Amérique Latine
¬« Plus de bases militaires √©trang√®res ! ¬ »
par Luis Angel Saavedra
Article publiť le 31 mai 2007

La base de Manta a √©t√© le motif pour qu’en √‰quateur des centaines d’activistes ouvrent le d√©bat sur le r√īle des installations militaires √©trang√®res cantonn√©es sous toutes les latitudes de la plan√®te. Plus de 90% d’entre elles appartiennent aux √‰tats-Unis et servent d’unit√©s op√©rationnelles pour prot√©ger les int√©r√™ts √©conomiques et g√©opolitiques de ce pays.

Depuis 1999, la base a√©rienne Eloy Alfaro, situ√©e dans la ville c√īti√®re de Manta, abrite soldats et avions √©tats-uniens qui exercent diverses activit√©s dans le Nord de l’Am√©rique du Sud et dans les Cara√Įbes.

¬« La base de Manta est strat√©gique pour le Plan Colombie ¬ », a reconnu le colonel Javier Deluca, actuel commandant √©tats-unien de la base de Manta dans une entrevue accord√©e au journal de Guayaquil Expreso en ao√ »t 2006, confirmant ce que plusieurs organisations avaient d√©nonc√©, √ savoir que le contr√īle du narcotrafic n’√©tait qu’un pr√©texte pour camoufler activit√©s d’espionnage, appui logistique et coordination d’actions antisubversives.

L’opposition √ la pr√©sence militaire √©tats-unienne √ Manta, soutenue par une vingtaine d’associations regroup√©es dans la coalition ¬« Pas de bases en √‰quateur ¬ », est devenue la pierre de touche de la lutte √©quatorienne pour la d√©fense de la souverainet√©, au point que le th√®me a fait partie de l’agenda des derni√®res √©lections pr√©sidentielles et qu’il fait d√©sormais l’objet d’un engagement du gouvernement national.

¬« Nous ne renouvellerons pas l’accord sur la base de Manta [qui arrive √ expiration le 25 novembre 2009]. Cela fait partie des politiques de ce gouvernement ¬ », a assur√© le pr√©sident Rafael Correa chaque fois qu’il a √©t√© interrog√© sur ce th√®me.

Les actions men√©es √ Manta sont aussi devenues une r√©f√©rence pour d’autres activistes qui luttent pour l’√©limination des bases militaires √©trang√®res, sp√©cialement pour les organisations latino-am√©ricaines.

Pour cette raison, divers r√©seaux antimilitaristes ont d√©cid√© de se r√©unir en √‰quateur, du 5 au 9 mars 2007, dans le cadre de la premi√®re Conf√©rence internationale pour l’abolition des bases militaires √©trang√®res, et ont cr√©√© le R√©seau mondial ¬« Non aux bases ¬ » qui servira d’espace pour √©changer exp√©riences de lutte et informations sur les cons√©quences sociales du cantonnement militaire √©tranger.

Pour Maria Isabel Villegas, activiste luttant contre la base militaire de Comalapa au Salvador, la cr√©ation de la coalition constitue un espoir pour la lutte de son peuple. ¬« Savoir que nous ne sommes pas seuls est le meilleur soutien que nous pouvons recevoir √ l’heure actuelle ¬ », a d√©clar√© Villegas.

La base de Comalpa, √©tablie en 2000, n’a pu √™tre ferm√©e en raison de la faible mobilisation sociale au Salvador, bien qu’aient √©t√© d√©nonc√©s divers abus de la part des militaires √©tats-uniens et des changements de la structure sociale caus√©s par les commerces li√©s √ la pr√©sence militaire, comme l’augmentation de la consommation de drogues, le d√©veloppement de l’exploitation sexuelle et la subordination des troupes militaires salvadoriennes aux int√©r√™ts militaires des √‰tats-Unis.

La fermeture annonc√©e des op√©rations militaires √©tats-uniennes √ Manta a deux pr√©c√©dents en Am√©rique Latine : la fermeture des bases Howard et Clayton, au Panama en 1999, et celle de la base navale de Vieques, √ Puerto Rico en 2003.

