Le Paraguay √ l’heure des changements
par Ra√ļl Zibechi
Article publiť le 5 novembre 2007

En avril 2008 il y aura des √©lections pr√©sidentielles. Pour la premi√®re fois en 60 ans, le parti Colorado pourrait se voir forc√© de quitter le palais du gouvernement. Commencerait alors la transition, aussi longtemps d√©sir√©e qu’ajourn√©e, vers la d√©mocratie au Paraguay.

Depuis le coup d’√‰tat qui, en 1989, renversa le dictateur Alfredo Stroessner, les 17 derni√®res ann√©es, celle de la de d√©mocratie, n’ont pas √©t√© tr√®s diff√©rentes des 35 ann√©es ant√©rieures au putsch. Le dictateur, qui gouvernait le pays depuis 1954, s’√©tait appuy√© sur le m√™me parti qui gouverne le pays jusqu’√ aujourd’hui au moyen du client√©lisme, de la corruption et d’une bonne dose de r√©pression. Mais le 29 mars 2006, il semble que l’histoire de ce pays ait chavir√© : plus de 40 000 personnes sont descendues dans la rue de la capitale, Asunci√≥n, pour √©viter que le pr√©sident Nicanor Duarte Frutos puisse se repr√©senter, ce qu’interdit la Constitution.

Le porte-parole de cette √©norme mobilisation √©tait l’√©v√™que de San Pedro, une zone o√Ļ les paysans luttent depuis longtemps contre les propri√©taires terriens. Fernando Lugo en est venu d’un coup √ personnifier l’espoir de changement d’une soci√©t√© lasse de la corruption et des mauvais gouvernements. Tous les sondages le donnent comme favori, comme le seul capable de d√©loger le parti Colorado, qui contr√īle tous les ressorts du pouvoir : la bureaucratie d’√‰tat, l’arm√©e, la mafia et le grand patronat.

Un modèle épuisé

La situation sociale et √©conomique du pays est d√©sastreuse. Sur 6 millions d’habitants, 63% sont pauvres (le chiffre officiel est 48%) et 26% indigents. Environ 80% – 4,5 millions – n’ont pas acc√®s aux soins de sant√© √©l√©mentaires. 600 000 paysans sans terre errent dans le pays depuis que les grandes entreprises ont fait du Paraguay l’un des plus grands exportateurs de soja au monde. 100 000 Paraguayens √©migrent de la campagne vers la ville chaque ann√©e ou quittent le pays pour l’Espagne ou l’Argentine : les envois de fonds des migrants repr√©sentent d√©sormais la seconde rentr√©e financi√®re du pays, d√©pass√©s seulement par les exportations de soja.

L’√‰tat paraguayen est l’un des plus inefficaces et corrompus du monde. Il compte 200 000 fonctionnaires, dont 95% font partie du parti Colorado. En d√©pit de la faiblesse num√©rique de la population, chaque jour, 10 enfants meurent de d√©nutrition et de maladies. Le parti Colorado, un parti d’√‰tat, est la principale source de contr√īle social et de client√©lisme, ce qui lui a permis de d√©tenir un pouvoir quasi absolu durant 60 ans, que ce soit en dictature ou en ¬« d√©mocratie ¬ ». En 2006, les producteurs de soja ont export√© l’√©quivalent de 450 millions de dollars et l’oligarchie des √©leveurs quelque 430 millions. Ils paient des imp√īts mis√©rables : 3% pour les √©leveurs et 1,8% pour les producteurs de soja. Les banques en paient encore moins [1].

Le sociologue Tom√°s Palau, du Centre de recherches Base-Is, affirme que l’√©puisement du mod√®le politique et √©conomique va de pair avec la d√©sint√©gration institutionnelle d’un pouvoir oligarchique. La mani√®re dont les gens per√ßoivent l’√‰tat paraguayen est qu’il existe de moins en moins pour eux, mais qu’il existe bel et bien et se montre tr√®s puissant quand il s’agit de d√©fendre les int√©r√™ts de l’oligarchie des √©leveurs et des transnationales agro-exportatrices (soja, canne √ sucre, coton) [2].

