L’hostilité envers le régime de Castro n’est pas due  ses échecs, mais  ses réussites
Pourquoi les Etats-Unis ont peur de Cuba
par Seumas Milne
Article publi le 3 août 2003

Cinquante ans après que Fidel Castro et ses hommes aient déclenché la Révolution cubaine par une attaque avortée contre le fort de la Moncada du dictateur Batista, les critiques anti-cubains sont déj en train de rédiger son
oraison funèbre.

Faisant écho aux déclarations du Président Bush qui a dit que le socialisme  la cubaine était une "relique", le Miami Herald a annoncé cette semaine que la Révolution Cubaine était "morte et enterrée".

Le journal The Telegraphe a parlé de "Cuba, une cause perdue", tandis que l’Independent on Sunday affirmait que le rêve cubain était "aussi usé et fatigué que Fidel lui-même" et un journaliste de la BBC affirmait que, en ayant eu recours au tourisme, "la révolution avait simplement remplacé une élite par une autre".

Bush est, bien s »r, le dernier d’une lignée de 10 présidents US qui ont ouvertement tenté de renverser le gouvernement Cubain, et les héritiers de Batista en Floride complotent depuis longtemps pour leur retour triomphal sur l’île et pour réclamer leur fermes, leurs usines et leurs bordels - fermés ou expropriés par Castro, Che Guevara et leurs partisans après leur prise de pouvoir en 1959.

Mais l’hostilité internationale contre le régime cubain a considérablement augmenté depuis le mois d’avril, lorsque celui-ci déclencha la plus sévère répression depuis des décennies contre l’opposition appuyée par les Etats-Unis, en condamnant  de lourdes peines de prison 75 activistes qui avaient accepté de l’argent d’une puissance étrangère et en exécutant trois pirates d’un bateau.

La répression, qui fut précédée par 18 mois de fortes tensions entre les Etats-Unis et Cuba, a choqué de nombreux partisans de Cuba  travers le monde et a rendu le régime de Castro plus isolé que jamais depuis l’effondrement de l’Union Soviétique.

Poussée par la Grande Bretagne et les gouvernements de droite de l’Italie et de l’Espagne, l’Union Européenne s’est servie de ces emprisonnements pour renverser sa politique d’engagement constructif et s’aligner sur la ligne néo-conservatrice des Etats-Unis, par l’imposition de sanctions
diplomatiques, d’un accroissement du soutien  l’opposition et la suspension de nouveaux accords commerciaux.

Mais il n’est pas difficile de trouver les raisons de ce dangereux affrontement, après une période où Amnesty International avait noté  Cuba "une position plus ouverte et tolérante" envers la dissidence.

Après le 11 septembre, l’administration Bush - dont l’élection dépend du vote des exilés cubains extrémistes de la Floride - a désigné Cuba comme candidat potentiel  l’Axe du Mal.

Le sous-secrétaire d’Etat US, John Bolton, a déclaré en des termes menaçants que Cuba était un havre pour les terroristes, et que l’île cherchait  fabriquer des armes bactériologiques et maîtrisai(t la technologie qui pouvait être transférée  d’autres "états voyous".

Il reçut l’appui de Bush, qui déclara que l’embargo vieux de quarante ans ne serait pas levé avant la tenue d’élections multipartites et la mise en oeuvre de réformes libérales, tout en qualifiant Cuba de menace pour la sécurité des Etats-Unis, contredisant ainsi la position de l’administration Clinton.

Au beau milieu de cette confrontation croissante est apparu James Cason, nouveau chef de la mission diplomatique US  la Havane, chargé d’impulser le soutien aux groupes d’opposition.

L’énorme bâtiment, une quasi-ambassade, fournissait principalement de l’équipement et des locaux, mais des millions de dollars d’aide gouvernemental US ont aussi été distribués aux dissidents par le biais de groupes exilés  Miami.

L’étincelle qui mit le feu aux poudres fut une série de piratages d’avions et d’embarcations bénéficiant de la complaisance des Etats-Unis qui dans le même temps lançaient des avertissements en parlant de menaces contre leur sécurité tandis que les Cubains craignaient une intervention militaire en cas d’exode massif des cubains - un scénario longtemps rêvé par les exilés de Miami.

Certains en ont conclu que la paranoïa de Castro l’a fait tomber dans un piège tendu par Bush. Après 44 ans de siège économique, d’invasions mercenaires, de tentatives d’assassinat, d’attaques terroristes et de guerre bactériologique de la part de leur voisin du nord, on pourrait penser que les dirigeants Cubains ont peut-être de bonnes raisons pour être paranoïaques.

