Venezuela | Colombie
Hugo Chávez et les otages colombiens
par Salim Lamrani
Article publi le 22 janvier 2008

La persévérance et l’obstination du président vénézuelien Hugo Chávez  obtenir la libération des otages colombiens ont porté leurs fruits. Le 10 janvier 2008, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont procédé de manière unilatérale et inconditionnelle  la libération de Consuelo González et de Clara Rojas, faisant ainsi montre de leur volonté d’obtenir un accord humanitaire avec le gouvernement colombien d’Alvaro Uribe et de mettre un terme  la fois au calvaire enduré par les 44 otages encore détenus par la guérilla – dont Ingrid Betancourt – et par les 500 prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles gouvernementales [1].

Pourtant, l’opération humanitaire lancée par le président vénézuelien – sollicité  cet effet par la sénatrice colombienne Piedad Córdoba – n’a pas été de tout repos. Ayant obtenu dans un premier temps l’accord d’Alvaro Uribe pour entamer des négociations avec les groupes insurgés, ce dernier avait brutalement mis un terme  la médiation internationale le 21 novembre 2007, prétextant une intromission de Chávez dans les affaires internes de la Colombie, alors que les tractations prenaient une tournure positive. En réalité, Bogota – tout comme Washington – n’était guère enchanté de l’éventualité d’une libération négociée des otages, préférant privilégier une issue militaire contre les FARC [2].

Loin de baisser les bras, Chávez a fait preuve de persistance et a obtenu l’accord des FARC pour la libération des deux femmes. Mais le 31 décembre 2007, alors que plusieurs hélicoptères de la Croix-Rouge se trouvaient stationnés  Villavicencio, prêts  recueillir les otages, Uribe en a profité pour lancer des opérations militaires, avec le soutien de troupes étasuniennes, dans la zone où était censée se produire la remise des prisonniers. La guérilla a été forcée de suspendre son projet humanitaire [3]. Consuelo González a apporté son témoignage  ce sujet : « Nous avons senti les bombes tomber  quelques mètres de l’endroit où nous nous trouvions [et nous avons entendu] les hélicoptères et leurs mitrailleuses [4]  ». « Uribe a dynamité […] l’opération  », a déclaré pour sa part le président vénézuelien [5].

Suite aux nombreuses pressions internationales émanant d’Amérique latine et d’Europe, Uribe a été contraint de céder et l’opération a finalement débouché sur la remise en liberté de Consuelo González et de Clara Rojas le 10 janvier 2008. L’état-major des FARC a également lancé un appel : « Nous sommes une force belligérante qui attend d’être reconnue par les gouvernement du monde. Cette démarche aplanirait le chemin tortueux du peuple de Colombie  la recherche de la paix. Notre lutte est légitime  ». La guérilla a tenu  remercier Hugo Chávez pour son implication : « Le monde ne doute pas que son cœur immense bat sincèrement pour la paix en Colombie et la rédemption des peuples [6]  ».

Les otages libérés ont exprimé leur gratitude  l’égard du leader vénézuelien. « Merci beaucoup, Président. Vous nous aidez  vivre de nouveau  », a déclaré Consuelo González [7]. La communauté internationale a chaleureusement félicité l’initiative du président vénézuelien et l’a invité  poursuivre son effort de médiation. La parlementaire colombienne Piedad Córdoba a souligné le soutien massif reçu de la part du continent latino-américain et de l’Europe, afin de « poursuivre le chemin tracé par le Président [Chávez], [obtenir] la libération des otages, et surtout de parvenir  un processus de paix en Colombie [8]  ».

Même le président colombien s’est montré reconnaissant  l’égard de Chávez « pour ses efforts et son efficacité dans la libération de [ses] compatriotes séquestrées  ». Il en a également profité pour remercier Córdoba, la Croix-Rouge ainsi que le gouvernement de La Havane pour leur rôle9 [9]. Le président français Nicolas Sarkozy a, quant  lui, salué « l’action diplomatique, imaginative et tenace  » du leader bolivarien, dans un courrier du 11 janvier 2008. « En mon nom et au nom de tous mes compatriotes qui ont été sensibilisés par la situation que vivent les otages, je vous prie de recevoir nos félicitations et le témoignage de notre gratitude  », a-t-il écrit, invitant Chávez  poursuivre ses efforts [10].

