Entretien avec Miguel Linares
Miguel Linares : ¬« Nous vivons un processus d’insurrection populaire similaire √ la Commune de Paris ¬ »
par Hern√°n Ouvi√Īa
Article publiť le 23 novembre 2006

Interview de Miguel Linares, enseignant et membre de l’Assembl√© Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO).

Depuis cinq mois, l’Etat d’Oaxaca, au sud du Mexique, traverse une p√©riode d’intense mobilisation politique. En consonance avec d’autres luttes de diff√©rents espaces et organisations dans le reste du Mexique - comme l’Autre Campagne impuls√©e par l’Arm√©e zapatistes de lib√©ration nationale (EZLN, sigles en espagnol), le Front populaire pour la d√©fense de la terre d’Atenco, les mineurs de SICARSA et de Cananea, et m√™me le mouvement de r√©sistance civile contre la fraude √©lectorale dans le District f√©d√©ral [la ville de M√©xico, ndlr] -, la Section 22 du Syndicat national des travailleurs de l’√©ducation (SNTE, Sindicato Nacional de Trabajadores de la Educaci√≥n), qui regroupe les enseignants d’Oaxaca et sur un plan plus g√©n√©ral l’Assembl√©e Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO) sont les protagonistes d’un processus in√©dit d’auto-organisation et de contr√īle politique de la ville qui comprend l’occupation permanente de b√Ętiments publics, la construction de centaines de barricades avec des comit√©s d’autod√©fense, la prise de d√©cisions √ travers des dynamiques d’assembl√©es et l’autogestion de plusieurs moyens de communication ¬« r√©appropri√©s ¬ ».

Avec une grande tradition de r√©sistance, Oaxaca, l’insurg√©e, fut la terre natale de Benito Ju√°rez et des fr√®res libertaires Flores Mag√≥n. Bastion historique du Parti R√©volutionnaire Institutionnel (PRI), c’est l’Etat qui compte la plus importante population indig√®ne dans tout le Mexique. Sa richesse et sa beaut√© contrastent avec l’√©norme pauvret√© et la marginalit√© dans lesquelles sa population est plong√©e depuis des d√©cennies. Ce qui suit est un dialogue avec Miguel Linares Rivera, l’un des 21 enseignants et militants de l’APPO qui (...) m√®nent une gr√®ve de la faim face au symbolique H√©micycle √ Ju√°rez de la ville de M√©xico.

Pourrais-tu te pr√©senter et m’expliquer les raisons de ce campement et pour quelles raisons vous menez une gr√®ve de la faim dans le District f√©d√©ral ?

Nous sommes des gr√©vistes de la faim de l’APPO. La raison principale de cette gr√®ve se fonde sur trois objectifs fondamentaux. Le premier est que nous demandons le d√©part d’Ulises Ruiz Ortiz, le gouverneur de l’Etat d’Oaxaca. Le deuxi√®me est de diffuser et de faire conna√ģtre la situation que nous traversons aux m√©dias nationaux et internationaux. Le troisi√®me est l’appel √ la solidarit√© aussi bien au Mexique que dans le reste du monde de toutes les organisations ind√©pendantes, pour qu’on ne massacre pas notre peuple comme on est en train de le faire actuellement dans la ville d’Oaxaca.

Quand et comment le conflit dans l’Etat d’Oaxaca est-il survenu ?

Nous, les travailleurs de l’√©ducation, tous les ans au mois de mai, nous devons r√©viser le contrat collectif de travail. Cette ann√©e, nous sommes sortis pour demander au gouvernement de l’Etat une “rezonification pour vie ch√®re” [1] de tous les membres du corps enseignant, pour qu’on nous accorde une augmentation comme aux autres travailleurs dans le reste du pays.

Quelle est la situation actuelle des enseignants √ Oaxaca ?

Une minorit√© exerce dans les grandes villes, mais la grande majorit√© des enseignants se trouvent dans une situation extr√™mement pr√©caire. Beaucoup d’entre nous doivent voyager plus de 18 heures pour arriver sur leur lieu de travail ou rentrer √ la maison. Parfois, la moiti√© du salaire est d√©pens√©e en transport, sans compter que nous avons √©galement un loyer √ payer. En plus, dans des lieux comme √ la c√īte, parce que c’est une zone touristique, la nourriture est extr√™mement ch√®re. Malgr√© les bas salaires, nous devons nous acheter les fournitures et tout le mat√©riel dont nous avons besoin. Nous payons m√™me nos propres cours pour nous former sur le plan culturel et √©ducatif. L’immense majorit√© du corps enseignant d’Oaxaca est dans la merde.

