Venezuela
Les indigènes au Venezuela : une entrée en politique sous les auspices de la Révolution bolivarienne
par Violaine Bonnassies
Article publi le 22 novembre 2006

Les peuples indigènes [1] au Venezuela comptent aujourd’hui avec le système législatif le plus avancé des pays d’Amérique Latine en matière de protection et de promotion de leurs droits : un chapitre constitutionnel inédit, une commission législative permanente, des lois spécifiques, ainsi que trois parlementaires indigènes.
Pourtant, contrairement  leurs voisins andins, ils ne représentent statistiquement que 2,3% de la population [2]. Le mouvement indigène, représenté au niveau national par le Congrès National des Indigènes du Venezuela (CONIVE), n’a pas non plus connu les grandes mobilisations indigènes de la CONAIE [3] en ‰quateur ou des travailleurs boliviens des deux dernières décennies. Comment comprendre alors l’arrivée au devant de la scène politique des indigènes au Venezuela ?

L’essor de la question indigène sur la scène internationale joue en faveur d’une plus grande reconnaissance des droits indigènes dans les législations nationales. L’approbation récente de la Déclaration des Peuples Indigènes par le conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, le 29 juin
dernier  Genève [4], vient réitérer en ce sens la volonté internationale de reconnaissance des droits indigènes, tout en donnant un cadre normatif  leurs luttes. Néanmoins,
cet élément ne suffit plus quand il s’agit de saisir l’ampleur des avancées juridiques récentes et le tournant politique opéré face  la question indigène au Venezuela. Pourquoi maintenant et pas avant ? Pourquoi dans ce pays plus que partout ailleurs ? C’est alors qu’entrent en jeu deux facteurs essentiels :

les interactions entre les acteurs du mouvement indigène et la nouvelle élite au pouvoir, d’une part, l’idéologie politique incarnée dans le bolivarianisme, d’autre part. Le contexte politique national et la Révolution bolivarienne portée par le président Chavez sont déterminants pour comprendre la portée des conquêtes politiques indigènes.

Dans cette chronique, nous allons, dans un premier temps, exposer la nature et l’ampleur des avancées du mouvement
indigène sur le plan politique. Dans un deuxième temps, notre objectif est de faire ressortir les facteurs explicatifs d’un tel revirement politique quant au traitement de la « question indienne  » au Venezuela, des facteurs qui contribuent  la recomposition d’un paysage politique nouveau dans le pays. Dans un dernier temps, il s’agira de confronter les avancées juridiques et politiques  leur mise en oeuvre effective.

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Notes :

[1Le choix du terme « indigène  » de préférence  celui d’ « autochtone  » est guidé, d’une part, par son utilisation revendiquée dans le discours des acteurs concernés, et d’autre part, par sa connotation historique liée au passé colonial propre aux pays d’Amérique Latine. Ainsi les indigènes sont “les secteurs de la population qui occupent une position déterminée dans la société plus large, comme résultat de processus historiques spécifiques” [notre traduction], Stavenhagen, 1992. Antropología, vol. 13, no 43, p. 87.

[2Chiffres du dernier recensement, 2001, « Misión
Guaicaipuro  » : 8, avec un total de 532.783 Indigènes répartis sur tout le territoire.

[3Confédération des Nationalités Indigènes d’‰quateur. Pour
plus d’informations, consulter www.misionguaicaipuro.gov.ve/Censo.asp.

[4Les votes se répartissent comme suit : 30 votes pour, 12 absentions et 2 votes contre. Il est  noter que le Canada, en votant contre aux côtés de la Russie, marque un recul net en matière de reconnaissance des droits indigènes. Cette approbation doit encore être validée par l’Assemblée générale des Nations unies avant la fin 2006.

Source : La Chronique des Amériques, novembre 2006, n°36, Observatoire des Amériques (www.ameriques.uqam.ca), Université du Québec  Montréal (UQAM).

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