Médecine solidaire : la coopération cubaine en Bolivie
par Martin Garat
Article publi le 29 mai 2007

« Je trouve que la présence des médecins cubains ici est une excellente chose ! Notre pays est délaissé et il y a tant  faire en matière de santé  », déclare Inga López, hospitalisée  l’hôpital Chacaltaya dans la ville de El Alto [ville-banlieue de La Paz, ndlr].

Chacaltaya est l’un des 20 hôpitaux financés - construits et équipés - par Cuba en Bolivie ; il est d’ailleurs prévu que le gouvernement cubain fasse don de 23 hôpitaux supplémentaires cette année. 40 médecins, tous cubains, travaillent  Chacaltaya, faisant résonner un aymara [1] teinté d’accent caribéen dans les couloirs de l’hôpital.

Chaque jour, entre 500 et 600 patients, dont la quasi-totalité vit  El Alto ou dans les communautés indigènes qui entourent la ville, arrivent  l’hôpital. D’origine aymara, les patients de Chacaltaya n’ont jamais - ou très rarement - eu les moyens financiers nécessaires pour recevoir des soins médicaux professionnels.

Jusqu’ l’apparition de l’hôpital cubain, la pauvreté les contraignait  recourir aux « yatiris  » (sorciers) ou aux guérisseurs, ou alors  s’auto-médicamenter avec des remèdes maison. € Chacaltaya, en revanche, les soins professionnels aussi bien que les médicaments sont gratuits.

L’hôpital est petit et la salle d’attente n’est autre qu’une petite cour  l’air libre entre les différents bâtiments. Il est cependant équipé d’une technologie moderne, fournie également par Cuba, la majorité des patients pouvant donc bénéficier des traitements adéquats.

Selon Inga López, la gratuité des soins n’est pas la seule raison pour laquelle les médecins cubains sont appréciés de leurs patients.
« L’attitude des médecins cubains est diamétralement opposée  celle de leurs confrères boliviens  » affirme-t-elle. « Les Cubains vous soignent avec plus de chaleur et d’humanité. Les médecins boliviens, eux, sont plus intéressés par être payé  ».

Selon le directeur de l’hôpital, le cubain Alexander Hinojosa, les maladies les plus courantes sont les infections gastriques et respiratoires dues  une alimentation peu variée et  des logements précaires, rempart peu efficace contre le froid de l’altiplano,  4 000 mètres d’altitude.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en janvier 2006, la Bolivie et Cuba entretiennent des relations diplomatiques de plus en plus étroites.

Début 2006, des pluies intenses ont provoqué de graves glissements de terrain et des inondations en Bolivie. Cuba a alors envoyé plusieurs brigades médicales sur place afin de venir en aide aux sinistrés. Une fois les travaux d’urgence effectués, les deux pays se sont mis d’accord pour que les équipes restent dans le pays, dans le but cette fois de prodiguer des soins gratuits dans les zones rurales et les quartiers pauvres des villes.

La présence des médecins cubains a cependant a suscité de fortes protestations parmi leurs homologues boliviens.

« Nous sommes totalement opposés  la présence de médecins étrangers en Bolivie, parce qu’il y a des médecins boliviens sans emploi  », déclare Andrés Pacheco, gynécologue et secrétaire général du Collège médical du département de La Paz. « Beaucoup parmi nous ont fait leurs études dans des universités publiques. L’‰tat a déboursé entre 10 000 et 12 000 dollars US pour notre formation professionnelle et devrait mettre cet investissement  profit.  »

On accuse souvent les médecins boliviens de refuser de travailler  la campagne, où la situation de santé est précaire et où la majorité des médecins cubains a été affectée. Mais selon Pacheco, cette accusation est sans fondements.

« A l’heure actuelle, il y a, dans le secteur médical, environ 40 postulants par poste proposé en milieu rural dans le département de La Paz. Il n’est pas vrai que nous nous refusons de travailler  la campagne  », affirme-t-il.

Selon L’Institut national de statistiques, en milieu rural, sur 1 000 enfants 96 meurent avant l’âge de 5 ans. Carola Valencia, directrice générale de la Santé, explique que son pays accepte l’aide cubaine parce qu’il ne dispose pas des ressources suffisantes pour répondre aux besoins sanitaires de la population.

Bien que les médecins cubains soient présents dans le pays pour une durée indéterminée, Carola Valencia assure que le gouvernement prévoit la formation de 5 000 médecins boliviens  Cuba et au Venezuela, pour permettre au pays de satisfaire, par ses propres moyens, les besoins en matière de santé.

Carola Valencia est elle-même médecin, ce qui, selon elle, lui permet de comprendre la position de ses collègues même si elle ne la partage pas.

« Sous le néolibéralisme des gouvernements précédents, la médecine était considérée comme un commerce. Nous, étudiants en médecine, avons appris que cette profession consistait  gagner beaucoup d’argent. Il est temps de changer cette mentalité et de revenir aux principes fondamentaux du serment d’Hippocrate  », explique-t-elle.

Hormis le fait que le nombre de médecins  Cuba soit largement supérieur aux besoins de la population du pays, le gouvernement cubain a grand besoin d’alliés pour rompre son isolement international. Les équipes médicales remplissent donc la double fonction d’aider d’autres peuples et d’être une sorte d’ambassadeur de l’île. Cuba a envoyé des médecins dans différents pays latino-américains et caribéens, notamment l’Argentine, Haïti et Venezuela.

Les ‰tats-Unis ont critiqué publiquement la présence cubaine en Bolivie et ont tout fait pour détériorer les rapports entre les deux pays.

« L’ambassade états-unienne tente de convaincre nos médecins d’abandonner les brigades. Ils nous offrent des visas gratuits pour que nous venions dans leur pays comme déserteurs  », affirme Armando Garrido, chef des brigades médicales cubaines en Bolivie.

Au cours des neuf premiers mois de présence dans le pays, sept médecins ont abandonné les brigades. Selon Armando Garrido, ce chiffre est minime, sachant qu’il y a environ 1 700 médecins cubains en Bolivie.

Notes :

[1[NDLR] Langue de l’altiplano andin.

Source : Noticias Aliadas (http://www.noticiasaliadas.org/), 7 février 2007 ; Diffusion d’information sur l’Amérique latine (DIAL - http://enligne.dial-infos.org), 1er mai 2007.

Traduction : Gabrielle Luce-Véronique, pour Diffusion d’information sur l’Amérique latine (DIAL - http://enligne.dial-infos.org). Traduction révisée par l’équipe du RISAL.

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