Venezuela
Autocratie et lois habilitantes
par Alberto Muller Rojas
Article publié le 30 mars 2007

La promulgation de la Loi habilitante, par laquelle le chef de l’Etat est autorisĂ© Ă lĂ©gifĂ©rer par dĂ©crets, a intensifiĂ© la campagne mĂ©diatique qui, aux niveaux national et international, accuse le prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien d’autocratisme.

Dans la pratique, ce qualificatif peut se justifier, indĂ©pendamment de la loi en question. N’importe quel spĂ©cialiste des sciences du comportement remarquera que le système de gouvernement actuellement en vigueur au Venezuela correspond, dans son essence, Ă ce que l’on appelle un rĂ©gime charismatique, une catĂ©gorie qui implique la concentration du pouvoir en une seule personne, Ă laquelle une grande partie de la population attribue des qualitĂ©s exceptionnelles.

Mais ce cadre politique n’est pas le rĂ©sultat d’une action coercitive ou d’un chantage. Il est la consĂ©quence - le spĂ©cialiste en conviendra Ă©galement - d’une dĂ©sagrĂ©gation des institutions politiques, sociales et Ă©conomiques du pays due Ă leur inefficacitĂ©. L’accession au pouvoir de l’actuel prĂ©sident a Ă©tĂ© le rĂ©sultat d’un processus Ă©lectoral qui l’a opposĂ© non pas Ă des organisations politiques, mais Ă d’autres leaders charismatiques. Ces derniers se sont prĂ©sentĂ©s comme des rivaux, pour ensuite abandonner la scène politique. Ils ont agi de manière irresponsable vis-Ă -vis de leurs partisans. Ces derniers ont Ă©tĂ© articulĂ©s par la suite par une mĂ©diacratie, avec la majoritĂ© des parlementaires Ă©lus. Les mĂ©dias ont agi comme fer de lance des intĂ©rĂŞts des grands chefs d’entreprises nationaux Ă©troitement associĂ©s aux transnationales qui cherchent Ă contrĂ´ler le marchĂ© international. Et de cette manière, elles cherchent Ă ordonner politiquement le système international dans le cadre d’une nouvelle logique impĂ©riale.

Manifestement, l’effondrement des institutions a annihilĂ© le contrat social existant. Mais, contrairement Ă ce que aurait fait un autocrate, le « leader  » a convoquĂ© le pouvoir constituant, une dĂ©marche prĂ©alablement approuvĂ©e par rĂ©fĂ©rendum Ă une Ă©crasante majoritĂ© des VĂ©nĂ©zuĂ©liens. Une fois la nouvelle charte constitutionnelle ratifiĂ©e au terme d’un mĂŞme processus rĂ©fĂ©rendaire, les pouvoirs publics ont Ă©tĂ© relĂ©gitimĂ©s. Bien que passablement dĂ©sarticulĂ©e, l’opposition a obtenu une reprĂ©sentation parlementaire importante, qui lui aurait permis de mener un dĂ©bat politique dans le cadre du jeu dĂ©mocratique (jeu gagnant-gagnant). Mais sa conduite n’a pas Ă©tĂ© dĂ©mocratique. Elle a prĂ©fĂ©rĂ© la polĂ©mique, soutenus par le gouvernement des Etats-Unis, dans un jeu Ă somme nulle, et ont transformĂ© le dĂ©bat d’idĂ©es en lutte de pouvoirs. A ce jeu, ils se sont abstenus de participer aux dernières Ă©lections parlementaires [en dĂ©cembre 2005], laissant ainsi cette instance du pouvoir public sous le contrĂ´le absolu des forces dirigĂ©es par le prĂ©sident Chavez. Cette stratĂ©gie a permis sa réélection et une diminution sensible du soutien populaire aux forces conservatrices. Aussi, dans ces circonstances, personne ne peut nier la vocation dĂ©mocratique de celui qui indiscutablement contrĂ´le le pouvoir d’Etat.

Logiquement, la Loi habilitante confère au chef de l’Etat la facultĂ© de lĂ©gifĂ©rer sans passer par les procĂ©dures requises pour la formation des lois. D’une certaine manière, comme c’est le cas dans les rĂ©gimes caractĂ©risĂ©s par la sĂ©paration des pouvoirs -il s’agit d’une compĂ©tence, mĂŞme limitĂ©e -, que le pouvoir exĂ©cutif partage avec le pouvoir lĂ©gislatif et le pouvoir judiciaire, qui la rĂ©gule au moyen de ses règles constitutionnelles. Traditionnellement, au Venezuela, dans la pratique politique, il appartient au pouvoir exĂ©cutif de lĂ©gifĂ©rer et d’adopter des rĂ©solutions ou d’autres types de normes qui complètent les instruments juridiques. Dans le cadre de cette coutume constitutionnelle, il est admis - et dans la constitution en vigueur, ce n’est pas une exception - que le chef de l’Etat est habilitĂ© Ă lĂ©gifĂ©rer par dĂ©crets. Cela s’est fait de nombreuses fois au cours de notre histoire politique, sans susciter le discrĂ©dit qui, actuellement, est jetĂ© sur le prĂ©sident en exercice. Dans ce contexte, le battage mĂ©diatique dont le but est de disqualifier le prĂ©sident Chavez est un acte de pouvoir destinĂ© Ă exacerber les contradictions internes. Cette action, qui coĂŻncide avec l’offensive de la Maison Blanche contre le rĂ©gime politique vĂ©nĂ©zuĂ©lien, est un vĂ©ritable acte de terrorisme international : par des moyens psychologiques et politiques, elle a pour objectif d’intimider et de dĂ©stabiliser moralement et socialement la population, d’annihiler la rĂ©sistance des organes du pouvoir et de manipuler la politique de l’Etat et le comportement des citoyens. C’est une arme utilisĂ©e dans le nouveau type de guerre que mènent les Etats-Unis dans le cadre des « opĂ©rations rapides et dĂ©cisives  » (Rapid Decisive Operations, RDO), des opĂ©rations qui n’ont Ă©tĂ© ni dĂ©terminantes, ni expĂ©ditives, loin s’en faut. Une conduite qui a menĂ© les Etats-Unis Ă des « guerres prolongĂ©es  », avec des coĂ »ts matĂ©riels et humains insupportables, mĂŞme pour l’Ă©conomie et le prestige de ce centre du pouvoir mondial.

Source : Aporrea.org (http://www.aporrea.org/), 3 mars 2007.

Traduction : l’Ă©quipe du RISAL (http://www.risal.collectifs.net/).

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