Les arnaques de PDVSA et la possible intervention des √‰tat-Unis
par David Javier Medina
Article publiť le 14 janvier 2003

Il y a quelques mois, plusieurs analystes de l’industrie p√©troli√®re, notamment Francisco Mieres, V√≠ctor Poleo et Pablo Hern√°ndez, collaborateurs importants du Centre de recherches de l’OPEP (un institut adscrit au minist√®re de l’√‰nergie et des Mines), soulignaient le besoin de restructurer d’urgence la soci√©t√© p√©troli√®re v√©n√©zu√©lienne, PDVSA, car se tramait en son sein un nouveau coup d’√‰tat semblable √ celui du 11 avril 2002, en vue de r√©pondre √ des int√©r√™ts priv√©s, et surtout ceux des compagnies p√©troli√®res nord-am√©ricaines.

Une fois la gr√®ve p√©troli√®re entam√©e, le gouvernement d√©nonce internationalement le sabotage de PDVSA. Les experts mentionn√©s plus haut lancent alors une campagne de conscientisation qui mit en lumi√®re une r√©alit√© touchant aux motivations de certaines guerres dans le monde, des coups d’√‰tat en Am√©rique latine et des plans militaires, comme le Plan Colombie. Et ces experts d’affirmer que l’intention est de faire de notre voisine Colombie une esp√®ce d’Isra√« l sud-am√©ricaine.

Antécédents historiques

Cette information a √©t√© recueillie lors du forum intitul√© ¬« PDVSA de l’int√©rieur ¬ », organis√© √ Maracaibo quelques jours √ peine apr√®s la reprise du tanker Pilin Leon. Pablo Hern√°ndez √©tait l’orateur principal, tandis que les autres experts intervenaient dans des forums similaires organis√©s simultan√©ment dans tout le pays.

Sur la base de faits historiques qui, selon Hern√°ndez, expliquent la crise actuelle dans notre pays et dans le monde, le sp√©cialiste expliqua que, lorsque les patriotes dirig√©s par Bol√≠var affront√®rent l’empire espagnol pour d√©fendre la patrie, un V√©n√©zu√©lien sur quatre perdit la vie. Ainsi, 250 mille vies furent perdues au cours de la guerre d’ind√©pendance qui a permis de lib√©rer cinq nations.

Par cette r√©flexion, l’orateur voulait pr√©ciser que le processus de transformation du pays commence √ nouveau en d√©cembre 2002. Et repr√©sente une √©norme responsabilit√© pour les V√©n√©zu√©liens, qui devront demain en r√©pondre √ leurs enfants.

Hern√°ndez rappelle qu’√ l’√©poque de l’ind√©pendance, les √‰tats-Unis ne sont pas encore entr√©s en sc√®ne. C’est en 1919 que le D√©partement d’√‰tat √©met un document dans lequel il pr√īne la n√©cessit√© de s’emparer des zones p√©troli√®res tomb√©es aux mains des Britanniques.

Les √‰tats-Unis, pr√©cise le sp√©cialiste, ne participent pas √ la Premi√®re Guerre mondiale car ils sont alors, et depuis 1860, les principaux producteurs et exportateurs de p√©trole dans le monde. Et pendant la Grande Guerre, tout comme pendant la Seconde Guerre mondiale, les Am√©ricains ont livr√© du p√©trole non seulement √ la France et √ la Grande Bretagne, mais aussi √ l’Allemagne. Une preuve de ce que les USA n’ont ni amis ni ennemis, mais bien des int√©r√™ts.

Toutefois, et malgr√© que le plus vaste gisement p√©trolier connu √ l’√©poque se trouve sur le territoire am√©ricain, Washington commence la guerre pour le p√©trole contre la Grande Bretagne et la France. Et c’est aussi en 1919 que s’ouvre, au Venezuela, la lutte entre Shell et Creole pour le contr√īle des champs p√©troliers du Lac de Maracaibo.

Il est donc √©vident que, depuis plus de 80 ans, le p√©trole est vital pour les √‰tats-Unis. √€ tel point que, d√®s l’ann√©e 2001, plus exactement le 30 avril, le vice-pr√©sident Dick Cheney expose les bases du fameux plan √©nerg√©tique de Bush. ¬« La v√©rit√©, c’est que les combustibles √ base de p√©trole couvrent virtuellement 100% des besoins de transport et la plus grande partie des besoins d’√©lectricit√© ¬ ». Hern√°ndez ajoute, en parlant du m√™me document, que cette v√©rit√© existe depuis des ann√©es et existera encore √ terme. Il d√©ment ainsi les arguments avanc√©s dans le pass√© par Luis Giusti et Quiros Corradi [1], selon lesquels le p√©trole n’a plus d’avenir, devant √™tre remplac√© par d’autres sources d’√©nergie. Hern√°ndez n’y voit que mensonges, vendus aux V√©n√©zu√©liens pour justifier la privatisation de PDVSA.

Une énigme appelée USA

Les √‰tats-Unis consomment la moiti√© de toute l’essence produite dans le monde. 50 litres sur 100 ! Et √ l’avenir, la hausse de consommation d’√©lectricit√© exigera la construction, d’ici √ 2020, de 1 300 √ 1 900 stations d’√©lectricit√©. Une par semaine ! Et tout cela pour leur march√© int√©rieur. Si, en plus, les Am√©ricains pr√©tendent augmenter leur rythme de d√©veloppement, leurs besoins en √©lectricit√© seront encore plus √©lev√©s.

Il leur faudra aussi plus de 400 000 km de gazoducs secondaires et plus de 90 000 km de gazoducs principaux. Or, souligne Hern√°ndez, il s’agit de la premi√®re √©conomie du monde, laquelle a besoin de p√©trole bon march√©, et pas n’importe lequel. Il est peu d’endroits sur la plan√®te pouvant offrir des barils de brut √ moins de cinq dollars le baril produit.

Le 17 mai, Dick Cheney, qui est aussi le PDG d’une des principales soci√©t√©s de services p√©troliers, explique, avec la b√©n√©diction de Bush, que les √‰tats-Unis pourraient se retrouver en difficult√©s si l’approvisionnement en combustible venait √ faiblir, alors que la crise est en fait artificielle, cr√©√©e par la soci√©t√© Enron pour r√©cup√©rer ce qu’elle a vers√© √ la campagne de l’actuel pr√©sident am√©ricain.

Il faut donc obtenir du p√©trole, n’importe o√Ļ, par n’importe quel moyen, puisqu’il s’agit d’un probl√®me de s√©curit√© nationale.

√€ cela s’ajoute, selon Hern√°ndez, le fait que 20 des principaux dirigeants politiques de l’actuelle Administration sont des ex-fonctionnaires de l’industrie du p√©trole. Et 32 autres proviennent des soci√©t√©s d’armement, y compris l’√©pouse de M. Cheney, conseill√®re de la principale compagnie d’armement du pays.

