Interview du porte-parole de la Conférération paysanne
José Bové : « Une réforme agraire, pas révolutionnaire mais exemplaire  »
par Cécile Koehler
Article publi le juin 2002

Ils étaient quatre  être invités par le président vénézuélien, Hugo Chávez : Bernard Cassen (Attac), Ignacio Ramonet (Le Monde diplomatique), Ramon Chao (rfi) et José Bové. Cette entrevue avait deux objectifs : analyser la situation politique et économique après le "golpe" et voir comment peut se créer un observatoire de la presse indépendante. Interview de José Bové, qui a aussi rencontré des paysans qui restructurent un mouvement prônant la souveraineté alimentaire.

Un mois après le coup d’‰tat qui a tenté de renverser Hugo Chávez, quel est le contexte politique du Vénézuela ?

En moins de 48 heures après le coup d’état du 11 avril, Hugo Chávez a repris le pouvoir grâce  son immense popularité. C’est la population des " barrios " qui l’a porté pacifiquement au pouvoir en 1998 et qui lui reste indiscutablement fidèle. La Constitution " bolivarienne " est tout  fait d’avant-garde pour les droits humains et les garanties sociales : elle inaugure le pouvoir électoral et surtout le pouvoir citoyen. Grâce aux " Cercles bolivariens ", chacun dans sa rue, son quartier mettent en place des petits groupes qui définissent leurs différents besoins, immédiatement répercutés auprès des autorités concernées. Sur présentation de projets, et  travers les organismes adéquats - Banque du peuple, Banque des femmes, Fonds de développement de la micro-entreprise, Fonds intergouvernemental pour la décentralisation (Fides), etc. -, l’‰tat commence  doter ces structures de fonds non négligeables. Et bien entendu, l’opposition - les détenteurs du pouvoir économique et les médias qui lui sont totalement inféodés -, se déchaîne, les accusant d’être une " force de choc " au service d’un projet totalitaire, des nids de " talibans " que d’incessantes rumeurs prétendent armés jusqu’aux dents par le gouvernement. Les déclarations de Hugo Chávez contre la mondialisation néo-libérale, sa contestation du Plan Colombie, sa politique pétrolière qui tente de maintenir des prix élevés avec la revitalisation de l’Opep, exaspèrent les ‰tats-Unis qui ont immédiatement salué le " golpe " du 11 avril. Ce coup d’état a d’ailleurs été motivé par le remplacement d’un certain nombre de cadres de l’industrie pétrolière et aussi la mise en place d’une loi sur la terre remettant en cause les droits de quelques grands propriétaires terriens.

Quelle est le contenu de cette loi sur la terre ?

Dans un pays deux fois grand comme la France qui importe 70 % de son alimentation, cette loi sur la terre, est fondée sur la souveraineté alimentaire. Moins de 2 % des propriétaires contrôlent 60 % des terres cultivables, dont d’immenses surfaces demeurent abandonnées.

La terre n’est pas un objet de spéculation mais doit servir la production. Cette loi pénalise donc tous les propriétaires qui laissent leurs terres en déprise. La sanction peut aller jusqu’ l’expropriation pour les exploitations non productives de plus de 5 000 hectares (dimension assez fréquente dans ce pays). Cette loi s’inscrit dans le cadre d’un projet de développement rural qui veut freiner l’exode : désenclavement, infrastructures, écoles... Ce pays a seulement 18 % de paysans.

En fait, cette loi s’apparente  ce que nous avons connu en France et en Europe au moment de la mise en place de la Pac avec le traité de Rome et des lois de modernisation agricole de 1960 et 1962. Certes, cette réforme agraire n’est pas révolutionnaire mais exemplaire. En effet, pour parler aujourd’hui de souveraineté alimentaire en Amérique du Sud, il en faut du courage politique. D’autant plus dans un pays comme le Vénézuela, tellement noyé par l’or noir qu’il n’a jamais voulu valoriser sa paysannerie. Et cela mérite un soutien !

Que peut-on proposer ?

Depuis un an,  l’encontre d’un syndicat de propriétaires terriens, se met en place un mouvement paysan vénézuélien. Celui-ci a pour priorité de défendre la souveraineté alimentaire. J’ai participé  leur dernier conseil d’administration et j’ai proposé qu’il puisse entrer dans Via campesina. € l’initiative du forum social mondial, une rencontre aura lieu début juillet  Caracas. On verra alors les possibilités de soutien  la mise en place de la réforme agraire et  toute cette dynamique.

Source : Campagnes solidaires (http://www.confederationpaysanne.fr), n° 164, juin 2002.

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