Entretien avec le président élu de l’Equateur
Rafael Correa : « Je ne peux pas revenir sur la dollarisation  »
par Eleonora Gosman
Article publié le 16 janvier 2007

Rafael Correa est une des figures montantes chez les nouveaux leaders sud-américains. Il a été invité au Sommet [de la Communauté Sud-américaine des Nations - CSN, àCochabamba, en Bolivie, le 9 décembre, ndlr] en tant que président élu de l’Équateur. Entre ses rendez-vous bilatéraux avec plusieurs chefs d’Etat, dont l’uruguayen Tabaré Vásquez, il a accordé un entretien aux envoyés spéciaux de Clarín [quotidien argentin, ndlr]. Il a rappelé, avec ironie, l’héritage laissé àson pays par Domingo Cavallo [ancien ministre des Finances argentin, ndlr] quand il est venu dispenser ses conseils aux Équatoriens il y a dix ans. Aujourd’hui, Correa affronte un dilemme : « Je ne peux pas revenir sur la dollarisation  », dit-il. Il croit que cette alternative pourrait « mener àune guerre civile  ».

C’est en 2000, sous le gouvernement de Jamil Mahuad, que l’Équateur a adopté le billet vert (...).

Correa, un économiste qui a fait son doctorat àl’université d’Illinois, s’est exprimé lors de ce sommet en quechua, la principale langue indigène dans son pays.

Votre dollaristaion est une camisole de force pire que la Convertibilité argentine [le plan de parité entre le peso et le dollar instauré en 1991, ndlr]. Comment pensez-vous vous en sortir ?

C’est tragicomique. Quand l’économie équatorienne a été dollarisée, on nous a dit que le modèle était l’Argentine ; et quand la Convertibilité argentine s’est effondrée, on nous a dit que cela n’avait aucun rapport. L’Equateur souffre des mêmes problèmes que ceux qu’a connu l’Argentine : perte de compétitivité, faillite ou délocalisation d’entreprises, destruction du secteur agricole, chômage. La différence, c’est que nous avons deux sources artificielles de financement pour entretenir le problème, mais non pour le résoudre : les revenus de l’exportation du pétrole, et les envois d’argent des Équatoriens émigrés.

Pensez-vous revenir sur la dollarisation ?

Ce serait quasi suicidaire et cela pourrait même déboucher sur une guerre civile. La dollarisation a été une erreur colossale, comme les Argentins le savent bien, mais en Équateur il n’y a pas encore de consensus politique et social pour y renoncer. Nous n’avons pas touché le fond comme en Argentine. Pour le moment, nous allons combattre le chômage et réactiver l’économie dans le cadre de la dollarisation, avec une politique commerciale active.

Vous avez dit que l’Equateur s’intègrera au Mercosur. Est-ce que cela implique de quitter la Communauté andine ?

Ce serait deux processus simultanés. De fait, l’Équateur est déjàun membre associé du Mercosur. Nous croyons qu’il doit y avoir un processus d’intégration de toute l’Amérique du Sud.

Est-ce que c’est compatible avec les traités de libre-échange avec les Etats-Unis ?

Nous ne signerons pas le traité de libre-échange. Je crois qu’il y a une majorité de pays qui misent sur l’intégration sud-américaine.

A quels partenaires commerciaux pensez-vous ?

Nous voudrions que tous les pays d’Amérique latine soient des partenaires privilégiés, et, en même temps, ouvrir de nouveaux marchés en Chine, en Inde, au Moyen-Orient. En Amérique latine, il y a un grand potentiel mais presque rien n’a été fait.

Que va-t-il se passer avec la base militaire de Manta, utilisée par les Etats-Unis ?

Elle relève d’une convention internationale que nous honorerons, mais qui vient àéchéance en 2009. Nous ne la reconduirons pas. Pour nous, la souveraineté c’est de ne pas avoir un soldat étranger sur notre territoire.

Quel type d’assemblée constituante allez-vous convoquer après la passation de pouvoirs ?

Elle aura les pleins pouvoirs, c’est la seule option. Il faut en finir avec la domination des mafias qui se sont perpétuées au pouvoir. La politique doit cesser d’être une affaire de carnet de chèques.

Source : Clarín (http://www.clarin.com), Buenos Aires, 10 décembre 2006.

Traduction : Maria Poumier & Fausto Giudice (http://www.tlaxcala.es/), membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Traduction revue par l’équipe du RISAL.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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