Venezuela
D√©mocratie et ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ »
par Margarita Lopez Maya
Article publiť le 24 avril 2007

Depuis sa nette victoire √©lectorale en d√©cembre dernier, le pr√©sident v√©n√©zu√©lien, Hugo Chavez, n’a pas perdu du temps. L’une √ la suite de l’autre, il a annonc√© une s√©rie de mesures qui devraient, selon lui, conduire le Venezuela sur la voie du ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». Parmi celles-ci, notons la loi habilitante qui octroie, durant une p√©riode de 18 mois, des pouvoirs sp√©ciaux au pr√©sident pour mettre en Ň“uvre des r√©formes dans une s√©rie de mati√®res ; la cr√©ation du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) ; des ¬« nationalisations ¬ » dans les secteurs p√©troliers, des t√©l√©communications et de l’√©lectricit√© ; l’approfondissement de la construction du ¬« pouvoir populaire ¬ » par l’acc√©l√©ration de l’√©tablissement de conseils communaux, instruments de d√©mocratie directe des communaut√©s organis√©es, sur tout le territoire ; la r√©forme de la constitution qui devrait permettre au pr√©sident de postuler pour un autre mandat en 2012, etc.
Ces initiatives ont suscit√© enthousiasme, scepticisme et critiques. Certaines propositions du chef de l’√‰tat - et la mani√®re dont il les a pr√©sent√©es (impos√©es ?) - n’ont pas plu √ Margarita Lopez Maya, un historienne v√©n√©zu√©lienne, respect√©e tant pour les partisans de ladite r√©volution bolivarienne que par l’opposition. Sympathisante du projet de ¬« d√©mocratie participative ¬ » constitutionnalis√© en 1999 [1], Lopez Maya exprimait d√©j√ ses pr√©occupations en 2004, apr√®s la victoire de Chavez au r√©f√©rendum r√©vocatoire : ¬« Dans un pays o√Ļ la faiblesse institutionnelle est si accentu√©e, et avec une tendance autoritaire visible chez tous les acteurs politiques des deux camps, il peut y avoir une accentuation de l’autoritarisme, du manque de d√©bat et de n√©gociation. Il y a un processus de croissance de l’organisation populaire mais il ne me semble pas encore suffisant pour contenir l’autoritarisme. ¬ » [2] Ces inqui√©tudes semblent s’√™tre accrues derni√®rement. C’est ce qui ressort de l’interview qu’elle a accord√©e au quotidien antichaviste El Nacional le 21 janvier 2007.
La r√©daction du RISAL a d√©cid√© de reproduire quelques extraits de cet entretien ainsi qu’une s√©rie de textes qu’elle a √©crits ces derni√®res semaines sur la conjoncture que traverse aujourd’hui le Venezuela. Les th√©matiques dont elle traite tournent essentiellement autour de la question d√©mocratique : d√©mocratie repr√©sentative et d√©mocratie participative, syst√®me politique et multipartisme, relations entre √‰tat et ¬« soci√©t√© civile ¬ », s√©paration des pouvoirs, etc.

Socialisme démocratique en 2007 ?, 8 janvier 2007
— Entretien avec Margarita Lopez Maya : ¬ę Je ne sais pas si le socialisme chaviste sera d√©mocratique ¬Ľ, 21 janvier 2007
— Participation et politique de rue, 4 f√©vrier 2007
— Sur les Conseils communaux, 4 f√©vrier 2007
— Le Venezuela en d√©bat, 4 mars 2007
— Socialisme, partis et syst√®me politique, 18 mars 2007

******

Socialisme d√©mocratique en 2007 ?

Une ann√©e politiquement incertaine commence, car le mois de d√©cembre s’est termin√© sur des signes inqui√©tants. J’avais pens√© passer des f√™tes tranquilles, mais une pouss√©e de fi√®vre r√©volutionnaire a pris le pr√©sident au th√©√Ętre Teresa Carre√Īo [3], et il a pratiquement ordonn√© la cr√©ation du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). Sans d√©bat, sans consultation et sur un ton arrogant en parlant des partis politiques alli√©s de son gouvernement.

Que reste-t-il de la d√©mocratie participative et ¬« protagonique ¬ » ? Est-ce ainsi que l’on gouverne ? ¬« Je n’ai pas le temps pour des d√©bats insipides ¬ », a-t-il dit. Et s’ils [les partis] ne veulent pas int√©grer le parti uni, ¬« ils sortiraient du gouvernement ¬ ». Le parti Patria Para Todos (PPT, Patrie Pour Tous) [4] a re√ßu son avertissement. Clair. Tr√®s clair.

Le m√©pris envers les partis que ce discours refl√®te, malheureusement, n’est pas l’exclusivit√© du pr√©sident. Un sondage r√©alis√© en ao√ »t 2006 par des universitaires √©trangers sur un √©chantillon de 850 personnes de trois villes v√©n√©zu√©liennes, 550 de secteurs populaires et 300 d’¬« urbanisations ¬ » [quartiers de classes moyennes] a montr√© une d√©valorisation similaire. La concurrence entre partis, dans un ensemble de huit autres caract√©ristiques de la d√©mocratie, a sembl√© √™tre la moins importante pour 41% des sond√©s des quartiers populaires et 60% des urbanisations et pourrait √™tre m√™me √©limin√©e sans que la d√©mocratie en soit fort affect√©e √‡’a √©t√© l’unique convergence entre les deux groupes sur une vingtaine de questions. Le m√©pris pr√©sidentiel aurait donc un appui important.

Ce parti uni s’ajoute √ d’autres offres du chavisme dans le cadre du ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ » comme la r√©forme constitutionnelle pour la r√©√©lection ind√©finie, l’√©limination de la repr√©sentation proportionnelle et un nouveau pouvoir, le ¬« populaire ¬ », dont le contenu est fort incertain, puisqu’il y a eu peu d’information donn√©e, sans parler des d√©bats. Au niveau √©conomique, rien de ce qui a √©t√© dit par les dirigeants jusqu’√ ce jour ne m√©ritait une r√©forme constitutionnelle, puisque celle de 1999 semblait avoir les dispositifs n√©cessaires.