Pendant plus de 100 ans, les √‰tats-Unis maintinrent au Panama une moyenne de 10 000 soldats sur 6 bases militaires install√©es le long du canal. En 1999, en ex√©cution des trait√©s sign√©s en 1977 entre l’ex-pr√©sident √©tats-unien Jimmy Carter (1977-81) et le leader panam√©en, le g√©n√©ral Omar Torrijos, furent ferm√©es les bases de Howard et Clayton ; cette derni√®re, d’une superficie de 870 hectares, comportait 1 400 maisons, des √©coles, des centres sportifs et commerciaux. ¬« Carter comprit qu’il devait quitter Panama, mais [George] Bush p√®re (1989-93) essaya de rester en ignorant les trait√©s sign√©s avec Torrijos. Panama dut se soulever pour faire respecter sa souverainet√© et exiger que les derni√®res troupes √©trang√®res de Clayton s’en aillent ¬ », a expliqu√© l’activiste panam√©enne Priscila V√°squez.

Pourtant, la lutte au Panama n’est pas termin√©e. ¬« Ils doivent nettoyer ce qu’ils ont sali ¬ » a d√©clar√© V√°squez, en faisant r√©f√©rence aux centaines de mines antipersonnelles qui n’ont pas encore √©t√© retir√©es des terrains occup√©s par les bases militaires √©tats-uniennes.

De leur c√īt√©, la pr√©sence d’activistes de Vieques √ la conf√©rence a permis de t√©moigner de la volont√© de fer des habitants pour obtenir le d√©part de la pr√©sence √©tats-unienne dans cette √ģle portoricaine.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les √‰tats-Unis ont install√© une base navale √ Vieques, baptis√©e Roosevelt Roads, qui finit par occuper les trois-quarts de l’√ģle et se transforma en polygone de tir et centre d’exp√©rimentation balistique. Le niveau de pollution provoqu√© par les exercices militaires a augment√© de fa√ßon significative les taux de cancer chez les habitants des lieux.

Apr√®s 60 ans, en mai 2003, la population de Vieques a obtenu le d√©part de la base. Pour y arriver, une campagne de d√©sob√©issance civile qui mit en √©chec l’arm√©e √©tats-unienne fut organis√©e. ¬« J’ai vu de vieilles femmes encha√ģn√©es les unes aux autres face aux bottes des militaires, chantant des slogans face √ des militaires baraqu√©s. Et ils √©taient morts de peur. L√ , nous nous sommes rendu compte du pouvoir que nous avons ¬ », a d√©clar√© Nilda Medina, du Mouvement Paix pour Vieques.

Vieques lutte maintenant pour r√©cup√©rer la propri√©t√© des terrains et obtenir leur nettoyage, car la Marine am√©ricaine essaie de vendre les terrains pour des projets immobiliers √ haute valeur ajout√©e et d’√©viter le nettoyage en transf√©rant la propri√©t√© √ des entreprises de construction.

Les exp√©riences latino-am√©ricaines ont √©galement confort√© les luttes pr√©ventives que plusieurs organisations m√®nent pour √©viter l’installation de bases militaires, comme c’est le cas pour la base Mariscal Estigabirria, au Paraguay.

¬« Maintenant, plus que jamais, nous sommes convaincus que nous ne devons pas c√©der un millim√®tre de notre terre pour l’installation d’une base militaire ¬ », a dit Cristina Coronel, du Service Paix et Justice (SERPAJ) du Paraguay.

Source : Noticias Aliadas (http://www.noticiasaliadas.org/), 3 avril 2007 ; Diffusion d’information sur l’Am√©rique latine (DIAL - http://enligne.dial-infos.org/), 1er mai 2007.

Traduction : Sylvette Liens, pour Diffusion d’information sur l’Am√©rique latine (DIAL - http://enligne.dial-infos.org/). Traduction r√©vis√©e par l’√©quipe du RISAL.

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