Venezuela | Entretien avec Edgardo Lander
Le processus bolivarien : un projet alternatif en tension ?
par Franck Gaudichaud
Article publiť le 4 février 2009

Edgardo Lander est professeur de sociologie √ l’Universit√© Centrale du Venezuela. Intellectuel critique du n√©olib√©ralisme, du fonctionnement de la d√©mocratie latino-am√©ricaine et de la ¬« colonialit√©¬ »
du savoir, il est un analyste avis√© du processus bolivarien [1]. Dans cette r√©flexion de Contretemps sur l’anticapitalisme et les alternatives √ gauche, il nous a sembl√© int√©ressant d’aborder avec lui l’exp√©rience v√©n√©zu√©lienne. En effet, depuis 1998 et l’√©lection de Hugo Ch√°vez Frias, le processus bolivarien a jou√© un r√īle notable dans le renouveau des luttes sociales et des discussions mondiales sur le ¬« socialisme du XXI¬° si√®cle ¬ ». Alliant participation populaire, nationalisme et anti-imp√©rialisme, le projet d√©mocratique v√©n√©zu√©lien n’en est pas moins travers√© par de multiples tensions et contradictions. Cependant, alors que la gauche radicale europ√©enne en est encore souvent au niveau du d√©bat th√©orique, le Venezuela (comme la Bolivie et l’Equateur) permet de r√©fl√©chir concr√®tement sur la construction d’alternatives au n√©olib√©ralisme et aux immenses d√©fis qu’une telle question soul√®ve.

Bolivarianisme et peuple souverain

- Edgardo, tu as beaucoup √©tudi√© le processus bolivarien et propos√© des analyses probl√©matis√©es √ la fois critiques et constructives du point de vue de la gauche radicale, sur cette exp√©rience collective. Tu as d√©fini le bolivarianisme non comme une doctrine, mais plut√īt comme un espace o√Ļ se d√©finissent des valeurs nationales et populaires. Aujourd’hui, au terme de dix ans de gouvernement Ch√°vez, quelle est ta perception ? Et pourrait-on affirmer que le processus bolivarien est aussi un projet alternatif au capitalisme n√©olib√©ral ?

Je crois, tout d’abord, qu’en tant que projet politique, id√©ologique, strat√©gique, en tant que projet de soci√©t√©, le bolivarianisme est un projet de changement permanent. On ne peut pas dire le bolivarianisme ¬« est ¬ », comme si c’√©tait une chose d√©termin√©e, avec une doctrine stable ou un corpus de concepts et une vision de la soci√©t√© qui soient ancr√©s dans une conception bien d√©finie. Il s’est produit des d√©placements tr√®s significatifs au cours des derni√®res dix ann√©es, alors que l’on continue √ parler de ¬« r√©volution bolivarienne ¬ ». Dans les premiers temps, quand ce projet a √©t√© con√ßu, le pr√©sident Ch√°vez a commenc√© √ expliquer ce qu’il entendait par r√©volution bolivarienne. Plut√īt qu’un projet d’Etat ou la formulation d’une conception √©conomique, d’un syst√®me politique, etc.,il s’agissait d’√©nonc√©s fond√©s sur des valeurs g√©n√©rales qui relevaient des id√©es de libert√©, d’√©quit√©, de solidarit√©, d’autonomie et d’anti-imp√©rialisme. Deux questions √©taient particuli√®rement importantes : la notion de peuple, ce qui est d’essence populaire, et la notion de souverainet√©. C’est ainsi que s’est construite la notion m√©dullaire de l’ensemble du discours politique bolivarien : le peuple souverain. Dans ses discours avant les √©lections de 1998, Ch√°vez insistait beaucoup sur la n√©cessit√© d’une voie alternative au mod√®le lib√©ral. Mais il pr√©sentait aussi une vision critique de l’exp√©rience du socialisme du XXe si√®cle. Il affirmait la n√©cessit√© d’une option fondamentalement enracin√©e dans l’histoire des cultures latino-am√©ricaines. Le terme latino-am√©ricain n’est d’ailleurs pas un concept appropri√©. A cette √©poque, quand on parlait de ¬« troisi√®me voie ¬ » – une orientation fortement associ√©e √ la politique de Tony Blair ou d’Anthony Guiddens – il s’agissait en fait d’un concept diff√©rent. Il s’agissait d’une option historique enracin√©e dans les traditions de l’Am√©rique latine, les racines culturelles complexes de l’Indien, de l’Africain et de l’Europ√©en qui ont pr√©sid√© √ la formation de ces soci√©t√©s.