Je pense que plus qu’√ l’offre du socialisme, la victoire de Chavez [√ l’√©lection pr√©sidentielle du 3 d√©cembre 2006, ndlr] est due √ la prosp√©rit√© p√©troli√®re, au succ√®s de certaines ¬« missions ¬ » et aux immenses attentes que les ressources que le gouvernement d√©pense dans les activit√©s les plus vari√©es ont soulev√©es. Mais c’est d√ » aussi au manque de proposition alternative du c√īt√© de l’opposition. Les bases chavistes ont peu pr√™t√© attention aux offres de contr√īler la sph√®re politique en limitant la repr√©sentation et la r√©√©lection ind√©finie car l’acc√®s aux droits socio√©conomiques est leur priorit√©. Dans les bases de l’opposition, o√Ļ l’urgence pour la satisfaction des besoins de base est moindre, m√™me si son discours fait allusion au besoin de pluralisme, il y a peu d’int√©r√™t √ reconstruire un syst√®me de partis ou √ d√©fendre la repr√©sentation proportionnelle, comme le r√©v√®le le sondage cit√© ci-dessus. Avec ces faiblesses, il est possible que le fant√īme d’un processus involutif de notre d√©mocratie fasse sa r√©apparition cette ann√©e.

Heureusement, plusieurs chercheurs en sciences sociales v√©n√©zu√©liens comme Edgardo Lander [5], Julio Escalona, Javier Biardeau qui ont suivi et appuy√© de mani√®re critique ce processus transformateur, ont ouvert le d√©bat sur les id√©es expos√©es au Teresa Carre√Īo et leurs cons√©quences pour le processus d’approfondissement d√©mocratique.

Elargir et enrichir ce d√©bat est un des d√©fis cruciaux de 2007, tant pour ceux qui appuient le gouvernement que pour ceux que s’y opposent.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 8 janvier 2007. Traduction : Fr√©d√©ric L√©v√™que, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.aporrea.org/ideologia/a2....

******

Entretien avec Margarita Lopez Maya : ¬« Je ne sais pas si le socialisme chaviste sera d√©mocratique ¬ » [6]

Chercheuse disciplin√©e qui a suivi le cours du devenir national √ la tentation d’adjectiver devant les cam√©ras de t√©l√©vision, Margarita L√≥pez Maya est l’une des rares analystes locales qui jouit d’un prestige incontestable aussi bien aupr√®s de la majorit√© que de l’opposition.

L’universitaire, qui, √ plusieurs occasions, a reproch√© √ l’opposition son manque de compr√©hension du moment actuel, semble pr√©occup√©e. (...)

¬« Au moment des √©lections, Ch√°vez avait deux possibilit√©s, parce qu’il avait employ√© deux discours pendant la campagne : l’un tr√®s dur, pour ses militants inconditionnels et, √ partir de la moiti√© de la campagne, un autre plus doux, qui appelait √ la reconnaissance de l’autre. (...) L’opposition avait pris r√©solument la voie √©lectorale et ce processus allait permettre la consolidation d’un jeu politique stable et pluriel. Mais, au d√©but de l’ann√©e, le pr√©sident Ch√°vez a tout jet√© √ terre. Depuis, il a clairement choisi l’option dure. Ce qu’il appelle ¬« l’approfondissement de la r√©volution ¬ ». Echanger les huit ans pr√©c√©dents de ladite ¬« d√©mocratie participative et protagonique ¬ » pour le ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». (...)

Avec cette abondance de votes, Ch√°vez consid√®re que les gens l’ont mandat√© pour aller vers ce socialisme. (...) J’ai l’impression que nous sommes en pr√©sence d’un processus qui se propose de changer le r√©gime politique au Venezuela. De par certaines choses qu’il annonce, il a initi√© un lent processus d’affaiblissement de la d√©mocratie lib√©rale.
Pas n√©cessairement de la d√©mocratie. Je crois que nous allons, avant tout, vers un affaiblissement institutionnel de l’Assembl√©e nationale en tant qu’espace pour la d√©lib√©ration et d√©positaire de la souverainet√© populaire. L’√©galit√© et l’autonomie des pouvoirs figurent dans la Constitution de 1999, mais je crois qu’il y a une intention de produire une modification pour aller vers une subordination de tous les autres pouvoirs √ la pr√©sidence. (...)

Ici, il y a un affaiblissement du concept lib√©ral de la repr√©sentativit√©. Le pr√©sident a dit qu’il veut aller vers la cr√©ation d’un sixi√®me pouvoir, le pouvoir communal.

La gauche a √©t√© traditionnellement tr√®s m√©prisante envers les instances de repr√©sentation. Le concept de pouvoir communal, pourtant, reste tr√®s vague. L’assembl√©isme [assembl√©es populaires, conseils communaux] garantit, on le suppose, l’exercice d’une d√©mocratie directe. Par la loi, en ce moment, les conseils communaux ne regroupent pas plus de 400 familles. Ce sont de tr√®s petites unit√©s, en prenant en compte la taille d’un quartier populaire.
Ce sont des instances qui peuvent prendre des d√©cisions sur des probl√®mes ponctuels, mais qui, du point de vue politique, pour ce qui est de gouverner de fa√ßon absolument autonome, ont une mission et une utilit√© pour le moins discutable. Les dirigeants populaires que j’ai consult√©s sur l’opportunit√© d’un tel instrument pour gouverner ont fini par me r√©pondre qu’il ne servait √ rien.(...)

L’une des caract√©ristiques de ce processus est qu’il a min√© la capacit√© d’autonomie et d’ind√©pendance de pens√©e √ l’int√©rieur du chavisme. Il y a un m√©contentement ; des d√©cisions surprenantes ont √©t√© prises, dans l’urgence, sans consultation d’aucune sorte.(...)

Il y a des traits autoritaires et personnalistes ; on ne sait pas quels sont les espaces de d√©lib√©ration, l’Assembl√©e nationale a d√©l√©gu√© ses obligations. Les questions ne sont pas discut√©es √ l’Assembl√©e parce que pour le pr√©sident c’est une perte de temps. Ni avec l’Assembl√©e ni avec le pays. Le temps des proc√©dures d√©mocratiques est une chose, celui des op√©rations militaires en est une autre. (...)

Il est d√©montr√© que les V√©n√©zu√©liens estiment la d√©mocratie, c’est l’un des mandats du gouvernement. Pour l’immense majorit√© des V√©n√©zu√©liens, ce r√©gime a √©t√© jusqu’√ maintenant beaucoup plus d√©mocratique que celui du Pacte de Punto Fijo [le syst√®me ant√©rieur √ 1999, ndlr].

Source : El Nacional (http://www.el-nacional.com/), 21 janvier 2007. Traduction : Marie-Jos√©e Cloiseau, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.soberania.org/Articulos/...

******

Participation et politique de rue

Parmi les nouveaut√©s qui sont apparues dans les derniers discours pr√©sidentiels [d’Hugo Chavez, ndlr], il y a l’id√©e que les ministres travaillent au bureau du lundi au mercredi et dans la rue du jeudi au dimanche.

Un exécutif de rue, donc.

