozada - les oligarchies de l’est et du sud du pays ont mis en avant le mot d’ordre d’autonomie régionale ou départementale pour contrecarrer la revendication d’une décision au niveau national sur le sort des hydrocarbures [8] et sur le processus de réforme de la constitution politique du pays. Le programme d’autonomie fait partie d’une stratégie défensive de la part des oligarchies boliviennes, qui ont vu au cours des dernières années un processus d’ascension des forces paysannes et populaires dans les institutions libérales, en particulier les municipalités et le système de partis ; ce processus a peu  peu créé les conditions pour que ces forces puissent entrer dans la course pour l’exécutif lors des prochaines élections. Devant le risque d’un pouvoir législatif  majorité indienne et populaire et d€˜un gouvernement conquis par ces mêmes forces au niveau national, les oligarchies ont lancé leur programme contre-révolutionnaire d’autonomie départementale pour pouvoir contrôler les redevances de l’exploitation des hydrocarbures : les départements dans lesquels ont été découvertes les plus grandes réserves et, où depuis toujours on exploite les hydrocarbures sont ceux où il y a encore un contrôle plus patrimoniale sur la terre et sur la vie sociale.

La première grande opposition  Mesa fut celle de ces oligarchies qui ont tenté de boycotter le référendum. Ces oligarchies ont profité de la décision d’augmenter le prix de l’essence pour lancer une nouvelle offensive contre Mesa au début de 2005 [9]. L’issue de cette situation de crise fut la promesse que seraient réalisées des élections de préfets et un référendum sur les autonomies départementales avant la convocation  l’assemblée constituante. C’est- -dire qu’au début de 2005, Mesa a accepté le programme politique de l’oligarchie et avec cela - d’après moi - il a signé la fin de son gouvernement ;  partir de l , il a fallu peu de temps aux oligarchies partisanes et départementales pour l’écarter du gouvernement.

La vague de mobilisations qui commence en mai fut une réaction et une offensive contre une loi sur les hydrocarbures qui n’allait même pas jusqu’aux 50% de redevances ; mais également contre le programme de réaliser un référendum sur les autonomies avant l’assemblée constituante. Dans ce sens, ces mobilisations furent une sorte de réactivation du programme de 2003, contre un changement de cap explicite de l’exécutif qui a suivi les pressions des oligarchies locales et transnationales. Le mot d’ordre de nationalisation a refait surface, s’est généralisé  travers le pays et au sein des secteurs sociaux [10], et s’est radicalisé face au recul des pouvoirs exécutif et législatif, qui avaient fini par approuver une loi similaire  celle en vigueur auparavant.

Dans ce processus, la première phase de la vague de mobilisations qui s’est déployée de mai  juin poursuit l’objectif de pression sur les pouvoirs exécutif et législatif en faveur d’une loi sur les hydrocarbures, pour la nationalisation du gaz et une convocation immédiate de l’assemblée constituante. Comme le gouvernement n’était pas disposé  modifier l’orientation de sa position par rapport au gaz, la situation est devenue critique. C’est grâce  cette vague de mobilisations populaires que les partis politiques et les oligarchies locales ont conspiré pour écarter Mesa du pouvoir. Dans ce sens, l’intérêt des oligarchies de partis et des oligarchies économiques a été satisfait grâce  une mobilisation des forces populaires qui poursuivait d’autres objectifs.

Après la démission du président Mesa, non sans avoir auparavant émis un décret de convocation de l’assemblée constituante qui n’eut déj plus aucun effet politique - sinon celui de transférer la responsabilité au parlement - la dispute et le conflit se firent dorénavant au sujet des décisions sur la succession présidentielle, impulsées et attendues en particulier par le Movimiento de Izquierda Revolucionario (MIR) et le Movimiento Nacionalista Revolucionario (MNR), car la présidence et la vice-présidence du parlement étaient respectivement  la charge de ces partis et, selon la constitution, l’un des deux devait assumer l’exécutif.