Plus qu’un projet de soci√©t√©, c’√©tait une critique aussi bien de ce qu’avait √©t√© l’exp√©rience internationale du socialisme r√©el que de la d√©mocratie lib√©rale exp√©riment√©e par le Venezuela √ partir de 1959 sous le nom de ¬« pacte de Punto fijo ¬ » [2]. Si on consid√®re le d√©bat pr√©paratoire √ la constituante en 1999 et le contenu m√™me de la constitution, qui constitue le texte fondateur du nouvel ordre politique de la Ve R√©publique [3], il faut relever plusieurs √©l√©ments qui permettent de comprendre le mod√®le de soci√©t√© propos√©. Tout d’abord, m√™me si le discours politique oppose radicalement la d√©mocratie repr√©sentative et la d√©mocratie participative, dans le texte de la constitution la d√©mocratie participative n’appara√ģt pas comme une alternative oppos√©e √ la d√©mocratie repr√©sentative, mais comme un compl√©ment qui rende possible la radicalisation et l’approfondissement de la d√©mocratie. Sont ainsi conserv√©es les instances fondamentales des institutions de la d√©mocratie lib√©rale, en particulier la s√©paration des pouvoirs et l’existence d’instances √ caract√®re repr√©sentatif comme l’Assembl√©e nationale et les Conseils municipaux. Mais cela va de pair avec un √©largissement significatif des formes d’exercice de la d√©mocratie en termes de participation : r√©f√©rendum r√©vocatoire, r√©f√©rendum permettant de proposer ou d’abroger des lois, m√©canismes d√©mocratiques de contr√īle de la gestion publique, modalit√©s participatives dans le domaine de la production, de l’√©conomie sociale, etc.

Du point de vue du mod√®le √©conomique et des d√©bats classiques Etat/march√©, droite/gauche, capitalisme/socialisme, ce qui appara√ģt dans le texte de la constitution est au fond la r√©affirmation d’un mod√®le social-d√©mocrate : l’Etat providence, une √©conomie dans laquelle l’Etat intervient fortement √ la fois comme propri√©taire et comme r√©gulateur. Le p√©trole est la richesse principale du pays. Il est donc fondamental que l’Etat contr√īle ce secteur. Mais c’est aussi vrai pour d’autres secteurs √©conomiques essentiels : √©lectricit√©, services publics, industries de base. Cette perspective pr√©sente une certaine continuit√© avec le mod√®le social-d√©mocrate ant√©rieur. Cependant, dans les ann√©es 90, elle est totalement √ contre-courant de ce qui se passait dans le reste de l’Am√©rique latine. A l’√©poque de l’h√©g√©monie absolue du consensus de Washington et des politiques n√©olib√©rales d’ajustements structurels, la majorit√© des pays du continent ont connu des processus syst√©matiques de privatisation et de d√©mant√®lement de l’Etat social. A l’inverse, dans la constitution v√©n√©zu√©lienne se trouvent inscrits le droit √ l’√©ducation universelle gratuite, √ un syst√®me national de sant√© et de s√©curit√© sociale. La garantie de droits sociaux et √©conomiques fondamentaux s’en trouve non seulement pr√©serv√©e, mais encore renforc√©e. Dans le monde actuel o√Ļ domine l’imaginaire n√©olib√©ral, cette constitution ouvre la possibilit√© de r√©orientations politiques radicales.

Ce qui n’appara√ģt pas au d√©part dans le projet bolivarien, c’est le ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ », un concept qui n’est d√©fini que dans les d√©bats post√©rieurs. La constitution bolivarienne adopt√©e en 1999 s’inscrit dans les limites d’une soci√©t√© capitaliste et, jusqu’√ un certain point, dans les limites de l’ordre lib√©ral. Mais elle postule √ faire aboutir des promesses jamais tenues par la social-d√©mocratie et √ approfondir les pratiques de la d√©mocratie.

Radicalisation politique et contradictions du nationalisme radical

- A partir de 2002, avec le putsch d’avril et le lock-out √ PDVSA [4] en d√©cembre et janvier 2003, le processus se radicalise gr√Ęce √ la mobilisation exemplaire du mouvement populaire qui met √ bas les plans de l’opposition, de l’oligarchie et de Washington. On voit progressivement appara√ģtre la figure discursive du ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». Le d√©fi bolivarien s’affirme alors avec force comme un processus contre-h√©g√©monique, nationaliste et anti-imp√©rialiste. A mon avis, gr√Ęce √ cette lutte populaire et √ la d√©faite des plans de d√©stabilisation visant le gouvernement de Ch√°vez, on assiste √ un bon en avant en termes de radicalit√© politique. Cette deuxi√®me √©tape du processus semble se prolonger aujourd’hui, avec des hauts et des bas et de fortes contradictions ?

Depuis 2002, nous vivons effectivement un moment diff√©rent : le discours a chang√©, les objectifs ont chang√©. La d√©finition des √©tapes pr√©sente toujours des difficult√©s. Quand commence l’une et quand finit l’autre ? Mais il faut constater que nous sommes dans une phase diff√©rente du processus de changement au Venezuela. Les confrontations entre le gouvernement et l’opposition et le niveau extraordinaire de mobilisation et d’organisation populaires ont conduit √ une sorte de nouveau pacte implicite entre le gouvernement et les secteurs populaires et √ une radicalisation du processus politique. Il s’est produit parall√®lement une red√©finition profonde des relations entre le gouvernement et le patronat. Au cours des premi√®res ann√©es, le gouvernement Ch√°vez, tout en d√©veloppant un discours politique radical, anti-imp√©rialiste et m√™me de classe, s’effor√ßait de promouvoir l’industrie nationale en accordant des pr√™ts bon march√© aux entrepreneurs et en appliquant des mesures protectionnistes.