L’id√©e que le parlementarisme de rue convient tr√®s bien √ l’Assembl√©e nationale et qu’il faut approfondir ce m√©canisme circule √©galement. Il pourrait m√™me se faire qu’il n’y ait plus besoin d’un pouvoir l√©gislatif comme dans les d√©mocraties lib√©rales, puisque le peuple d√©lib√©rant sur les places ou dans la cour du Capitole [l’Assembl√©e nationale, ndlr] est plus authentique. En outre, on nous promet un sixi√®me pouvoir, le ¬« pouvoir populaire ¬ », constitu√© par les conseils communaux, leurs f√©d√©rations et d’autres regroupements de conseils communaux, jusqu’au sommet, qui est le bureau du pr√©sident. La d√©lib√©ration pourrait √™tre ainsi de meilleure qualit√© que les longues et infructueuses discussions parlementaires.

Selon une autre conviction qui se g√©n√©ralise, notre participation et/ou notre d√©mocratie directe est robuste : nous l’avons vu dans les mobilisations gigantesques de la campagne √©lectorale. Et aussi dans la protestation populaire. 1 383 manifestations de rue ont eu lieu l’an dernier selon les calculs de Provea [7], c’est-√ -dire une moyenne de presque quatre manifestations par jour. Les trois quarts ont concern√© des revendications socio-√©conomiques et plus de 32 % ont eu recours aux barrages de rue comme mode de protestation. Les gens luttent donc de mani√®re participative pour leurs droits.

L’enthousiasme pour la rue comme √©tant l’espace de la d√©mocratie participative et ¬« protagonique ¬ » a fini par changer le sens qu’avait ce terme dans la constitution de 1999. Quand nous avons approuv√© cette constitution, il s’agissait de construire une combinaison de d√©mocratie repr√©sentative et de d√©mocratie directe. Mais, au cours de ces derni√®res ann√©es, le concept de d√©mocratie s’est polaris√©. Aujourd’hui, une partie du chavisme soutient que seuls les m√©canismes de d√©mocratie directe sont de la d√©mocratie authentique, c’est pourquoi l’opposition, s’accroche √ la d√©mocratie repr√©sentative. Cette √©volution perverse pourrait annoncer un naufrage de la d√©mocratie.

Commen√ßons par le plus facile. La protestation de rue est un m√©canisme l√©gitime d’expression politique, mais de mauvaise qualit√©, car elle n√©cessite beaucoup de temps perdu et beaucoup de monde pour √™tre effective. Elle est en augmentation dans nos villes, surtout √ Caracas, pour diff√©rentes raisons. Dans les deux derni√®res ann√©es surtout, parce que les m√©canismes institutionnels ne sont simplement pas efficaces. Si les plaintes concernant des droits socio-√©conomiques trouvaient dans les institutions publiques des instances qui les recueillent et garantissent leur traitement effectif, les gens n’auraient pas √ bloquer la rue en face de Miraflores [le palais pr√©sidentiel, ndlr], o√Ļ ils vont bien s√ »r parce qu’ils savent que les probl√®mes ne peuvent √™tre r√©gl√©s qu’√ la pr√©sidence.

Les campagnes √©lectorales, comme la derni√®re, ressemblent tellement √ celles de la quatri√®me R√©publique [8] qu’il n’est pas besoin d’argumenter que beaucoup d’argent et/ou de ressources m√©diatiques, et un faible d√©bat, cela ne signifie nulle part une meilleure d√©mocratie. Mais la question du parlementarisme de rue, de l’ex√©cutif de rue ou du sixi√®me pouvoir [ledit pouvoir populaire, ndlr] m√©rite davantage d’attention.

Le parlementarisme de rue est apparu quand l’opposition s’est retir√©e des √©lections [9]. Nous nous sommes r√©veill√©s avec une Assembl√©e ¬« rouge, tr√®s rouge ¬ » [10]. Les d√©put√©s, devant la faiblesse d√©mocratique qui en r√©sultait, ont invent√© cette proposition. C’est un m√©canisme int√©ressant pour informer et recueillir les id√©es et les opinions de ceux qui d√©sirent participer volontairement √ la formulation de lois ou de politiques. C’est aussi un espace privil√©gi√© d’√©ducation politique. Mais je ne crois pas qu’en mettant des kiosques et des tables dans des parcs ou sur des places publiques en fin de semaine, pour discuter, par exemple, le budget de 2007 au milieu du peuple, nous ayons une meilleure d√©mocratie que dans l’espace de d√©lib√©ration de l’Assembl√©e, √©lue au suffrage universel et direct. Dans des soci√©t√©s √ int√©r√™ts divergents, il faut un lieu comme l’Assembl√© nationale, o√Ļ le pluralisme trouve sa place, o√Ļ on dialogue et o√Ļ on tente de vivre avec l’autre de mani√®re pacifique en √©tablissant des consensus √©l√©mentaires. Si ce n’est pas ce que font les d√©put√©s, alors il y a le r√©f√©rendum r√©vocatoire [11] pour les remplacer.

Le parlementarisme de rue est un complément de la
représentation, il ne la remplace pas.

A propos de l’ex√©cutif de rue, √©tant donn√© les inefficiences du gouvernement, la pi√®tre qualit√© de nombreux fonctionnaires et la corruption omnipr√©sente, des caravanes pr√©sid√©es par le ministre, recueillant les opinions et prenant des d√©cisions √ partir de la rue, ressemblerait √ une fable qui ne serait ni bon march√© ni sage. Le pr√©sident pourrait confier √ quelques personnes qualifi√©es en gestion publique la mission d’ouvrir une consultation dans le pays et de concevoir une proc√©dure participative pour que les bureaucrates connaissent mieux les probl√®mes r√©gionaux et locaux.

Le pouvoir populaire, qui sera le nŇ“ud de l’organisation du Socialisme du XXIe si√®cle, est plus complexe √ √©valuer. D’une part, les conseils communaux [12] sont des unit√©s d’organisation populaire int√©ressantes pour r√©soudre les probl√®mes de base des communaut√©s et pour ouvrir des espaces de discussion politique.

Pourtant, leur composition par la loi, d’un maximum de 400 familles, n’en fait des substituts ni √ l’Assembl√©e Nationale, ni aux municipalit√©s, ni aux gouvernements r√©gionaux comme espaces de coexistence pluralistes, m√™me en cr√©ant des f√©d√©rations et autres regroupements. En plus, jusqu’√ maintenant, ils se sont constitu√©s surtout gr√Ęce √ la rente p√©troli√®re et parce que les communaut√©s ne sont pas idiotes. C’est √ prendre ou √ laisser. Cette forme court le risque de devenir une structure client√©liste, dans le meilleur style de la quatri√®me R√©publique ou pire, de Fujimori ou de Menem.

Il est impérieux que le gouvernement ouvre cette discussion et que le débat soit partie prenante de la réforme constitutionnelle en gestation.