Pourquoi le p√©trole ?

Le p√©trole ne fournit pas uniquement le gaz de cuisine, la mati√®re premi√®re des stations √©lectriques, les combustibles et carburants, les huiles et l’asphalte pour les routes. Il s’agit surtout de la seule source d’√©nergie connue dans le monde qui permet, avec un r√©servoir d’√ peine 100 litres, de mobiliser un camion de centaines de tonnes. Aucune autre source d’√©nergie n’a cette propri√©t√©.

Mais le p√©trole fournit aussi de nombreux d√©riv√©s servant une multitude de branches industrielles. Ainsi, m√™me les couronnes et plombages dentaires existent gr√Ęce aux d√©riv√©s du p√©trole. Ce qui signifie que le p√©trole permet de fabriquer des millions de produits, et cela en fait la principale mati√®re premi√®re du monde, aujourd’hui et probablement pour les cent prochaines ann√©es.

Quid du Venezuela, dans tout cela ?

La crise v√©n√©zu√©lienne na√ģt simplement de l’intention de sortir le plus de p√©trole possible du pays. C’est dans ce but que l’on pr√©tend organiser un coup d’√‰tat. Avec des situations provoqu√©es de l’ext√©rieur, ce qui montre bien l’√©norme pouvoir dont disposent les soci√©t√©s p√©troli√®res du monde.

Des 500 grandes corporations de la plan√®te, quelque 260 sont des compagnies produisant des biens mat√©riels ; les 240 restantes s’occupent de commerce, d’assurances, de banques, de finances, et ne produisent absolument rien.

Les soci√©t√©s li√©es au p√©trole ou √ la production d’√©nergie se partagent la moiti√© de l’√©conomie mondiale. D’o√Ļ l’expression lapidaire selon laquelle les compagnies p√©troli√®res sont actuellement les ma√ģtresses du monde, car elles contr√īlent l’√©nergie qui fait tourner l’√©conomie de la plan√®te, ainsi que la mati√®re premi√®re sans laquelle l’√©conomie mondiale ne pourrait fonctionner.

Sur cent tonnes de biens commerc√©s dans le monde, quarante sont d’une mani√®re ou d’une autre li√©es au p√©trole et au gaz. De l’avis de Pablo Hern√°ndez, telle est la taille de l’ennemi qu’affronte le Venezuela. Sous-entendu : les compagnies p√©troli√®res des √‰tats-Unis.

Les transnationales p√©troli√®res : un monstre √©conomique

Pour preuve du pouvoir des compagnies p√©troli√®res, il suffit de voir les b√©n√©fices nets apr√®s imp√īts, en 2001, d’Exxon Mobil, BP et Shell : 34 milliards de dollars. √€ titre de comparaison, toutes les compagnies d’informatique (Europe, Am√©rique du Nord, Japon), y compris celle de l’homme le plus riche de la plan√®te, d√©clarent √ peine la moiti√© de ce montant.

Et ces soci√©t√©s qui d√©clarent des b√©n√©fices deux fois plus √©lev√©s que le reste de l’industrie mondiale contr√īlent les gouvernements britannique et √©tasunien. Or, comme elle ne d√©clarent que le montant de leurs b√©n√©fices nets, il est probable qu’elles gagnent en fait le triple, gr√Ęce √ leurs co√ »ts d’op√©ration, autres formes de gains.

La fragilité du monstre

¬« La consommation de p√©trole va diminuer dans un futur proche. ¬ » Cette chim√®re est d√©masqu√©e par les analyses des principales sources statistiques des √‰tats-Unis, qui montrent que, depuis 1985, la consommation a bel et bien augment√©, et continuera d’augmenter jusqu’en 2010.

Pour 2020, on pr√©voit que les √‰tats-Unis doivent importer quatre-vingt barils de p√©trole sur cent consomm√©s, contre soixante actuellement.

Quant √ l’Europe, elle importe quatre-vingt-dix barils sur cent consomm√©s. Bient√īt, elle devra importer tout le p√©trole qu’elle consomme, comme le Japon.

Autrement dit, les 60 √ 75 millions de barils que consommeront les pays industrialis√©s en 2020 devront √™tre import√©s. Or, 75 millions de barils, cela repr√©sente 25 fois les gisements du Venezuela, cinqui√®me producteur mondial de p√©trole.

La politique extérieure de Washington se fonde sur la dépendance énergétique

Les √‰tats-Unis ne peuvent augmenter de moiti√© leur consommation p√©troli√®re sans intervenir politiquement et militairement dans les pays dont d√©pend cette consommation de p√©trole. Et ils interviendront, pour le meilleur ou pour le pire, partout o√Ļ il y a du p√©trole dont ils ont besoin. Plus pr√©cis√©ment au Mexique, au Venezuela, en Colombie, en √‰quateur et en Argentine, pour ne parler que de l’Am√©rique latine. De fait, trois millions de barils par jour sortent de l’Am√©rique latine vers les Etats-Unis ; autant que l’Arabie Saoudite et le Canada n’exportent aux Am√©ricains.

Autre √©l√©ment √ consid√©rer : pour les √‰tats-Unis, le p√©trole latino-am√©ricain est plus important que le p√©trole saoudien. Ainsi, le p√©trole du Mexique n’est qu’√ un jour de route ; celui du Venezuela √ cinq jours √ peine, et celui des arabes est √ cinq semaines. C’est pourquoi les Am√©ricains ont toujours dit qu’ils avaient du p√©trole dans leur arri√®re-cour, lisez : l’Am√©rique latine.

Tout cela veut dire que les besoins √©nerg√©tiques des √‰tats-Unis ont cr√©√© des soci√©t√©s multinationales sans nationalit√©. Il ne s’agit pas de compagnies nord-am√©ricaines, europ√©ennes ou japonaises, mais multinationales.

Lorsque les √‰tats-Unis font la guerre pour le p√©trole, ils ne font qu’assurer l’approvisionnement √ leurs compagnies en Europe, en Asie du sud-est et au Japon. La preuve en est qu’une bonne part de Mitsubishi appartient √ General Motors, fruit de fusions qui ont lieu √©galement entre les grandes compagnies du monde, comme la vente d’actions d’Exxon Mobil √ Shell et vice-versa.

Qui sont ceux qui gouvernent le monde ?

Il existe une sorte de gouvernement mondial contr√īl√© par les grandes corporations, dont les 260 mentionn√©es plus haut, soutenues par quinze banques de taille plan√©taire. C’est pourquoi lorsque les √‰tats-Unis lancent leur op√©ration de lib√©ration ¬« avec nous ou contre nous ¬ », ils disent simplement que la mati√®re premi√®re (concr√®tement, le p√©trole) sert √ garantir une √©nergie bon march√© aux √‰tats-Unis, au Japon, en Europe, dans les pays du sud-est asiatique, ainsi qu’au Mexique et au Br√©sil, o√Ļ ces compagnies ont des installations.

