Changement de président au Mexique
Lettre de Marcos √ Zedillo
par Sub-comandante insurgente Marcos
Article publiť le 2000

√€ monsieur Ernesto Zedillo Ponce de Le√≥n.

En chemin vers nulle part.

Planète terre.

M. Zedillo

Il y a 6 ann√©es je vous ai √©crit au nom des Zapatistes pour vous souhaiter la bienvenue dans le cauchemar. Beaucoup pensent maintenant que nous avions raison. √€ la suite de ces six ans, votre mandat a √©t√© un cauchemar pour des millions de Mexicains et de Mexicaines : assassinats, crise √©conomique, appauvrissement massif, enrichissement illicite et brutal de quelques-uns, vente de la souverainet√© nationale, ins√©curit√© publique, renforcement des liens entre le gouvernement et le crime organis√©, irresponsabilit√©, histoire affreuse et mal racont√©e...

√€ la suite de ces six ann√©es, vous vous √™tes ent√™t√©s √ d√©truire les indig√®nes qui ont tent√© de vous d√©fier et tout ce que vous repr√©sentez ; vous vous √™tes ent√™t√©s √ nous d√©truire.

Quand vous avez pris le pouvoir, vous aviez la libert√© de choisir comme faire face au soul√®vement zapatiste. Ce que vous avez choisi de faire est d√©j√ de l’histoire. Comme commandant supr√™me de l’arm√©e f√©d√©rale et avec tout le pouvoir donn√© par la participation √ l’ex√©cutif vous auriez pu choisir le chemin de dialogue, de la n√©gociation. Vous auriez pu donner des signaux de d√©tente. Vous ayez pu r√©aliser ce qui avait √©t√© sign√© √ San Andres. Vous auriez pu parvenir √ la paix.

Mais vous ne l’avez pas fait.

Vous avez choisi le double strat√©gie de feindre le dialogue et de continuer sur chemin de la voie violente. Pour cela, vous avez tent√© de r√©p√©ter l’histoire de la trahison de Chinameca (le 9 f√©vrier 1995), vous avez d√©vers√© des milliers de millions de pesos pour acheter la conscience de rebelles ; vous avez militariser les communaut√©s indig√®nes (et pas seulement le Chiapas) ; vous avez expuls√© les observateurs internationaux ; vous avez entra√ģn√©, √©quip√©, arm√© et financ√© les paramilitaires ; vous avez continu√© d’emprisonner et d’ex√©cuter sommairement des Zapatistes (rappelez-vous Union Progresso du 10 juin 1998)et des non-zapatistes. Vous avez d√©truit le tissu social de la campagne de Chiapaneco ; et en suivant le mot d’ordre de votre fils putatif, le groupe paramilitaire "Mascara Rosa")("nous tuerons la semence zapatiste") vous avez ordonn√© de massacrer des enfants et des femmes enceintes √ Acteal, le 22 d√©cembre 1997.

Nous pouvons comprendre pourquoi, ne pouvant suivre le chemin des dialogues vous avez opt√© de faire la guerre. Vous pouvez l’avoir fait parce qu’on vous avait vendu l’id√©e que vous pouviez nous emprisonner, nous mener √ la d√©route militaire, que vous pouviez nous mener √ nous rendre, que vous pouviez nous acheter, nous vous pouviez gagner, que vous pouviez amener les Mexicains √ nous oublier, nous est notre lutte, que vous pouviez agir pour que les gens des autres pays renoncent √ leur solidarit√© avec la cause indig√®ne. En bref, que vous pouviez gagner la guerre. Cela nous pouvions le comprendre. Mais Monsieur Zedillo pourquoi Acteal ? Pourquoi avez-vous demand√© d’assassiner des enfants ? Pourquoi avez-vous demand√© √ vos sbires d’achever avec des machettes des femmes enceintes, bless√©es, √ terre, qui ne pouvaient √©chapper aux massacres.

Enfin que n’avez-vous pas fait pour en finir avec les Zapatistes ?

Mais quelque chose s’ach√®ve ? Nous avons √©chapp√© √ votre embuscade le 9 f√©vrier 1995 ; nous nous sommes rebell√©s de nouveaux devant la non-r√©alisation des accords de San Andr√©s ; nous avons √©chapp√© √ l’encerclement militaire que vous avez tent√© de r√©aliser √ plusieurs reprises ; nos avons r√©sist√© √ l’offensive conduite par Alborez contre nos municipalit√©s autonomes ; une autre fois, nous avons d√©montr√© avec nos mobilisations que nos revendications √©taient soutenues par des millions Mexicains. Non les Zapatistes ne sont pas fini.

Et non seulement ils ne sont pas finis mais ils se sont multipli√©s partout dans le monde. Vous rappelez-vous les fois, o√Ļ il a fallu utiliser des sorties d’urgence et cach√©es, les √©v√©nements qui se sont produits dans les autres pays, alors que des comit√©s de solidarit√© zapatistes protestaient contre votre politique au Chiapas ? N’y a-t-il pas eu des ambasseurs ou des consuls qui vous ont rapport√© avec d√©sespoir les actions que les Zapatistes internationaux r√©alisaient sur les √©difices gouvernementaux mexicains √©trangers ? Combien d’organismes internationaux ont-ils re√ßu vos services de relations ext√©rieures pour la non-r√©alisation des accords de San Andr√©s, la militarisation du Chiapas et le manque de dialogue avec des Zapatistes ? Ou, quand vous avez ordonn√© l’expulsion de centaines observateurs internationaux ? Les actions de solidarit√© √ travers le monde ont-elles diminu√© ?

