Entretien avec un des plus illustres spécialistes du narcotrafic
Hugo Cabieses : « Les cibles de la lutte anti-drogue ne doivent ĂŞtre ni les paysans ni les consommateurs  »
par Cristian AlarcĂłn
Article publié le 11 juin 2007

Il est pĂ©ruvien et c’est l’un des grands universitaires de la gĂ©opolitique de la drogue. Dans cet entretien accordĂ© au quotidien argentin PĂ gina 12, il explique la trame complexe de pouvoir, de terrorisme et de narcotrafic dans son pays.

Quelle a Ă©tĂ© la politique d’Ă©radication des plantations de coca au PĂ©rou ?

Hugo Cabieses Tout d’abord, au PĂ©rou comme en Bolivie, la fumigation [Ă©pandage de produits chimiques, ndlr] des cultures n’est pas permise, contrairement Ă la Colombie. Dans le cas du PĂ©rou, il y a des lois prĂ©cises qui interdisent la fumigation avec des produits chimiques ou biologiques. Ce qu’il y a, c’est une Ă©radication qui peut ĂŞtre volontaire ou forcĂ©e, ce qui dans la pratique revient plus ou moins au mĂŞme car si tu n’acceptes pas les programmes de dĂ©veloppement alternatif, et que, donc, tu ne rĂ©duis pas tes cultures, ils te les rĂ©duiront tout pareil Ă travers un programme qui est mis en place au bout d’un an et au dĂ©but de l’annĂ©e suivante et par une rĂ©solution du ministère de l’IntĂ©rieur.
L’institution chargĂ©e de l’Ă©radication forcĂ©e est la Cora, qui est un projet spĂ©cial pour la rĂ©duction de cultures de coca dans l’Alto Huallaga.

Comment se passe cette Ă©radication sans fumigations ?

C’est une Ă©radication principalement manuelle, grâce Ă un appareil, une espèce de tenaille qui extrait les plants de coca Ă la racine. Je n’ai pas les chiffres exacts mais j’ai entendu que l’an passĂ©, environ 12 000 hectares ont Ă©tĂ© dĂ©truits, dont 3 000 par auto-Ă©radication et le reste, quelques 8 000 ou 9 000 hectares, par Ă©radication forcĂ©e. La procĂ©dure est la suivante : arrive d’abord une institution qui dĂ©pend aussi du ministère de l’IntĂ©rieur et qui s’appelle CADA, Cuerpo de Apoyo al Desarrollo Alternativo (Corps d’Appui au DĂ©veloppement Alternatif), et qui, en rĂ©alitĂ©, ne fait que mesurer oĂą sont les cultures de coca et lesquelles sont susceptibles d’ĂŞtre Ă©radiquĂ©es. Ensuite, arrivent ceux que les paysans appellent les “coreanos”, qui sont les Ă©radicateurs. Ce sont des travailleurs manuels sous contrat avec la CORA, qui viennent accompagnĂ©s de policiers et qui se dĂ©placent normalement en hĂ©licoptère vers les zones dĂ©terminĂ©es au prĂ©alable pour ĂŞtre dĂ©truites.

Il y a deux zones clĂ©s au PĂ©rou pour cultiver : l’Alto Huallaga et la vallĂ©e des fleuves ApurĂ­mac et Ene (VRAE, valle de los rĂ­os ApurĂ­mac y Ene). Quelles sont les spĂ©cificitĂ©s de ces zones ?

Ces deux zones ne sont pas les seules au PĂ©rou, ni mĂŞme celles qui ont la plus grande quantitĂ© de cultures de coca. Il y a des cultures d’orientation fondamentalement lĂ©gale dans le dĂ©partement de Cuzco, dans la province de La ConvenciĂłn, les VallĂ©es du RĂ­o Vilcanota, Quillabamba, le RĂ­o Yanatile, et aussi dans la province de Calca et le RĂ­o Kosñipata dans la province de Paucartambo du Cuzco. Et il y a aussi d’autres cultures dans la jungle du dĂ©partement du Puno. Mais ces deux zones sont les plus mĂ©diatiques.