La pratique √©ducative de l’Etat exprime en g√©n√©ral un colonialisme et un m√©pris consid√©rable envers la culture indig√®ne. Comment essayez-vous de lutter contre cela ?

Il existe en tout 16 langues indig√®nes dans les communaut√©s d’Oaxaca. La plupart des enseignants parlent une autre langue en plus de l’espagnol. En ce qui me concerne, je parle le zapot√®que. Mais, outre quelques exceptions, nous sommes bien conscients que notre t√Ęche ne consiste pas √ coloniser les communaut√©s ni √ imposer une culture aux compa√Īeros. Nous appelons les enfants compa√Īeros parce que nous sentons que nous apprenons √©galement d’eux. Lorsque nous, les enseignants, arrivons dans une communaut√©, nous devons respecter la langue de l’enfant. Loin de nous l’id√©e de vouloir imposer l’espagnol. Nous expliquons √ l’enfant que s’il apprend l’espagnol, c’est pour qu’il d√©fende sa langue. Ainsi, l’enfant le comprend : il apprend l’espagnol mais en conservant sa propre langue et sa propre culture. Nous essayons √©galement de cr√©er un processus d√©mocratique √ l’int√©rieur des classes, bien que celles-ci soient construites avec une estrade sur√©lev√©e, r√©serv√©e au ma√ģtre d’√©cole. Nous disons que ces structures ne devraient pas √™tre autoris√©es √ Oaxaca. Dans les classes, beaucoup d’entre nous construisent le collectivisme avec les enfants, qui font partie de ce m√™me processus. √€ Oaxaca, les id√©es de Paulo Freire, tr√®s ancr√©es chez les enseignants, ont souvent √©t√© appliqu√©es. M√™me si elles ne sont pas suffisantes, parce que sa pratique a fini par √™tre li√©e en partie aux appareils institutionnels du Br√©sil. Nous reprenons donc son exp√©rience, comme la cubaine, m√™me si nous avons aussi notre propre exp√©rience en mati√®re d’√©ducation alternative √ Oaxaca. Il s’agit d’un processus tr√®s long mais nous y travaillons.

Quelle r√©ponse le gouvernement a-t-il donn√© aux demandes du corps enseignant ?

Face √ notre proposition, nous ne trouvons pas de r√©ponse : le gouvernement s’est repli√© sur lui-m√™me et n’a m√™me pas appel√© √ la n√©gociation. Le 22 mai, nous avons d√©cid√© de commencer une gr√®ve et d’√©tablir un campement √ Oaxaca, en pensant qu’ils allaient nous donner une r√©ponse imm√©diate. N√©anmoins, le gouverneur Ulises Ruiz a fait la sourde oreille jusqu’au 14 juin. Ce jour-l√ , la r√©ponse s’est faite entendre √ quatre heures du matin : une intervention polici√®re, avec plus de trois mille policiers nationaux et municipaux, aussi bien par voie terrestre que par h√©licopt√®re. Ils nous ont attaqu√©s avec tout ce que comptent les forces r√©pressives : chiens, gaz lacrymog√®nes, etc.. Et m√™me si les gens se sont repli√©s pour pr√©server leur int√©grit√© physique (beaucoup d’entre eux sont des enseignants retrait√©s, des enfants et des femmes enceintes), il y a eu un grand nombre de bless√©s. A six heures du matin, nous, les enseignants sommes revenus avec le soutien du peuple pour reprendre le Z√≥calo (la place centrale), en expulsant les policiers. Cela a permis aux gens de percevoir l’enseignant comme une personne courageuse. Apr√®s cela, la grande majorit√© des colonies et des habitants d’Oaxaca, d’abord de la capitale et apr√®s de tout l’Etat, ont commenc√© √ nous rejoindre. C’est ainsi qu’est fond√©e l’APPO, o√Ļ la revendication des enseignants passe au second plan, la demande centrale devenant “¬°Fuera Ulises Ruiz de Oaxaca !” (“Ulises Ruiz, hors de Oaxaca !”). Le peuple a assum√© tout le contr√īle d’Oaxaca et a commenc√© √ former des barricades parce qu’il y avait des ¬« escadrons de la mort ¬ », des policiers habill√©s en civil observ√©s aussi bien sur les cha√ģnes nationales que sur des photographies, des paramilitaires qui circulaient et blessaient par balle les compa√Īeros qui se trouvaient sur les barricades. Au cours de tout ce processus, 15 des n√ītres ont perdu la vie [2] et nous venons d’apprendre √ l’instant qu’un autre compa√Īero vient de mourir dans cette incursion lanc√©e par le gouvernement f√©d√©ral avec la Police f√©d√©rale pr√©ventive (une sorte de force polici√®re militaris√©e) et les militaires dans la capitale d’Oaxaca.