Les gisements pétroliers les plus importants au monde

Les Am√©ricains ont d√©j√ reconnu que la plus grande r√©serve p√©troli√®re d’Europe, c’est-√ -dire la mer du Nord, s’√©puise peu √ peu. D’ailleurs, plus aucun investissement n’est r√©alis√© dans cette r√©gion, ce qui explique la pr√©sence de Norv√©giens au Venezuela, au Br√©sil et dans d’autres pays.

Des √©tudes scientifiques sugg√®rent l’existence d’importantes r√©serves √ la fronti√®re entre la Colombie et le Venezuela. Et les √‰tats-Unis ont d√©clar√© l’Afrique de l’Ouest une nouvelle ¬« fronti√®re ¬ » p√©troli√®re.

Si l’on compare la nouvelle carte p√©troli√®re du monde avec celle des conflits actuels, on ne s’√©tonnera pas de constater que l√ o√Ļ ils y des guerres, des coups d’√‰tat ou des soul√®vements populaires, il y a aussi de grandes r√©serves de p√©trole. En d’autres termes, l√ o√Ļ il y a du p√©trole, il y a des probl√®mes et, curieusement, les d√©mocraties ne fonctionnent pas. Ce qui fait dire √ M. Hern√°ndez que les √‰tats-Unis promeuvent en fait la fausse d√©mocratie.

Et de citer trois exemples. Tout d’abord, la guerre en Afghanistan, pays d√©tenteur de 35% des r√©serves mondiales de gaz. Toutes les guerres impos√©es jusqu’ici au peuple afghan ont pour toile de fond la construction d’un gazoduc depuis le principal champs d’extraction jusqu’au Pakistan. Ce gazoduc pourrait tr√®s bien passer par l’Iran ou l’Irak, mais les √‰tats-Unis consid√®rent ces deux pays des membres de ¬« l’axe du mal ¬ ».

Le gazoduc ne peut passer par la Russie non plus, si bien que la seule alternative reste le Pakistan, vers l’oc√©an, et de l√ , vers l’Europe et le Japon, par les routes conventionnelles des soci√©t√©s am√©ricaines.

La guerre se justifie bien plus que par les attentats du 11 septembre √ New York, dont l’enqu√™te a donn√© lieu √ de graves d√©nonciations parmi les organes de s√©curit√©. En fait, les Talibans, jadis soutenus, ont refus√© de donner leur mati√®re premi√®re.

Signalons aussi que l’Afghanistan produit 75% de l’h√©ro√Įne du monde, consomm√©e aux √‰tats-Unis et en Europe. La drogue est en fait un n√©goce aussi rentable que le p√©trole, car elle mobilise plus d’un milliard deux cents millions de dollars par jour entre les grandes banques du monde.

Le deuxi√®me exemple est celui de la Tch√©tch√©nie. Il y a plusieurs mois, Moscou a donn√© l’ordre d’assassiner plusieurs r√©sistants tch√©tch√®nes, y compris les otages. Or, la Tch√©tch√©nie borde la mer Caspienne. Il s’agit d’une zone productrice de p√©trole mais aussi une importante route p√©troli√®re. La Russie ne peut se permettre d’√™tre exclue du n√©goce p√©trolier, d’autant plus que les gagnants ne sont pas uniquement ceux qui produisent et commercialisent, mais aussi les r√©gions par o√Ļ le p√©trole transite.

Le troisi√®me exemple est celui de la Yougoslavie, une autre route p√©troli√®re importante. Et enfin, il y a le bombardement imminent de l’Irak.

La guerre ne se fait pas uniquement pour l’√©nergie, mais aussi pour obtenir une mati√®re premi√®re bon march√©, enferm√©e dans les minerais fondamentaux et permettant de fabriquer, par exemple, un moteur √ r√©action et n’importe quel outil moderne.

Ces minerais sont essentiels pour les secteurs strat√©giques de l’√©conomie mondiale, pour les machines-outils, les communications, l’√©nergie et la chimie. Ce qui les rend indispensables pour les principales industries qui font tourner l’√©conomie mondiale et ont encourag√© des luttes acharn√©es pour le p√©trole et les mati√®res premi√®res bon march√©.

Un butin appelé Venezuela

Le Venezuela n’a pas seulement du p√©trole, mais aussi de grandes r√©serves de gaz, de charbon, d’√©nergie hydraulique, d’acier, d’aluminium, de fer, entre autres.

Dans un tel contexte, le Venezuela appara√ģt comme une proie app√©tissante pour les transnationales p√©troli√®res. Leurs rapports avec l’ancienne direction de PDVSA ont d’ailleurs √©t√© mises √ d√©couvert dans les politiques d’internationalisation de notre industrie par Luis Giusti. L’origine de ces relations vient toutefois de la ¬« nationalisation incompl√®te ¬ » men√©e par le premier gouvernement de Carlos Andr√©s P√©rez.

Depuis lors, les d√©nonciations fusent, quant √ l’√©vasion fiscale, un projet de privatisation de PDVSA et la fameuse m√©ritocratie, que d’aucuns qualifient de ¬« mythocratie ¬ », qui consiste √ donner de l’avancement aux cadres ayant des accointances avec les transnationales p√©troli√®res.

Les guerres √ venir

√€ l’avenir, qui se penchera sur les guerres et les massacres en Afrique les mettra en rapport avec le p√©trole, l’or, les diamants, le fer, le cuivre, le cobalt, le mangan√®se et l’uranium. ¬« Massacrez-les, peu importe, ils sont Noirs ! ¬ » Et telle est la vraie raison d’√™tre de l’op√©ration ’Libert√© durable’. Et tel est l’ennemi qu’affronte aujourd’hui le Venezuela.

Ce que cache le Plan Colombie

Le champs p√©trolier de Ca√Īo Lim√≥n, √ c√īt√© de La Victoria (√©tat de Apure), dont le p√©trole sort √ Barinas et ensuite √ la raffinerie de El Palito, est une zone qui repr√©sente un seul gisement p√©trolier. Or, dans le Casanare colombien se trouve le gisement de Cusiana-Cuspiagua, principal gisement de la Colombie, avec 1,3 million barils par jour, envoy√©s pour la plupart aux √‰tats-Unis. Mais voil√ , ce p√©trole ne peut sortir de la Colombie que par trois chemins : par le Venezuela, mais notre Constitution l’interdit ; par le Pacifique, mais il lui faudrait traverser trois fois la cordill√®re des Andes, √ plus de 5 000 m√®tres d’altitude, et le Pacifique n’est pas le march√© principal des Am√©ricains ; enfin, le long de la fronti√®re v√©n√©zu√©lienne, √ travers la cordill√®re jusque Puerto Cobe√Īas, port touristique transform√© en port p√©trolier. C’est d’ailleurs de l√ que part un ol√©oduc de plus de 700 kilom√®tres que la gu√©rilla colombienne a paralys√© pendant plus de 270 jours en 2001. Et malgr√© tout, l’ol√©oduc a produit des b√©n√©fices. Il appartient √ la compagnie Occidental Petr√≥leos, dans laquelle le pr√©sident Bush poss√®de des int√©r√™ts.