La participation sans la repr√©sentation n’est pas une r√©elle d√©mocratie. Bien que des figures comme les conseils communaux ou le parlementarisme de rue soient des √©l√©ments importants, ils sont loin de produire un nouveau citoyen au pouvoir renforc√© face √ l’Etat ou une soci√©t√© post-capitaliste et r√©ellement d√©mocratique.

Source : √šltimas Noticias (http://www.ultimasnoticias.com.ve/) ; Rebeli√≥n (www.rebelion.org), 4 f√©vrier 2007. Traduction : Marie-Jos√© Cloiseau, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.rebelion.org/noticia.php....

******

Sur les Conseils communaux

En cette nouvelle p√©riode constitutionnelle, notre d√©mocratie cherche √ s’approfondir en augmentant et en am√©liorant la participation communautaire dans la gestion des services publics au niveau local. Il y a quelques jours, le pr√©sident - Hugo Chavez - a constitu√© le Conseil Pr√©sidentiel du Pouvoir Populaire (Cppp, Consejo Presidencial del Poder Popular) en application de la Loi des conseils communaux adopt√©e l’an dernier [avril 2006, ndlr]. L’ex√©cutif a de plus inclus dans les mati√®res de la Loi habilitante [13] tout ce qui concerne le pouvoir populaire, ce qui lui permettra de d√©cr√©ter une r√©forme de la Loi des conseils communaux afin de renforcer le pouvoir populaire. Le Cppp ob√©ira et remplira les fonctions assign√©es par la loi en vigueur.

Le gouvernement nourrit de grands espoirs quant aux conseils communaux en tant qu’unit√©s territoriales de base facilitant la participation populaire et l’autogouvernement. Pour le pr√©sident, ils sont la base de la construction du Socialisme du XXIe si√®cle. Est-ce certain ? Est-ce que ce sera d√©mocratique ? La figure du conseil communal, fix√©e par la loi de l’an dernier, qui sera - selon la promesse du pr√©sident de la Cppp, Jorge Rodr√≠guez [vice-pr√©sident de la R√©publique, ndlr] - soumise √ consultation et √ discussion avant que la nouvelle loi soit d√©cr√©t√©e, est surtout un concept th√©orique. Si elle a bien √©t√© soutenue par une sorte de consultation et/ou parlementarisme de rue, elle est surtout le fruit d’une √©laboration par des professionnels proches du gouvernement, qui ne sont pas all√©s au bout de ce d√©bat avec notre soci√©t√© plurielle.

Pourvu que cette fois ils ne g√Ęchent pas la chance, car ces conseils ont √©veill√© une grande attente dans certains secteurs - surtout populaires -, des doutes importants dans d’autres et des craintes dans d’autres encore, surtout dans la classe moyenne.

La loi actuelle pr√©sente des faiblesses. Par exemple, elle stipule que le conseil communal est une unit√© constitu√©e au maximum de 400 familles et fonctionne comme une instance d’articulation et d’int√©gration de diverses organisations communautaires. C’est-√ -dire qu’elle articule toutes les autres organisations qui fonctionnent sur son territoire, dont le nombre peut varier entre z√©ro et une vingtaine, car il y a des communaut√©s qui ont de tout : des ¬« tables ¬ » techniques d’eau [14], des coop√©ratives, des groupes de musique, de sport, de femmes, etc.

Les conseils sont des mini-gouvernements charg√©s de nombreuses t√Ęches. Des questions se posent : les gens le feront-ils par pure solidarit√© ? Disposeront-ils de suffisamment de temps et de bonne volont√© ? Les gens qui travaillent ne peuvent souvent pas y participer, ils arrivent fatigu√©s chez eux et les femmes en particulier ont une double journ√©e, comment ce sera r√©solu ? Beaucoup de ceux qui aujourd’hui participent aux diverses organisations impuls√©es par le gouvernement re√ßoivent un appui mat√©riel de l’Etat √ travers des bourses en tout genre, comme avec les Mission Ribas [15], Madres del Barrio [16], etc. La rente p√©troli√®re pourra-t-elle permettre √ d’autres encore de r√©duire leurs journ√©es de travail pour y participer ? Pour arriver √ r√©former cette loi, il est extr√™mement int√©ressant de conna√ģtre les opinions de femmes et d’hommes qui ont pass√© des ann√©es, des d√©cennies dans le mouvement populaire et dans les associations de quartiers des classes moyennes, qui luttent pour r√©soudre les probl√®mes de base de leurs communaut√©s. Elles (ils) peuvent apporter l’√©clairage d’exp√©riences concr√®tes pr√©c√©dentes sur la viabilit√© et la meilleure √©chelle de l’unit√© d’articulation territoriale de base. Un bilan des exp√©riences des gouvernements locaux de Libertador et de Caroni des ann√©es 90, de la figure du gouvernement paroissial [la paroisse, parroquia, est une unit√© administrative, ndlr] articul√© au gouvernement local, ainsi que l’√©tude de l’immense bibliographie existante sur les exp√©riences participatives dans d’autres villes comme Porto Alegre au Br√©sil, serait aussi tr√®s utile.

Le Cppp doit impulser une consultation massive. Pour cela, il pourrait suivre l’exemple de la m√©thodologie utilis√©e par le minist√®re de l’Int√©rieur et de la Justice, d√©velopp√©e par la Commission nationale pour la r√©forme de la police (Conarepol, Comisi√≥n Nacional para R√©forma Policial) pour conna√ģtre le mod√®le de police auquel aspirent les V√©n√©zu√©liens [17]. Nous apprenons de nous-m√™mes et de l’exp√©rience des autres. Il est bon de savoir que la pratique et la r√©flexion sur la d√©mocratie participative ont d√©j√ plusieurs d√©cennies, aussi bien dans le monde qu’en Am√©rique latine, nous ne sommes pas les premiers √ essayer.

Inventer sans √©valuer nos exp√©riences ant√©rieures et sans √©tudier des cas qui ont eu du succ√®s dans d’autres pays pourrait conduire inutilement √ l’erreur.

L’Etat et la participation

Au Venezuela, √ la diff√©rence des autres pays, une grande partie de l’organisation de la participation populaire - pas toute - est induite par l’Etat. Ceci entra√ģne des particularit√©s dans la participation, entre autres, la faiblesse de son autonomie potentielle.

La structure actuelle des conseils communaux limite s√©v√®rement l’impulsion d’une participation d√©mocratique et autonome. Selon la loi, les conseils d√©pendent en tout de l’ex√©cutif national. C’est l√ qu’ils sont enregistr√©s et que le Cppp, √ ses diff√©rents niveaux administratifs, examine et approuve les ressources qu’il leur accorde.