La seconde vague des mobilisations populaires s’est déployée justement contre la possibilité que l’un de ces deux partis puisse assumer la présidence du pays, pour éviter qu’ils reviennent au gouvernement. En la personne de Hormando Vaca Diez (qui occupait la présidence du parlement) se cristallisait en même temps tout ce qu’avait accumulé de négatif l’histoire récente des partis dirigeants du néolibéralisme et du programme de l’oligarchie de Santa Cruz. En ce sens, les mobilisations contre Vacas Diez et Cossio étaient des mobilisations contre les partis politiques et contre le programme de l’autonomie oligarchique. A ceci il faudrait ajouter le troisième axe de résistance, et se référer au fait que ces partis représentaient aussi le pouvoir des transnationales et de l’ambassade des Etats-Unis. En ce sens, on pourrait dire que cette seconde vague de mobilisations est anti-impérialiste, anti-oligarchique (comme la première vague) et anti-partis.

La tentative du MIR et du MNR de reprendre l’exécutif a ainsi créé une dynamique d’expansion de la résistance, dans un processus de développement des mobilisations, des blocages de routes et des grèves au niveau national contre une succession présidentielle qui leur était favorable et qui signifiait le retour de la coalition qui avait été vaincue en même temps que Sánchez de Lozada. En revanche, ce programme politique d’un nouveau gouvernement du MNR et du MIR fut appuyé par l’oligarchie de Santa Cruz  travers le Comité civique de Santa Cruz et les confédérations patronales. En ce sens, sa déroute a été aussi une déroute du programme et des forces autonomistes de Santa Cruz.

Cette tentative de succession présidentielle promue par le MIR et le MNR - avec l’appui nord-américain - a été  l’origine de l’une des plus grandes mobilisations de l’histoire contemporaine en Bolivie. Pendant plusieurs semaines, des forces et organisations paysannes ont bloqué la campagne et tous les jours traversaient les villes avec des marches et des manifestations. Egalement, dans cette seconde vague, ont commencé  se déployer certaines organisations urbaines, en particulier les assemblées de quartier, qui dans le cas de la ville de El Alto [11] avaient été mobilisées depuis le début. La tentative de Vaca Diez avait provoqué une indignation générale, et par conséquent, une mobilisation générale.

On pourrait dire que la mobilisation de cet ensemble de forces contre les privatisations de l’eau [12] et des ressources naturelles et pour une réforme globale de l’Etat bolivien - qui commence avec des revendications spécifiques ou ponctuelles -, quand elle se généralise et que se produit la crise du gouvernement et la possibilité de sa chute - contre quoi sont utilisées les stratégies de réaction autoritaire et de militarisation - se fait essentiellement en défense de la démocratie et des libertés politiques. Alors que les partis politiques et les organisations civiles qui ont favorisé le néolibéralisme dans le pays étaient disposées  abandonner les institutions politiques libérales, les forces qui les ont défendues sont plutôt des organisations paysannes qui n’ont pas une mentalité libérale mais qui constituent aujourd’hui la base sociale de la démocratie dans le pays.

Pour terminer, je veux justifier le titre de ce bref article. La première déroute du néolibéralisme s’est produite pendant la guerre de l’eau en avril 2000, contre la « privatisation transnationale  » de cette ressource  Cochabamba [13]. La deuxième déroute s’est produite en février 2003 contre la tentative d’augmentation des impôts de 25%. La troisième déroute a été subie par Sánchez de Lozada et son projet d’exportation du gaz sous contrôle transnational, et la quatrième a eu lieu en juin 2005. Pourtant, ces processus n’impliquent pas que le néolibéralisme ne continue pas actuellement  organiser la structure et la politique de l’économie en Bolivie, ainsi que l’ensemble des institutions politiques de l’Etat. Il faudrait penser, en réalité, qu’il s’agit d’une guerre de positions contre le néolibéralisme, dont la prochaine bataille est fixée  décembre 2005 lors des élections générales.

Notes :

[1[NDLR] Jusqu’ ladite guerre du gaz et  la démission du président Gonzalo Sanchez de Lozada, dit Goni.

[2[NDLR] L’auteur parle ici sans le citer de l’ancien président Gonzalo Sanchez de Lozada.

[3[NDLR] Cette mesure (décret suprême n°27328) adoptée par le gouvernement de Carlos Mesa indique que l’Etat a l’obligation de jouer un rôle dans l’économie du pays. Il s’agit en fait d’un mécanisme visant  favoriser les entreprises boliviennes dans les achats des institutions publiques.

