L’Union europ√©enne doit suivre l’exemple de l’Espagne vis-√ -vis de Cuba
par Salim Lamrani
Article publiť le 10 avril 2007

La politique de confrontation que l’Union europ√©enne a adopt√©e vis-√ -vis de Cuba en juin 2003, suivant les directives de Washington, s’est sold√©e par un √©chec retentissant. L’imposition arbitraire de sanctions politiques et diplomatiques, loin d’avoir les effets escompt√©s - √ savoir une mise au pas du gouvernement cubain -, a entra√ģn√© le gel des relations entre La Havane et Bruxelles. Faisant preuve de lucidit√© et de pragmatisme, le gouvernement espagnol de Jos√© Luis Miguel Zapatero a d√©cid√© d’adopter une approche plus rationnelle et de renouer les liens avec les autorit√©s cubaines. Le 1er avril 2007, il a envoy√© son ministre des Affaires √©trang√®res, Miguel √ ngel Moratinos, en visite officielle [1].

L’Espagne, qui n’avait pas envoy√© de fonctionnaire de haut rang √ Cuba depuis 1998, a choisi le chemin constructif du dialogue. Le gouvernement cubain a salu√© l’initiative ib√©rique et a m√™me d√©clar√© qu’aucun sujet de d√©bat n’√©tait √ proscrire entre les deux nations √ condition qu’il se fasse √ partir d’un principe d’√©galit√©, de respect et de non-ing√©rence. Felipe P√©rez Roque, chef de la diplomatie cubaine, a soulign√© qu’un nouveau rapprochement s’op√©rait avec l’Espagne : ¬« Le gouvernement espagnol a √©t√© le premier √ rechercher un dialogue respectueux et s√©rieux avec Cuba et nous croyons qu’il est de notre devoir d’en faire de m√™me [2] ¬ ».

Les deux pays ont sign√© plusieurs accords de coop√©ration et ont √©tabli un m√©canisme de dialogue politique qui inclura la promotion des droits de l’homme [3]. L’Espagne est devenue ¬« une esp√®ce d’interlocuteur privil√©gi√© ¬ » car il s’agit de la premi√®re nation europ√©enne √ faire preuve d’un certain scepticisme quant au bien-fond√© de s’aligner religieusement sur la politique belliqueuse de la Maison-Blanche vis-√ -vis de La Havane. Madrid a ainsi r√©cup√©r√© un certain cr√©dit qui avait √©t√© r√©duit √ n√©ant par la politique irresponsable de son ancien Premier ministre Jos√© Maria Aznar, qui avait failli provoquer la rupture des relations bilat√©rales. Pour le ministre cubain des Affaires √©trang√®res, la visite de Moratinos ¬« montre un exemple [et] d√©montre qu’il faut traiter Cuba avec respect [4] ¬ ».

Pour ce qui est de l’Europe, ¬« les conditions [d’un dialogue] ne sont toujours pas r√©unies ¬ », a fait savoir P√©rez Roque, qui a soulign√© que ¬« l’√©limination d√©finitive des sanctions contre Cuba [et] l’√©limination de la position commune ¬ » √©taient des conditions sine qua non pour proc√©der √ un √©ventuel rapprochement. Mais les nouvelles relations entre l’Espagne et Cuba ouvrent une voie que l’Union europ√©enne doit s’empresser de suivre si elle souhaite conserver une certaine influence dans les affaires internationales. Moratinos, quant √ lui, s’est d√©clar√© convaincu que la piste du dialogue est la seule issue possible : ¬« Je suis s√ »r qu’avec le m√™me esprit que j’ai trouv√© ici √ Cuba nous pourrons avec tous les ministres europ√©ens arriver √ cette meilleure compr√©hension dans une relation future stable et sereine avec les autorit√©s cubaines [5] ¬ ».

¬« Je suis venu √ Cuba pour apprendre et √©couter et non pas pour imposer ¬ », a signal√© le chef de la diplomatie espagnole √ son arriv√©e √ La Havane. Pour sa part, P√©rez Roque a fait remarquer que ¬« Cuba n’a pas accept√© et n’accepte pas aujourd’hui les conditions de coop√©ration ¬ » de l’Union europ√©enne [6]. Le secr√©taire d’Etat espagnol pour les Affaires ib√©ro-am√©ricaines, Trinidad Jim√©nez, a fait preuve de lucidit√© et d’une rare franchise en soulignant que les pressions ¬« sur un pays souverain dont nous n’approuvons pas le syst√®me politique, ne marchent pas. Et cela a √©t√© le cas avec Cuba [7] ¬ ». Comme le confesse Jim√©nez, le vrai probl√®me pour l’Europe √ Cuba n’est pas la situation des droits de l’homme comme elle veut bien le faire croire mais son ¬« syst√®me politique ¬ ».

L’Union europ√©enne doit comprendre rapidement que la voie de la confrontation est sans issue avec La Havane. En effet, les Cubains ne comprennent pas le langage des ultimatums et ne sont gu√®re habitu√©s √ courber l’√©chine face √ l’adversit√©. Il est temps Bruxelles prenne conscience de cette r√©alit√© et se d√©marque, sans plus attendre, de la politique irrationnelle de l’administration Bush.

Notes :

[1Associated Press, ¬« Spain and Cuba Explore Ways to Improve Island’s Tense Relations With EU ¬ », 3 avril 2007.

[2EFE ¬« Cuba dice que hablar√° de derechos humanos con Espa√Īa ¬ », 3 avril 2007.

[3Felipe P√©rez Roque & Miguel √ ngel Moratinos, ¬« Un acuerdo, una declaraci√≥n y un comunicado sellan el encuentro entre los ministros exteriores de Cuba y Espa√Īa ¬ », 4 avril 2007.

[4Andrea Rodriguez, ¬« Spain Hopes for Better Ties With Cuba ¬ », Associated Press, 3 avril 2007.

[5EFE ¬« Cuba y Espa√Īa reanudad y abren di√°logo ¬ », 4 avril 2007.

[6Granma, ¬« Cuba and Spain Reestablish Communication and Political Dialogue ¬ », 4 avril 2007.

[7Radio Havana Cuba, ¬« Spanish Government Pleased With Moratino’s Visit to Cuba ¬ », 5 avril 2007.

Source : Rebeli√≥n (www.rebelion.org), avril 2007.

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