Mexique
L’autre guerre de Oaxaca
par Carlos Beas Torres
Article publi le 24 octobre 2006

« Maintenant on est prévenus, ceux de San Felipe et ceux d’El Porvenir, on se tient prêt pour quand ils arriveront, ces sales Indiens de l’APPO.  » C’est avec ces mots que don Angel, un riche éleveur de bétail du Bajo Mixe, dont les liens avec la mafia sont bien connus, a menacé  mots couverts un dirigeant indigène de cette région.

Deux jours après, le petit groupe de commerçants et d’éleveurs qui dominent la vie du village de Maria Lombardo, Cotzocón, Oaxaca, a propagé la rumeur : « Ceux de l’APPO vont arriver, ils vont saccager les magasins et br »ler les maisons  », créant ainsi un grand "alboroto" [tapage], comme on dit dans la région.

Ce type même de rumeur et de menaces circule constamment dans toutes les régions de l’Etat [de Oaxaca] ; et pas seulement dans les petits villages isolés, mais aussi dans les grandes villes comme Tuxtepec, Marías Romero ou Miahuatlan. € Matías Romero, des priistes [partisans du Parti révolutionnaire institutionnel, PRI] bien connus ont br »lé la radio La Consentida et le lendemain ont diffusé la rumeur selon laquelle l’Assemblée populaire du peuple de Oaxaca (APPO) irait saccager les locaux du marché du 12 octobre, créant peur et angoisse chez quelques commerçants crédules.

Dans l’Isthme, les opérateurs des radios indigènes sont constamment harcelés et menacés de mort, menaces qui se sont étendues  leurs proches. Elles ont d’abord été dirigées contre Radio Huave, la plus puissante radio communautaire de l’Isthme, puis contre le coordinateur de Radio Ayuuk, et aujourd’hui le président municipal de San Dionisio del Mar menace lui-même le responsable de Radio Umalalang. C’est l’ « autre guerre  », celle qui s’étend aussi aux opérateurs de radio et en particulier aux journalistes du quotidien Noticias.

Mais, au-del des menaces et des rumeurs qui sèment l’angoisse et créent un climat de lynchage, c’est la guerre sale et déclarée des porros [nervis] et policiers en civil, qui séquestrent et torturent des étudiants et des activistes comme Pedro García García et Ramiro Aragón. C’est l’agression vicieuse, qui, opérée dans l’ombre, a co »té la vie  au moins cinq habitants de Oaxaca, dont un instituteur opposant au mouvement qui aurait bien pu être assassiné par les promoteurs eux-mêmes de la guerre sale pour faire endosser le crime  l’APPO et déclencher ainsi de graves affrontements.

C’est la guerre sale, menée par des groupes de priistes, qui se présentent comme de bons pères de famille, mais sont en réalité des policiers habillés en civil accompagnés de chauffeurs de taxis.

Les menaces et agressions de la part des représentants du gouvernement fédéral, des présidents municipaux et des dirigeants du PRI font partie du plan exécuté depuis plus de trois mois par le gouverneur Ulises Ruiz, qui cherche désespérément  se maintenir au pouvoir, sans prendre en compte le co »t que pourraient avoir ces affrontements.

Les grands médias ont porté toute leur attention sur l’autre visage de la guerre, ils ont rendu compte des vols d’hélicoptères sur la ville d’Oaxaca et du débarquement en nombre des soldats  Salina Cruz et Huatulco. Pourtant l’autre guerre, celle de tous les jours, celle qui ne s’écrit pas, celle qui avance masquée, se poursuit, nourrissant le danger d’une grande confrontation  Oaxaca.

Il y a deux guerres  Oaxaca. L’une au visage de l’invasion militaire, l’autre perpétrée par les caciques et gouvernants locaux qui sont prêts  tout pour éviter de perdre les privilèges qui leur ont permis de gouverner de manière ininterrompue depuis 77 ans. Et tandis que le Sénat de la République résiste  défaire le pouvoir de cette région, les agresseurs agissent la nuit, et rapidement.

Source : La Jornada (www.jornada.unam.x), 16 octobre 2006.

Traduction : Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (http://cspcl.ouvaton.org). Traduction revue par l’équipe du RISAL.

Les opinions exprimes et les arguments avancs dans cet article demeurent l'entire responsabilit de l'auteur-e et ne refltent pas ncessairement ceux du Rseau d'Information et de Solidarit avec l'Amrique Latine (RISAL).
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