Il s’agissait en r√©alit√© de deux orientations incompatibles. Le patronat, tout en tirant parti des mesures √©conomiques, restait sur ses gardes face au discours politique. D√®s le d√©but il y a eu une fuite massive de capitaux. Les entrepreneurs v√©n√©zu√©liens n’√©taient pas pr√™ts √ investir dans le projet bolivarien. Dans la p√©riode critique du coup d’Etat d’avril 2002 et lors de la gr√®ve patronale dans l’industrie p√©troli√®re (2002-2003), les secteurs dominants ont fait leur possible pour renverser le gouvernement. Il s’est produit alors une rupture apparemment d√©finitive entre le gouvernement bolivarien et la majeure partie du patronat. Ils ont vu dans le gouvernement une menace contre leurs int√©r√™ts. De son c√īt√©, le gouvernement a reconnu que le projet de transformation qu’il se proposait de mener √ bien pourrait difficilement compter sur des alliances avec des secteurs significatifs du patronat.

Le contexte international a chang√© lui aussi, en particulier le contexte sud-am√©ricain. L’isolement total dans un environnement de gouvernements conservateurs et n√©olib√©raux a pris fin dans un continent o√Ļ la majorit√© des gouvernements sont consid√©r√©s comme ¬« progressistes ¬ » ou de gauche. En Equateur, et surtout en Bolivie, s’affrontent des visions radicalement diff√©rentes de la soci√©t√© √ construire. C’est au sein de ce nouveau rapport de forces tant interne que r√©gional qu’a commenc√© √ s’affirmer de fa√ßon r√©it√©r√©e l’id√©e du ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». Cette dynamique conduit √ la proposition de r√©forme constitutionnelle en 2007 qui marquait une rupture assez claire avec la constitution de 1999 et avan√ßait des pr√©figurations d’une soci√©t√© ¬« socialiste ¬ ».

Avant d’aborder la d√©faite du r√©f√©rendum du 2 d√©cembre 2007, je crois int√©ressant d’insister sur cette tension constante au sein du processus bolivarien entre ce que nous poudrions appeler la politique ¬« n√©od√©veloppementiste ¬ » du gouvernement, ce m√©lange de capitalisme d’Etat et priv√© – que le vice-pr√©sident de Bolivie, Garcia Linera, appelle le capitalisme ando-amazonien – et la volont√© de certains secteurs politiques – au sein, mais aussi en dehors, du chavisme – et des mouvements sociaux, de radicaliser les formes de pouvoir populaire, les conseils communaux, les exp√©riences de contr√īle ouvrier, en posant ainsi de fa√ßon concr√®te la n√©cessite d’une alternative socialiste. Apparemment cette disjonction reste une contradiction cl√© pour comprendre le Venezuela aujourd’hui. Ainsi, on peut √©voquer la rencontre du 11 juin 2008 entre des secteurs du patronat, de la banque et le pr√©sident Ch√°vez o√Ļ on a de nouveau √©voqu√© la vieille id√©e de la ¬« relance de la production ¬ » en alliance avec le patronat ¬« national ¬ ». Une telle tendance appara√ģt comme une contradiction flagrante avec les d√©clarations gouvernementales des mois pr√©c√©dents, en particulier suite √ la nationalisation de SIDOR [5] et le qualificatif de ¬« gouvernement ouvrier ¬ » qu’il s’√©tait donn√©. Finalement, quelle est la politique √©conomique du bolivarianisme ?

Il existe sans aucun doute une contradiction permanente, non r√©solue. Mais il faut la consid√©rer √©galement comme le reflet d’un manque de perspective sur la construction d’une soci√©t√© alternative en ce d√©but de XXIe si√®cle. Si nous nous trouvions √ une √©poque r√©volue, disons il y a plusieurs dizaines d’ann√©es, au temps du socialisme r√©el du XXe si√®cle, l’id√©e de ¬« socialisme ¬ » serait consid√©r√©e en termes de propri√©t√© √©tatis√©e des moyens de production, de contr√īle √©tatique par en haut et de fa√ßon centralis√©e. Mais ce n’est √©videmment plus ce qui est √ l’ordre du jour. C’est si vrai que le d√©bat actuel √ Cuba porte sur la r√©introduction de certaines modalit√©s de distribution des ressources en termes de prix, de march√©, face √ l’inefficacit√© de l’√©conomie √©tatis√©e, de ses co√ »ts √©conomiques, politiques et sociaux. Le socialisme du XXIe si√®cle ne consid√®re pas que l’Etat va tout contr√īler, m√™me si c’est toujours dans l’imaginaire de certains penseurs √ l’orthodoxie inflexible.

