Coup d’Etat au Venezuela
Chavez, le président ressuscité
par Thierry Deronne
Article publié le 28 mai 2002

Un coup d’Etat contré par la plèbe : du jamais vu en Amérique latine. En avril 2002, le peuple, bientôt rejoint par l’armée vénézuélienne, a mis en échec un putsch mené par l’oligarchie, soutenu par les médias et dirigé par les Etats-Unis. Le leader populiste de gauche démocratiquement élu Hugo Chavez est revenu àla tête de l’Etat. Portrait de cet homme controversé.

Au début, l’image d’un militaire, même élu deux fois démocratiquement, éveille la méfiance de l’intellectuel européen. "Populiste ? Futur dictateur ?". Les médias sous perfusion de news américaines, ont créé puis entretenu cette image de dictateur, neutralisant l’opinion publique internationale, techniques déjàobservées au Chili et au Nicaragua.

Chavez, c’est d’abord un personnage non-urbain, nomade, comme ces migrants pauvres qu’on trouve dans les grandes villes. Son premier secret, c’est cette identification affective des habitants pauvres (80 %) avec ce "negrito", ce noir de peau comme eux, et en qui l’élite a vu dès son élection "une faute de goà»t". Cette élite blanche, dont les médias commerciaux ont fomenté directement le coup d’Etat et qui ont quasi-le monopole des médias au Vénézuéla, ont toujous dénigré Chavez comme ils l’ont fait depuis des décades àpropos des grands quartiers populaires, "violents", "marginaux", "ignorants", etc...

En tant que militaire, on retrouve chez Chavez un mélange de bolivarisme chrétien, message d’unité latine et de justice sociale, et de positivisme progressiste (Comte est longtemps resté en vogue dans les académies militaires de Maracay.) Surtout il faut dire que faute de vrais partis de gauche et de mouvement populaire organisé, il a dà» très tôt composer, et jouer l’avant-garde rédemptrice des pauvres. Chavez est donc une construction sociale complexe, mais, comme le Vénézuélien en général, très attaché àla démocratie. Il n’y a eu sous lui aucune université fermée, aucun disparu, aucun prisonnier d’opinion. Carlos Andres Perez, président civil social-démocrate, lui, n’avait pas hésité àfaire tirer sur la foule affamée en 1989, ce qui provoqua des milliers de victimes. Ce bain de sang provoqua la rébellion d’une poignée de militaires nationalistes, et progressistes, dont Chavez. L’échec de cette tentative le mène en prison et c’est làqu’il a élaboré lentement sa pensée politique, en relation avec tous les secteurs sociaux, choisissant finalement la voie électorale.

Mouvement populaire

Ce qui est passionnant dans le "chavisme", c’est cette tension politiquement créatrice entre un pouvoir certes personnaliste, avec l’inévitable héritage messianiste et la croissance continue d’un mouvement populaire, d’abord purement affectif, et de plus en plus organisé àl’horizontale comme en Argentine, sans chef ni mots d’ordre. On vient de voir aujourd’hui un nouveau saut qualitatif en ce sens : c’est la population qui a pesé de façon déterminante, et massive, dans le rétablissement de la démocratie et de l’Etat de droit en 24 heures, défiant les blindés et les mitraillettes du putsch.

Mais en même temps, ce sont les lois progressites de Chavez qui ont contribué àfortifier ou àéveiller ce même mouvement. Citons par exemple la légalisation des médias communautaires, respectés dans l’autonomie de leur message, un timide début de réforme agraire, la légalisation des terrains des quartiers populaires, qui fait des "ilotes" et des "métèques" des citoyens àpart entière. Ce sont aussi, dans ses discours publics, les références incessantes àune histoire longtemps censurée au Vénézuéla : notamment sur les mouvements de libération des cimarrones, ces esclaves africains qui fuyaient les plantations de l’époque de Bolivar pour refonder la liberté dans des "communes" cachées dans les cordillères...

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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