En d√©finitive, c’est le pr√©sident qui d√©cide qui re√ßoit l’argent. Quelle est la capacit√© de dialogue et de n√©gociation d’un conseil communal de 400 familles pauvres avec le gouvernement central ? Pour que la participation soit source d’appropriation de pouvoir et de renforcement des capacit√©s, elle doit entra√ģner une dynamique du bas vers le haut. La loi, au contraire, dans sa conception, favorise la d√©pendance par rapport au pr√©sident et pourrait faciliter le client√©lisme. Aujourd’hui je te finance et demain tu me paies par tes votes.

Il faut du temps √ la d√©mocratie participative pour se d√©velopper. Le respect pour l’autonomie et le pluralisme doit √™tre cultiv√© chez les gens, en particulier chez les fonctionnaires d’Etat qui arrivent dans les quartiers arm√©s du pouvoir que leur donnent les ressources et leur maigre formation pour se mettre en relation avec les communaut√©s qu’ils servent.

Le gouvernement ferait bien de revoir les d√©lais dans lesquels il pr√©tend impulser la d√©mocratie participative. La logique de l’urgence et des op√©rations [18], qui semble pr√©dominer dans l’ex√©cutif, se heurte aux d√©lais n√©cessaires pour que la participation d√©mocratique m√ »risse.

A privil√©gier l’une par rapport √ l’autre, l’√©chec est assur√©.

A chacun ses prismes

Chacun voit la r√©alit√© avec sa propre loupe, d√©termin√©e entre autres par son milieu social, son genre, son √©ducation. Personne n’a tort a priori et il est important que tous participent au d√©bat pour la construction de notre avenir. Au lieu de sous-estimer a priori des points de vue diff√©rents, il est enrichissant et en plus d√©mocratique de les reconna√ģtre et de les int√©grer.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 4 f√©vrier 2007. Traduction : Marie-Jos√© Cloiseau, pour le RISAL (http://www.risal.collectifs.net/). Article en espagnol : http://www.aporrea.org/poderpopular....

******

Le Venezuela en débat

Les deux premiers mois de 2007 ont √©t√© intenses en d√©bat sur les tendances actuelles du processus √©conomique et sociopolitique du pays. Vers quoi allons-nous ? Quel est le bilan de ce qui s’est pass√© jusqu’√ pr√©sent ? Les r√©cents discours radicalis√©s du pr√©sident le renforcent-ils ou l’affaiblissent-ils dans son intention de nous mener au socialisme ?

Parmi les innombrables espaces de discussion ouverts dans et hors du pays - ainsi que sur Internet - je veux parler des id√©es entendues dans deux d’entre eux : un forum qui s’est tenu √ Washington le 14 f√©vrier, organis√© par l’ONG Washington Office on Latin America (WOLA), et un symposium qui a eu lieu dans la ville de Maracaibo √ l’Universit√© du Zulia peu de temps apr√®s.

Lors de ces deux √©v√©nements, les interventions des invit√©s et du public furent de grande qualit√© et repr√©sentent le d√©but prometteur d’un d√©bat non polaris√©.

A Washington les analystes venaient de diff√©rents pays, mais la repr√©sentation v√©n√©zu√©lienne fut significative. Sur le th√®me des politiques sociales, il y a eu un consensus sur les bons c√īt√©s de la conception sociale du premier gouvernement de Chavez, son objectif de surmonter, non pas uniquement la pauvret√©, mais aussi l’exclusion comprise comme l’absence de droits et de citoyennet√© des majorit√©s.

Il y a aussi eu convergence sur des faiblesses et des contradictions, la plus pr√©occupante √©tant la faible attention pr√™t√©e √ doter des politiques comme Barrio Adentro [19] d’un support institutionnel et des bases financi√®res solvables qui garantissent leur survie dans le temps.

A aussi √©t√© r√©p√©t√©e la vive volont√© d’encourager et d’appuyer des √©valuations honn√™tes sur ce qui a √©t√© r√©alis√© dans les diff√©rentes ¬« missions ¬ » et programmes sociaux, et qui permettent de les perfectionner afin de consolider celles qui r√©ussissent et sont n√©cessaires pour un Etat d√©mocratique.

L’√©conomie et la politique p√©troli√®re provoquent √©videmment de l’embarras dans tout forum public. Il existe deux visions antagoniques en de nombreux aspects dans ces deux domaines, bien que le mod√®le √©conomique gouvernemental continue d’√™tre assez confus pour la plupart des analystes. Quant √ la politique p√©troli√®re, celle-ci est plus coh√©rente.

La vision pro gouvernement est de la maintenir sous le contr√īle de l’Etat, pour garantir un revenu raisonnable destin√© √ d√©velopper aussi bien au niveau national le projet socialiste qu’au niveau international les alliances avec des pays d’Am√©rique latine et avec le monde afin de construire un ordre multipolaire et anti-imp√©rialiste.

Pour la vision oppos√©e, pr√©sente aussi √ Washington, la confrontation avec les Etats-Unis et les investissements faits dans d’autres pays pour gagner leur sympathie et leur soutien sont une erreur qui risque d’aboutir non seulement √ un conflit avec l’¬« empire ¬ », mais aussi √ des pertes mat√©rielles consid√©rables qui auraient pu √™tre investies dans la lutte pour une √©conomie nationale plus productive et ind√©pendante de la rente p√©troli√®re.

Ce d√©bat est crucial et, malheureusement, le degr√© de polarisation dont il est encore l’objet ne favorise pas la r√©alisation d’une analyse pond√©r√©e des avantages et inconv√©nients de l’actuelle mise en oeuvre de cette politique.

Deux donn√©es que je ne connaissais pas ont attir√© mon attention : la premi√®re c’est que malgr√© la prolif√©ration des accords √©nergiques qui ont √©t√© sign√©s, le Venezuela continue de vendre aux Etats-Unis plus de 60% de sa production, autrement dit, en termes de diversification des clients, le r√©sultat est maigre jusqu’√ pr√©sent ; la deuxi√®me, l’ann√©e derni√®re, la balance commerciale entre le Venezuela et les pays avec lesquels il a sign√© des accords commerciaux en Am√©rique latine a √©t√© favorable √ tous ces pays, sauf √ nous.

Dans les analyses politiques √ Washington, les pan√©listes sont tomb√©s d’accord sur les tendances du gouvernement √ r√©duire le syst√®me politique, concentrer et subordonner les pouvoirs de l’Etat √ l’ex√©cutif national, ou plus sp√©cifiquement au pr√©sident, et √ laisser derri√®re la constitution de 1999, pour aboutir √ des r√©formes importantes qui se feront sans large consensus.