C’est aussi pour cet ol√©oduc qu’en avril 2002, le D√©partement d’√‰tat am√©ricain a donn√© son feu vert au financement de la Brigade Ol√©oduc : 2 500 soldats colombiens d’√©lite, soutenus par une force de r√©action rapide h√©liport√©e, plus un avion de surveillance 24 heures sur 24. Le tout pour prot√©ger les int√©r√™ts am√©ricains.

Il y a d’autres d√©tails. Ainsi, lorsque le mouvement putschiste a commenc√© au Venezuela, M. Colin Powell se rendit en Colombie, avec l’ordre d’assigner √ la lutte contre la gu√©rilla la fameuse aide militaire destin√©e √ combattre le trafic de drogue. C’√©tait d√©j√ le cas depuis un certain temps, mais c’est √ ce moment que le changement a pris un caract√®re l√©gal.

Le probl√®me n’est pas le trafic de drogue, mais bien la gu√©rilla qui occupe cette zone p√©troli√®re ainsi que la r√©gion du Putumayo colombien, √ la fronti√®re avec l’√‰quateur. C’est justement dans cette r√©gion que se trouvent les principales r√©serves p√©troli√®res √©quatoriennes et la principale zone de coca√Įne, √©galement contr√īl√©e par les √‰tats-Unis.

Il faut savoir que 90% de la coca√Įne produite dans le monde sort de Colombie. Le n√©goce est d’autant plus enrichissant qu’un kilo de coca√Įne colombienne est vendue √ la mafia am√©ricaine, avec la complicit√© de fonctionnaires de la CIA, √ quelques 1 500 dollars. Dans les rues de Los Angeles ou de New York, ce m√™me kilo est revendu au tarif de 120 000 √ 150 000 dollars. Si on y ajoute du sucre, le prix est tripl√©.

Le Plan Colombie, √©labor√© par le pr√©sident Uribe, ¬« grand d√©fenseur de la libert√© ¬ » (alors que ce pays est depuis six mois en √©tat d’exception et que les droits humains sont inexistants dans les zones d√©clar√©es en exception), envisage de faire passer l’arm√©e colombienne de 50 000 hommes actuellement √ 300 000 avec le financement des √‰tats Unis et du peuple colombien payant des imp√īts de guerre. En outre, le pr√©sident esp√®re disposer d’un million de miliciens, d√©guis√©s en ¬« informateurs ¬ », alors que ce sont des forces paramilitaires.

Pourquoi la Colombie a-t-elle besoin d’1,3 million d’hommes en armes ?

Une telle arm√©e serait plus nombreuse que celles de l’Allemagne, l’Italie ou la France. Et il n’est nullement question de lutter contre la gu√©rilla, ou de la neutraliser, comme l’affirme le pr√©sident Uribe. Il s’agit plut√īt de repousser les gu√©rilleros des plaines colombiennes vers les Andes. Le v√©ritable objectif est en fait le Venezuela et ses quelque 2 500 kilom√®tres de fronti√®re avec les plaines colombiennes. En repoussant la gu√©rilla colombienne vers le Venezuela, l’√‰quateur et le Br√©sil, on justifierait une intervention accrue des √‰tats-Unis en Colombie. La guerre en Colombie deviendrait ainsi une guerre de lib√©ration des pays sud-am√©ricains.

Le plan est d√©j√ tellement √©vident que le chef du Commandement Sud des √‰tats-Unis, le g√©n√©ral James Hill, a d√©clar√© que des ¬« narco-terroristes ¬ » li√©s aux groupes islamiques radicaux tels Hamas, Hizbollah ou Al Qaida, op√®rent en Am√©rique latine.

Ce plan macabre commence √ se d√©voiler sur la sc√®ne v√©n√©zu√©lienne, lorsque Pablo Medina, homme politique de l’opposition, affirme aux m√©dias qu’il faudrait √©liminer les Forces arm√©es v√©n√©zu√©liennes. Ou lorsque les militaires rebelles de la place Francia √ Altamira r√©it√®rent la n√©cessit√© de chasser la politique des Forces arm√©es.

Une nouvelle guerre d’ind√©pendance pourrait commencer

Dans le document du Plan Colombie, il est pr√©vu que l’arm√©e v√©n√©zu√©lienne ¬« contienne ¬ » la gu√©rilla √ la fronti√®re du Venezuela, mais en fait, il n’est question que de r√©primer le peuple colombien, oblig√© d’√©migrer car ses droits sont bafou√©s. Tout comme ceux des √‰quatoriens ou des Boliviens. C’est ainsi que se r√©p√®te l’histoire de r√©pression en Am√©rique latine lorsque, il y a deux cents ans, il a fallu lib√©rer tout d’abord la Colombie et qu’ensuite, Colombiens et √‰quatoriens sont venus mourir sur le champs de bataille de Carabobo.

Et encore, on pourrait tout aussi bien parler des Noirs ou des Llaneros v√©n√©zu√©liens partis mourir au Chili, apr√®s avoir form√© la seule arm√©e de toute l’histoire de l’humanit√© qui ne soit pas rentr√©e avec un butin de guerre.

En plus du probl√®me du Plan Colombie, les √‰tats-Unis en ont un autre : s’ils interviennent au Venezuela, ce n’est pas une arm√©e qu’ils affronteront, mais bien un peuple. Et les Am√©ricains n’ont jamais gagn√© une guerre contre un peuple. Une preuve irr√©futable en est la guerre du Vietnam.

Les Etats-Unis pourront envoyer toutes les bombes qu’ils voudront ; ils n’ont aucune id√©e du nombre d’hommes qu’il leur faudra rien que pour contr√īler les chavistes qui, d’apr√®s eux, sont trois millions. Ils ne pourront pas contr√īler Caracas. Combien d’hommes leur faudra-t-il ? Caracas n’a pas d’importance pour eux. Mais bien le lac de Maracaibo, les routes fluviales et la Guayana. Pour y parvenir √ long terme, ils devront prendre le chemin d√©mocratique, c’est-√ -dire la n√©gociation et des √©lections.

La Colombie deviendrait l’Isra√« l d’Am√©rique du Sud

Donner un caract√®re d√©mocratique √ toute solution au probl√®me v√©n√©zu√©lien. Cela explique pourquoi ils recherchent, activement, un autre Pedro Carmona Estanga [2], voire m√™me un √©ventuel tra√ģtre ou judas dans les rangs gouvernementaux.