Ce qui est vu √ Washington comme un failed state est, pour la population paraguayenne et surtout pour les pauvres, un authentique cauchemar. Un journaliste paraguayen explique que le fait d’√™tre rest√© au pouvoir pendant 60 ans a provoqu√© au sein du parti Colorado une grande usure, laquelle a conduit l’√‰tat √ une situation d’inefficacit√© qui se traduit par ¬« un d√©sordre presque complet, o√Ļ les administrateurs du pouvoir, les Colorados, ne peuvent contr√īler ni se contr√īler dans la gestion de la chose publique : leurs ‘caudillos’ r√©pondent, non plus au dictateur ou au chef, mais directement au parrain de la mafia r√©gionale ¬ » [3].

Un √‰tat infiltr√© par la corruption, o√Ļ le pouvoir l√©gislatif est constitu√© de corrompus et o√Ļ le pouvoir judiciaire est incapable d’administrer la justice, permet aux groupes patronaux mafieux de jouir d’un pouvoir illimit√©. Ces puissants groupes sont au nombre de quatre, selon le sociologue Palau : les √©leveurs, avec une richesse estim√©e √ 6 milliards de dollars, disposent de commandos paramilitaires ; les narcotrafiquants, qui produisent la marijuana, font du trafic de coca√Įne, blanchissent de l’argent et ont la capacit√© d’acheter les policiers ; les multinationales exportatrices de soja, de coton et de canne √ sucre ; et enfin les ¬« pseudo-entrepreneurs ¬ » li√©s √ des affaires l√©gales et ill√©gales avec l’√‰tat et √ la contrebande d’√©lectrom√©nager et de cigarettes.

En politique, cette crise institutionnelle et sociale se manifeste par ¬« l’achat du vote qui peut englober jusqu’√ un tiers des √©lecteurs. Dans la derni√®re √©lection, le vote √©tait cot√© √ 100 000 et m√™me 200 000 guaranis per capita (20 √ 40 dollars US) ¬ » [4]. Selon le sondage r√©gional Latinobar√≥metro, au Paraguay 4% seulement de la population (contre 40% en Bolivie) consid√®rent comme efficace la lutte du gouvernement contre la corruption et 40% (contre 7% en Bolivie) croient que le gouvernement du Paraguay fomente la corruption.

L’irruption de la soci√©t√© civile

Cet ensemble de facteurs de pouvoir a provoqu√© ¬« l’√©puisement de l’√‰tat pr√©bendier et client√©liste au service du parti Colorado et du mod√®le √©conomique agro-exportateur ¬ ». La fin de cette p√©riode a ouvert, depuis les ann√©es 90, ¬« une lutte pour l’h√©g√©monie politique du processus, marqu√©e par des crises successives, des tentatives de coups d’√‰tat, des homicides en s√©rie, des √©lections frauduleuses et un bon nombre de mobilisations populaires ¬ » [5]. La soci√©t√© civile se montre maintenant tr√®s active, vu que c’est la seule mani√®re de se faire entendre et de faire valoir des droits que l’√‰tat ne respecte pas.

La d√©sint√©gration institutionnelle et sociale se traduit par la multiplication des mobilisations de paysans qui occupent des terres et re√ßoivent en r√©ponse des autorit√©s et des grands propri√©taires des assassinats et la mise en accusation par le minist√®re public de 2 000 dirigeants. Mais cette d√©sint√©gration se refl√®te aussi dans la chute de la participation √©lectorale, puisqu’aux derni√®res √©lections municipales, 65% des inscrits ne se sont pas rendus aux urnes. A plusieurs occasions, la population a d√ » occuper les rues pour interdire que la loi soit viol√©e.

Cette lutte a ses dates et ses morts. Mars 1999 fut le moment le plus douloureux de cette crise, avec l’assassinat du vice-pr√©sident Jos√© Maria Arga√Īa. Le g√©n√©ral Lino Oviedo, un militaire messianique et autoritaire, joua un r√īle important dans le coup d’√‰tat de 1989 qui mit fin √ la dictature. Bien qu’il collabora avec le tout-puissant Stroessner, on dit qu’il le for√ßa √ la reddition quand il d√©goupilla une grenade et le visa avec un fusil. Il esp√©rait tirer profit de la chute du dictateur et, dans la m√™l√©e pour le pouvoir, il aurait √©t√© le cerveau de l’assassinat d’Arga√Īa. En r√©action √ ce crime, les Paraguayens se sont soulev√©s. Cet √©v√©nement est connu comme ¬« le mars paraguayen ¬ », au cours duquel des dizaines de jeunes furent assassin√©s par des francs-tireurs sympathisants d’Oviedo.