Et que me dit-on de Mexico ? Au lieu de rester circonscrit √ quatre villes chiapanecos, le pens√©e zapatiste s’est r√©pandue dans les 32 √‰tats de la f√©d√©ration. Elle s’est fait ouvri√®re, paysanne, indig√®ne, ma√ģtre, √©tudiante, employ√©e, chauffeur, p√™cheur, rocker, peintre, acteur, √©crivain, moine, pr√™tre, d√©port√©, personne au foyer, syndicaliste ind√©pendant, homosexuel, lesbienne, transexuel, soldat, marin, petit et moyen propri√©taire, vendeur ambulant, retrait√©, et pensionn√©‚€¶

Ainsi ont été ces six années monsieur Zedillo. Vous pouviez choisir entre la paix et la guerre. Vous avez choisi la guerre et les résultats de cette action le montrent, vous a perdu la guerre.

Vous avez tout fait pour nous détruire.
Nous, nous n’avons fait que r√©sister.
Vous partez en exil.
Nous restons ici.
Nous, ici, nous continuerons.

M. Zedillo

Vous vous √™tes parvenu au pouvoir par la voie du crime, et jusqu’√ aujourd’hui vous √™tes demeur√© impuni. Vos six ans de pouvoirs sont pleines de crimes impunis. En plus de r√©aliser les politiques de privatisation de votre pr√©d√©cesseur (et aujourd’hui de votre ennemi ouvert) Salinas de Gortori, vous vous vous avez cach√© derri√®re cet autre crime qui s’appelle FOBAPROA-IPAB et qui consiste grosso modo, non seulement √ ce que les mexicains pauvres subventionnent les riches et les rendent plus riches encore, mais cette charge suppl√©mentaire compromet les nombreuses g√©n√©rations futures.

Pour plus de 70 millions de Mexicains, la suppos√©e solidit√© √©conomique du pays signifie mis√®re et ch√īmage pendant que vous veillez soigneusement √ l’invasion des capitaux √©trangers, la fronti√®re qui s√©pare le gouvernement et le crime organis√© s’est estomp√©e et les scandales continuaient √ provoquer de s√©rieux probl√®mes dans la presse ; il √©tait impossible de s√©parer les nouvelles de la section politique de celle des notes rouges sur les suicides : ex-gouverneur en fuite, g√©n√©raux emprisonn√©s, entrepreneurs prosp√®res qui ne furent que tortur√©s, police sp√©ciale dans le combat au crime organis√© occupantdes universit√©s.

Aujourd’hui, comme votre pr√©d√©cesseur, vous retrouvez avec ceux qui vous ont rendu un culte, qui vous ont servi et qui se sont servis, convertis aujourd’hui en vos pires ennemis et dispos√©s √ vous poursuivre. √€ partir de demain, vous saurez seigneur Zedillo ce que veut dire √™tre poursuivi jour et nuit. Cela ne durera pas seulement six ann√©es. Parce qu’√ partir de maintenant, elle sera tr√®s longue la file des gens qui voudront r√©gler des comptes avec vous.

Et bien nous avions raison il y a 6 ans les Zapatistes vous ont dit bienvenue au pays des cauchemars. Maintenant, c’est vous y rendez. Ai-je termin√© ?

Oui et non. Oui parce que le cauchemar avec vous se termine aujourd’hui. On pourra en suivre un autre et leur fin pourra advenir.

Nous ferons tout ce qui est possible pour que demain soit florissant. Mais pour vous, M. Zedillo, le cauchemar ne pourra que continuer.

Partez et quelque soit l’endroit o√Ļ vous vous cach√© il y aura des Zapatistes.

Depuis les montagnes du sud-est du Mexique,

Sous commandant insurgé Marcos.

Mexique, novembre 2000.

Post scriptum : il est certain avant que j’oublie il y a un an, en septembre 1999 vous nous avez envoy√© une lettre ouverte par le secr√©taire du gouvernement et aujourd’hui (pr√©candidat √ la pr√©sidence du PRI). Je crois que la lettre s’intitulait "un pas de plus vers l’ab√ģme" ou "un pas vers les difficult√©s", "un pas plus cynique" ou quelque chose comme √ßa. Avec cette derni√®re, avec seulement trois ann√©es de retard, votre gouvernement suppos√©ment r√©pondait, avec des mensonges, aux conditions que nous avions pos√©s en 1996 pour renouer le dialogue. Le lettre ouverte pr√©tendait plus que nous engager, √ tromper l’opinion publique nationale et internationale. Ce qui n’est pas arriv√© certainement. Quoi qu’elle ait √©t√©, il ne serait pas courtois de laisser sans r√©ponse la dite lettre. Pardon pour le retard mais permettez-moi d’ajouter ces mots pour r√©pondre. Notre r√©ponse est : NON !

De rien.

© COPYLEFT Sub-comandante Marcos 2000.

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