Mais cette contradiction tient √©galement au fait que le processus bolivarien reste, sur le plan id√©ologique, extraordinairement h√©t√©rog√®ne. De nombreux membres du gouvernement, ou proches de celui-ci, font des affaires, participent √ l’accumulation priv√©e de capital, de mani√®re illicite et sur la base des ressources de l’Etat. Cette ¬« bolibourgeoisie ¬ » se livre ouvertement √ ce genre de pratiques et le fait en l’accompagnant d’un discours r√©volutionnaire sur le ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». Il n’y a pas que l’opposition pour porter de telles accusations. Il s’agit d’un s√©rieux probl√®me de gestion publique auquel le gouvernement n’a pas pu r√©pondre ou n’en a pas eu la volont√© politique. Par ailleurs, au del√ de cette absence de d√©finition politico-id√©ologique d’un projet alternatif au capitalisme, on constate de graves carences et discontinuit√©s dans la gestion publique. Fr√©quemment, quand une politique publique donn√©e, par exemple en mati√®re de logement, n’obtient pas les r√©sultats escompt√©s, on nomme une nouvelle √©quipe responsable. Cette nouvelle √©quipe s’installe, √©carte le personnel en place, fait table rase pour s’engager dans une nouvelle politique publique, sans faire un bilan de la gestion ant√©rieure et sans continuit√© avec les programmes engag√©s…

- Apr√®s la d√©faite du r√©f√©rendum de 2007, tu as √©voqu√© une possible ¬« bifurcation critique ¬ » du bolivarianisme, au sens o√Ļ cette d√©faite pouvait √™tre l’occasion de faire un bilan et de r√©-√©laborer, d√©mocratiser et r√©fl√©chir de fa√ßon collective sur le processus, ou au contraire renforcer les tendances autoritaires, bureaucratiques ou verticalisme du chavisme. Avec le recul, que s’est-il r√©ellement pass√© ?

Je crois que cette question n’est toujours pas tranch√©e. On ne sait toujours pas quelle branche de cette bifurcation a emprunt√©e le processus. C’est pr√©cis√©ment dans la p√©riode imm√©diatement post√©rieure au r√©f√©rendum de 2007 que l’on a connu le d√©bat politique le plus ouvert entre les forces politiques et sociales h√©t√©rog√®nes qui se r√©clament de pr√®s ou de loin du chavisme. On a connu au cours de ces semaines une large r√©flexion critique, surtout dans les rangs des organisations populaires, o√Ļ je dirais que pour la premi√®re fois tout a √©t√© mis en discussion, y compris le leadership de Ch√°vez, les relations avec son entourage, les exigences d’autonomie des organisations sociales, la corruption, l’inefficacit√© de la gestion publique, le sectarisme et l’autoritarisme. Toutes ces questions sont pass√©es de simples conversations priv√©es √ des d√©bats publics. J’estime que cette p√©riode a √©t√© tr√®s b√©n√©fique, riche de possibilit√©s. Mais comme toujours, de nouveaux √©l√©ments politiques, en l’occurrence les √©lections, sont venus faire pression pour r√©duire l’espace du d√©bat critique afin de renforcer l’unit√© du chavisme, ou selon les termes consacr√©s ¬« ne pas donner d’armes √ l’ennemi ¬ ». Je trouve que ce large d√©bat d√©mocratique a beaucoup r√©gress√© en 2008.

Premiers bilans pour le Parti socialiste unifié du Venezuela

- Nous pouvons aujourd’hui √©valuer les premiers mois de fonctionnement du Parti socialiste unifi√© du Venezuela (PSUV) [6]. Que penses-tu de ce nouveau parti ? Sera-t-il vraiment une instance politique du peuple pour soutenir les progr√®s du processus tout en construisant un outil d√©mocratique ind√©pendant dans la lutte pour le ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ » ? Cette tension entre l’appel √ ¬« resserrer les rangs ¬ » qui √©touffe le d√©bat collectif et la n√©cessit√© de discuter de tout √ la base semble se manifester √©galement √ l’int√©rieur de ce parti. J’ai cru comprendre que les √©lections internes du PSUV ne se sont pas toujours d√©roul√©es de bas en haut et qu’elles n’ont pas suivi une d√©marche r√©ellement ouverte...

Je dirais que la d√©marche a √©t√© semi-ouverte, tant pour ce qui concerne la d√©signation des organes directeurs du PSUV que dans l’organisation des primaires pour d√©signer les candidats pour les √©lections r√©gionales de novembre 2008. Il y a eu aussi bien manipulation et contr√īle d’en haut qu’expression authentique de la volont√© des militants. Par exemple, on sait que dans l’√©lection de la direction du parti, les militants ont clairement indiqu√© leur pr√©f√©rence pour les candidats civils face aux militaires. Avec les primaires pour la d√©signation des candidats du PSUV aux postes de gouverneurs et de maires, le fait que Arist√≥bulo Izt√ļriz [7] a √©t√© d√©sign√© avec 95 % des voix comme candidat dans la m√©tropole est tr√®s significatif et en fait le num√©ro deux du chavisme en termes de popularit√©. Un enjeu important pour la d√©mocratie au Venezuela concerne √ l’√©vidence le r√īle des militaires. La culture militaire est une culture hi√©rarchique, celle de l’ob√©issance, non de la d√©mocratie et du d√©bat. Autre exemple. La gestion du maire de Barquisimeto, Henry Falc√≥n, a √©t√© jug√©e positive par la population de cette ville. Lors des primaires du PSUV, il a √©t√© √©lu alors qu’on l’accusait de ne pas √™tre assez r√©volutionnaire et qu’un autre candidat √©tait soutenu par Ch√°vez et la direction du parti. Dans un certain nombre de cas, l’√©cart entre les candidats arriv√©s en t√™te √©tait faible, ce qui permettait √ la direction, selon les dispositions en vigueur, de choisir entre les deux. L√ o√Ļ le candidat arriv√© second a √©t√© choisi, des signes de m√©contentement se sont manifest√©s. Le PSUV est un champ de tensions : il ne permet pas le plein exercice de la d√©mocratie issue de la base, mais il n’est pas non plus un espace que l’on pourrait contr√īler totalement par en haut.