Mais au cours des dernières semaines, les Etats-Unis ont adopté une position plus souple, en renvoyant 15 pirates  Cuba et en prévenant les Cubains que ceux-ci ne pouvaient entrer aux Etats-Unis que par les "voies légales en vigueur" qui prévoient la délivrance d’environ 20.000 visas par an.

Et quelque soit la sévérité de la répression  Cuba, il est incroyable que les dénonciations aient été formulées par les Etats-Unis et ses plus proches alliés Européens dans la "guerre contre le terrorisme".

Non seulement les Etats-Unis ont condamnés cinq Cubains  des peines de prison comprises entre 15 ans et la perpétuité pour avoir tenté d’infiltrer les groupes terroristes anti-cubains basés  Miami, mais ils ont procédé  leurs propres 70 exécutions au cours de l’année écoulée, mais (avec la Grande-Bretagne) soutiennent d’autres états, au Moyen-Orient et en Asie Centrale par exemple, qui ont des milliers de prisonniers politiques et où les tortures et exécutions font partie de la routine.

Et, bien entendu, les pires atteintes aux droits de l’homme sur l’île de Cuba ne sont pas du tout l’oeuvre du régime de Castro mais ont lieu dans la base de Guantanamo qui est occupée contre la volonté de Cuba et où les Etats-Unis ont enfermé 600 prisonniers sans inculpation depuis 18 mois - et
qui prévoient d’organiser des procès  huis-clos et peut-être quelques exécutions - sans même la protection juridique accordée aux opposants cubains.

Ce qui ne fait que confirmer ce qui est évident depuis longtemps : l’hostilité des Etats-Unis contre Cuba n’est pas due aux manquements du régime sur les droits de l’homme, mais  ses réussites sociales et politiques et le défi que représente sa résistance farouche aux yeux d’autres états satellites des Etats-Unis.

Plongé dans une économie de guerre et une culture politique de guerre depuis plus de quarante ans, Cuba a crée, dans un pays du tiers-monde, des systèmes de santé et d’éducation du même niveau que ceux des pays développés. Ses taux de mortalité infantile et d’analphabétisme rivalisent, et même dépassent, ceux des Etats-Unis, ses écoles ont des classes occupés par trois fois moins d’élèves qu’en Grande-Bretagne - tandis que juste  côté, dans la "démocratie" haïtienne soutenue par Washington, la moitié de la population est incapable de lire et que la mortalité infantile est plus de dix fois supérieure.

Ce sont l aussi des droits de l’homme, reconnus comme tels par la déclaration de l’ONU et par la Convention Européenne. Malgré la catastrophe provoquée par la disparition de l’Union Soviétique il y a plus de dix ans et les dégâts sociaux provoqués par la dollarisation et le tourisme de masse, Cuba
a développé des industries de biotechnologie et pharmaceutique reconnues aux Etats-Unis comme étant les plus avancées de toute l’Amérique latine.

Dans le même temps, Cuba a envoyé 50.000 médecins travailler gratuitement dans 93 pays du tiers-monde (il y a actuellement 1.000 médecins exerçant dans les bidonvilles du Venezuela) et offert chaque année une éducation universitaire gratuite  1000 étudiants du tiers-monde. Que resterait-il de tout cela en cas de prise de pouvoir par l’opposition soutenue par Miami ?

L’importance historique de la lutte  Cuba pour une justice sociale et la souveraineté, et une mobilisation sociale créative, continuera de résonner par del le temps et l’espace : de l’internationalisme du Che et jusqu’au rôle décisif joué par les troupes cubaines dans la chute de l’apartheid par la défaite infligée  l’Afrique du Sud  Cuito Cuanavale, en Angola en 1988.

Mais ceux qui comptent sur la mort de Castro (la "solution biologique") pour rendre Cuba  ses propriétaires traditionnels seront peut-être déçus, tandis que l’imbroglio irakien a peut-être calmé les ardeurs des néo-conservateurs US favorables  une intervention militaire contre un régime cubain beaucoup plus populaire.

Il faut en déduire que Cuba peut s’attendre  encore plus de tentatives de déstabilisation, ce qui compliquera encore plus la défense des acquis sociaux et politiques de la révolution dans les années  venir. La plus grande contribution que puissent faire tous ceux qui sont sincèrement préoccupés par les droits de l’homme et la démocratie  Cuba serait d’aider
les Cubains de se débarrasser une bonne fois pour toutes des Etats-Unis et de leurs amis Européens.

Source The Guardian (http://www.guardian.co.uk/), 31 juillet 2003.

Traduction : Cuba Solidarity Project.

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