Pourquoi la VRAE prend-t-elle tant d’importance ?

Entre 1984 et 1994, cette vallĂ©e Ă©tait pratiquement fermĂ©e. C’Ă©tait une terre de personne ou plutĂ´t de quelques-uns - dans ce cas du Sentier lumineux - qui dĂ©veloppait ses activitĂ©s subversives et terroristes dans cette zone. En mĂŞme temps, il y avait une forte prĂ©sence du narcotrafic dans la vallĂ©e du rĂ­o ApurĂ­mac. Pendant dix ans, cette vallĂ©e a Ă©tĂ© pratiquement fermĂ©e Ă l’entrĂ©e de l’État, des organismes de sĂ©curitĂ© de l’État, et de la collaboration internationale. Dans le cas du Alto Huallaga, c’est quelques annĂ©es auparavant, entre 1975 et 1983, que s’est produit le boom des cultures de coca.

En ce sens, quel a Ă©tĂ© le rĂ´le du Sentier lumineux dans l’expansion du narcotrafic au PĂ©rou ?

C’est une rencontre qui s’est produite autour des annĂ©es 84, 85. Le Sentier commence sa lutte armĂ©e en 1980. Une fois que l’armĂ©e s’en mĂŞle, fin 1982, par ordre de l’autoritĂ© politique, ils se replient des parties hautes vers les parties basses de la jungle et, concrètement, vers la vallĂ©e du rĂ­o ApurĂ­mac et Ene. Dans la vallĂ©e du rĂ­o ApurĂ­mac, il y avait de la production de coca et la prĂ©sence de narcotrafic, par consĂ©quent c’est lĂ que s’articule d’un cĂ´tĂ© le Sentier lumineux et le narcotrafic et, de l’autre, les agriculteurs de la vallĂ©e qui, pour pouvoir combattre le Sentier, ont recours au narcotrafic pour pouvoir acheter les armes qui leur permettaient d’affronter et de vaincre le Sentier. En vĂ©ritĂ©, la dĂ©faite du Sentier a commencĂ© dans la VRAE. Les “rondes paysannes” qui frappèrent durement le Sentier commencèrent dans un petit village qui s’appelle Pichiwilca, en 1983.

Quelle signification a cette vallĂ©e pour le dĂ©veloppement du narcotrafic au PĂ©rou ?

La VRAE a une grande signification, pour ce qui est de la dĂ©faite du Sentier d’un cĂ´tĂ©, et de l’alliance que tant les paysans que le Sentier ont eue avec le narcotrafic, de l’autre. C’est une histoire un peu diffĂ©rente de celle du Alto Huallaga : lĂ -bas, il y avait non seulement le Sentier mais aussi le Mouvement RĂ©volutionnaire Tupac Amaru (MRTA),. MĂŞme si le MRTA commence comme une sorte d’organisation Ă la Robin des Bois, qui vole aux riches pour donner aux pauvres, avec des idĂ©es guĂ©varistes, peu de temps après son soulèvement (1985-86), entre 1990 et 91, il s’articule Ă©troitement au narcotrafic et, finalement, en vient Ă faire partie du narcotrafic.

A l’Ă©poque le Sentier ne fait pas partie du narcotrafic ?

Depuis 1984-85, le Sentier avait aussi pris part Ă ce type d’activitĂ©s, mais il y eut un gĂ©nĂ©ral cĂ©lèbre, le gĂ©nĂ©ral Alberto Arciniega qui, Ă la fin du premier mandat de Alan GarcĂ­a, dĂ©veloppe ce qu’il appelle « la doctrine Arciniegas  », qui n’est pas quelque chose d’Ă©trange et qui consiste Ă dire que l’on ne peut pas vaincre deux ennemis Ă la fois. Il faut d’abord s’allier avec l’un pour vaincre l’autre. Et l’ennemi principal dans sa conception Ă ce moment-lĂ c’Ă©tait le Sentier lumineux...