- Comment per√ßois-tu le contexte politique de ces derniers mois, apr√®s la d√©faite √©lectorale du chavisme de fin 2007 et suite √ l’√©lection des gouverneurs et maires en novembre 2008 ?

Un bref retour en arri√®re permet d’avancer une r√©ponse. L’ann√©e 2007 a √©t√©, je crois, une ann√©e catastrophique du point de vue du projet de changement au Venezuela. Catastrophique parce que Ch√°vez lui-m√™me et les dirigeants politiques du processus ont eu une appr√©ciation erron√©e sur la signification de la victoire √ l’√©lection pr√©sidentielle de 2006. Ils ont agi comme si soixante et quelque pour cent de la population avait donn√© carte blanche √ Ch√°vez et se pronon√ßait consciemment en faveur du socialisme. Il faut √™tre attentif aux multiples impr√©cisions qui accompagnaient cette option. Au Venezuela, de larges secteurs de la population associent le ¬« socialisme ¬ » directement √ l’exp√©rience cubaine. Et en partie du fait de l’image qu’en donne les m√©dias dominants, l’id√©e que la majorit√© de la population se fait de Cuba est associ√©e √ la p√©nurie et aux privations de libert√©…

En 2007, deux √©v√©nements particuli√®rement importants figuraient sur l’agenda politique du chavisme : la mise en place des conseils communaux et la cr√©ation du PSUV. Mais vu la fa√ßon dont a √©t√© conduite la r√©forme constitutionnelle, tout le reste, y compris la gestion publique, a √©t√© subordonn√© aux exigences conjoncturelles de la campagne du r√©f√©rendum. En t√©moignent largement l’abandon de modules du programme de sant√© Barrio Adentro, la croissance de l’ins√©curit√©, la p√©nurie de lait, d’oeufs et d’autres aliments de base. La priorit√© donn√©e aux int√©r√™ts √©lectoraux du parti a entrav√© la possibilit√© de mettre en place les conseils communaux, con√ßus comme des organisations sociales plurielles. Tout cela a nourri un v√©ritable malaise. Le r√©f√©rendum s’est tenu dans ce contexte d√©labr√©. Il y a eu trois millions de voix de diff√©rence entre ceux qui avaient vot√© pour Ch√°vez √ l’√©lection pr√©sidentielle, un an plus t√īt, et ceux qui ont vot√© pour la r√©forme constitutionnelle en 2007. C’est la premi√®re d√©faite politico-√©lectorale qu’a essuy√©e ce gouvernement. La construction du parti a, elle aussi, √©t√© affect√©e par la priorit√© donn√©e √ la mobilisation pour le r√©f√©rendum. Cr√©√© en dehors d’une p√©riode √©lectorale, il n’aurait pas connu cette situation o√Ļ chaque d√©cision √©tait directement inspir√©e par la question de qui sera candidat √ quoi. Pour l’opposition au Venezuela l’√©chec du projet de r√©forme constitutionnelle est un moment historique. Elle y trouve l’opportunit√© de tirer les le√ßons des lourdes erreurs des ann√©es ant√©rieures, d’isoler les secteurs putschistes de la droite la plus radicale et d’essayer d’impulser un front unitaire, non seulement pour les √©lections r√©gionales de 2008, mais aussi pour les l√©gislatives de 2010 et la pr√©sidentielle de 2012. Elle a effectivement r√©ussi √ pr√©senter un candidat unique dans la majorit√© des cas lors des √©lections qui viennent de se tenir.

- Si nous analysons les r√©sultats des √©lections de novembre que Ch√°vez lui-m√™me avait qualifi√©es d’√©lections ¬« les plus importantes de l’histoire du Venezuela ¬ » lors d’un discours l’√©t√© dernier, quelles le√ßons peut-on tirer d’un scrutin qui concernait pas moins de 17 300 candidats dans plus de 330 municipalit√©s et 21 √©tats ? Comment le chavisme et le PSUV ont-ils pass√© cette √©ch√©ance et quelles sont les perspectives de la gauche et de l’opposition ?