Le président Sarkozy a également encouragé son homologue colombien  privilégier les discussions avec Caracas. « Cette libération montre que le dialogue entre la Colombie et le Venezuela peut servir pour des nobles causes [11]  ». Les parents des otages encore détenus se sont rendus au Venezuela pour inciter Chávez  poursuivre sa médiation [12] et lui ont remis un mandat humanitaire afin qu’il les représente dans les éventuelles négociations de libération [13]. Le congressiste démocrate des Etats-Unis William Delahunt a également exhorté le leader bolivarien  redoubler d’efforts dans ce sens, conscient qu’il détient la clé d’une solution humanitaire [14].

C’est pour cela que Hugo Chávez a demandé au président Uribe de reconnaître les FARC et l’ELN (Ejército de Liberación Nacional) comme des forces belligérantes et non pas comme des organisations terroristes, seule manière de résoudre le tragique conflit colombien, vieux d’un demi-siècle, et d’obtenir enfin une paix durable. « Malgré tout ce qui s’est passé  la fin de l’année [2007], nous sommes disposés  continuer  chercher des formules pour atteindre la paix en Colombie et dans cet effort, nous devons continuer de travailler  tous les niveaux : avec le gouvernement de Colombie, avec les FARC [et] avec l’ELN. Cela est indispensable  », a-t-il déclaré [15].

Le président vénézuelien a jugé cette étape nécessaire : « Qui peut penser  la possibilité d’un accord humanitaire, de paix, s’il n’y a pas de contact entre les parties qui s’affrontent ?  ». Chávez a également dénoncé les pressions exercées par Washington  l’encontre d’Uribe, peu favorable  une résolution pacifique [16]. « Le premier intéressé par le fait que la guerre en Colombie se poursuive est le gouvernement des Etats-Unis car cela est la parfaite excuse pour maintenir et augmenter sa présence en Colombie  », a-t-il conclu [17].

Le président bolivarien s’est également prononcé contre les enlèvements de personnes et contre la lutte armée, affirmant qu’il en discuterait avec le leader des FARC, Manuel Marulanda. « Je ne suis pas d’accord avec les enlèvements, c’est quelque chose d’horrible, de contraire  la nature humaine […] et je ne suis pas d’accord avec la voie armée  », a-t-il souligné. Si Uribe « reconnaissait l’état de belligérance, […] les FARC entreraient immédiatement dans les protocoles de Genève […] [et] ne pourraient plus procéder  des enlèvements [18]  ».

L’administration Bush, qui privilégie l’option militaire, s’est immédiatement prononcée contre la proposition de Caracas. « Nous ne suivrons pas ce conseil  », a affirmé le porte-parole du Département d’Etat Sean McCormack, car les FARC « méritent leur place dans la liste des groupes terroristes [19]  ».

Le congressiste Delahunt a, pour sa part, exprimé son inquiétude au sujet du financement octroyé par les multinationales étasuniennes aux paramilitaires colombiens, eux-mêmes liés au gouvernement d’Uribe et qui se trouvent pourtant sur la liste des groupes terroristes du Département d’Etat. « J’ai l’intention de réaliser une série d’audiences pour confirmer cette information, puisque financer de quelconque manière que ce soit un groupe terroriste est une violation selon les lois américaines  ». William Delahunt a rencontré cinq anciens commandants des AUC (Autodéfenses Unies de Colombie) : Salvatore Mancuso, Jorge 40, H. H., Don Berna et Macaco. « Suite  notre entretien, je me suis rendu compte que l’affaire est beaucoup plus grave et requiert que le Congrès des Etats-Unis procède  une étude détaillée de l’enquête  », a-t-il noté [20].

