La privatisation de l’eau au Honduras
par Decio Machado
Article publiť le 22 octobre 2007

La destruction progressive de l’environnement √ cause du d√©veloppement technologique, commercial et industriel que conna√ģt actuellement la plan√®te, a conduit √ une diminution significative des r√©serves aquif√®res au niveau mondial, ainsi qu’√ la pollution d’oc√©ans, de mers et de rivi√®res. L’eau a cess√© d’√™tre un bien social pour devenir un bien commercial avec un prix d√©termin√©, et vendu au plus offrant.

C’est en 1995 qu’a commenc√© la discussion √ propos de la privatisation des services d’eau potable et d’assainissement au Honduras, √ la suite d’une proposition √©manant de la Banque Interam√©ricaine de D√©veloppement (BID). Cette proposition sugg√©rait la d√©centralisation et la cr√©ation d’une loi-cadre sur le service d’eau potable, et a d√©fini le mod√®le hondurien de privatisation.

En 2000, le Fonds Mon√©taire International (FMI) accorda des pr√™ts √ 12 pays, dont le Honduras, avec la condition de privatiser l’eau. La Banque mondiale imposa la m√™me condition entre 1990 et 1995 lorsqu’elle octroya 21 pr√™ts, qui pass√®rent √ plus de 60 entre 1996 et 2000 avec un fonds de 20 millions de dollars allou√© √ des projets li√©s √ l’eau.

Depuis lors, le Honduras fait partie des pays qui ont connu des processus et des niveaux √©lev√©s de privatisation de l’eau.

Mais les processus de privatisation de l’eau n’arrivent pas seuls. Ils ont √©t√© accompagn√©s notamment du financement de barrages, lequel d√©passe les 4 milliards de dollars par an √ l’√©chelle mondiale, du commerce de l’eau en bouteille et du d√©veloppement d’autres secteurs √©conomiques qui consomment de grandes quantit√©s de ce liquide, en particulier : les secteurs p√©trolier, automobile, de la bi√®re et et autres boissons r√©frig√©rantes, minier, textile, de l’aluminium, hydro√©lectrique, du papier et du carton, agroindustriel, et en particulier les grandes exploitations de monoculture.

La fameuse ¬« municipalisation ¬ » au Honduras a laiss√© aux municipalit√©s la gestion du service d’eau, le gouvernement leur donnant les moyens et l’autorisation de recourir √ des entreprises priv√©es afin qu’elles effectuent ce travail.

La ¬« muniprivatisation ¬ » en marche

La Loi-cadre du Secteur Eau et Assainissement a √©t√© adopt√©e en octobre 2003, malgr√© les importantes mobilisations populaires contre celle-ci. Elle instaurait les bases juridiques du processus controvers√© de municipalisation du service, envisag√©e comme une √©tape pr√©alable √ la privatisation du service, selon un sch√©ma con√ßu par les organismes internationaux.

Cependant, seul le maire de Tegucigalpa, la capitale du Honduras o√Ļ habitent plus d’un million de personnes, exprima alors son d√©sint√©r√™t pour le processus, arguant que sa municipalit√© ne disposait pas de la capacit√© technique et financi√®re pour g√©rer le service, et qu’une fois adopt√©e la municipalisation, l’eau potable de la capitale serait √ coup s√ »r privatis√©e.

A travers la ¬« municipalisation ¬ », ce processus de privatisation est d√©j√ en train d’√™tre appliqu√© dans plusieurs villes du pays, notamment √ Puerto Cort√©s et √ San Pedro Sula dans le d√©partement de Cort√©s et √ Catacamas dans le d√©partement d’Olancho.

Puerto Cort√©s. Le Service Autonome National des Aqueducs et Egouts (SANAA) a consenti √ la municipalit√© les actifs du syst√®me d’eau potable. L’ensemble de ce processus est avalis√© et financ√© par un pr√™t de la BID, l’Agence des Etats-Unis pour le d√©veloppement international (USAID, United States Agency for International Development) et l’Agence Canadienne pour le D√©veloppement (ACDI).

San Pedro Sula. La deuxi√®me ville en importance et le principal centre industriel du Honduras a privatis√© son eau en 1999, lorsque la Corporation municipale a lanc√© un appel d’offres aupr√®s d’entreprises internationales pour les services d’eau potable et des √©gouts.
En 1998, un programme de modernisation a √©t√© mis en place avec le financement du Fonds Multilat√©ral d’Investissements (FOMIN) et de la BID, dont l’objectif √©tait d’affecter les services √ un op√©rateur priv√©. Ce programme favorisait exclusivement la participation d’entreprises internationales, et pas d’entreprises nationales, puisque les exigences √©taient impossibles √ satisfaire pour un pays comme le Honduras, o√Ļ les entreprises ne disposaient pas d’un capital si √©lev√© ni d’exp√©rience dans la gestion du service.