Et pas le narcotrafic.

Pas le narcotrafic. Et donc, pour pouvoir vaincre le Sentier, il devait chercher des alliances avec les paysans. Ceux-ci Ă©taient aussi liĂ©s au narcotrafic, mais ils faisaient des alliances avec lui pour pouvoir vaincre le Sentier, et c’est ce qu’ils ont fait. La situation dans la VRAE est une sorte d’autonomisation des forces paysannes organisĂ©es en “rondes paysannes”, qui vont affronter seules, sans la prĂ©sence des forces armĂ©es, le Sentier lumineux. Pourquoi ? Parce que le Sentier les avait attaquĂ©s depuis le dĂ©but de la guerre dans une vallĂ©e oĂą la petite production n’Ă©tait pas aussi gĂ©nĂ©ralisĂ©e que dans l’Alto Huallaga, c’Ă©tait plutĂ´t des moyens producteurs.

C’est-Ă -dire qu’ils avaient des armes ou la capacitĂ© de s’organiser.

Les producteurs moyens ont quelque chose Ă perdre. Ils possèdent 30 ou 40 hectares, ils avaient 30 ou 40 tĂŞtes de bĂ©tail. Cela a permis qu’ils cherchent une situation d’autonomie par rapport Ă l’armĂ©e et tentent de dĂ©velopper leur propre guerre, en s’alliant avec qui ? Avec les narcotrafiquants qui Ă©taient dans cette zone.

Et qui sont les alliĂ©s du narcotrafic aujourd’hui ?

C’est difficile de le savoir prĂ©cisĂ©ment, mais il n’y a pas de doute sur le fait que le narcotrafic infiltre depuis plusieurs annĂ©es diffĂ©rents secteurs de la sociĂ©tĂ© pĂ©ruvienne. Il y a une relation entre le narcotrafic et le grand capital. Il y a une relation entre le narcotrafic et des secteurs des forces armĂ©es. Il y a une relation entre le narcotrafic et des secteurs de la police nationale. Il y a une relation entre le narcotrafic et la politique pĂ©ruvienne. J’ai eu l’opportunitĂ© de participer pendant presque un an Ă la Commission d’Investigation du Congrès de la RĂ©publique sur les dĂ©lits de la dictature de Fujimori-Montesinos. Je me suis chargĂ© plus concrètement de ce qui concerne l’investigation sur l’articulation entre le trafic illicite de drogues et la corruption.

Qu’est-ce qui a Ă©tĂ© dĂ©couvert ?

L’articulation très Ă©troite qu’il y avait entre le pouvoir politique et le narcotrafic. Concrètement, que le narcotrafic Ă©tait quasiment gĂ©rĂ© depuis le palais du gouvernement et le Servicio de Inteligencia Nacional (SIN, Service de Renseignement National) Ă travers Vladimiro Montesinos, ce qui n’exclut en aucune manière Fujimori. Que maintenant Fujimori se fasse passer pour fou ou celui qui ne comprend pas de quoi il s’agit, c’est un autre problème, mais indubitablement il y avait lĂ une relation très Ă©troite.

Cette situation de corruption internationale s’est-elle amĂ©liorĂ©e ?

