Bolivie
Vers la nationalisation des mines
par Hervé Do Alto
Article publiť le 26 octobre 2006

Confront√© √ un soul√®vement des coop√©ratives et aux attaques de la droite, le pr√©sident bolivien, Evo Morales, a annonc√© la nationalisation des mines. Mais son gouvernement peine √ imposer ses r√©formes.

Le 15 octobre, le pr√©sident bolivien, Evo Morales, a annonc√© la nationalisation de l’ensemble du secteur minier, dont les modalit√©s seront pr√©sent√©es le 31 octobre. Cette d√©cision historique est la cons√©quence directe de la trag√©die de Huanuni (les 5 et 6 octobre), au cours de laquelle les mineurs d’une coop√©rative ont tent√© de prendre d’assaut la mine publique du Cerro Posokoni, laissant derri√®re eux un sombre bilan de seize morts et 81 bless√©s.

Huanuni constitue la premi√®re ¬« page noire ¬ » du gouvernement d’Evo Morales qui, tout en devant faire face aux tensions permanentes g√©n√©r√©es par la droite, se voit peu √ peu confront√© √ des conflits sociaux √©mergeant depuis ¬« son propre camp ¬ ». Parmi eux, le mouvement mineur coop√©rativiste, alli√© au Mouvement vers le socialisme (MAS) depuis 2005, en constant essor depuis 1985, date √ laquelle la fermeture d’une grande partie des mines d’√‰tat fut le point de d√©part d’une s√©rie de mesures marquant la conversion de la Bolivie au n√©olib√©ralisme. Avec l’augmentation des prix des minerais, cependant, le coop√©rativisme se convertit progressivement en un juteux n√©goce, qui ne tarda pas √ donner naissance √ une v√©ritable ¬« aristocratie ¬ » cherchant √ accaparer les mines publiques en les prenant d’assaut, comme ce fut le cas les 5 et 6 octobre.

Les poids politique et d√©mographique des coop√©rativistes ont suscit√© l’alliance avec le MAS. Cependant, leur attitude se cantonna, au gouvernement, √ une posture de d√©fense aveugle de leur secteur, contradictoire avec le projet nationaliste de Morales : ainsi, au cours de son mandat, le ministre des Mines, le coop√©rativiste Walter Villarroel, freina toute r√©activation concr√®te du secteur public, et alla jusqu’√ imputer la responsabilit√© de la crise de Huanuni aux mineurs salari√©s.

La rupture, d√®s le 6 octobre, de l’alliance avec les coop√©rativistes et la destitution de Villarroel ont impos√© un brutal changement de cap. L’annonce de la nationalisation des mines pourrait ainsi redorer le blason du gouvernement, qui fait face au blocage du processus de nationalisation des hydrocarbures, √ une Assembl√©e constituante qui n’avance gu√®re dans ses travaux, ainsi qu’√ la multiplication de fronts d’opposition, comme les gr√®ves √ r√©p√©tition du secteur des transports qui, ces derniers jours, n’ont cess√© d’alimenter des rumeurs de coup d’√‰tat.

Rumeurs qui, pour l’instant, paraissent tenir du fantasme : la droite semble toujours aussi d√©sorganis√©e qu’au lendemain de sa d√©route √©lectorale de d√©cembre 2005, tandis que les forces arm√©es n’affichent aucun signe d’agitation particuli√®re. En revanche, ces rumeurs sont bien le symbole d’un gouvernement dont la popularit√© conna√ģt une √©rosion rapide, notamment en raison de la difficult√©, bien r√©elle, √ donner un caract√®re concret au projet nationaliste de transformation sociale qu’il entend mener, au-del√ des discours.

Source : Rouge (www.lcr-rouge.org), hebdomadaire de la Ligue communiste r√©volutionnaire, octobre 2006.

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