En attendant, les √‰tats-Unis pr√©tendent faire de la Colombie une sorte d’Isra√« l sud-am√©ricaine. Et ce, parce qu’il existe, de Paria √ Trinidad, en passant par la Bolivie, un √©norme gisement de p√©trole situ√© entre les Andes sud-am√©ricaines, le massif de la Guayana et la for√™t amazonienne. En outre, les jungles tout autour des Andes sud-am√©ricaines et les for√™ts amazoniennes constituent la derni√®re r√©serve de biodiversit√© dans le monde, ce qui est d’une importance extr√™me pour les pays industrialis√©s qui ont d√©truit leur biodiversit√©.

C’est pourquoi l’auteur du Plan Colombie affirmait que pour contr√īler le Venezuela, il fallait intervenir militairement en Colombie, car le pays poss√®de le p√©trole dont les Am√©ricains ont besoin.

Le Venezuela a du p√©trole, du gaz, du charbon. Il a l’Or√©noque, un fleuve unique au monde, o√Ļ l’on pourrait produire des milliers de barils par jour, installer d’√©normes stations d’√©nergie dans le haut Caroni, et ainsi fournir de l’√©lectricit√© √ toute l’Am√©rique du Sud.

Selon le plan √©nerg√©tique am√©ricain, PDVSA est donc vitale pour que le pays continue d’√™tre un exportateur d’√©nergie. Et ceci d√©ment les affirmations selon lesquelles il n’y a aucun d√©veloppement de l’√©conomie, ou qu’il n’y a pas d’investissements √ cause du manque de garanties du gouvernement. Ces affirmations sont fausses. Le capital √©tranger et une bonne partie du capital national n’ont aucun int√©r√™t au d√©veloppement du pays. La seule chose qui compte pour eux, c’est que le pays produise du p√©trole, du gaz et de l’√©lectricit√©. Tout autre investissement ne donne aucun b√©n√©fice.

Le Venezuela d√©tient 368 000 milliards de barils. Si l’on divise le chiffre par trois millions, on obtient une r√©serve d√©montr√©e de 120 ans. Et on voudrait l’extraire d’ici √ 20 ans...

Les forces sociales derrière le conflit vénézuélien

Lorsqu’en Europe 100 dollars de p√©trole v√©n√©zu√©lien sont vendus, sous forme de carburant, d’huile ou tout autre produit d√©riv√©s, 68 dollars vont aux gouvernements, 16 aux compagnies p√©troli√®res et 16 au V√©n√©zu√©liens. Autrement dit, lorsque nous vendons un baril √ 20 dollars aux Europ√©ens, le prix atteint 150 dollars, dont 68% de taxes.

Les b√©n√©fices du p√©trole pour les gouvernements sont si grands que des pays tels que l’Allemagne, la France,le Japon, la Grande Bretagne, l’Italie, touchent trois fois plus que le gouvernement v√©n√©zu√©lien, alors qu’aucun d’entre eux n’a de p√©trole, sauf la Grande Bretagne dans la mer du Nord.

Les gouvernements occidentaux, et plus pr√©cis√©ment le Groupe des Sept, sont les premiers b√©n√©ficiaires du n√©goce p√©trolier. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’essence est si ch√®re dans ces pays, non pas √ cause du prix du baril, mais bien en raison des taxes sur l’essence consomm√©es sur ces march√©s. Et pourtant, les pays occidentaux s’ent√™tent √ accuser l’OPEP de maintenir des prix √©lev√©s.

Telle est donc la premi√®re force sociale impliqu√©e dans le conflit v√©n√©zu√©lien : les gouvernements occidentaux. Pour donner une √©chelle de comparaison, on peut dire que le capital p√©trolier international est d’abord compos√© des gouvernements occidentaux, puis des compagnies p√©troli√®res (les deux acteurs commercialisent le p√©trole et en tirent des milliards de dollars de b√©n√©fices), et bien en dessous, les pays de l’OPEP, PDVSA et enfin les V√©n√©zu√©liens.

Ce n’est pas que les d√©fenseurs de la ¬« m√©ritocratie ¬ », les militaires rebelles d’Altamira et les hommes politiques d’opposition soient courageux. C’est qu’ils se sentent soutenus par les capitaux √©trangers.

Le mythe de PDVSA

Le magazine de PDVSA, financé par le Bureau de relations publiques de PDVSA, place le holding vénézuélien parmi les cinq plus grandes compagnies dans le monde.

En 2001, PDVSA a eu 46 milliards de dollars de recettes, mais Exxon a eu 190 milliards, et Chevron 99 milliards. Le plus important ici c’est que PDVSA commercialise 3,5 millions de barils par jour, alors que Chevron n’en commercialise que 2,5 millions, tout en obtenant deux fois plus de recettes que PDVSA.

Pire encore : de ces 46 milliards de recettes, PDVSA ne d√©clare que 3,6 milliards de dividendes, alors que les transnationales p√©troli√®res ont trois fois plus de b√©n√©fices, m√™me en vendant moins de p√©trole. On est donc en droit de s’interroger sur la v√©ritable efficacit√© de l’ancienne direction de PDVSA. Cela ne suffit pas d’√™tre d√©clar√© une des 5 principales compagnies du monde, dans un magazine pay√© par soi-m√™me...

Les co√ »ts de PDVSA

Pablo Hern√°ndez estime que c’est en √©valuant les co√ »ts, d’apr√®s les chiffres de PDVSA, que l’on commence √ comprendre cette fiction de la ¬« m√©ritocratie ¬ ».

M. Tob√≠as N√≥brega, actuel ministre des Finances, a r√©alis√© une √©tude sur le sujet, o√Ļ il montre une structure de co√ »ts dont on conclut que les employ√©s de PDVSA co√ »te le double de ceux d’autres transnationales p√©troli√®res, mais ne produisent que la moiti√©. Ce qui, √©videmment, oblige √ passer en revue tous les comptes de la principale industrie de notre pays.

Pas besoin d’√™tre expert en affaires p√©troli√®res pour observer que, si Exxon Mobil ach√®te du p√©trole dans plus de 50 pays du monde, elle arr√™te ses investissements partout. Or, PDVSA, qui n’ach√®te pas de p√©trole, consacre 40% de ses co√ »ts de fonctionnement √ l’achat de p√©trole brut. Premier doute.

Le deuxi√®me doute surgit lorsqu’on sait que les p√©troli√®res mondiales paient trois fois plus d’imp√īts que PDVSA, et lorsque le gouvernement touche les imp√īts de PDVSA, il ne lui est pas permis d’exiger des comptes.

PDVSA paie √ peine un tiers de ses imp√īts. Et ses ex-directeurs disent ensuite que le gouvernement a gaspill√© les ressources de l’industrie, dans l’intention de la noyer, sans tenir compte des co√ »ts de fonctionnement et d’exploitation. Ces co√ »ts, pour Shell, qui a des investissements et des champs p√©troliers dans le monde entier, ne d√©passent pas 9%. Et pour Exxon Mobil, la plus grande compagnie au monde, op√©rant dans plus de 130 pays, ils atteignent 23%. Quant √ PDVSA, qui ne produit qu’au Venezuela, ses coups d’op√©rations repr√©sentent 47%, c’est-√ -dire cinq fois plus que dans les transnationales.