Pour l’instant, le gouvernement d’Alvaro Uribe est plus enclin  résoudre le conflit national par la force, profitant de l’arsenal humain et matériel que Washington met  sa disposition, plutôt que d’essayer de trouver un accord de paix. Lors de sa visite  Paris le 21 janvier 2008, le président colombien a réaffirmé sa volonté d’« écraser les terroristes [21]  ». Mais il s’agit  l’évidence d’une politique peu constructive qui est vouée  l’échec. La solution ne peut en aucun cas être d’ordre militaire. Les FARC et l’ELN disposent de près de 20 000 hommes et contrôlent une partie substantielle du territoire national. Les Etats-Unis ont dépensé des centaines de millions de dollars pour tenter d’anéantir la guérilla colombienne, sans succès. En revanche, Hugo Chávez est le seul  être parvenu  obtenir la libération des otages et  insuffler un espoir de paix. Bogota ferait preuve de sagacité en comprenant que la solution  la tragédie colombienne ne se trouve pas  la Maison-Blanche mais du côté du Palais de Miraflores [le palais présidentiel vénézuélien, ndlr].

Notes :

[1Maurice Lemoine, « Libération en Colombie  », Le Monde Diplomatique, 13 janvier 2008.

[2Associated Press, « Key Dates in Colombia’s Hostage Drama  », 4 janvier 2008.

[3G. Guillen, « Se frustra la liberación de los rehenes de las FARC  », El Nuevo Herald, 1er janvier 2008.

[4The Associated Press/El Nuevo Herald, « Rehén liberada revela crueldad en cárceles de las FARC  », 11 janvier 2008.

[5G. Guillen, « Se frustra la liberación de los rehenes de las FARC  », op. cit.

[6Agencia Bolivariana de Noticias, « Comunicado de las Farc sobre la liberación : Es el primer paso para pensar en la posibilidad de la paz  », 10 janvier 2008.

[7Agencia Bolivariana de Noticias, « Farc entregó junto a las liberadas pruebas de vida de 16 retenidos más  », 10 janvier 2008.

[8Agencia Bolivariana de Noticias, « Córdoba destacó apoyo de Latinoamérica y Europa a gestión humanitaria de Chávez  », 15 janvier 2008.

[9Agencia Bolivariana de Noticias, « Uribe agradeció esfuerzo y eficacia del presidente chávez en liberación de rehenes  », 10 janvier 2008.

[10Ministerio del Poder Popular para Relaciones Exteriores, « Presidente Sarkozy felicitó a su homologo venezolano por gestión realizada para lograr liberación de Clara Rojas y Consuelo González  », Gobierno Bolivariano de Venezuela, 14 janvier 2008.

[11Agencia Bolivariana de Noticias, « Sarkozy dijo a Uribe que deben prevalecer diálogos con Venezuela  », 15 janvier 2008.

[12Agencia Bolivariana de Noticias, « Familiares de retenidos solicitan a Chávez que mantenga mediación humanitaria  », 18 janvier 2008.

[13Agencia Bolivariana de Noticias, « Familiares de rehenes colombianos entregarán a Chávez mandato humanitario de intervención  », 18 janvier 2008.

[14Agencia Bolivariana de Noticias, « Congresista Delahunt instó al presidente Chávez a continuar en canje humanitario  », 18 janvier 2008.

[15Agencia Bolivariana de Noticias, « Chávez solicitó al Gobierno colombiano reconocer a las Farc y ELN como fuerzas insurgentes  », 11 janvier 2008.

[16Ibid.

[17The Associated Press / El Nuevo Herald, « Chávez dice que no está de acuerdo con secuestros  », 13 janvier 2008.

[18Ibid.

[19The Associated Press / El Nuevo Herald, « EEUU rechaza pedido de Chávez de legalizar a las FARC  », 14 janvier 2008.

[20Agencia Bolivariana de Noticias, « Delahunt expresa preocupación por financiamiento estadounidense a paramilitares  », 18 janvier 2008.

[21Agence France-Presse, « Uribe  Paris : la priorité, libérer les otages et ‘écraser les terroristes’  », 21 janvier 2008.

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