Les r√©sultats des √©lections du 23 novembre peuvent √™tre consid√©r√©s comme un revers √©lectoral pour le gouvernement de Ch√°vez, m√™me s’il a gagn√© dans la grande majorit√© des municipalit√©s du pays, obtenu dix-sept gouverneurs et recueilli plus de 1 million de voix de plus que l’opposition au niveau national. Le gouvernement a perdu la m√©tropole de Caracas et Maracaibo, ainsi que cinq √©tats, dont les trois plus peupl√©s du pays : Zulia, Carabobo et Miranda. En outre, avec la d√©faite dans l’√©tat de T√°chira, les zones les plus peupl√©es d’une fronti√®re complexe et tendue avec la Colombie se retrouvent sous le contr√īle de l’opposition. On voit se dessiner une nouvelle carte politico-territoriale du pays. L’opposition domine dans les √©tats les plus peupl√©s, tandis que le chavisme est majoritaire dans le reste du territoire national. On estime que 44 % de la population aura des gouverneurs ou des maires d’opposition.

Cette progression importante, mais pas d√©cisive, de l’opposition est interpr√©t√©e par les deux camps comme une victoire. Le gouvernement fait valoir qu’il est majoritaire dans le pays, l’opposition qu’elle a gagn√© dans les √©tats les plus peupl√©s. Dans le contexte post-√©lectoral, la controverse porte sur les interpr√©tations de ce qui s’est pass√©. Qui a gagn√© et quelles sont les cons√©quences de ces r√©sultats pour l’avenir du pays, pour le projet de changement social dirig√© par Ch√°vez ? Ces r√©sultats √©lectoraux confirment-ils le soutien au processus, √ l’accentuation des r√©formes pour construire le socialisme du XXIe si√®cle et pour essayer √ nouveau d’obtenir une r√©forme de la constitution qui √©limine les restrictions √ la r√©√©lection du pr√©sident ? S’agit-il au contraire d’un nouveau rapport de forces au niveau national qui ouvre la possibilit√© d’une victoire de l’opposition aux √©lections de 2012 ? La r√©ponse √ ces questions ne peut se d√©duire des r√©sultats √©lectoraux. Elle d√©pendra de la capacit√© politique qu’auront le gouvernement et l’opposition √ tirer parti de cette nouvelle conjoncture. La capacit√© du gouvernement et du PSUV √ mener une large r√©flexion critique et autocritique sur les causes de ces r√©sultats s’av√®re une question d’importance centrale. A nouveau la population a exprim√© son m√©contentement de la gestion publique des maires et des gouverneurs chavistes. Sans aucune exception, tous les maires, au niveau m√©tropolitain ou municipal, qui ont gouvern√© la ville de Caracas au cours de ces dix derni√®res ann√©es ont √©t√© sanctionn√©s par la population pour leur gestion particuli√®rement d√©fectueuse. On a tr√®s souvent vot√© pour eux par loyaut√© vis-√ -vis de Ch√°vez, malgr√© une opinion assez n√©gative. Les probl√®mes de l’ins√©curit√©, des transports, du traitement des ordures, de l’√©clairage public, l’absence d’espaces publics de rencontre et de loisirs, etc., sont loin d’avoir √©t√© corrig√©s aujourd’hui √ Caracas. On ne peut pas s’engager dans un processus transformation profonde de la soci√©t√© si on n’est pas capable, par une gestion comp√©tente, d’am√©liorer les conditions de vie quotidienne de la population. On dirait que, puisqu’on s’engageait dans la t√Ęche strat√©gique de ¬« faire la r√©volution ¬ », il ne semblait pas n√©cessaire de s’occuper d’un probl√®me aussi secondaire que le traitement des ordures.

L’ann√©e 2009 sera une ann√©e particuli√®rement critique pour la consolidation du processus de transformation que conna√ģt le Venezuela. Les importantes r√©serves internationales permettront sans doute au gouvernement de prot√©ger l’√©conomie v√©n√©zu√©lienne des effets les plus n√©gatifs de la crise √©conomique et financi√®re globale. Mais si, comme cela para√ģt probable, la crise mondiale s’aggrave et se prolonge, la chute des prix du p√©trole aura certainement un profond impact √ partir de 2010 sur les recettes fiscales et les d√©penses publiques, moteur de la croissance √©conomique qu’a connue le pays au cours des cinq derni√®res ann√©es. Les √©lections parlementaires se d√©rouleraient alors dans des conditions tr√®s peu favorables au gouvernement. C’est pourquoi, soit les graves probl√®mes de carence de la gestion publique seront trait√©s d’ici l√ avec vigueur ; soit les partis et les forces d’opposition – bien qu’ils soient incapables de proposer des options attractives pour l’avenir – pourraient tout au moins appara√ģtre aux yeux de beaucoup comme de meilleurs gestionnaires de la vie quotidienne. L’opposition fera tout son possible pour se donner cette image dans les r√©gions qu’elle va gouverner d’ici 2012.

Renforcer la démocratie participative et le pouvoir populaire

- Parmi les aspects les plus positifs du processus bolivarien figurent les exp√©riences de participation populaire (comme les conseils communaux) mais aussi l’impressionnante politisation de vastes secteurs de la population, qui avaient √©t√© jusqu’ici marginalis√©s par le syst√®me politique dominant. Que faudrait-il renforcer pour (re)construire des formes d’auto-organisation d√©mocratique et collective, des organes de ¬« pouvoir populaire ¬ » ? Quelle serait la strat√©gie pour construire un projet de contre-h√©g√©monie, une alternative r√©elle au capitalisme n√©olib√©ral ? Enfin, en guise de conclusion, comment forger ce que tu as appel√© ¬« un monde de d√©mocratie sans fin ¬ » et que nous pourrions appeler ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ » ?

