Forum social mondial 2003
Tribunal éthique des médias sur le Venezuela
par Paul-Emile Dupret
Article publi le 27 janvier 2003

Je remercie les organisateurs du tribunal, et en particulier Attac-Venezuela, de me permettre d’apporter mon témoignage personnel sur les médias concernant le Venezuela.

Avant tout je souhaite témoigner en tant que consommateur d’information comme citoyen européen, et pour réaliser mon travail comme conseiller politique au Parlement européen. J’ estime que, plus sans doute que sur tout autre sujet, nous sommes privés en Europe, dans les médias  grand tirage,  quelques rares exceptions prêt, d’une information minimale en ce qui concerne les enjeux réels du conflit existant au Venezuela, les thèses défendues par les différents acteurs, leurs agissements, etc... Ainsi au cours des journées du 11 au 13 Avril, nous avons été totalement privés d’information concernant la réaction de la population du Venezuela, de sorte que le retour de Chavez au pouvoir a été une surprise totale pour tous, alors que nous avons su que la population avait réagi dès le 12 avril.

Depuis lors cette désinformation continue. Qui sait par exemple en Europe, que la principal syndicat du pétrole, FEDEPETROL, n’a jamais donné de consigne de grève  ses bases au cours de ces deux mois de "grève" générale ? Nous sommes nombreux  écrire aux journalistes, sur l’orientation très partisane de leurs articles, et en insistant sur les "erreurs" factuelles que nous relevons. Malheureusement rares sont ceux ou celles qui corrigent leurs articles. Beaucoup, dans leurs réponses, se plaignent des impositions des chefs de rédaction et des propriétaires des journaux. L’information reste tout  fait déséquilibrée.

Je souhaite témoigner aussi sur base du voyage que j’ai fait au Venezuela au mois de juillet 2002, afin d’obtenir de meilleures informations et de nouer des contacts directs pour mon travail. La première surprise a été de découvrir que toutes les chaînes commerciales consacrent des heures entières, de 6:30 du matin jusque tard dans la nuit,  des pseudo-débats, qui arrivent tous inévitablement  la même conclusion : "Il est nécessaire de se débarasser du président Chavez". J’ai été particulièrement frappé par l’utilisation en permanence d’ expressions dégradantes pour se référer au Président (le fou, l’incapable, etc...) ou aux secteurs de la population pauvre organisée. (hordes chavistes, groupes violents, etc...) Le 26 juillet 2002, accompagnant une équipe de la télévision de quartier CATIA-TV lors d’une protestation pacifique contre l’impunité garantie aux militaires qui ont perpétré le coup d’état du 11 Avril, j’ai été victime d’une rafale de 40 balles en plastique qui m’ont perforé la peau au visage (notamment  1cm de l’oeil),  l’épaule et dans le dos, Ce tir a été fait depuis une voiture blindée appartenant  la police métropolitaine. J’ai porté plainte auprès de la justice du Venezuela contre la police métropolitaire de Caracas, car le policier a tiré d’une distance de 5  10 mètres, et ne pouvait pas ignorer que je portais ostensiblement une caméra video, et que je me trouvais sur le bord d’un pont, en dehors du groupe de protestataires. J’ai du reste déclaré  la justice vénézuelienne qu’ mon avis rien dans l’attitude des manifestants ne justifiait une telle violence. En outre il est particulièrement grave que la police tire dans le haut du corps, mettant en danger notamment les yeux, au lieu de viser par exemple les jambes.

A mon avis cette agression est due au fait que les policiers pensaient que je travaillais pour un média alternatif. J’ai été pris comme cible lorsque je portais une caméra des journalistes de la télévision communautaire Catia-TV que j’accompagnais. Cette conviction s’est encore renforcée une semaine plus tard, lorsque le journaliste indépendant italien Alessandro Bombassei, qui filmait une protestation similaire, a reçu une balle dans le pied, tirée elle-aussi par un membre de la Police Métropolitaine.

Dans les jours qui suivirent l’agression, les médias commerciaux n’ont pas cherché  condamner un usage abusif de la force, mais ont tenté de justifier ces actes, en nous desqualifiant. C’est ainsi que j’ai été traité tous les noms, et notamment de "disciple de Belzébuth" notamment par le journal "L"Universal" dès qu’ils ont découvert que je travaille pour un groupe de gauche. Comme si les droits humains ne s’appliquaient qu’aux gens de droite.