Je pense que oui et de façon importante. En outre, beaucoup des chefs de cette narcomafia qui nous a gouvernĂ©s pendant dix ans sont en prison. Il y a des procès judiciaires contre eux bien que nous serions beaucoup Ă vouloir qu’on leur donne plus d’annĂ©es de prison que ce qui leur a Ă©tĂ© donnĂ©. Par exemple, il y a peu, on vient de condamner, je crois pour six ou sept ans, le gĂ©nĂ©ral Hermoza RĂ­os. Le gĂ©nĂ©ral pilotait presque lui-mĂŞme les avions dans l’Alto Huallaga d’arrivĂ©e et de dĂ©part de drogues. En vĂ©ritĂ©, le pouvoir judiciaire, qui est un autre des pouvoirs de l’État Ă©normĂ©ment infiltrĂ© et achetĂ© par le narcotrafic, dans le cas de beaucoup de magistrats, n’a pas fait de mon point de vue l’effort nĂ©cessaire pour punir effectivement ce dĂ©lit au niveau oĂą il doit ĂŞtre puni, c’est-Ă -dire les hauts gradĂ©s des forces armĂ©es, les hauts fonctionnaires de la police nationale et les responsables politiques du fait que cela se soit dĂ©veloppĂ© jusqu’Ă un niveau presque incontrĂ´lable durant le gouvernement de Fujimori-Montesinos.

L’ex-prĂ©sident Toledo a fait des efforts pour essayer de combattre cela ?

Il a voulu assainir ce sujet et combattre ce dĂ©lit, mais, franchement, je pense que cet effort a Ă©tĂ© pĂ©nĂ©trĂ© d’une certaine manière par une stratĂ©gie erronĂ©e, qui est la stratĂ©gie nord-amĂ©ricaine pour faire face Ă ce phĂ©nomène. Les États-Unis pensent que le problème du narcotrafic, le problème des cultures de coca, le problème des drogues est un problème de sĂ©curitĂ© nationale. Je crois que c’est totalement faux. Cela fait 35 ans que les États-Unis appliquent cette stratĂ©gie et c’est une stratĂ©gie qui Ă©choue partout dans le monde.

Si la vision nord-amĂ©ricaine fait partie du problème, d’oĂą peut-on penser des solutions possibles ?

De mon point de vue, le problème des drogues est un problème socio-Ă©conomique et culturel du cĂ´tĂ© de la production. C’est un problème mĂ©dico-sanitaire et de prĂ©vention Ă©ducative du cĂ´tĂ© de la consommation. Et du cĂ´tĂ© du trafic, le problème est un problème de renseignement et de frappe chirurgicale, de manière Ă ne pas se tromper de cible. La cible, ce ne sont pas les agriculteurs ni les consommateurs : la cible, ce sont les grands trafiquants, les blanchisseurs d’argent, ceux qui trafiquent avec des des produits chimiques pour pouvoir produire de la pâte base de cocaĂŻne et du chlorhydrate de cocaĂŻne.

Comment se traduit l’action des États-Unis dans la vallĂ©e ?

Leurs politiques sont orientĂ©es fondamentalement Ă attaquer des paysans et des consommateurs, et Ă laisser tranquilles en quelque sorte les chaĂ®nons intermĂ©diaires. Cette stratĂ©gie, qui est une stratĂ©gie erronĂ©e, est celle qui continue d’ĂŞtre appliquĂ©e au PĂ©rou, malheureusement. Pourquoi ? Parce que ceux qui dirigent la politique antidrogue au niveau international sont les États-Unis, et ce sont eux qui mettent l’argent pour combattre le narcotrafic. Malheureusement, le gouvernement de Toledo n’a pas pu se diffĂ©rencier de cette stratĂ©gie, et je crois que le gouvernement d’Alan GarcĂ­a non plus.

NĂ©anmoins, le gouvernement Bush a annoncĂ© qu’il rĂ©duira les aides pour le PĂ©rou durant les prochaines annĂ©es.

