Témoignages de Paul Lootens (FGTB) et de Maria T. Rueda (OFP)
Colombie : Barrancabermeja ou l’instauration d’une dictature de sécurité nationale
par Frédéric Lévêque
Article publi le 18 octobre 2003

Barrancabermeja est une ville symbole, construite au rythme de la résistance sociale et politique. Capitale pétrolière de la Colombie, elle a vu ses quartiers populaires construits progressivement par les migrations de travailleurs. Des quartiers qui portent comme nom les dates d’arrivée de ces immigrants en quête de travail. Bordant le plus grand fleuve du pays, le río Magdalena, la raffinerie écrase, au même titre que le soleil, le paysage urbain. C’est l qu’est née l’industrie pétrolière au début du 20e siècle, et, quelques décennies plus tard, l’historique syndicat du secteur pétrolier, la Unión sindical obrera, dit USO.

Barrancabermeja est une ville symbole de la lutte sociale et politique. Et du paramilitarisme aujourd’hui. Si les quartiers populaires et la tradition de luttes civiles ont, depuis les années 70, attiré une présence remarquée des guérillas ; aujourd’hui, un autre groupe armé contrôle la ville. Les insurgés de gauche ont d » laisser la place aux paramilitaires.

La stratégie paramilitaire

On peut dater  un peu plus de 20 ans le développement du paramilitarisme dans la région du Magdalena Medio, avec la formation, en 1981, du MAS (Muerte a los secuestradores - Mort aux kidnappeurs), groupe de tueurs  gages financé par le secteur privé et les trafiquants de drogues. Collaborant avec l’armée  l’époque, le partenariat sera officialisé  Barrancabermeja en 1991 - selon le plan secret de l’armée « Ordre 200-05/91  » -, créant un « réseau de tueurs », pour reprendre l’expression de Human Rights Watch. Objectif : la lutte contre « l’ennemi interne  ». Cette réorganisation « des systèmes de renseignement pour aboutir  la création de réseaux de surveillance identifiant et assassinant les civils suspectés d’aider les guérillas » a bénéficié de la participation du département d’‰tat et des services secrets états-uniens, selon HRW [1]

Les années 90 ont vu les groupes paramilitaires se développer, passant de groupes qui accomplissaient leur mission et disparaissaient ensuite  une force organisée d’occupation établissant peu  peu leur joug sur de nombreuses municipalités de la région. Développant une stratégie connue sous l’expression de "drainer la mer pour tuer les poissons", ces groupes ontfrappé durement les mouvements sociaux, ouvriers et paysans, provoquant massacres, disparitions et déplacements forcés de la population civile.

A la fin des années 90, Barrancabermeja était l’unique centre du Magdalena Medio sans présence permanente des groupes paramilitaires. Leur première véritable grande incursion eut lieu le 16 mai 1998 dans des quartiers populaires. Durant une nuit de terreur, les Autodefensas Unidas de Colombia (AUC) assassinèrent quelques 11 personnes et enlevèrent 25 autres avant de les tuer également. La stratégie de conquête prit toute son ampleur  partir du mois de décembre 2000. Il ne fallut que deux mois aux paramilitaires pour prendre le contrôle de la ville,  l’occasion d’une opération de l’armée - appelée « Joyeux No« l » - visant  assurer la paix pour les fêtes de fin d’année et  combattre les trafiquants de drogue et d’essence, sources de financement des groupes paramilitaires.

Pacification

Trois ans et demi ont passé. La guerre s’est intensifiée dans de nombreuses régions du pays. Les espoirs de paix se sont envolés. La ville reste sous le contrôle des paramilitaires. Le gouvernement d’Alvaro Uribe parle de paix  Barrancabermeja. « Mais en réalité, il s’agit d’une pacification  », nous répond Maria Theresa Rueda, représentante de l’Organisation féminine populaire de Barranca. « Le président ne peut pas parler de paix dans une ville où chaque jour sont violés les droits humains.  »

L’OFP est devenue un symbole international de la résistance en Colombie. Elle a même été primée par les Nations Unies. Née dans les années 70, l’OFP est une organisation de femmes, issues de secteurs populaires - comme le dit son nom -, qui se consacre  promouvoir concrètement les droits des femmes et de leur famille  travers des programmes de santé, les cantines populaires, l’assistance juridique, etc.