[4[NDLR] Carlos Mesa était le vice-président de Gonzalo Sanchez de Lozada. Il rompit avec ce dernier au moment de la répression contre les mouvements sociaux durant la guerre du gaz d’octobre 2003. Il accéda  la présidence suite  la fuite de Sanchez de Lozada pour les Etats-Unis en octobre 2003.

[5[NDLR] En Bolivie, il existe un profond ressentiment  l’encontre du Chili, qui a commencé avec la Guerre du Pacifique en 1879 quand ce pays s’empara de l’unique accès de la Bolivie  la mer. La volonté du gouvernement de Sanchez de Lozada d’exporter le gaz via le Chili a ranimé en partie le vieux contentieux historique.

[6[NDLR] Sur le référendum et ses résultats, lire Louis-F. Gaudet, La Bolivie de l’après référendum : Vers un nouveau cycle de contestations ?, RISAL, 10 septembre 2004.

[7[NDLR] Sur la démission du président Carlos Mesa en juin 2005, lire Thierry Vermorel, Bolivie : la seconde guerre du gaz, RISAL, ao »t 2005 ; Sylvie Dugas, Après l’Argentine, la Bolivie au coeur de la tourmente néolibérale, RISAL, juin 2005 ; Richard Gott, Un soulèvement sismique chez les indiens d’Amérique latine, RISAL, juin 2005 ; Walter Chavez, Bolivie : mobilisations sociales pour la nationalisation des hydrocarbures et démission du président, RISAL, juin 2005.

[8[NDLR] Les principaux centres d’exploitation du gaz sont concentrés dans la région de Tarija,  la frontière de l’Argentine, tandis que les centres en cours de prospection sont quant  eux concentrés dans la région de Santa Cruz, située  l’Est de la Bolivie.

[9[NDLR] « La radicalité avec laquelle l’oligarchie de Santa Cruz s’est engagée dans la bataille pour l’autonomie a achevé d’isoler Mesa  partir du début de l’année 2005. Sa décision d’augmenter brutalement le prix de l’essence au mois de février (le gazolinazo), prise sous la pression d’un Fonds monétaire international (FMI), l’a illustré. Il n’était pas surprenant de voir la gauche radicale s’engager contre une mesure affectant durement l’activité économique de certains secteurs sociaux (les chauffeurs de bus et taxi notamment) comme la vie quotidienne d’une majorité ; en revanche, on a pu s’étonner de la vigueur avec laquelle les organisations patronales, comme la CAO (Chambre agricole de l’Est), la CAINCO (Chambre d’industrie et de commerce bolivienne) ou la CEPB (Confédération des entrepreneurs privés de Bolivie), se sont engagées dans des actions comme des grèves de la faim pour exiger la démission du gouvernement.  »
Extrait de Thierry Vermorel, Bolivie : la seconde guerre du gaz, RISAL, 2 ao »t 2005.

[10[NDLR] Lire Alvaro Garcia Linera, Bolivie : la seconde bataille pour la nationalisation du gaz, RISAL, 23 septembre 2005.

[11[NDLR] Consultez le dossier « El Alto, ville rebelle  » sur le RISAL.

[12[NDLR] Consultez le dossier « Eau  » sur le RISAL.

[13[NDLR] Cochabamba, dans la région du Chapare fut le théâtre de ladite guerre de l’eau. En avril 2000, la dénommée « or bleue  » a déchaîné dans la ville de Cochabamba l’une des révoltes les plus bruyantes de l’histoire récente du pays. Ses habitants se sont mobilisés contre l’augmentation disproportionnée des tarifs de l’eau, dont les prix avaient quadruplé en  peine quelques semaines, et ont obtenu l’expulsion de l’entreprise privée, Aguas del Tunari, (un consortium conduit par la multinationale Bechtel) en charge des services d’eau.
C’est aussi dans cette région que s’est développé le mouvement des cocaleros, les cultivateurs de coca.

Source : revue de l’Observatorio social de América Latina (OSAL - http://osal.clacso.org), année VI, n°17, mai-juillet 2005.

Traduction : Marie-José Cloiseau, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

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