Que s’est-il pass√© apr√®s cette premi√®re tentative de r√©pression ?

Nous avons fait de grandes manifestations, avec m√™me plus de 500 mille personnes dans les rues d’Oaxaca. Du jamais vu auparavant, mais, n√©anmoins, nous n’avons pas √©t√© √©cout√©s par le gouvernement. Non seulement ils nous ignoraient mais toutes les nuits ils continuaient √ nous r√©primer. C’est pourquoi nous nous sommes dit : Il faut faire sortir ce probl√®me d’Oaxaca. Et nous avons commenc√© une marche le 22 septembre vers le District f√©d√©ral. Environ 5 000 personnes d’Oaxaca, dont des enseignants et des organisations sociales, ont march√© plus de 500 kilom√®tres. Nous sommes arriv√©s le 9 octobre et, une semaine apr√®s (le 16 octobre), nous avons install√© ce campement de gr√®ve de la faim illimit√©e sur la base des points que j’ai mentionn√©s.

Quel type de pratiques et d’espaces communautaires sont en train de voir le jour √ Oaxaca ?

Avant la r√©pression, nous avions une radio qui s’appelait Plant√≥n. Elle transmettait dans toutes les zones centrales de la capitale. Pendant la r√©pression, la premi√®re chose qu’ils ont endommag√©e fut cette radio. Ils l’ont d√©truite. Mais, parall√®lement, √ 6h du matin, en apprenant que la communication avec le peuple via Radio Plant√≥n avait √©t√© bloqu√©e, les √©tudiants se sont empar√©s de Radio Universidad. Cette radio a alors commenc√© √ devenir la voix du peuple. Mais, peu apr√®s, ils nous l’ont enlev√©e. Face √ cela, les femmes ont r√©agi avec une mobilisation le 1er ao√ »t, en s’emparant d’une cha√ģne de t√©l√©vision et de radios officielles. Peu de temps s’est √©coul√© avant que les paramilitaires essaient de bloquer les antennes et de nous les confisquer. Ce jour-l√ , un autre camarade est d√©c√©d√©. Les gens ont ripost√© en s’emparant de nouvelles radios √ Oaxaca. Apr√®s plusieurs n√©gociations avec les autorit√©s au cours de ces mois, sur les douze radios “prises”, dix ont √©t√© “lib√©r√©es”, et une autre d√©truite. Il avons gard√© Radio Ley, la seule qu’il nous restait jusqu’√ ce qu’ils nous la bloquent. Voila o√Ļ nous en √©tions lorsque Radio Universidad est revenu sur les ondes. Elle fonctionne jusqu’√ maintenant. Ces mobilisations et “prises” de radios constituent une r√©action spontan√©e de la soci√©t√© d’Oaxaca parce que nous en avons marre des 76 ann√©es de gouvernements du PRI. Tous ces m√©dias ont toujours servi √ “transmettre”, en insultant de mani√®re permanente les enseignants et les pauvres, en faisant syst√©matiquement l’√©loge du gouverneur. C’est pourquoi il y a eu une r√©action naturelle des gens, ce ¬« ¬°Ya basta !’ ¬ » (¬« Ca suffit ! ¬ ») envers tous ces m√©dias qui rendaient Oaxaca idiot. En ce moment, ils ne fonctionnent m√™me pas, pour √©viter pr√©cis√©ment d’√™tre √ nouveau “pris” par les habitants.

Comment les barricades sont-elles apparues et quelle est la situation l√ -bas ?

Au d√©but, nous ne pensions pas qu’Oaxaca allait exploser de cette mani√®re. Nous en avons seulement pris conscience lorsqu’ils nous ont attaqu√©s le 14 juin. Il y a eu une r√©ponse imm√©diate de la population. Les gens se sont solidaris√©s avec les enseignants et ont particip√© aux actions. Les barricades sont apparues √ ce moment pr√©cis, lorsque nous avons commenc√© √ √™tre attaqu√©s par des groupes paramilitaires. Des groupes d’autod√©fenses ont alors commenc√© √ √™tre form√©s pour ne pas les laisser circuler librement dans Oaxaca. De petites barricades furent ainsi construites, mais elles se sont g√©n√©ralis√©es quand ces personnes attaqu√®rent Radio Ley et tu√®rent un camarade. On a dress√© dans tout Oaxaca des centaines de barricades. M√™me avant l’incursion de la Police f√©d√©rale pr√©ventive avec les militaires, on a r√©ussi √ installer plus de 1 600 barricades. C’est donc vraiment un processus d’insurrection populaire que nous sommes en train de vivre.