Pourquoi un tel d√©s√©quilibre ?

L’histoire politique et √©conomique de ces 26 derni√®res ann√©es, sous le r√®gne de PDVSA, montre que depuis 1976 (ann√©e de la ’nationalisation’ de l’industrie), le secteur p√©trolier du pays ne peut partager ses b√©n√©fices avec aucun gouvernement √©tranger. Or, au milieu des ann√©es 70, l’industrie p√©troli√®re nationale donnait au fisc 80% de toute sa facturation, d√©clarant quelque20% de co√ »ts d’op√©rations. Il ne s’agit pas d’un pourcentage sur les b√©n√©fices r√©els, mais bien sur le montant d√©clar√©. Les b√©n√©fices non d√©clar√©s restaient aux mains de l’industrie, pour un montant plus √©lev√©. D’autant plus √©lev√© que de 1950 √ 1970, Shell et Sandard Oil ont obtenu la moiti√© de leurs b√©n√©fices mondiaux en faveur des √‰tats-Unis gr√Ęce au Venezuela.

En 26 ans, ces messieurs de PDVSA ont r√©ussi √ changer le n√©goce. Aujourd’hui, produire du p√©trole revient plus cher ; d√®s lors, le gouvernement et donc les V√©n√©zu√©liens touchent beaucoup moins. D’o√Ļ une autre question aux ’g√©nies’ de PDVSA : pourquoi en ont-ils fait la seule compagnie au monde √ pr√©senter un bilan avec des co√ »ts de production en constante hausse ? N’importe quel √©conomiste ou √©picier sait que pour qu’une affaire marche, il faut diminuer les co√ »ts pour augmenter le profit.

Et lorsque deux entit√©s fusionnent, comme ce fut le cas de PDVSA sous la pr√©sidence de Luis Giusti, c’est bien pour diminuer les co√ »ts. Ainsi, Exxon a fusionn√© avec Mobil pour faire face √ la hausse des co√ »ts sur le march√© p√©trolier. Et la premi√®re ann√©e, la nouvelle soci√©t√© a ainsi pu √©conomiser 2 milliards de dollars et maintient la baisse des co√ »ts √ ce niveau depuis lors. Par contre, la ¬« m√©ritocratie ¬ » de PDVSA a fait exactement le contraire.

Le d√©but de la crise v√©n√©zu√©lienne se situe √ la charni√®re 1989-1990, au moment du ¬« Caracazo ¬ » co√Įncidant avec le plan √©conomique de Carlos Andr√©s P√©rez et la chute de l’Union sovi√©tique. C’est ainsi qu’a commenc√© la lutte pour la r√©partition de la plan√®te et l’offensive latino-am√©ricaine de privatisations ; une grande bataille pour mettre la main sur les entreprises publiques des pays latino-am√©ricains et du monde.

Ch√°vez n’est donc que le produit de cette crise, o√Ļ le Venezuela re√ßoit de moins en moins de b√©n√©fices de son industrie p√©troli√®re, et avec un moment particuli√®rement cl√©, en 1996, alors que la production est pouss√©e au maximum et le pays re√ßoit les dividendes les plus basses.

Luis Giusti devient pr√©sident de PDVSA en 1996. Si√®gent alors au Conseil d’administration Carlos Ortega [3] et Toro Hardy, ’expert’ p√©trolier qui, en 1976, avait fui le pays lorsque le gouvernement de Carlos Andr√©s P√©rez avait ordonn√© son arrestation pour avoir touch√© un pot-de-vin (600 000 dollars en actions) d’une soci√©t√© du sud du lac de Maracaibo, en √©change d’informations privil√©gi√©es pour d√©crocher des contrats.

Le d√©lit fut alors d√©montr√© pendant le premier gouvernement de P√©rez. Mais Hardy se r√©fugia √ l’√©tranger et ne revint que dix ans plus tard, apr√®s que la cause ait prescrit. En 1996, il est √ nouveau nomm√© membre du CA de PDVSA.

√€ ce moment, l’industrie produit au maximum, mais l’√©tat v√©n√©zu√©lien re√ßoit moins de dividendes. Et malgr√© cela, M. Luis Giusti, aujourd’hui conseiller de la Maison Blanche en questions √©nerg√©tiques, affirme que la production v√©n√©zu√©lienne devrait atteindre 6 millions de bpj √ partir de 2006, et 11 millions pour 2010.

Augmenter la production et privatiser l’industrie. Telle est la toile de fond de l’actuelle lutte pour le pouvoir. Entre-temps, on fait croire √ la population que si la production augmente, il y aura de grands travaux, des logements et des emplois, alors que la privatisation n’entra√ģnera que des d√©graissages, le ch√īmage et aucun investissement social.

¬« Semer le p√©trole ¬ »

Cette expression qui a immortalis√© l’historien v√©n√©zu√©lien Arturo Uslar Pietri signifie qu’il faut investir les dividendes du p√©trole dans l’√©ducation, la sant√©, l’infrastructure, la s√©curit√©, la d√©fense, l’agriculture, les industries non p√©troli√®res. Mais cela ne s’est jamais concr√©tis√©. Pendant les 26 derni√®res ann√©es, les investissements dans ces secteurs ont plut√īt diminu√©, gr√Ęce √ la ¬« m√©ritocratie ¬ » qui a pr√©f√©r√© semer le p√©trole dans PDVSA.

Comment cette fraude a-t-elle fonctionn√© ?

De 1991 √ 1996, les co√ »ts de production ont augment√© d’1,6 dollar. En 1998, Luis Giusti s’est arrang√© pour les doubler, et Guaicaipuro Lamea double encore le montant pendant sa pr√©sidence. Selon l’actuel pr√©sident de PDVSA, les co√ »ts de production se situent autour de 15 dollars, alors qu’un baril ne devrait pas co√ »ter plus de 4 dollars. C’est ici que commence la fraude.

De 1990 √ 1998, la production de p√©trole v√©n√©zu√©lien augmente de 50%. Mais les co√ »ts de production connaissent une hausse de 175% ! Premier cas au monde o√Ļ une industrie produit plus et se d√©veloppe, tout en augmentant ses co√ »ts...

En 1993, PDVSA payait 9 millions de dollars √ la sous-traitance, plus connue sous le nom de outsourcing. Mais en 1999, les contrats de sous-traitance s’√©levaient √ 1,775 milliard de dollars. L’√‰tat v√©n√©zu√©lien a en fait perdu plus de 7 milliards de dollars dans ce genre de contrats.

Les sous-traitants sont des soci√©t√©s priv√©es qui b√©n√©ficient des investissements de PDVSA. Tous les cadres du holding ont des membres de leur famille dans ces soci√©t√©s de sous-traitance. Or, ils n’y investissent rien du tout, mais touchent les b√©n√©fices. Quelque 45 000 personnes seraient ainsi maintenues par PDVSA, c’est-√ -dire le double du personnel actuel.

