Venezuela : un pieu au coeur de la démocratie
par Larry Birns
Article publi le janvier 2003

Les auto-proclamés Démocrates plantent un pieu au coeur de la
démocratie. La fin peut ne pas être loin.

Une classe moyenne, historiquement plus connue pour sa vénalité que pour son engagement envers la démocratie, et qui, pendant des décennies, a appuyé les corruptocraties conduites par les leaders sans scrupules d’AD et Copei, en est  sa quatrième grève générale, qui ne cherche ni  mettre en avant un point de vue ni  réformer le gouvernement, mais  le faire tomber, ce qu’elle a déj tenté en avril passé. Sa dernière tactique est d’invoquer un article de la Constitution qui permet aux vénézuéliens de " désavouer n’importe quel régime, loi ou autorité qui enfreint les valeurs, les principes et les garanties démocratiques ou qui viole les droits de l’homme. " Les arguments de cette opposition s’effondrent devant la réalité ; Chávez n’a pas violé les droits de l’homme, et les principes de la démocratie n’ont pas été " enfreints " par les autorités. Celle qui, faisant sienne l’idée que " la fin justifie les moyens ", a eu des exigences erratiques et irrationnelles, celle qui a invoqué le totalitarisme pour exiger des militaires qu’ils remplissent " leur mission " de renverser Chávez, c’est l’opposition, qui en ce moment menace les bases démocratiques du pays.

Ce qui est en jeu

Il est indubitable que Chávez a été une figure controversée, problématique et combative, mais il s’est tenu aux règles du jeu démocratique bien plus que ne l’a fait l’opposition. Ses multiples erreurs ont été plus stylistiques que substantielles. Mais si Chávez est renversé dans les jours qui viennent - ce qui n’est pas improbable - la tragédie sera bien plus grande pour le présent et le futur du Venezuela que pour Chávez. Les Vénézuéliens pauvres, les Vénézuéliens réellement patriotes se souviendront de Chávez comme d’un leader qui s’est battu pour eux - pas toujours avec sagesse mais toujours dans la meilleure des intentions - et non pour son bénéfice personnel. L’arme offensive avec laquelle l’opposition a attaqué Chávez est le produit d’arguments tendancieux et fallacieux, d’objectifs d’intérêts personnels et d’attitudes vénales, tout comme d’une interprétation fausse de la Constitution et d’une série de justifications frauduleuses pour couvrir des intérêts particuliers.

Une recherche détaillée sur l’affrontement entre Chávez et l’opposition donnerait comme résultat que c’est cette dernière qui essaie de bloquer les négociations encouragées par l’OEA. C’est aussi l’opposition qui appellent les militaires  la mutinerie. C’est l’opposition qui utilise son contrôle presque total des médias pour diffuser une information fausse et une interprétation tout  fait incendiaire et partiale des faits. C’est l’opposition, et pas le gouvernement, qui risque la vie des Vénézuéliens en encourageant les affrontements de rue et c’est l’opposition qui alimente la guerre de classes et la haine entre pauvres et riches.

L’histoire derrière l’histoire

Fondamentalement, l’opposition craint un ensemble de lois réformistes qui comprennent un programme de réforme agraire dans lequel les parcelles inexploitées ou trop vastes peuvent être transférées  des petits propriétaires. En ce moment, 41% de la terre cultivable est entre les mains de moins de 5% de la population. Et, selon la Commission Economique pour l’Amérique Latine de l’ONU, le Venezuela a l’une des distributions des richesses les plus inégales de toute la région. Les analyses démographiques démontrent que de ses 23 millions d’habitants, 80% sont pauvres ou vivent sous le seuil de pauvreté. C’est cette couche sociale qui soutient majoritairement Chávez. Et ce sont ces gens qui ne vont pas renoncer facilement aux modestes réformes mises en place durant sa présidence. Des réformes qui ont procuré du lait et un repas de midi aux enfants dans les écoles, des micro-crédits  d’humbles chefs d’entreprises et des programmes de construction urbaine et rurale  tout le pays.

L’opposition soutient que Chávez fraternise avec des terroristes, mais la vérité, c’est que Chávez, comme ses prédécesseurs, s’est réuni avec ses collègues de l’OPEP pour discuter des prix et des normes de production. L’opposition réitère qu’il existe une alliance occulte entre Chávez et Castro, mais n’en montre jamais les preuves, ne précise pas ses accusations et ne présente même pas d’arguments pour étayer ce qui n’est que pure propagande. L’opposition parle de corruption autour de Chávez, mais ne mentionne jamais les accusations contre les personnages les plus controversés et douteux de la chambre de commerce et d’industrie, du mouvement syndical et des médias.
Personne ne précise non plus que l’immense majorité des fonctionnaires de l’asphyxiante bureaucratie vénézuélienne ont été nommés par des gouvernements antérieurs, et que la majorité de ces employés sont dans l’opposition.

Une solution  la crise de gouvernement au Venezuela devra être le résultat de l’adhésion  la Constitution, et non pas le résultat d’une agitation de rue ou d’une confrontation armée. Les institutions fondamentales du Venezuela sont mises en grave danger par une série d’évènements. Une solution qui ne suivrait pas le mandat de la constitution saperait les perspectives de paix, de stabilité et de continuité du civisme politique qui est dans la ligne traditionnelle du Venezuela.

Il peut y avoir une issue pour les Vénézuéliens de bonne volonté. L’opposition pourrait attendre jusqu’en ao »t, puisque la Constitution, dont ils disent qu’elle est " enfreinte ", permet un référendum pour décider si Chávez doit ou non finir son mandat. L’Assemblée Nationale pourrait mettre en place une procédure pour convoquer des élections avant 2006, ou peut-être même avant ao »t. Un triomphe possible de l’opposition peut et doit venir du respect de la loi, et non de l’extorsion, ou de la manipulation du pouvoir financier et médiatique d’une minorité.

Résoudre les problèmes du Venezuela au moyen de la menace d’incinérer ses institutions politiques et financières nous rappelle ce qui s’est passé au Chili en 1973. A ce moment-l , le Parti Démocrate Chrétien a commis l’imprudence de se servir des militaires pour en finir avec Allende, et a obtenu pour résultat, non pas le pouvoir qu’il souhaitait, mais 17 ans de répression brutale sous Pinochet.

Source : The Council on Hemispheric Affairs (www.coha.org), janvier 2003

Traduction : Le Grain de Sable / Attac (www.attac.org) 2003.

Les opinions exprimes et les arguments avancs dans cet article demeurent l'entire responsabilit de l'auteur-e et ne refltent pas ncessairement ceux du Rseau d'Information et de Solidarit avec l'Amrique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info