Cette √©volution v√©n√©zu√©lienne co√Įncide avec d’autres dans des pays andins comme la Bolivie et l’Equateur et semblerait √™tre le fruit des conditions d’exclusion et de faiblesse institutionnelle qui ont marqu√© ces soci√©t√©s.

Comme donn√©e int√©ressante, il y a eu cette affirmation tr√®s cat√©gorique de la part de Jennifer McCoy, de l’impossibilit√© mat√©rielle d’une invasion aujourd’hui du Venezuela par les Etats-Unis, ainsi que des diff√©rences entre les conditions g√©n√©rales qui ont men√© au mod√®le socialiste autoritaire de Cuba dans les ann√©es 60 et les caract√©ristiques aujourd’hui de la soci√©t√© v√©n√©zu√©lienne, plus globalis√©e et avec une plus grande tradition d√©mocratique et pluraliste.

Dans le panel, plusieurs personnes sont aussi tomb√©es d’accord sur le fait que l’inefficience √©conomique est le grand talon d’Achille du gouvernement, et elle tend √ s’accro√ģtre du fait de l’approfondissement des tendances √ la concentration des pouvoirs dans les mains du pr√©sident et aux nationalisations. Le r√©sultat c’est que Chavez peut finir par √™tre per√ßu comme le principal responsable de tous les maux de la cinqui√®me R√©publique.

Tendances de la violence sociale

Peut-être que le diagnostic et les tendances les plus alarmantes, présentées lors du forum de Washington, ont été donnés par Carlos Ayala, sur la violence sociale dans ses différentes manifestations.

Apr√®s avoir √©t√© jusqu’en 1989 une soci√©t√© ayant de faibles taux de violence, le Venezuela a connu une augmentation en fl√®che de ceux-ci et nous sommes devenus aujourd’hui le pays le plus violent des 57 pays - dont font partie tous ceux du continent - √©tudi√©s par l’UNESCO.

Caracas, apr√®s la ville br√©silienne de Recife, est la deuxi√®me ville avec le plus haut taux d’homicides dans l’h√©misph√®re. Dans nos prisons, qui comptent 18 000 d√©tenus, meurent plus de prisonniers que dans les prisons du Mexique, de la Colombie, de l’Argentine et du Br√©sil qui ensemble comptent quelque 500 000 prisonniers.

Un gouvernement v√©ritablement r√©volutionnaire devrait maintenant se concentrer √ r√©soudre ces √©normes probl√®mes, parall√®lement √ la construction des institutions n√©cessaires √ la d√©mocratie participative.

Un frein au parti unique ?

Beaucoup d’eau a coul√© depuis que le pr√©sident ¬« a d√©cid√© ¬ » de cr√©er un nouveau parti le 15 d√©cembre de l’ann√©e derni√®re, en appelant les partis alli√©s √ s’unifier en un seul et en mena√ßant de les expulser du gouvernement s’ils ne suivaient pas sa volont√©. Chavez a alors fait remarquer que les votes obtenus le 3 d√©cembre [√©lection pr√©sidentielle 2006, ndlr] ¬« sont √ Chavez et au peuple, qu’on ne s’y trompe pas ¬ ».

Sans mettre en doute que c’est Chavez qui capitalise leurs votes, de toutes mani√®res, pourquoi le tiers des votes chavistes sont-ils all√©s √ des partis diff√©rents du Mouvement Cinqui√®me R√©publique (MVR, Movimiento Quinta Republica) [20] ?

Depuis d√©cembre, les turbulences n’ont pas cess√© dans les bases, dans les partis alli√©s, et au sein de secteurs qui ont des affinit√©s avec le processus comme chez les intellectuels. Il y a des d√©saccords, des tensions et des discussions sur cette proposition.

Le r√©sultat a √©t√© que le pr√©sident a baiss√© le ton, que les partis et divers groupes ont r√©ussi √ ouvrir les d√©bats et √ organiser des pl√©ni√®res et des assembl√©es, et il semble que maintenant on va r√©duire la vitesse √ laquelle allait se faire au d√©part l’unification. Heureusement !

Plusieurs jours apr√®s, des membres de la commission charg√©e par le pr√©sident de la proposition de parti ¬« unique ¬ » ont fait savoir qu’un parti ne se d√©cr√®te pas mais qu’il se construit, et que les temps des processus d’organisation sociale et politique sont diff√©rents de ceux de l’urgence et des ¬« op√©rations ¬ » [21].

Lors du symposium de Maracaibo le g√©n√©ral M√ľller [22] a r√©fl√©chi sur l’aspect √©ph√©m√®re de la vie humaine face aux processus de transformation des soci√©t√©s et il s’est montr√© favorable √ refr√©ner cette h√Ęte. Sera-t-il √©cout√© ?

Source : Ultimas Noticias (http://www.noticierodigital.com/), 4 mars 2007. Traduction : Emmanuelle Chapon, pour le RISAL (http://www.risal.collectifs.net/). Article en espagnol : http://venezuelareal.zoomblog.com/a....

******

Socialisme, partis et système politique

Le processus de ces derni√®res semaines autour du parti socialiste uni pourrait √™tre un signe de progr√®s dans notre faible et retardataire sph√®re politique. Les turbulences ont sembl√© annoncer non seulement la naissance d’un parti de l’oficialismo, du gouvernement, mais peut-√™tre celle d’un syst√®me politique tr√®s n√©cessiteux.

A la diff√©rence de ceux qui voient les conflits au sein des organisations chavistes comme un signe dangereux de leur faiblesse, moi, je le per√ßois comme une manifestation de sant√©. Le mouvement bolivarien qui, depuis les √©lections de 1998, s’est empar√© du pouvoir, avance √ la recherche une fois de plus d’une identit√© politique plus stable. Il est donc in√©vitable qu’√©mergent les diff√©rences qui cohabitent en son sein et qui sont fort significatives. Elles pourraient servir de base pour un parti de conception et de structure nouvelles, ou pour l’√©mergence de plusieurs partis √ l’int√©rieur d’un syst√®me politique nouveau et pluriel. Dans les deux cas, nous gagnerions en mati√®re d’√©dification de la d√©mocratie profonde √ laquelle nous aspirons.

L’an dernier, j’ai fait √©tat d’une donn√©e alarmante : le Conseil National Electoral (CNE) avait enregistr√© plus de 800 partis comme organisations politiques actives. Cela r√©v√©lait la faiblesse et l’inop√©rance virtuelle d’un syst√®me politique dans notre pays. Mais cela montrait en m√™me temps un int√©r√™t des citoyens pour la participation et le jeu politique. Dans ce contexte, la recherche par le pr√©sident d’une organisation qui unifie ses forces est logique et louable, m√™me si je ne partage en rien le style avec lequel il a pr√©tendu l’imposer.