En 2001, le processus s’acheva et l’exploitation du service fut attribu√©e √ l’entreprise italienne ACEA, √ travers un contrat c√©d√© par la municipalit√© pour une p√©riode de 30 ans, reconductible 10 ans. Cette concession du service est un exemple clair de la mauvaise gestion priv√©e de l’eau, puisque le service ne s’est pas am√©lior√©, la qualit√© de l’eau a empir√© et les tarifs ont augment√© de plus de 100%.

Conséquences de la privatisation au Honduras

La privatisation introduit une nouvelle s√©rie d’exigences financi√®res qui tendent √ faire augmenter les tarifs de l’eau, excluant une partie toujours plus grande de la population, toujours la plus pauvre, celle dont on ne tire pas de b√©n√©fices.
La tendance principale des puissances et des pays industrialis√©s est au contr√īle et √ la monopolisation des sources d’eau. Ils le justifient en arguant que la gestion publique a √©t√© incapable de satisfaire les besoins √©l√©mentaires en eau des citoyens et qu’il faut donc c√©der, attribuer sous forme de concessions, municipaliser, donner ou vendre les syst√®mes de distribution √ l’entreprise priv√©e. Avec du capital priv√©, le service est plus efficace.

Les habitants des zones les plus pauvres de Tegucigalpa, San Pedro Sula, Progreso et d’autres villes, paient pour l’eau qu’ils consomment : ils s’approvisionnent aupr√®s de vendeurs d’eau en camions-citernes et en bouteilles qui ont fait de cette activit√© un commerce. Les vendeurs d’eau s’approvisionnent dans les r√©servoirs du principal op√©rateur du service de la ville, SANAA, qui leur vend le gallon [1] 2,5 centimes de lempira (un centime de dollar pour 7 gallons d’eau). Les vendeurs d’eau approvisionnent environ 100 quartiers pauvres qui ne disposent pas d’eau courante pour diff√©rentes raisons, notamment √ cause de la difficult√© d’acc√®s du r√©seau √ ces communaut√©s, leurs baraques √©tant situ√©es sur les flancs des collines qui bordent la capitale. Plus de 500 000 personnes, les moins favoris√©es, vivent ainsi, en investissant une grande partie de leurs revenus quotidiens dans l’achat d’au moins un gallon d’eau.

Résistances

Les mobilisations de r√©sistance √ la privatisation de Aguas de San Pedro Sula (Eaux de San Pedro Sula) ont √©t√© l’un des cas embl√©matiques de tout le processus de d√©fense de l’eau. Mais ce n’est pas le seul, dans des dizaines de communes (La Esperanza, Intubuc√°, Concepci√≥n,...), il existe un mouvement contre la concession ou la privatisation de l’eau. Dans de nombreux cas, lors d’assembl√©es et √ l’unanimit√©, des populations se sont mises d’accord pour interdire la privatisation ou la concession, et on a m√™me interdit l’application de la loi sur l’eau potable.

Le Honduras subit depuis d√©j√ pr√®s de 20 ans les ajustements structurels, la transnationalisation, la privatisation des ressources et des biens publics, la r√©pression et l’impunit√©, la corruption gouvernementale, l’imposition de lois en fonction de l’int√©r√™t des transnationales et les recettes du FMI, de la BID et de la Banque mondiale qui ont conduit √ l’augmentation de la dette externe et l’accroissement de la population plong√©e dans la pauvret√©.

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Statistiques de la pauvret√© :

Classement

Pauvreté (chiffres globaux)
64,5 % pauvret√© nationale g√©n√©rale
56,3 % pauvret√© population urbaine
73,8 % pauvret√© population rurale

Pauvres
17,0 % chiffre national g√©n√©ral
20,3 % chiffre population urbaine
13,3 % chiffre population rurale

Très pauvres
47,4 % chiffre national g√©n√©ral
36,1 % chiffre population urbaine
60,5 % chiffre population rurale

Non pauvres
35,5 % chiffre national g√©n√©ral
43,7 % chiffre population urbaine
26,2 % chiffre population rurale

Total des foyers pauvres au niveau national 1 258 299
Total des foyers pauvres en zones urbaines 630 735
Total des foyers pauvres en zones rurales 627 564

Au Honduras, 64,5% des foyers sont en situation de pauvret√© (foyers pauvres et tr√®s pauvres), et 35,5% sont class√©s comme non pauvres. On remarque qu’en zone rurale, 73,8% des foyers sont en situation de pauvret√©, dont 60,5 % sont tr√®s pauvres.

Notes :

[1[NDLR] Le gallon (symbole : gal) est une unit√© de volume anglo-saxonne, utilis√©e pour mesurer les liquides. Un gallon US √©quivaut √ 3,785 411 784 litres.

Source : corriente[a]lterna / Espacio Alternativo (http://www.espacioalternativo.org), 25 juillet 2007.

Traduction : Anne Habozit, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

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