Paraguay : militarisation et terreur dans les campagnes
par Igor Ojeda
Article publi le 20 septembre 2006

La présence de troupes états-uniennes, la militarisation croissante des zones rurales et la criminalisation des mouvements paysans, phénomènes qui s’accentuent depuis deux ans au Paraguay, ont été  l’origine de la visite d’une mission d’observation internationale dans le pays,  l’initiative de la Campagne pour la démilitarisation des Amériques (CADA), réseau hémisphérique d’organisations contre la militarisation du continent.

La mission, qui a débuté ses activités le 16 juillet (...)[était] composée de diverses entités venues d’Argentine, du Brésil, de Bolivie, de Colombie, d’Equateur, de France, du Mexique et d’Uruguay. Parmi elles, le Réseau social des droits de l’homme (Brésil), l’Observatoire latino-américain de géopolitique, et le Service Paix et Justice Amérique latine.

Décidée lors du 6e Forum social mondial, en janvier 2006,  Caracas (Venezuela), la visite fait partie de la campagne « Démilitarisons nos consciences, les institutions et la société  », de la CADA. Son objectif fondamental est « d’observer le processus de militarisation du pays, avec la criminalisation des protestations sociales, l’utilisation des Forces armées en milieu rural, comme forme de répression et de contrôle social, et tout ce qu’a signifié la mobilisation de troupes paraguayennes dans le pays  », explique Orlando Castillo, du Service Paix et Justice du Paraguay (SERPAJ-PY), principale entité organisatrice de la visite.

Les troupes états-uniennes

La mission internationale prétend se procurer le plus d’informations possibles sur ces questions et sur d’autres, telles que la signature de la Convention d’immunité pour les troupes des Etats-Unis, devenue loi par promulgation en mais 2005 ; l’assessorat aux militaires paraguayens par les militaires états-uniens, ou encore l’installation officielle de bureaux de sécurité du gouvernement des Etats-Unis - le Federal Bureau of Investigation (FBI), la Drug Enforcement Administration (DEA) et la Central Intelligence Agency (CIA).

Pour faciliter le travail et donner une plus grande portée  la visite, la mission internationale s’est divisée en trois groupes. L’un [s’est concentrée] sur la ville de Concepción, région où la présence militaire états-unienne est la plus forte et où ont lieu la plupart des exercices militaires. Le deuxième groupe [est allée]  Mariscal Estigarribia, ville du chaco paraguayen, où se trouve l’aéroport qui supposément peut être utilisé comme piste d’atterrissage d’avions de guerre de grande portée des Etats-Unis. Le troisième [est restée]  Asunción, où il [a rencontré] des organisations paysannes, syndicales et des autorités.

Pour Ana Esther Ceceña, de la CADA, une convention comme celle signée entre les gouvernements paraguayen et états-unien signifie, en réalité, que l’Etat ne peut rien faire face  la présence étrangère : « Autrement dit, si les troupes présentes dans le pays tuent quelqu’un, cela sera considéré comme dommage collatéral du travail qu’ils réalisent dans la région, et on ne pourra pas porter le cas devant la justice  ».

Insécurité

La convention prévoit, entre autres choses, la réalisation entre juillet 2005 et décembre 2006, de 11 exercices militaires bilatéraux n’importe où sur le territoire paraguayen, et la formation de militaires du Paraguay par le Pentagone.

D’après Castillo, la présence militaire de troupes paraguayennes formées par des militaires des Etats-Unis dans l’intérieur du pays n’a pas apporté plus de sécurité. Au contraire. « Le nombre de paysans tués a augmenté, il n’a pas diminué, tout comme le nombre d’expulsions violentes, de répressions. La tension et la peur de la population sont plus grandes depuis que des commandos mobiles des Forces armées sont présents en milieu rural  », dit-il. Il y aurait même des cas de tortures et de viol.

Ce qui justifie ce type d’action est le combat contre le terrorisme et la guérilla. L’Etat paraguayen cherche  lier des organisations paysannes aux Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), et utilise comme preuve tout document mentionnant le Che Guevara, la révolution cubaine, Lénine, Staline, etc. L’identification des paysans comme groupes terroristes et guérilleros est influencée directement par les bureaux de sécurité et militaires des Etats-Unis, d’après le SERPAJ-PY.

« Nous avons reçu des plaintes informelles selon lesquelles dans toute la partie sud du Paraguay, des hostilités contre des groupes ou des organisations paysannes ont commencé, et que serait en train de se mettre en place un climat de terreur. Cela nous intéresse beaucoup d’aller voir ça, de parler avec les gens, de voir réellement ce qu’ils perçoivent de cette présence militaire  », alerte Ana Esther, pour qui il y a des antécédents de ce type d’action avec le Plan Colombie, dans le pays andin. D’après le SERPAJ-PY, plus de deux mille paysans paraguayens sans terre sont devant la justice pour avoir réalisé des occupations.

Source : Brasil de Fato (www.brasildefato.com.br), 24 juillet 2006.

Traduction : Isabelle Dos Reis, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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