Mobilisation des paysans et indigènes
Guerre des ressources naturelles en √‰quateur
par Daniel Denvir
Article publiť le 3 mai 2009

Les peuples indigènes accusent le président Rafael Correa de se vendre au secteur minier.

En janvier, le pays a √©t√© secou√© par des manifestations de masse contre l’exploitation mini√®re √ grande √©chelle.

En √‰quateur, il y a longtemps que les peuples indig√®nes et les campesinos (les paysans) demandent la nationalisation des ressources naturelles. Ces derniers temps, nombre d’entre eux exigent qu’elles ne soient plus exploit√©es du tout et bloquent les routes pour se faire entendre.

En r√©ponse, le pr√©sident Rafael Correa a trait√© les manifestants de ¬« moins que rien ¬ » et d’¬« extr√©mistes ¬ ». Le gouvernement a fait arr√™ter certains des meneurs de ces protestations, qu’il accuse de terrorisme. En Amazonie, un leader a m√™me disparu bri√®vement et est r√©apparu dans un h√īpital de Macas, une ville amazonienne, bless√© √ la t√™te par une arme √ feu. Des policiers ont √©galement √©t√© bless√©s en tentant de d√©manteler les barrages.

En septembre, les √©lecteurs √©quatoriens ont approuv√© une nouvelle constitution soutenue par Alianza Pa√≠s, le parti politique de M. Correa. Le texte accorde notamment des droits √ la nature et consid√®re l’acc√®s √ l’eau comme un droit humain.

Mais Correa fait d√©sormais pression en faveur de l’exploitation mini√®re de m√©taux √ grande √©chelle et, en janvier, il a obtenu du Congr√®s l’approbation d’une loi qui permettrait √ des entreprises canadiennes, notamment les soci√©t√©s Kinross, Iamgold Inc. et Corriente Resources Inc, d’exploiter les ressources mini√®res du pays.

Conjointement avec la Conf√©d√©ration des nationalit√©s indig√®nes de l’√‰quateur (CONAIE), les mouvements paysans locaux et r√©gionaux invoquent la nouvelle constitution pour d√©clarer ill√©gale la loi sur l’exploitation mini√®re. La CONAIE, qui repr√©sente en √‰quateur les peuples indig√®nes de l’Amazonie, des hauts plateaux et de la c√īte, est l’un des mouvements sociaux les plus puissants d’Am√©rique latine.

Dans une interview accord√©e avant la promulgation de la nouvelle loi, Marlon Santi, le pr√©sident de la CONAIE, a accus√© Rafael Correa d’√™tre sous l’emprise des compagnies mini√®res √©trang√®res. ¬« Nous nous demandons quels sont les int√©r√™ts en jeu ici, puisqu’il y a bien d’autres lois importantes sur lesquelles travailler. Nous nous opposons √ la loi actuelle sur l’exploitation mini√®re ¬ », a d√©clar√© M. Santi.

Du boom p√©trolier de la fin des ann√©es 1960 aux actuelles propositions d’extraction du cuivre, de l’or et de l’argent, l’exploitation des ressources naturelles est depuis longtemps source de conflits en √‰quateur.

Dans la province amazonienne de Zamora Chinchipe, au sud de l’√‰quateur, la compagnie mini√®re EcuaCorriente, une filiale de Corriente Resources Inc., est soup√ßonn√©e d’avoir mis sur pied un groupe de pression favorable √ l’exploitation mini√®re compos√© d’indiens Shuar. La soci√©t√© Corriente n’a pas comment√© les all√©gations que le journal canadien Dominion a √©t√© le premier √ publier.

Le Front de d√©fense de l’Amazonie, qui repr√©sente les indig√®nes et les paysans, a intent√© une poursuite de plusieurs milliards de dollars contre Texaco, accusant ce g√©ant de l’industrie p√©troli√®re d’avoir adopt√© des pratiques qui ont caus√© d’√©normes dommages √ l’environnement et rendu malades les r√©sidents vivant √ proximit√© des lieux d’extraction. Dans un rapport r√©dig√© en 2008, un expert nomm√© par le tribunal a affirm√© que les d√©versements de p√©trole brut et l’abandon en grande quantit√© de liquides toxiques dans des centaines de puits non bouch√©s ont caus√© un grand nombre de cancers parmi la population et entra√ģn√© la disparition de tout un peuple indig√®ne : les Tetete.