Le d√©fi essentiel est d’imaginer une soci√©t√© diff√©rente : que pourrait √™tre une soci√©t√© post-capitaliste ? Ce d√©fi est tributaire tant des particularit√©s du Venezuela que du changement d’√©poque √ l’√©chelle mondiale. Je dirais qu’il y a deux axes de tension majeurs pour concevoir un projet d√©mocratique alternatif pour le Venezuela. Un premier th√®me tient aux limites √©cologiques de la plan√®te, singuli√®rement pour un pays p√©trolier comme le n√ītre. La construction d’un projet de soci√©t√© alternatif √ l’ordre destructeur du capitalisme doit n√©cessairement proposer un mod√®le de civilisation alternatif du point de vue de la production et de qualit√© de vie, des mod√®les de consommation destructeurs qui sont aujourd’hui h√©g√©moniques. Cette dimension ne peut pas √™tre renvoy√©e √ plus tard, √ une phase post√©rieure du processus de changement. C’est un enjeu urgent dont d√©pend la poursuite ou non de la vie sur la plan√®te Terre. Je suis convaincu que si nous ne trouvons pas de r√©ponse d’un point de vue anticapitaliste, s’il n’y a pas de r√©ponse alternative d√©mocratique √ la crise √©cologique plan√©taire, on verra finalement s’imposer des r√©ponses profond√©ment autoritaires dans une soci√©t√© marqu√©e par un apartheid global croissant. Les grands murs-fronti√®res et la r√©pression syst√©matique des d√©plac√©s √©conomiques en sont seulement le signe pr√©curseur. Pour la lutte des mouvements paysans et indig√®nes en Am√©rique latine et dans de nombreuses r√©gions du monde, le th√®me de la d√©mocratie et celui de la vie ne sont pas s√©par√©s ; ils sont partie int√©grante de leur propre vision du monde et de leur propre v√©cu. Mais les gouvernements continuent √ penser – et, ce qui est pire, √ agir – avec comme indices de succ√®s la croissance du PIB et du revenu per capita. Au Venezuela, nous n’avons avanc√© aucune r√©ponse √ ces d√©fis urgents. Loin de diminuer, la d√©pendance de l’√©conomie v√©n√©zu√©lienne vis-√ -vis de la rente p√©troli√®re ne fait que s’accentuer.

En outre, ce mod√®le de d√©veloppement rentier suppose un niveau √©lev√© d’√©tatisme, de centralisation et d’autoritarisme. Le rapport entre autonomie et √©tatisme constitue une autre question centrale pour concevoir un projet anticapitaliste d√©mocratique. Cette tension est centrale dans l’histoire du Venezuela p√©trolier. Au nom de la soci√©t√©, l’Etat v√©n√©zu√©lien exerce son contr√īle sur les principales richesses du pays. Mais il n’a pas les capacit√©s de gestion qui seraient n√©cessaires pour que ces ressources r√©pondent aux n√©cessit√©s de l’ensemble de la soci√©t√©, en particulier les secteurs sociaux traditionnellement exclus. Au Venezuela, les rapports entre Etat et organisations sociales, entre Etat et partis, sont marqu√©s par un verticalisme pesant. L’autonomie des organisations sociales est trop souvent vue par le gouvernement comme une menace potentielle. C’est visible dans tous les domaines. Le mouvement syndical qui soutient le processus conna√ģt une tension tr√®s forte entre les tendances qui donnent la priorit√© au soutien, parfois inconditionnel, √ la politique gouvernementale et les tendances qui cherchent √ construire des organisations autonomes. Si les organisations syndicales se transforment en appendices de l’Etat, cela signifie la perte de toute la richesse de l’exp√©rience historique du mouvement ouvrier. Il en va de m√™me avec les conseils communaux. Deux conceptions s’opposent fortement : celle qui voit dans les conseils communaux une organisation populaire de base, l’expression de l’ensemble pluriel des secteurs de la soci√©t√© qui discutent et d√©cident au niveau local de leurs propres affaires ; et celle qui les con√ßoit comme formes d’organisation √ la base du mouvement chaviste. Les conseils communaux sont cens√©s √™tre le lieu privil√©gi√© de la d√©mocratie participative. S’ils sont soumis √ une logique sectaire partisane, une grande partie de la population se sent exclue a priori et les conseils communaux perdent leur potentiel comme organes premiers de la d√©mocratie participative. Le Venezuela a une tradition limit√©e d’organisations sociales autonomes. Jusqu’en 1958 c’√©tait une soci√©t√© qui n’avait pratiquement pas d’exp√©rience d√©mocratique m√™me dans son acception lib√©rale. Ensuite la mainmise des partis sur la vie politique a √©t√© tr√®s forte. Les partis dominants, Action D√©mocratique et COPEI, ont √©t√© les vecteurs de la r√©partition des ressources de l’Etat, ce qui leur a permis de contr√īler et de soumettre la majorit√© des organisations de la soci√©t√© v√©n√©zu√©lienne. Ils contr√īlaient absolument tout. Ils s’infiltraient par tous les pores de la soci√©t√©.