Ses ordres ont stimul√© la r√©organisation √ laquelle nous assistons.

Tous les partis se sont empress√©s √ d√©clarer leur vocation r√©volutionnaire et leur reconnaissance du leadership du pr√©sident. Mais, au sein de ces consensus - que je consid√®re sinc√®res -, il y a des divergences sur l’organisation qu’on veut voir surgir, puisque, s’il y a un projet politique partag√©, il existe des diff√©rences notables sur la mani√®re de reconstruire les relations entre l’Etat et la soci√©t√©, autrement dit comment comprendre la politique et les partis. Cela ne pouvait pas √™tre diff√©rent dans une soci√©t√© complexe, avec une histoire importante de lutte pour la d√©mocratie, comprise tant comme l’√©galit√© sociale que comme la libert√© dans tous les domaines de la vie humaine.

Une portion significative des forces pro gouvernementales appuie toute initiative prise par le pr√©sident. Ils sont unis √ ce projet par un lien affectif avec le pr√©sident, ils ont confiance dans son bon jugement. Lino Ron et son Unidad Popular Venezolana (UPV, Unit√© Populaire V√©n√©zu√©lienne) sont un cas embl√©matique mais aussi le Movimiento Quinta Republica (MVR, Mouvement Cinqui√®me R√©publique) qui n’a jamais √©t√© v√©ritablement un parti politique mais plut√īt un instrument politique au service du charisme du pr√©sident et qui ne pourrait survivre sans lui. Il me semble logique que ceux-ci et des partis de faible pouvoir √©lectoral propre acceptent de se dissoudre sans probl√®mes, selon les r√®gles que le pr√©sident veut bien leur indiquer.

Les trois partis qui ont d√©clar√© cette semaine, avec diff√©rentes nuances, qu’ils ne se dissoudraient pas encore, ont des raisons respectables pour justifier leurs positions. Podemos et Patria Para todos (PPT, Patrie Pour Tous) sont issus de divisions du Parti Communiste du Venezuela (PCV) produites par l’√©chec de la lutte arm√©e des ann√©es 60. A leurs origines, il y a un intense d√©bat d’id√©es o√Ļ sont int√©rioris√©es la critique du verticalisme et de l’autoritarisme du PCV et une reconnaissance de plusieurs principes de la d√©mocratie lib√©rale comme le pluralisme qu’ils consid√®rent comme un patrimoine universel et pas seulement bourgeois. La forme selon laquelle s’est d√©velopp√© le processus du PSUV a affect√© ces valeurs, comme l’a refl√©t√© de mani√®re √©loquente le discours d’Ismael Garcia [leader de Podemos, ndlr]. Son ¬« socialisme d√©mocratique ¬ » se traduit par le pluralisme, le dialogue, le d√©bat. Il a √©t√© courageux en rendant visible un probl√®me d’une importance cruciale que le chavisme, de par ses caract√©ristiques charismatiques, militaristes, et d’une gauche peu d√©mocratique en mati√®re politique, tend √ √©viter.

Pour sa part, le PCV a aussi ses bonnes raisons, m√™me si elles sont bien distinctes de celles des deux autres. Pour eux, ni le verticalisme, ni l’autoritarisme politique n’est un probl√®me, mais le personnalisme oui. Ce qui est crucial c’est le manque de clart√© sur le caract√®re marxiste l√©niniste du processus qui se d√©veloppe et du parti qu’on veut construire. Rentre √©galement en compte le fait qu’il poss√®de une identit√© politique claire, fruit de longues d√©cennies remplies d’histoire qui repr√©sente une petite portion de la soci√©t√©, mais respectable comme toutes les autres.

Les turbulences au sein du chavisme ont co√Įncid√© avec la r√©novation de Un Nuevo Tiempo (UNT, Un Nouveau Temps) en tant que parti d’opposition [23]. Ici aussi, naturellement, il y a des r√©organisations et des regroupements. La ¬« d√©mocratie sociale ¬ » et la ¬« participation ¬ », des termes avec lesquels ce parti a d√©fini ses objectifs politiques, r√©v√®lent une continuit√© avec la pratique de jouer dans les r√®gles, jeu qu’ils ont d√©j√ jou√© en d√©cembre dernier. Rosales, dans un geste symbolique bien cibl√©, a asserment√© les nouveaux dirigeants de UNT au nom de la constitution de la R√©publique bolivarienne du Venezuela [24].

Bien que ces d√©veloppements soient positifs, ils sont tr√®s loin de r√©soudre les profonds probl√®mes que nous avons devant nous. Cr√©er des partis politiques dans le contexte actuel est un d√©fi consid√©rable. Ils ne peuvent √™tre des partis d’√©lites comme l’ont √©t√© ceux dans les d√©mocraties repr√©sentatives. Ils ne peuvent pas non plus imiter les partis du socialisme du XXe si√®cle qui ont √©chou√© aussi, en soustrayant le pouvoir de d√©cision aux gens et en ne reconnaissant pas le pluralisme comme principe d√©mocratique. Il vaudrait peut-√™tre la peine d’examiner des exp√©riences pass√©es comme celles qui ont donn√© naissance dans notre pays au MAS [25] ou √ la Causa R [26] qui, m√™me si elles ont failli, ont cherch√© √ leur √©poque √ cr√©er de nouvelles modalit√©s d’articulation entre des organisations sociales et politiques, ce qu’Alfredo Maneiro et d’autres ont appel√© le parti comme ¬« mouvement de mouvements ¬ ». Malheureusement, un des probl√®mes de cette r√©volution est qu’elle m√©prise le pass√© imm√©diat, retirant ainsi la possibilit√© d’apprendre de lui, de ses erreurs et de ses r√©ussites.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 18 mars 2007. Traduction : Fr√©d√©ric L√©v√™que, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.aporrea.org/ideologia/a3....

Notes :

[1[NDLR] Lire √ ce sujet Margarita Lopez Maya, Le Venezuela ¬« bolivarien ¬ » : une d√©mocratie participative, RISAL, rubrique Venezuela, 22 juillet 2005.

[2[NDLR] Claudia Jardim, “Sans opposition, le gouvernement peut devenir autoritaire”, entretien avec Margarita Lopez Maya, RISAL, rubrique Venezuela, novembre 2004.

[3[NDLR] L’annonce publique formelle de la constitution du parti unique a √©t√© formul√©e par le pr√©sident Ch√°vez au Th√©√Ętre Teresa Carre√Īo, √ Caracas, le 15 d√©cembre 2006.

[4[NDLR] Le PPT est le principal parti, après celui du président, le MVR, a occupé des postes au sein du gouvernement.

[5[NDLR] Lire Edgardo Lander, Cr√©ation du Parti unique : fin du d√©bat sur le socialisme du XXIe si√®cle ?, RISAL, rubrique Venezuela, 9 f√©vrier 2007.