Avez-vous √©galement occup√© des b√Ętiments publics pendant tout ce temps de lutte ?

Bien s√ »r, les trois pouvoirs d’Oaxaca. Tous les bureaux publics ont √©t√© pendant plusieurs semaines entre les mains des enseignants et du peuple, et d√©fendus avec des barricades. Face √ cela, dans la Maison du Gouverneur, ce vendredi, les paramilitaires se sont acharn√©s lourdement contre nos fr√®res de la c√īte, de la m√™me fa√ßon qu’√ Procuradur√≠a, en cherchant √ nous d√©loger √ travers la r√©pression et les assassinats, comme on l’a vu dans la presse.

Qui int√®grent l’APPO et comment y prend-t-on les d√©cisions ?

Au d√©part, l’APPO s’est cr√©√©e avec 340 organisations autour d’une id√©e centrale qui √©tait la chute d’Ulises Ruiz Ortiz. Par rapport √ cela, on a commenc√© √ cr√©er des commissions internes comme celles de la presse, des barricades et de la propagande. Nous avons commenc√© √ former tout un r√©seau d’organisations √ Oaxaca. Toute action que nous voulions r√©aliser devait passer par une consultation de la base, aussi bien celle des enseignants que celle de l’APPO elle-m√™me. C’est le m√©canisme qui fonctionne, il y a tout le temps des r√©unions avec toutes les organisations et avec les d√©l√©gu√©s des colonies et des barricades. Les d√©cisions et les r√©solutions se prennent de mani√®re collective. Notre r√©sistance civile et pacifique dans l’Etat d’Oaxaca est ainsi. Des assembl√©es populaires du peuple ont m√™me d√©j√ √©t√© cr√©√©es dans le Guerrero, le Morelia et dans l’√‰tat de M√©xico. M√™me si elles sont tr√®s symboliques, elles sont des embryons qui pourraient d√©terminer les lignes directrices d’une organisation nationale. C’est un processus que le pays est en train de vivre parall√®lement √ un processus √©lectoral o√Ļ des millions de Mexicains inquiets rej√®tent ce nouveau pr√©sident ¬« √©lu ¬ » (Felipe Calder√≥n, du Parti d’Action Nationale).

Quelle a √©t√© la r√©ponse des partis traditionnels face √ la situation d’auto-organisation de l’APPO ?

Les organisations institutionnelles, comme le sont les partis politiques √ Oaxaca, ont √©t√© compl√®tement d√©pass√©es. Tant le PRI que le PAN se sont r√©v√©l√©s √™tre des ennemis du peuple. M√™me le Parti de la R√©volution D√©mocratique (PRD), qui se r√©clame du centre-gauche, a √©t√© d√©pass√© : m√™me si beaucoup de ses militants de base sont avec l’APPO, ses dirigeants sont rest√©s muets et ont √©t√© oblig√©s de reconna√ģtre que le peuple a agi par lui-m√™me, sans eux.

Outre la chute d’Ulises Ruiz, quelle est la proposition politique de l’APPO ?

En fait, ind√©pendamment de ce qui s’est produit, nous avions d√©j√ appel√© √ la formation du Congr√®s constitutif de l’APPO. Qu’est ce que cela signifie ? Eh bien, que dans les communaut√©s, les colonies, les syndicats et tout ce qui se mobilise de mani√®re organis√©e, des d√©l√©gu√©s allaient √™tre nomm√©s pour que ce congr√®s se tienne, o√Ļ l’on pourrait discuter de plateformes, de principes et de formes d’organisations. La proposition √©tait pour le 8, 9 et 10 novembre, mais, face aux derniers √©venements, je crois que nous devrons le reprogrammer. Nous esp√©rons ne pas trop devoir la repousser pour ainsi pouvoir former le nouveau pouvoir populaire √ Oaxaca [Finalement, le Congr√®s s’est tenu du 10 au 12 novembre, ndlr].

Beaucoup de gens appellent “Commune de Oaxaca” ce processus. A quoi font-il r√©f√©rence ?