Le gouvernement bolivarien a impuls√© un processus positif et acc√©l√©r√© d’extension et de renforcement des organisations sociales de base, en d√©veloppant des actions politiques sp√©cifiques. C’est notamment le cas des politiques sociales en mati√®re d’√©ducation, de sant√© ou de production. Elles sont d√©finies de fa√ßon √ contribuer √ la constitution d’un tissu social, √ la promotion de la citoyennet√©, √ l’organisation communautaire. Le mod√®le d’organisation communautaire de la politique de sant√© connu sous le nom de Barrio Adentro en est embl√©matique. La mise en place d’un dispensaire dans une communaut√© et la pr√©sence de m√©decins n’a aucun sens si la communaut√© n’est pas organis√©e en comit√©s de sant√© pour prendre en charge cette action. Ces initiatives publiques se heurtent √ la difficult√© d’avancer dans la construction de formes organisationnelles et de tissus sociaux autonomes qui ne soient pas tributaires, en permanence, de l’Etat et de ses ressources.

Pour conclure, la capacit√© de pr√©server ou de construire cette autonomie dans le cadre d’un projet populaire alternatif d√©pend de nombreux facteurs, mais avant tout de la pr√©-existence d’organisations de base, riches d’une exp√©rience de lutte et de participation collective. Cela d√©pend aussi des orientations politiques mises en oeuvre par les fonctionnaires du gouvernement eux-m√™mes selon qu’ils consid√®rent les politiques publiques d’un point de vue instrumentaliste, client√©liste, ou au contraire comme un instrument de promotion de l’organisation sociale populaire autonome. L’exp√©rience en la mati√®re de ces derni√®res ann√©es est tr√®s diverse, mais cette tension entre le contr√īle par en haut et l’autonomie √ la base est, peut-√™tre, du point de vue de la d√©mocratie radicale, un des axes m√©dullaires propre √ mettre en perspective ce qui se passe au Venezuela et √ concevoir la construction d’un ¬« monde de d√©mocratie sans fin ¬ ».

Notes :

[1Auteur de plusieurs ouvrages tel que Neoliberalismo, sociedad civil y democracia. Ensayos sobre Am√©rica Latina y Venezuela (1995), il a publi√© de nombreux articles sur le processus bolivarien, dont derni√®rement en fran√ßais avec Pablo Navarete, ¬« Le Venezuela et le processus bolivarien ¬ » (in Le Volcan latino-am√©ricain, dir. F Gaudichaud, Textuel, 2008).

[2En 1958, la chute du dictateur P√©rez Jim√©nez donne lieu au pacte de Punto Fijo entre les deux partis dominants de cette √©poque, Action d√©mocratique (AD) et le COPEI (social-chr√©tien). Ce pacte organise le partage du pouvoir et l’alternance entre les deux partis, sur la base de l’exclusion du Parti communiste et des secteurs populaires du syst√®me politique. Pendant 40 ans, ils appliqueront plus ou moins les m√™mes politiques au service de l’oligarchie locale, marqu√©es par le client√©lisme et la corruption g√©n√©ralis√©e.

[3L’une des principales promesses √©lectorales d’Hugo Chavez en 1998 est d’en finir avec la IV√®me R√©publique (celle du pacte de Punto Fijo) et de convoquer une Assembl√©e Constituante.

[4Petr√≥leos de Venezuela SA (abr√©g√© en PDVSA) est la compagnie p√©troli√®re appartenant √ l’√‰tat v√©n√©zu√©lien. Fond√©e en 1975, elle a √©t√© reprise en main durant le gouvernement Chavez.

[5SIDOR est une immense aci√©rie situ√©e dans l’Etat de Bolivar. Sa nationalisation fait suite √ un long conflit social et a √©t√© prise par Ch√°vez alors que le principal actionnaire, la multinationale italo-argentine Techint, refusait d’am√©liorer les conditions de travail des salari√©s (en partie avec la complicit√© du ministre du travail, limog√© depuis).

[6Le PSUV a √©t√© cr√©√© en 2007 afin de regrouper dans une seule organisation, l’essentiel des forces politiques qui soutiennent le gouvernement Ch√°vez et le processus bolivarien, √ commencer par le Mouvement cinqui√®me r√©publique (majoritaire). A l’inverse, Patria Para Todos et le Parti communiste ont refus√© de s’int√©grer √ ce parti, tout en continuant √ soutenir activement la politique men√©e par le pr√©sident v√©n√©zuelien. Le PSUV compterait pas moins de deux millions et demi de militants (sur une population de 28 millions d’habitants).

[7Consid√©r√© comme un repr√©sentant de l’aile gauche du gouvernement, Arist√≥bulo Izt√ļriz a √©t√© maire de Caracas en 1994 et ministre de l’√©ducation sous Chavez. Figure du parti Patria Para Todos avant son int√©gration dans le PSUV, il a perdu l’√©lection √ la m√©tropole de Caracas en novembre 2008.

Source : Contretemps, janvier 2009.

Entretien traduit de l’espagnol (v√©n√©zu√©lien) par Robert March.

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