Le g√©n√©ral dut s’exiler, d’abord en Argentine o√Ļ il re√ßut la protection du pr√©sident Menem, puis au Br√©sil. A son retour au pays, il fut jug√© et condamn√©, et maintenant il est en prison [6], mais le Parlement se pr√©pare √ discuter une amnistie qui pourrait b√©n√©ficier au parti Colorado dans sa dispute avec Fernando Lugo, puisqu’ils seraient en comp√©tition pour les m√™mes secteurs sociaux [7].

En 2002, les secteurs populaires descendirent √ nouveau dans la rue pour emp√™cher la privatisation des entreprises publiques et l’approbation de la loi anti-terroriste sans consultation citoyenne. Le gouvernement dut faire marche arri√®re quand le vaste mouvement social, en particulier paysan, bloqua les routes principales et paralysa le pays.

La troisi√®me irruption du mouvement social eut lieu en mars de l’an dernier, quand le pr√©sident (avec la complicit√© de la Cour supr√™me de justice) tenta de violer la Constitution pour √™tre r√©√©lu. C’est √ cette occasion que fut cr√©√©e Resistencia Ciudadana (R√©sistance citoyenne), le rassemblement de tous les secteurs politiques et sociaux de l’opposition qui convoqu√®rent la plus grande manifestation de ces derni√®res ann√©es. Le porte-parole de cette action √©tait l’√©v√™que Fernando Lugo qui a √©merg√© comme une alternative √ la crise des partis. Selon certains sondages, Lugo est cr√©dit√© de 70% d’appui populaire.

L’√©v√™que des pauvres

Dans une interview accord√©e au journal Brasil de Fato [8], Lugo a rappel√© qu’il √©tait n√© en 1952 dans un petit bourg rural de 60 familles, San Solano. C’est le plus jeune des six fr√®res d’une famille qui fut durement pers√©cut√©e par la dictature de Stroessner : son p√®re fut emprisonn√© 20 fois. Enfant, Lugo vendait des empanadas et du caf√© dans les rues de la ville d’Encarnaci√≥n, o√Ļ avait immigr√© sa famille. Trois de ses fr√®res furent emprisonn√©s, tortur√©s et expuls√©s du pays pendant 23 ans.

Il suivit des √©tudes pour devenir instituteur et donna des cours dans une salle o√Ļ s’entassaient 100 √©l√®ves, jusqu’√ ce qu’√ 19 ans il d√©cide d’entrer au s√©minaire de la Congr√©gation du Verbe divin [9]. ¬« C’est la population de Hohenau, o√Ļ je donnais des cours aux enfants, qui m’a pouss√© √ devenir religieux. Les gens √©taient tr√®s religieux et il n’y avait pas de pr√™tre, mais ils se r√©unissaient quand m√™me tous les dimanches, et moi je participais √ ces c√©l√©brations, par la lecture de la parole de Dieu, les commentaires, les pri√®res et les chants. C’est √ Hohenau que Dieu est entr√© dans ma vie. ¬ » [10]

En 1977, il est ordonn√© pr√™tre et voyage en √‰quateur o√Ļ il d√©couvre la th√©ologie de la lib√©ration et l’√‰glise des pauvres. En 1982, il retourne au Paraguay et l’ann√©e suivante il est expuls√© du pays √ cause de ses sermons ¬« subversifs ¬ » et pour avoir dit du mal du gouvernement. Il vit √ Rome et revient en 1987. En 1994, il est ordonn√© √©v√™que du dioc√®se de San Pedro, le plus pauvre du pays. ¬« En 1994, quand il entra en fonction au dioc√®se, il y eut 112 occupations de terre, dont 52 √ San Pedro. Quand je suis arriv√©, il y avait 650 communaut√©s eccl√©siales de base, quand je suis parti, il y en avait 1 000. ¬ » Dans le d√©partement comportant les plus grands latifundios, la pastorale sociale organisait peu √ peu les paysans sans terre, √ l’instar du processus qui, au Br√©sil donna naissance au mouvement sans terre.