[6[NDLR] Notons que le pr√©sident Chavez a bri√®vement r√©pondu aux propos de Margarita Lopez Maya au cours de la 263e √©dition de son √©mission hebdomadaire ¬« Alo Presidente ¬ » du 21 janvier :
http://www.gobiernoenlinea.ve/misc-...

[7[NDLR] Programa Venezolano de Educaci√≥n-Acci√≥n en Derechos Humanos (Provea) : http://www.derechos.org.ve/.

[8[NDLR] Par quatri√®me R√©publique, on entend au Venezuela le r√©gime politique de d√©mocratie repr√©sentative √©tabli par la constitution de 1961. Par l’adoption d’une nouvelle constitution en 1999, le Venezuela est entr√© dans la cinqui√®me R√©publique.

[9[NDLR] Les diff√©rents partis d’opposition ont retir√© leurs listes √©lectorales aux l√©gislatives de d√©cembre 2005.

[10[NDLR] ¬« Rouge, tr√®s rouge ¬ », ¬« roja, rojita ¬ », est une formule tr√®s utilis√©e au cours des derniers mois par les ¬« chavistes ¬ ».

[11[NDLR] Les citoyens v√©n√©zu√©liens peuvent r√©voquer par r√©f√©rendum tout repr√©sentant public √©lu √ la moiti√© de son mandat en respectant une certaine proc√©dure. La figure du r√©f√©rendum r√©vocatoire a √©t√© introduite dans la constitution de 1999.

[12[NDLR] Une des priorit√©s du gouvernement Chavez est d’acc√©l√©rer le d√©veloppement de ¬« l’autogouvernement du peuple ¬ » par la construction du ¬« pouvoir communal ¬ ».

[13[NDLR] Loi adopt√©e par l’Assembl√©e nationale du Venezuela qui octroie des pouvoirs sp√©ciaux dans une s√©rie de mati√®res au pr√©sident Chavez durant une p√©riode de 18 mois.

[14[NDLR] Dans la Venezuela de Chavez, les entreprises publiques d’eau ont le devoir d’impulser au sein des communaut√©s l’organisation de ¬« conseils communautaires de l’eau ¬ » afin que celles-ci participent √ la gestion des r√©seaux de distribution et que les habitants prennent conscience de la raret√© de ce bien si convoit√©. C’est √ travers les ¬« tables techniques de l’eau ¬ » que se rencontrent l’entreprise publique, les techniciens, des repr√©sentants de la communaut√©, la mairie, etc. Ce type de fonctionnement promeut la coresponsabilit√© et l’identification de la population avec les services de distribution d’eau.

[15[NDLR] Le gouvernement a cr√©√© la Mission Ribas, d’apr√®s le nom de Jos√© Felix Ribas, destin√©e √ des individus qui ont d√ » abandonner le coll√®ge. La Mission Ribas est cens√©e incorporer ceux-ci dans un programme d’√©ducation qui devrait leur permettre de passer l’examen ad√©quat en deux ans maximum. Comme les autres missions, ce programme est gratuit. Cependant, les participants re√ßoivent des bourses sur la base de leurs besoins propres.

[16[NDLR] Programme gouvernemental de soutien aux femmes aux foyers.

[17[NDLR] Dans le cadre de la r√©forme de la police, le gouvernement v√©n√©zu√©lien a √©tabli un diagnostic de la situation en lan√ßant un vaste processus de consultation de la population.Voir : http://www.reformapolicial.org.ve/.

[18[NDLR] La logique des op√©rations va √ l’encontre de la discussion et de la consultation. Il s’agit de prendre des d√©cisions le plus vite possible.

[19[NDLR] Programme qui offre des soins de sant√© de base gratuits dans les quartiers pauvres, mis en place gr√Ęce √ la coop√©ration avec Cuba.

[20[NDLR] le MVR est le parti du pr√©sident, cr√©√© en 1997. Des 7,3 millions de votes obtenus par Chavez √ l’√©lection de d√©cembre 2006, le MVR en a r√©colt√© 4,8 millions, Podemos 760 000, Patria Para Todos (PPT) 600 000 et le Parti communiste (PCV) 340 000. Les 800 000 votes restants ont √©t√© recueillis par une douzaine de groupes et partis plus petits.

[21[NDLR] La logique des op√©rations va √ l’encontre de la discussion et de la consultation. Il s’agit de prendre des d√©cisions le plus vite possible.

[22[NDLR] Alberto Muller Rojas, g√©n√©ral √ la retraite de l’arm√©e v√©n√©zu√©lienne, ancien ambassadeur et gouverneur, membre de l’√©tat-major pr√©sidentiel d’Hugo Chavez, conseiller politique.

[23[NDLR] Parti v√©n√©zu√©lien d’opposition. Son leader, Manuel Rosales, √©tait le candidat d’opposition √ Chavez √ la derni√®re √©lection pr√©sidentielle en d√©cembre 2006.

[24[NDLR] C’est de fait une reconnaissance de la constitution adopt√©e par r√©f√©rendum populaire en 1999 √ l’initiative du gouvernement de Chavez. Cette reconnaissance n’a pas toujours exist√© si on se rappelle du coup d’Etat d’avril 2002.

[25[NDLR] Le parti Mouvement Au Socialisme (MAS, Movimiento Al Socialismo), est une √©volution social-d√©mocrate d’une aile du Parti communiste qui s’est int√©gr√© au jeu institutionnel √ partir des ann√©es 70. Son principal leader, Teodoro Petkoff, a quitt√© le MAS quand ce dernier a d√©cid√© de soutenir Chavez lors des √©lections de 1998. Par la suite, la majorit√© du MAS a retir√© son soutien √ l’actuel pr√©sident de la R√©publique. Une minorit√© de sa direction a alors cr√©√© Podemos qui fait actuellement partie des la coalition gouvernementale.

[26[NDLR] La Causa Radical, Causa R, a √©t√© cr√©√©e en 1971 par un groupe de militants communistes en rupture avec l’√©volution “droiti√®re” du MAS et du PCV. La Causa R a √©t√© proche de Chavez lorsque celui-ci se fit conna√ģtre en prenant la t√™te de l’insurrection militaire du 4 f√©vrier 1992. Apr√®s l’√©chec de ce soul√®vement, Andres Velazquez, leader de la Causa R, a rat√© de peu la victoire √ l’√©lection pr√©sidentielle de 1993, une fraude l’en aurait emp√™ch√©. En 1997, la Causa R a splitt√©. Cette division a donn√© naissance au parti Patria Para Todos (PPT, Patrie pour tous) qui fait parti de la majorit√© gouvernementale.

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info