Autre moyen de grossir les co√ »ts : les accords op√©rationnels sign√©s par Giusti. L’ex-pr√©sident de PDVSA a ainsi vendu au pays l’id√©e selon laquelle il existe des puits marginaux pour lesquels il n’y a pas assez d’argent ni de technologie. C’est pourquoi il fallait signer des accords permettant de vendre ces puits marginaux en concession.

Des milliers de kilom√®tres carr√©s ont ainsi √©t√© vendus, en trois ench√®res, pour des concessions de 35 ans. Or, les soci√©t√©s ayant remport√© ces march√©s appartiennent √ des gens qui travaillent dans les champs p√©troliers v√©n√©zu√©liens, extraient du p√©trole, que PDVSA leur rach√®te au prix √©tablis par eux-m√™mes.

Pourtant, en th√©orie, l’accord devrait stipuler que les b√©n√©ficiaires de la concession doivent risquer leur capital pour extraire le p√©trole que l’√‰tat ne peut exploiter...

De tels accords ont √©t√© sign√©s √ Londres, √ New York et √ Paris. Tout probl√®me juridique portant sur la continuit√© de tels accords ne peut donc √™tre tranch√© par des tribunaux nationaux. Il y a donc violation de la souverainet√© nationale. Le pire, c’est que si ces champs p√©troliers ne fournissent pas la quantit√© estim√©e, c’est le Venezuela qui doit payer la diff√©rence.

Autre irr√©gularit√© : en 1998, les accords p√©troliers stipulent que le p√©trole extrait le sera √ un co√ »t de 9 dollars le baril. Or, en 2000, le baril co√ »te 15 dollars. Et la production d’un baril co√ »te au Venezuela de 5 √ 9 dollars. La diff√©rence, c’est l’√‰tat qui doit la payer, c’est-√ -dire les V√©n√©zu√©liens. Et tout cela, gr√Ęce √ des accords sign√©s par M. Luis Giusti, mais aussi √ la politique p√©troli√®re men√©e par les partis AD et COPEI pendant 26 ans, en complicit√© avec les ex-directeurs de PDVSA.

Aux termes de ces accords, 600 000 bpj peuvent être produits, dont 500 000 en dehors du quota OPEP. Autrement dit, lorsque le Venezuela doit diminuer sa production OPEP, les barils sous-traités ne sont pas concernés.

Le pays ne peut en fait vendre son quota de p√©trole √ 20 ou 29 dollars le baril, parce qu’il doit d’abord acheter ces 500 000 barils des accords op√©rationnels. On en est m√™me arriv√© √ acheter des barils v√©n√©zu√©liens √ 22 dollars pour les vendre ensuite √ 20 dollars sur les march√©s internationaux.

Le Commissaire PDVSA pour l’an 2000, feu M. Rafael Dar√≠a Ram√≠rez, p√®re de l’actuel ministre de l’√‰nergie et des Mines, d√©non√ßait dans un rapport que les soci√©t√©s filiales de PDVSA nommaient elles-m√™mes leurs propres auditeurs pour leur donner l’information qu’elles voulaient bien leur donner. Voil√ que surgit l’affaire de Venton Vicler, dans l’√©tat de Monagas. Cette soci√©t√© d√©clare qu’elle produit √ 8,77 dollars son baril de p√©trole. Or, PDVSA d√©montre que la production en co√ »te que 3,63 dollars. Malgr√© tout, la Nation a d√ » rembourser 5,14 dollars de diff√©rence par baril. Pire : de 1993 √ 1999, la soci√©t√© Venton Vicler investit 542 millions de dollars, que PDVSA a rembours√©s √ hauteur de 535 millions. En d’autres termes, ces gens ont produit au Venezuela, avec l’argent des V√©n√©zu√©liens.

Le rapport mentionn√© plus haut d√©nonce un autre cas : celui d’un puits d’exploration construit par Total Fina √ un co√ »t pr√©tendu de 26 millions de dollars. Or, la division orientale de PDVSA d√©montre que la valeur r√©elle ne d√©passe pas 7 millions de dollars. Et pourtant, les 18 millions de diff√©rence sont vers√©s par PDVSA. Une somme trois fois sup√©rieure au montant qu’exigerait le d√©veloppement de la p√™che artisanale du pays, mais ¬« remise en cadeau ¬ » √ une soci√©t√© p√©troli√®re √©trang√®re.

Sur les 31 accords op√©rationnels en vigueur, dans 17 cas les sous-traitants internationaux d√©passent en nombre et en montant la main-d’Ň“uvre √©trang√®re employ√©e, en violation avec la l√©gislation nationale du travail. Et le co√ »t pour le pays s’√©l√®ve √ 16,5 milliards de bolivars.

Enfin, les exploitants du champs p√©trolier de Col√≥n, concr√®tement √ la fronti√®re de l’√©tat de Zulia et de la Colombie, doivent b√©n√©ficier d’un incitant de deux dollars par baril lorsque leur production atteindra le seuil de 98 millions de barils. Or, en juin 1998, les contrats d’exploitation sont modifi√©s et deviennent r√©troactifs, stipulant que les incitants commenceront √ √™tre pay√©s d√®s 1999, au lieu de l’ann√©e 2013.

Tous ces cas sont repris dans le rapport 2000 du commissaire aux comptes de PDVSA et ont caus√© au pays environ un milliard de dollars de pertes. Mais tel n’est pas le v√©ritable n√©goce.

Le véritable négoce...

Malgr√© la gravit√© des cas mentionn√©s plus haut, M. Hern√°ndez explique que le v√©ritable n√©goce de cette soi-disant m√©ritocratie commence en fait en 1983.

Pendant la guerre Iran-Irak, PDVSA parvient √ accumuler quelque cinq milliards de dollars dans ses caisses. Le probl√®me √©tait de trouver comment blanchir cet argent en b√©n√©fices personnels. La r√©ponse fut le ¬« vendredi noir ¬ », c’est-√ -dire le jour de la d√©valuation de la monnaie v√©n√©zu√©lienne et la fuite de millions de dollars des caisses de toutes les banques du pays.

Mais il restait encore de l’argent au Venezuela. PDVSA √©tant une industrie nationale consolid√©e, l’expert p√©trolier Calder√≥n Berti, actuellement conseiller aupr√®s de la Coordination d√©mocratique, qui √ l’√©poque s’habillait en cheik et allumait ses cigares avec des billets de cinq cents bolivars, propose d’assurer le p√©trole v√©n√©zu√©lien en internationalisant PDVSA. Autrement dit, l’industrie commence √ acheter tous azimuts √ l’√©tranger : raffineries, stations-service, quais d’embarquement et terminaux maritimes.