« Les paramilitaires sont entrés [ Barranca] et se sont positionnés en créant la peur au sein des communautés avec des actes de torture, des disparitions. On peut dire que le présence du paramilitarisme a augmenté, mais avec un ingrédient en plus : les politiques appliquées par le gouvernement d’Alvaro Uribe Vélez. Il a défini le problème de la Colombie comme celui d’en finir avec les guérillas et a renforcé les forces publiques de sécurité. Et, en même temps, les paramilitaires continuent d’exercer le contrôle sur la ville malgré la militarisation, tout cela selon un décret-loi appelé « sécurité démocratique  ». De nombreuses personnes et organisations ont d » fuir la ville  cause des menaces. D’autres ont simplement disparu de certaines zones. » Mais, malgré les politiques répressives, malgré le paramilitarisme, des mobilisations, des concentrations, des marches, des assemblées ont encore lieu  Barrancabermeja. « C’est une lutte de résistance des organisations sociales pour le territoire, du fait de cette même histoire de résistance de la population de la ville. »

Depuis l’arrivée des paramilitaires, l’OFP a reçu approximativement quelques 85 menaces : directes ou encore par téléphone. Les paramilitaires ont rasé un des sièges de l’organisation (voir photo) et tué un des profs de danse. « Continuer le travail n’est pas facile, mais durant ces 31 années d’existence, nous avons pu développer  Barranca et dans la région un groupe de femmes qui nous appuie, qui est  nos côtés, qui nous reconnaît pas seulement pour le travail mais pour la défense de la vie. Ce sont les gens eux-mêmes qui garantissent notre sécurité. » L’OFP a aussi bénéficié du soutien des Brigades de paix internationales et des pressions internationales d’organisations de solidarité qui permettent de garantir la vie de nombreux membres d’organisations de base.

« A Barranca, les forces publiques de sécurité ne remplissent pas leur rôle. Par exemple, tu rencontres  un coin de rue un barrage paramilitaire et au coin suivant un militaire ou un policier. Dans certains endroits, nous savons qu’il y a des commandos paramilitaires. La police le sait, elle entre et sort de ces lieux. A de nombreuses reprises, l’OFP a dénoncé  la police la présence de paramilitaires  tel ou tel endroit. Mais, comme par hasard, quand la police se déplace, les paramilitaires sont déj partis. »

Pour la démilitarisation de la vie civile

L’OFP est aussi active sur le thème de la guerre dont les conséquences sont vécues tous les jours par ses membres et leur familles. « Nous, dans ce processus de résistance, développons depuis plusieurs années, une proposition : la « Cadena de mujeres contra la guerra y por la paz  » qui exige la démilitarisation de la vie civile. Ni la guérilla ni les paramilitaires ne peuvent militariser la vie civile. L’‰tat non plus ne peut justifier l’engagement de civils dans la guerre pour un problème de sécurité. Nous croyons  la solution négociée du conflit. »

Les femmes sont des victimes de premières lignes de la guerre « Nous sommes des butins de guerre, nous sommes victimes du déplacement forcé, nous sommes violées, nous sommes les mères de ces gamins qui rejoignent les rangs de l’armée, des paramilitaires ou de la guérilla. Nous sommes les mères qui souffrent de la perte de nos enfants.  »

Dans les quartiers populaires, nombreux sont les gamins  se faire enrôler dans les rangs des paramilitaires. Equipés d’une bicyclette et d’un téléphone cellulaire, ils jouent le rôle d’informateur pour les troupes d’occupation. Maria Theresa affirme que les jeunes sont comme la chaire  canon des groupes armés. Ils sont manipulés et c’est eux qui finissent en prison ou sont assassinés car ils savent beaucoup de choses. « Nous avons un programme où, dans les mouvements de jeunes, nous travaillons l’objection de conscience par exemple. On ne peut pas abandonner tous les jeunes qui sont recrutés. Ce sont nos enfants. On a d » même faire partir des jeunes de Barranca qui se sont opposés au recrutement forcé.  » Maria Theresa déplore que l’on ne propose rien aux jeunes,  part s’enrôler dans les files d’un groupe armé illégal ou légal (via le service militaire).

Une visite sous haute protection

Dirigeant syndical belge dans le secteur de la chimie et du pétrole, internationaliste convaincu, Paul Lootens était  Barrancabermeja au mois de septembre dernier. C’est en voiture blindée et accompagné de gardes du corps équipés de mitraillettes qu’il a visité plusieurs des maisons de l’Organización Femenina Popular, « parce que quinze jours auparavant, le responsable local de la Confédération syndicale a été mitraillé dans sa voiture. Cela peut arriver  tout moment, n’importe où. » Paul confirme la présence paramilitaire. Alors qu’ils étaient dans une des maisons de la OFP, « on voyait en face les paramilitaires qui nous surveillaient, avec leur revolvers dans la ceinture. Il y a vraiment un climat de terreur de leur part ».