La pollution et les maladies qui d√©coulent de l’extraction p√©troli√®re sont √ l’origine de l’opposition actuelle √ l’exploitation mini√®re industrielle. De plus, les exp√©riences v√©cues par les opposants √ l’exploitation mini√®re dans d’autres pays latino-am√©ricains, comme au P√©rou et au Guatemala, ont incit√© davantage les √‰quatoriens √ r√©sister.

Gonzalo Esp’n, un leader indig√®ne ayant particip√© aux blocages des routes du mois de janvier dans la province andine centrale de Cotopaxi, affirme que le gouvernement devrait r√©guler l’exploitation mini√®re √ petite √©chelle et investir dans l’agriculture paysanne et durable.

Selon lui, ¬« l’exploitation mini√®re √ grande √©chelle consiste simplement √ permettre que nos ressources naturelles soient export√©es vers d’autres pays qui nous les renverront sous forme de produits manufactur√©s. ¬ »

Les Intag, une communaut√© andine du nord, et les Sarayaku, une communaut√© amazonienne, ont montr√© comment r√©sister. Depuis le d√©but des ann√©es 1990, ces deux communaut√©s emp√™chent les compagnies mini√®res et p√©troli√®res de s’implanter sur leurs territoires respectifs. Elles ont nou√© des alliances avec des groupes de d√©fenseurs de l’environnement urbains et des groupes de soutien en Europe et en Am√©rique du Nord pour faire pression sur les entreprises √©trang√®res et le gouvernement √©quatorien.

Le 24 janvier, dans son discours hebdomadaire radiodiffus√©, quelques jours apr√®s les manifestations les plus importantes, Rafael Correa s’est engag√© √ poursuivre l’exploitation mini√®re √ grande √©chelle. ¬« Il est absurde que certains veuillent nous forcer √ rester comme des mendiants assis sur un tr√©sor ¬ », a-t-il d√©clar√©.

Les leaders indig√®nes et paysans sont en train d’envisager la possibilit√© de former une coalition en vue de rivaliser avec Rafael Correa aux √©lections du mois d’avril. Bien que la r√©√©lection du pr√©sident soit pratiquement assur√©e [1], les militants esp√®rent gagner un certain nombre de si√®ges √ l’Assembl√©e nationale de fa√ßon √ accro√ģtre la visibilit√© du mouvement.

¬« La CONAIE continuera de lutter pour les droits territoriaux et contre la pollution de l’environnement ¬ », a d√©clar√© r√©cemment la conf√©d√©ration indig√®ne. ¬« Nous allons surveiller de pr√®s les concessions mini√®res et d√©noncer les cas pour lesquels il n’y aura pas eu de consentement pr√©alable libre et √©clair√©, par tous les moyens disponibles, y compris les m√©canismes internationaux. ¬ »

En √‰quateur, et dans les pays du Sud, ce sont souvent les peuples les plus opprim√©s qui r√©sistent √ l’exploitation mini√®re et expriment une nouvelle mani√®re de concevoir le d√©veloppement durable.

Pour Susan, une militante Kichwa adolescente, les peuples indig√®nes de l’√‰quateur sont en train de s’unir pour continuer d’avoir acc√®s √ l’eau propre dont d√©pend leur survie.

¬« Nous sommes en train de prouver que nous ne sommes pas des moins que rien ¬ », dit-elle. ¬« Nous sommes un peuple entier qui se bat. ¬ »

Notes :

[1[RISAL] Le pr√©sident Correa a √©t√© r√©√©lu √ la pr√©sidence le dimanche 26 avril 2009.

Source : In These Times, 28 f√©vrier 2009.

Traduction : Arnaud Br√©art, pour RISAL.info.

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