La premi√®re raffinerie √©trang√®re est pay√©e en 1983 par une avance de 50% : 250 millions de dollars remis en liquide par Berti lui-m√™me. Dans cette m√™me ann√©e, Luis Herrera quitte la pr√©sidence et Jaime Lusinchi lui succ√®de. En tant que pr√©sident, il commence son mandat en ordonnant d’enqu√™ter sur l’achat de ladite raffinerie. La moiti√© du prix vers√©e en avance ne s’√©levait pas √ 250 millions de dollars, mais bien √ 28 millions.

Hern√°ndez affirme non sans ironie que les ’patriotes’ du parti Action d√©mocratique (AD) crient leur indignation. Et s’empressent d’acqu√©rir 29% de la soci√©t√© ainsi cr√©√©e, pour un montant de 320 millions de dollars, afin d’am√©liorer l’affaire. Ce sont les m√™mes gens d’AD qui actuellement sont dans l’opposition.

Depuis lors, pas moins de 19 raffineries ont √©t√© achet√©es √ l’√©tranger, ainsi que de 13 000 √ 15 000 stations-service, en plus de quais d’embarquement ou terminaux maritimes. Toutes ces installations √©taient mises en vente parce qu’elles n’√©taient plus comp√©titives, selon les rapports financiers des vendeurs eux-m√™mes.

Ces raffineries √©taient vieilles de plus de cinquante ans. Elles ne servaient qu’√ traiter du p√©trole l√©ger et moyen, non pour raffiner du brut lourd tel que le brut v√©n√©zu√©lien. On en d√©duit que ces raffineries n’ont jamais re√ßu de p√©trole v√©n√©zu√©lien. D’o√Ļ la question : √ qui le Venezuela ach√®te-t-il du p√©trole ? La r√©ponse est : au Mexique et dans la mer du Nord, o√Ļ le baril vaut 20 dollars.

Le n√©goce consiste donc √ sortir le p√©trole du pays, le vendre √ l’√©tranger et, avec le produit de ces ventes, acheter le brut l√©ger requis dans les raffineries. Et ce, en violation de toutes les lois nationales, telle la convention de change de la Banque centrale, qui stipule que PDVSA ne peut toucher le produit de ses ventes et doit tout d√©poser sur le compte num√©ro un de la Chase Manhattan Bank au nom de la R√©publique du Venezuela.

La trahison de Carlos Andrés Pérez

Mais PDVSA n’a pas respect√© la convention des changes de la Banque centrale. Ce qui a notamment entra√ģn√© la destitution de Carlos Andr√©s P√©rez lors de son second mandat, pour avoir tent√© d’imposer une r√©forme de cette convention pour vendre les raffineries de l’√©tranger. En fait, c’est √ cette √©poque que le fisc a commenc√© a ressentir la diminution des recettes p√©troli√®res.

Ceci illustre bien le pouvoir de l’ancienne direction de PDVSA qui, selon Hern√°ndez, va m√™me jusqu’√ √©liminer ses valets qui ne servent plus ses int√©r√™ts.

PDVSA ach√®te des raffineries √ l’√©tranger, non pas pour s’assurer les march√©s ou raffiner le brut v√©n√©zu√©lien, mais bien pour blanchir l’argent √ l’√©tranger, sans passer par le fisc. Le blanchiment a une telle ampleur que le p√©trole brut est vendu au rabais par le biais de ces raffineries. Le rabais √©tait de deux dollars et a m√™me atteint quatre dollars sous la pr√©sidence de Luis Giusti. Ainsi, du brut vendu en 1998 et 1999 √ la soci√©t√© SITGO, l’a √©t√© √ trois dollars le baril, alors que le prix √©tait de sept dollars. Giusti justifia cette vente √ pertes en affirmant qu’il fallait ¬« r√©cup√©rer des parts de march√© en profitant de prix concurrentiels ¬ ». Hern√°ndez estime √ juste titre qu’il ne faut pas √™tre sp√©cialiste du p√©trole pour reconna√ģtre les dires d’un voleurs. Il s’agissait d’une v√©ritable auto-fraude dont les b√©n√©fices √©taient d√©clar√©s et d√©pos√©s √ l’√©tranger, pour √™tre recycl√©s et blanchis par des soci√©t√©s sises √ Panama, aux √Žles Ca√Įman, aux Bahamas et autres paradis fiscaux : 189 soci√©t√©s commerciales qui ne pr√©sentent leurs comptes √ personne. Cet argent √©tait pr√™t√© aux m√™mes acteurs entre eux, √ un int√©r√™t de 0%, pendant que PDVSA s’endettait √ l’√©tranger pour plus de dix milliards de dollars. Quant aux associ√©s am√©ricains et europ√©ens, il leur suffisait d’emprunter aux banques avec pour gages les actifs v√©n√©zu√©liens. Et comme le Venezuela est engag√© dans des pr√™ts √ 20 ou 30 ans, il ne peut sortir de l’impasse, ni m√™me en vendant ses actifs. Le pays est ainsi oblig√© de continuer de livrer du p√©trole au rabais, car pour les tribunaux de Londres, New York ou Paris, toute rupture de ces contrats constituerait une cause d’intervention. Telle est d’ailleurs la carte que cache l’opposition : d√©noncer le Venezuela pour violation des conventions internationales, apr√®s avoir vendu le pays dans le dos de ses citoyens.

L’√©vasion fiscale

Un autre grand mensonge est celui des recettes totales de PDVSA, par rapport √ ce que les V√©n√©zu√©liens touchent r√©ellement par le biais du fisc, et dont le montant d√©passe rarement le seuil des dix milliards de dollars. En fait, la production augmente, mais les co√ »ts augmentent beaucoup plus. Voil√ donc un autre mensonge d√©voil√© : le gouvernement actuel aurait re√ßu cent milliards de dollars ces trois derni√®res ann√©es, alors qu’en fait, il n’a per√ßu que 25 milliards en deux ans. Le Venezuela ne touche presque rien de l’√©tranger. Autrement dit, en cas de blocus contre le pays ou de suspension des ventes de p√©trole, le pays ne souffrirait pas trop s’il touchait r√©ellement les fonds vers√©s par ceux qui ach√®tent du p√©trole dans le pays, plus pr√©cis√©ment √ Las Salinas, √ Paraguana et √ El Palito. Les autres pays ont bel et bien besoin de ce brut, car leur consommation √©nerg√©tique est √©norme.

Notes :

[1Respectivement ex-président de PDVSA et ex-membre du CA de PDVSA.

[2Pr√©sident de la patronale v√©n√©zu√©lienne, autoproclam√© pr√©sident de la R√©publique √ la suite du coup d’√‰tat du 11 avril 2002.

[3Actuellement président de la Centrale travailleurs du Venezuela (CTV), principale confédération syndicale du pays.

Source : Soberania (www.soberania.org), f√©vrier 2003.

Traduction de l’espagnol : Gil B. Lahout, pour le RISAL.

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