Lugo se lan√ßa tr√®s vite en politique. Lui-m√™me raconte le changement : ¬« J’ai quitt√© le dioc√®se en 2005 et je suis arriv√© √ la r√©flexion que les grands efforts qui se font √ travers l’√‰glise n’ont pas eu les r√©sultats escompt√©s ; j’ai r√©alis√© que les changements r√©els dans les domaines √©conomique et social viennent de la politique. Alors j’ai commenc√© √ me r√©unir avec un groupe de 12 amis, le 3 janvier 2006 – un groupe d’√©tude et d’analyse compos√© d’artistes, d’intellectuels, de paysans, d’√©tudiants, pour r√©fl√©chir sur le pays. Ce groupe grandit et devint le 17 d√©cembre le Mouvement populaire Tekojoja (√©galit√©, en guarani). Tr√®s vite il devint le mouvement politique √ la plus forte croissance. ¬ » [11]

Tekojoja a recueilli plus de 100 000 signatures pour que Lugo se pr√©sente comme candidat √ la pr√©sidence. Le 22 d√©cembre 2006, il a d√©missionn√© de son minist√®re sacerdotal ; le 4 janvier 2007, le Vatican a refus√© sa d√©mission et l’a suspendu ensuite a divinis. Ce n’est pas un d√©tail. La Constitution du Paraguay dit qu’aucun pr√™tre de n’importe quel culte ne peut aspirer √ la pr√©sidence. Ayant renonc√© √ sa condition de pr√™tre, Lugo consid√®re qu’il r√©pond aux crit√®res pour √™tre pr√©sident. Mais Duarte Frutos ne l’admet pas, ce qui provoque un dur affrontement entre le gouvernement et l’√‰glise catholique. Il est possible que, dans les prochains mois, la Cour supr√™me de justice invalide sa candidature en invoquant un argument non pas l√©gal mais th√©ologique. En effet, pour l’√‰glise, un pr√™tre restera toujours pr√™tre m√™me s’il d√©missionne de ses fonctions. Lugo n’a pas confiance en la justice de son pays, comme la majorit√© des Paraguayens. La Cour est compos√©e de 9 membres : 5 Colorados et 4 de l’opposition. Le probl√®me est que si l’on emp√™che la candidature de Lugo, une grande partie de la population consid√®rerait cela comme un coup d’√‰tat et la r√©action populaire serait impr√©visible.

Vers une seconde transition ?

Les partis politiques vivent une crise aigu√« de repr√©sentation et de l√©gitimit√©. L’opposition parlementaire s’est unie dans ce que l’on appelle la Concertaci√≥n Democr√°tica (Concertation d√©mocratique), compos√©e du Parti Lib√©ral Radical Authentique (PLRA), de l’Union Nationale des Citoyens √‰thiques (UNACE), de Patria Querida (Patrie ch√©rie), d’Encuentro Nacional (Rencontre nationale) et de Pa√≠s Solidario (Pays solidaire). Ce sont en majorit√© des n√©olib√©raux qui professent ce que nous pourrions appeler ¬« une vieille culture politique ¬ », le PLRA √©tant le seul disposant d’une structure importante dans tout le pays capable de rivaliser avec le parti Colorado.

Les mouvements sociaux et politiques entrent aussi en ligne de compte. Tout au long de l’ann√©e 2006, pour lancer et appuyer la candidature de Lugo, qui ne dispose d’aucune structure, au moins 3 grands blocs ont √©t√© cr√©√©s :

— Le Bloque Social y Popular (Bloc social et populaire), compos√© des 5 centrales syndicales, un secteur du mouvement paysan, la d√©mocratie chr√©tienne, le Parti f√©br√©riste et le Parti des travailleurs.

— Le second groupe est Pa√≠s Posible (Pays possible), conduit par le fr√®re de Lugo, qui a une trajectoire de r√©sistance au sein du parti Colorado et cherche √ r√©cup√©rer ce vote.

— Enfin le Mouvement populaire Tekojoja qui est le plus proche de Lugo et participe aussi au Bloc social et populaire.