Par ailleurs au moment des faits, une fois blessé je me suis retrouvé dans la bande "libérée" par la police métropolitaine, au profit des défenseurs des militaires auteurs du coup d’état et les médias communautaires. Un mélange de personnes de ces trois qualités m’a agressé verbalement avec une agressivité impressionante : "dommage qu’ils ne t’on pas tué, etc...", et  mon étonnement ils me traitaient d’ "européen, tous des gauchistes", mais aussi, et de façon réitérative, de "sale reporter de CNN". J’ai compris ensuite que cette aggressivité vis- -vis de CNN est due au fait que cette télévision n’a pas participé entièrement au black-out des informations sur les protestations qui ont suivi le coup d’état du 11 Avril.

C’est au début de la "grève générale" que je suis revenu au Venezuela début décembre 2002, cette fois pour des raisons professionnelles,  savoir l’organisation du voyage du député européen Joaquim Miranda, président de la commission du développement du Parlement européen. Vendredi 6 décembre 2003, la situation était tendue, on en était au jour 5 de l’appel  la grève générale. Logés dans le centre, nous n’avons eu aucun problème  nous déplacer ni  acheter quoi que ce soit. Visiblement la grève n’était pas suivie, en tout cas l . Mais que les médias tentaient  tout prix de faire croire qu’elle était totale, en contradiction évidente avec ce que l’on pouvait voir en mettant nez dehors. Les chaînes commerciales ont alors commencé  montrer continuellement le même pétrolier ancré dans la baie de Maracaibo, et  faire croire qu’il y avait d’ores et déj pénurie de combustible pour les voitures, alors qu’il n’y en avait visiblement pas encore, probablement pour créer un vent de panique susceptible d’ accélérer le désapprovisionnement. Je me souviens notamment qu’une journaliste essayait avec insistance de fiare dire  un des employés d’une station d’essence où une seule des pompes seulement était ouverte que cela se devait  la pénurie Or l’employé a répondu en direct qu’au contraire les tanks de la station étaient pleins, mais que le patron avait ordonné de n’ouvrir qu’une seule pompe, ce qui montrait bien qu’il s’agissait d’un lock-out et non d’une grève. On n’a plus revu ces images ensuite....

Le vendredi 6 janvier, vers 9:00, les chaînes de télévision commerciales ont commencé  montrer toutes les mêmes images d’un massacre sur la place Francia, du quartier Altamira. Elles ont répété ces mêmes images durant au moins 5 heures, sans arrêt, donnant d’abord la parole  de nombreux membres de la coalition d’opposition, qui ont tout de suite signalé comme coupable le Président de la République et les cercles bolivariens. Ensuite les écrans se sont divisé et on a vu des images du Président et d’autres responsables du gouvernement, associés de la sorte au massacre. En permanence il y avait une musique agressive, une musique martiale qui accompagnait les images et créaient une ambiance angoissante. Vers 11 heures, Venevision a commencé  associer le tueur avec une personne qui avait été filmée deux jours avant avec des militants chavistes, ce qui s’est avéré ensuite être un montage. Personnellement j’estime que le traitement donné par les médias aux membres de la coalition pro-chavez constitue un véritable appel au meurtre contre eux, et un appel  renverser le gouvernement par voie de faits.

Finalement je souhaite remettre au tribunal por qu’elle soit versée au dossier, une copie de la résolution sur le Venezuela adoptée par le Forum Parlementaire Mondial,  Porto Alegre. Ce Forum a réuni les 22, 23 et 24 janvier plus de 300 parlementaires progressistes, provenant de 29 pays et de diverses filiations politiques, adhérant  la charte du Forum Social Mondial, c’est  dire opposés au néolibéralisme. Ils ont adopté  l’unanimité, le 24 janvier 2003, cette résolution dans laquelle ils mettent le doigt sur le la "participation de divers média commerciaux aux tentatives de déstabilisation" du gouvernement du Venezuela, sur la couverture informative internationale très partisane, et expriment leur soutien au "pluralisme informatif", en se félicitant du renforcement des média communautaires et alternatifs au Venezuela.

Source : Attac 2003.

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