Une ville qui cro√ģt au rythme du prix des m√©taux
Voyage √ Huanuni, le cœur minier de la Bolivie
par Pablo Stefanoni
Article publiť le 27 octobre 2006

A premi√®re vue, Huanuni - √ 50 kilom√®tres d’Oruro - pourrait √™tre un de ces si nombreux villages pauvres de l’Altiplano, construits au pied de collines imposantes et arides qui se d√©tachent de la cordill√®re des Andes. Mais Huanuni est loin d’√™tre ainsi. Sous ses maisons d’adobe se trouve une des plus grandes richesses de la Bolivie. Sa place centrale r√©sume une identit√© mini√®re qu’on respire dans l’air : la statue du mythique dirigeant ouvrier Juan Lech√≠n est trois fois plus grande que celle du Libertador Simon Bolivar.

Aujourd’hui, Huanuni est un territoire divis√© en deux camps, avec une ¬« force de paix ¬ » de 560 policiers qui cherche √ emp√™cher tout nouvel affrontement entre travailleurs de la mine d’Etat et mineurs coop√©rativistes, qui, les 5 et 6 de ce mois, se sont affront√©s avec de la dynamite et des armes √ feu pour le contr√īle de la colline Posokoni, dont les r√©serves - selon des experts - pourraient atteindre les 4 milliards de dollars. Il y a eu 16 morts et plus d’une cinquantaine de bless√©s. Une vingtaine d’habitations ont √©t√© d√©truites et 145 gravement endommag√©es. Le boom des prix du ¬« m√©tal du diable ¬ » - comme l’a appel√© l’intellectuel nationaliste Augusto C√©spedes dans les ann√©es 40 - est en train de d√©clencher une ¬« guerre de l’√©tain ¬ », que menacent de rejoindre les communaut√©s avoisinantes des bassins miniers.

¬« C’√©tait une v√©ritable guerre ; ici, sur ces collines, il y avait des francs-tireurs des deux camps ¬ », explique Pastor Pereyra, un transporteur qui montre sa voiture calcin√©e. ¬« Les fils des coop√©rativistes jouent √ la guerre, √ l’√©cole, avec les fils des mineurs salari√©s. Imaginez o√Ļ nous en sommes arriv√©s ¬ », racontent des habitants du quartier Karazapato, derri√®re des bouts de fer tordus, des voitures br√ »l√©es et des maisons effondr√©es. La destruction de cette zone a √©t√© le r√©sultat de l’explosion d’un march√© de dynamites √©rig√© √ √ peine un demi p√Ęt√© de maison de leurs habitations, √ l’entr√©e du secteur coop√©rativiste de la mine, [dont l’exploitation est] actuellement divis√©e entre l’Etat et les coop√©ratives.

Mais, derri√®re les traces de la violence, √ Huanuni, on peut percevoir les effets de la r√©activation mini√®re. Des dizaines de commerces se sont ouverts pour approvisionner les nouveaux habitants. ¬« Depuis 2001, la population est pass√©e d’un peu moins de 19 000 habitants √ presque 40 000 ¬ », affirme le maire Policarpio Calani, √©lu en 2004 pour un parti local form√© par les coop√©rativistes. Sont arriv√©s aussi √ Huanuni des cabines t√©l√©phoniques, la t√©l√©vision par c√Ęble et Internet.

¬« Les coop√©ratives mini√®res sont le produit du n√©olib√©ralisme ; une partie des 27 000 mineurs licenci√©s entre 1985 et 1987 - durant la crise des prix de l’√©tain et la destruction de la Corporation mini√®re de Bolivie (Comibol) - ont form√© des coop√©ratives. D’autres sont all√©s cultiver la coca dans le Chapare ou se mettre √ leur compte dans la ville de El Alto [1] ¬ », rappelle l’historienne Magdalena Caj√≠as. Actuellement, les coop√©rativistes repr√©sentent quelque 60 000 associ√©s et 80% du total des mineurs boliviens.

A Huanuni, il y a quatre coop√©ratives qui regroupent 4 000 travailleurs, contre 800 mineurs de l’Etat. Moyennant une alliance √©lectorale avec Evo Morales, ils ont obtenu le minist√®re des Mines, cinq parlementaires, trois constituants et l’ambassade √ Bogot√°. Mais, apr√®s le massacre de Huanuni, cette alliance politique a √©t√© rompue et Morales a octroy√© le portefeuille des Mines √ Guillermo Dalence, un ex-mineur d’Etat qui cherche √ reconstruire la Comibol. Le pr√©sident bolivien a d√©j√ annonc√© l’imminente ¬« nationalisation ¬ » des mines, comme avec le gaz. Ce qui signifie un contr√īle de l’Etat tout en respectant les investissements priv√©s. Actuellement, la mine de Huanuni est paralys√©e et le gouvernement essaie d’incorporer les mineurs coop√©rativistes, comme salari√©s, √ la Comibol [2]. C’est un plan pilote qui pourrait servir de mod√®le pour le reste des r√©gions mini√®res du pays.

Notes :

[1[NDLR] Consultez le dossier El Alto, ville rebelle sur le RISAL.

[2[NDLR] Selon les dernières déclarations du nouveau ministre des Mines, les 4 000 mineurs coopérativistes de Huanuni auraient accepté de devenir salariés du secteur public minier.

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