Les groupes de gauche, tr√®s proches du mouvement paysan, ont cr√©√© une Coordination des mouvements ind√©pendants, qui est arriv√© √ pr√©senter des candidats dans 10 des 221 municipalit√©s du pays. C’est la premi√®re fois qu’une partie significative du mouvement paysan a encourag√© la participation √©lectorale, ce qui repr√©sente un changement par rapport aux p√©riodes ant√©rieures. Cette confluence a fait na√ģtre le Frente Social y Popular (Front social et populaire) qui, depuis fin 2006, tente de cr√©er une large alliance avec Tekojoja et le Bloque Social y Popular pour faire contrepoids √ la Concertaci√≥n Democr√°tica dans le projet de Lugo [12].

Lugo a d√ » choisir entre le traditionnel et le nouveau, entre, d’un c√īt√©, le Bloc et les mouvements sociaux, et, de l’autre, la Concertaci√≥n Democr√°tica. C’√©tait un choix entrela gauche sociale et la structure, le programme de changements et la s√©curit√© que lui apportent les appareils pour vaincre le parti Colorado. Finalement il se pr√©sentera comme le candidat de la Concertaci√≥n Democr√°tica, prenant pour vice-pr√©sident un membre du PRLA. Peu avant de prendre sa d√©cision, il a expliqu√© clairement de quoi il s’agissait : ¬« La ‘Concertation’ pourrait assurer le contr√īle √©lectoral. Ce sont des partis jouissant d’une repr√©sentation parlementaire qui peuvent offrir deux choses : garantir un contr√īle correct du processus √©lectoral et aussi la possibilit√© de gouvernement parce qu’ils ont beaucoup de parlementaires. On ne peut pas r√©concilier le ‘Bloc populaire’ avec la ‘Concertation’. ¬ » [13]

Selon le membre du Service de Paix et Justice SERPAJ), Orlando Castillo, le choix de Lugo peut lui garantir le triomphe √©lectoral mais peut aussi lui lier les mains √ l’heure des changements : ¬« Lugo cherche une structure qui puisse soutenir sa candidature, parce que, en dehors de sa popularit√©, il ne poss√®de ni structure, ni exp√©rience, ni l’argent n√©cessaire √ une campagne √©lectorale. Mais avec la ‘Concertation’, il se fourre dans des probl√®mes. S’il arrive au gouvernement, il court le risque de ne pas pouvoir gouverner. Le parti Colorado, dans l’opposition, peut √™tre tr√®s dangereux, vu qu’il aura la majorit√© au Parlement et que la deuxi√®me formation sera celle des lib√©raux. La gauche n’aura presque pas de repr√©sentants. ¬ » [14]

D’apr√®s cette derni√®re analyse, une fois au gouvernement, les lib√©raux pourraient s’unir aux Colorados pour faire un proc√®s politique contre Lugo et l’√©carter du pouvoir. Souvenons-nous que les lib√©raux ont toujours cohabit√© avec le parti Colorado, y compris pendant la dictature et qu’ils sont un parti n√©olib√©ral qui pratique la m√™me politique client√©liste et corrompue qui domine au Paraguay. La seule diff√©rence, c’est qu’ils n’ont jamais √©t√© au pouvoir et pr√©tendent utiliser Lugo pour arriver au palais.

Le climat politique est tendu et confus. Les ambitions de pouvoir sont nombreuses. Depuis que Lugo a d√©cid√© de se pr√©senter avec la ‘Concertation’ et un vice-pr√©sident lib√©ral, plusieurs mouvements tendant vers la rupture de cette alliance se sont produits. Le parti Patria Querida a quitt√© la ‘Concertation’ parce qu’il veut son propre candidat √ la pr√©sidence. L’UNACE cherche √ obtenir une amnistie pour le militaire putschiste Lino Oviedo, pour le pr√©senter comme son propre candidat [15].

Au sein du parti Colorado, il y a deux courants tr√®s forts qui ne cessent de s’affronter. Le 3 mai dernier, la Chambre des d√©put√©s avait approuv√© un projet de Loi anti-terroriste, sous la pression de Washington. Selon l’opposition et les organismes de d√©fense des droits humains, cette loi n’√©tablit pas clairement les limites de ce qui est consid√©r√© comme terrorisme, porte atteinte aux droits humains et criminalise la protestation sociale [16].