Je crois que c’est une allusion aux processus d’organisation interne : le fait d’avoir nos “topiles” [sorte de police communautaire, ndlr], de nous organiser en assembl√©es et √ travers des barricades, d’affronter directement les forces polici√®res. Cela fait r√©f√©rence √ la question de l’auto-organisation, bien que nous ne puissions toujours pas arriver √ nos fins comme dans la Commune de Paris. L’id√©e de “Commune” √ Oaxaca renvoie plut√īt aux pratiques des communaut√©s indig√®nes qui maintiennent ces processus depuis de tr√®s nombreuses ann√©es. Notre processus consiste en une insurrection avec certaines tendances de pouvoir populaire ressemblants √ celles de la Commune de Paris. Mais, de toute mani√®re, il ne s’agit encore que d’un embryon sur lequel nous travaillons.

Pouvez-vous nous expliquer bri√®vement ce que sont les “topiles” ?

Nous empruntons ce terme aux communaut√©s indig√®nes. Dans ces derni√®res, il n’y a pas de policiers en uniforme portant des armes √ feu. L’autorit√© est constitu√©e par les paysans et les indig√®nes eux-m√™mes, ils ont un “b√Ęton” de commandement dans la main et un “chipote” [sorte de massue, ndlr]. Sans besoin d’avoir des armes, ils sont l’autorit√©. Dans le cas d’une plainte de voisinage, ils parviennent √ r√©soudre le probl√®me. Les “topiles” exercent gratuitement la justice dans le village, sans recevoir de salaire pour cela.

De quelle mani√®re sont-ils √©lus ?

En assembl√©es communautaires. Nous avons transpos√© cette exp√©rience indig√®ne √ la capitale d’Oaxaca lorsque notre mouvement est n√©. Les “topiles” sont les compa√Īeros qui se proposent volontairement ou sont √©lus dans leurs organisations pour jouer ce r√īle sur les barricades, dans les fonctions d’autod√©fense contre les policiers et les chapardeurs.

Outre cette √©norme influence indig√®ne, en quoi cette lutte √ Oaxaca rejoint-elle les r√©sistances observ√©es dans le reste de l’Am√©rique ?

Bien que nous ayons subi l’influence de nos communaut√©s indig√®nes, r√©gies par les us et coutumes √ travers des assembl√©s communautaires, notre processus de lutte n’est pas quelque chose d’isol√© mais c’est tout un ensemble. Notre exp√©rience actuelle est aussi due √ ce qui s’est fait en Equateur, au Br√©sil et en Argentine. Nous avons suivi toutes les exp√©riences qui ont eu lieu en Am√©rique Latine, mais aussi aux Etats-Unis avec nos compa√Īeros migrants. C’est pourquoi nous esp√©rons que la solidarit√© nationale et internationale avec notre lutte sera imm√©diate. En fait, elle existe d√©j√ . Nous savons qu’en Espagne, en Italie, aux Etats-Unis et dans d’autres endroits, des mobilisations et des protestations ont √©t√© organis√©es devant des consulats et des ambassades. Nous pensons que l’avenir de l’humanit√© peut changer et nous pouvons le mener √ bien,de l’endroit o√Ļ nous nous trouvons.

Quelle est la situation actuelle √ Oaxaca apr√®s la r√©cente r√©pression ?

Je crois que si le gouvernement est intelligent, il va replier ses forces polici√®res. Sinon, cela finira par une bataille rang√©e √ Oaxaca parce que nous n’allons pas rendre la ville √ la Police f√©d√©rale pr√©ventive.

Pour finir, quel est votre √©tat d’esprit ?

Nous sommes confiants sur le fait que notre mouvement doit triompher parce qu’il ne s’agit pas d’une r√©bellion de quelques groupes ou de quelques ¬« radicaux ¬ » mais d’une insurrection populaire. Quiconque ne comprend pas cela, continuera √ essayer de faire taire ces voix avec des ba√Įonnettes. Qu’ils sachent qu’ils pourront les faire taire pendant un temps, mais d’autres jailliront et la bataille continuera.

Notes :

[1[NDLR] La ¬« rezonificaci√≥n ¬ » est une r√©√©valuation du co√ »t de la vie, qui impliquerait une hausse du salaire minimum des instituteurs.

[2[NDLR] Depuis la réalisation de cet entretien, on comptabilise 22 morts et 34 disparus.

Source : Prensa de Frente (http://www.prensadefrente.org/), 29 octobre 2006.

Traduction : Florence Razimbaud et Fausto Giudice, membres de Tlaxcala (http://www.tlaxcala.es), le r√©seau de traducteurs pour la diversit√© linguistique. Traduction revue par l’√©quipe du RISAL.

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