On annonce une rĂ©duction de 37% pour les cinq prochaines annĂ©es. Je suis ambivalent quant Ă l’interprĂ©tation de cette affaire. D’un cĂ´tĂ©, cela me fait assez plaisir que les États-Unis arrĂŞtent de jeter l’argent de leurs contribuables mais je pense que c’est une Ă©norme hypocrisie de la part du gouvernement des États-Unis qui veut supposĂ©ment combattre le narcotrafic et d’un autre cĂ´tĂ©, il diminue l’aide aux pays andins en octroyant seulement quelques dollars additionnels au Plan Colombie, qui est un grand Ă©chec puisque les cultures continuent de croĂ®tre, et la quantitĂ© de drogues vers les États-Unis et l’Europe continue d’augmenter.

Dans cette explosion du narcotrafic, quel pourrait ĂŞtre l’impact sur un pays voisin comme l’Argentine [1] ?

Il me semble que l’Argentine a un triple rĂ´le dans la division internationale du travail du trafic illicite de drogues. D’un cĂ´tĂ©, c’est un pays consommateur : chaque jour en Argentine, on consomme du chlorhydrate de cocaĂŻne et d’autres drogues d’origine naturelle et d’origine chimique. C’est un marchĂ© important. Ensuite, c’est un lieu de transit de chlorhydrate de cocaĂŻne vers d’autres ports, principalement vers l’Afrique, le sud-est et l’est de l’Europe et l’Europe mĂŞme. Et enfin, c’est un centre de blanchiment d’argent d’oĂą l’on tire les ressources pour que ce commerce, d’une certaine manière, continue.

Dans les provinces du nord-ouest argentin, on consomme la feuille de coca.

Ă€ Salta et Ă Jujuy, il y a probablement entre 200 et 250 000 consommateurs traditionnels de feuille de coca, qui n’a rien Ă voir avec la cocaĂŻne. Ce sont seulement des consommateurs traditionnels qui considèrent cela comme faisant partie de leurs bonnes habitudes, de leur culture. Bien que cela ne soit pas une culture paysanne mais une culture urbaine. C’est pratiquement la seule zone d’AmĂ©rique du Sud oĂą l’on consomme la coca dans des zones urbaines. Cela est une situation Ă part dans le marchĂ© des drogues du pays : il y a indubitablement consommation, transit et Ă la fois blanchiment d’argent.

Comment s’explique la prĂ©sence d’ex-soldats du Sentier lumineux articulĂ©s avec des narco-trafiquants dans la capitale fĂ©dĂ©rale [Buenos Aires] ?

En premier lieu, le Sentier Lumineux est passĂ© d’une organisation politico-militaire Ă une structure de groupe armĂ© articulĂ© au narcotrafic. Ces groupes armĂ©s qui ont Ă©tĂ© vaincus ont migrĂ© vers d’autres pays, et l’Argentine est l’un d’eux, oĂą ces ex-combattants du Sentier lumineux ont migrĂ©. Ce qui est curieux, c’est qu’il semble que beaucoup d’entre eux viennent de la zone de Trujillo. Trujillo est une place, cela a toujours Ă©tĂ© une place de fabrication pâte base de cocaĂŻne et d’Ă©laboration en laboratoire de cette pâte et de chlorhydrate de cocaĂŻne. En outre, c’Ă©tait une sortie vers les ports du nord et du sud pour la vente de chlorhydrate. Alors cela ne me surprendrait pas qu’Ă Trujillo, ce groupe d’ex-Sentier, qui Ă©taient des sortes de surveillants, de gardiens, voire de sicaires du narcotrafic, après avoir cessĂ© d’ĂŞtre rĂ©volutionnaires entre guillemets, face Ă la persĂ©cution de la police et Ă l’isolement qu’ils avaient par rapport Ă la population dans son ensemble, qu’ils aient dĂ©cidĂ© de migrer, et ils ont migrĂ©, en Argentine.

Notes :

[1[NDLR] L’interview du chercheur pĂ©ruvien a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e pour Página 12, un quotidien argentin.

Source : Página 12 (http://www.pagina12.com.ar/), 5 mars 2007.

Traduction : Cynthia Benoist, pour le RISAL, (http://risal.collectifs.net/).

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