Le 9 ao√ »t, les s√©nateurs ont repouss√© la loi, tout en d√©cidant d’introduire dans le Code p√©nal quelques modifications qui favorisent les grands propri√©taires terriens et nuisent aux mouvements paysans. Le parti Colorado a vot√© contre, en guise d’avertissement au gouvernement de George W. Bush, afin que celui-ci appuie la r√©√©lection de Duarte Frutos et cesse de promouvoir la candidature du vice-pr√©sident Luis Castiglioni, ami personnel de Donald Rumsfeld.

Pour le mouvement social, enthousiasm√© par Lugo parce qu’il promeut la r√©forme agraire et l’autonomie du pays, le panorama est plus complexe encore. Selon Castillo, ¬« les mouvements continuent √ esp√©rer que Lugo se tourne vers eux. D’un c√īt√©, c’est la seule alternative. De l’autre, ils courent un grand risque. Pas moins de 14 partis se sont form√©s pour appuyer Lugo mais en r√©alit√© tous veulent acc√©der au Parlement. Ils courent le risque de perdre la cr√©dibilit√© qu’ils ont gagn√©e durant tant d’ann√©es de r√©sistance ¬ » [17].

R√©f√©rences bibliographiques :

Aristides ORTIZ, ¬« A las puertas de una segunda transici√≥n ¬ », Brecha, Montevideo, 9 mars 2007.

ALOP (Asociación Latinoamericana de Organismos de Promoción), Informe Democracia y Desarrollo 2006-2007, Asunción, juin 2007 www.alop.org.

Brasil de Fato, ¬« O Paraguai subsidia as ind√ļstrias de S√£o Paulo ¬ », entretien avec Fernando Lugo, 30 mai 2007.

Hugo RICHTER, ¬« Paraguay : crisis y expectativa de cambio ¬ », OSAL n¬° 21, Buenos Aires, septembre 2006.

Jos√© Antonio VERA, ¬« Hacia una verdadera transici√≥n democr√°tica ¬ », Brecha, Montevideo, 9 mars 2007.

Orlando CASTILLO, ¬« Otro rev√©s a la Ley Terrorista de Washington ¬ », ao√ »t 2007 sur http://www.serpajamericalatina.org/.

Pablo STEFANONI, ¬« ¬ŅFin de √©poca en Paraguay ? ¬ », Le Monde Diplomatique, Buenos Aires, juillet 2007. En fran√ßais sur le RISAL : Entre espoir et scepticisme. Fin d’une √©poque au Paraguay ?.

Ricardo CANESE, ¬« Itaip√ļ, conflicto o equidad entre Paraguay y Brasil ¬ », Movimiento Popular Tekojoja.

Ra√ļl ZIBECHI, Entretien avec Orlando Castillo, 17 ao√ »t 2007.

Notes :

[1Aristides Ortiz, op. cit.

[2Idem.

[3Idem.

[4ALOP, op. cit., p. 7.

[5Hugo Richter, op. cit., p. 60.

[6[Note de DIAL] Il a été placé en liberté conditionnelle le 6 septembre.

[7Pablo Stefanoni, op. cit., p. 8.

[8[Note de DIAL] Traduction fran√ßaise : Entretien avec Fernando Lugo.

[9Entretien avec Fernando Lugo publié dans Brasil de Fato.

[10Idem.

[11Idem.

[12ALOP, op. cit., p. 21.

[13Entretien avec Fernando Lugo publié dans Brasil de Fato.

[14Entretien avec Orlando Castillo.

[15[Note de DIAL] La Cour supr√™me a annul√©, le mardi 30 octobre 2007, la condamnation qui pesait contre Lino Oviedo pour avoir particip√© √ la tentative de coup d’√‰tat d’avril 1996 contre le pr√©sident d’alors, Juan Carlos Wasmosy, habilitant du m√™me coup sa candidature pour les √©lections pr√©sidentielles d’avril 2008.

[16Orlando Castillo, op. cit., p. 2.

[17Entretien avec Orlando Castillo.

Source : IRC Programa de las Am√©ricas (http://www.ircamericas.org/), 28 ao√ »t 2007.

Traduction : Ce texte a √©t√© traduit par Sylvette Liens pour Diffusion d’information sur l’Am√©rique latine (DIAL - http://enligne.dial-infos.org/), et publi√© dans un premier temps √ cette adresse : http://www.alterinfos.org/spip.php?.... La traduction a √©t√© revue par l’√©quipe du RISAL.

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