A la question de la collaboration de l’armée avec les groupes d’extrême droite, Paul nie en avoir été le témoin direct. « Par contre, j’ai été le témoin d’une rafle  Barranca. On était au restaurant. De derrière le coin est arrivé l’armée. Quatre soldats en rang. Un sur le trottoir, un second dans l’égout, un troisième au milieu de la rue et le dernier sur l’autre trottoir. Trente rangées de soldats comme cela, en armes, avançant au pas militaire et contrôlant tout le monde. D’ailleurs, la vie se fige quand ils apparaissent. Ils ont comme mot d’ordre de tirer sur toute personne qui s’encourt, car cela signifie qu’elle a quelque chose  cacher. Donc, plus personne ne bouge. Et tous les gens dans la rue passent  la fouille. »

« Le lendemain, on a appris qu’il y avait eu 122 arrestations. Les avocats cherchaient  savoir qui c’étaient, où ils étaient, ce qu’ils étaient devenus, de quoi ils étaient accusés, pourquoi on les avait arrêtés. Il y a vraiment un climat de militarisation et de répression vis- -vis de la population, alors que les paramilitaires se promènent librement. »

« Pour moi, cela faisait plus penser au Chili de Pinochet qu’ une soi disant démocratie », ajoute-t-il. Il enchaîne d’ailleurs en évoquant l’intention d’Uribe de reprendre le contrôle des usines en engageant des informateurs. « Contre paiement, il doivent dénoncer l’activité des terroristes. Ce qui veut dire que toute personne qui résiste - et certainement chaque syndicaliste - risque d’être dénoncé demain par des collègues, des travailleurs qui, pour de l’argent, parce qu’ils ont des problèmes financiers, parce qu’ils sont mis sous pression, risquent de dénoncer n’importe qui, n’importe quand. Et cela, c’est vraiment le fascisme dans son état le plus pur », conclut-il.

Mais l’objet du voyage de Paul concernait avant tout un projet bilatéral développé par sa centrale syndicale avec la USO, le syndicat du secteur pétrolier local qui a rythmé la vie de Barrancabermeja depuis sa naissance.

Militarisation & résistance syndicale

L’histoire de la capitale du Magdalena medio ne peut être dissociée de celle de l’exploitation pétrolière et des conflits sociaux. De l’arrivée de la transnationale états-unienne Tropical Oil company dans le port de Barranca en 1916  la nationalisation du pétrole colombien - créant ainsi ECOPETROL - en 1951, la ville a connu plusieurs conflits sociaux d’envergure comme les grèves de 1924, 1927, 1934 y 1938. Ce sont ces différents combats syndicaux menés par les travailleurs qui allaient former la USO qui ont permis la nationalisation de l’or noir. Aujourd’hui, les conflits se maintiennent, mais pour empêcher la privatisation voulue par le gouvernement et les institutions financières internationales.

L’entreprise vit dans un climat de confrontation depuis plusieurs mois. Les travailleurs de la raffinerie contestent la politique gouvernementale affaiblissant ECOPETROL, ils s’opposent aussi  la direction de l’entreprise quant au renouvellement de la convention collective. Le conflit a connu son apogée avec une grève qui paralysa pratiquement durant 24 jours la production dans les raffineries de Barrancabermeja et de Cartagena. La réponse gouvernementale aux mobilisations ouvrières fut de militariser l’entreprise et d’en réduire l’accès. Paul Lootens décrit l’atmosphère en prenant la place d’un travailleur de la raffinerie : « Comme ouvrier d’ECOPETROL, je me rends  la raffinerie de Barranca tous les jours au matin. Il y quatre mille ouvriers qui y travaillent. A 5 heures au matin commence un meeting syndical, parce qu’il y en a un tous les jours depuis plusieurs mois maintenant. En fait, quand on a introduit nos revendications au début de l’année, la direction les a simplement ignorées. Il y a eu des assemblées, des actions, des manifestations pendant plusieurs mois, mais cela n’a pas débloqué la situation. » Il y a malgré tout eu certaines négociations. La reprise du travail s’est fait sous certaines conditions, désavantageuses pour les travailleurs. « Quatorze délégués ont été licenciés. Quarante autres ont été placés de force dans un local où ils doivent suivre une formation individuelle pour améliorer leurs compétences et leur attitude au travail. C’est ce que l’on appelle du mobing syndical [maltraitance et harcèlement psychologiques]. Ils sont isolés de leurs camarades de travail. Il ont un psychologue qui leur donne des cours, qui les suit  longueur de journée. Et il y a sept cents ouvriers qui ont reçu une lettre d’avertissement comme quoi ils seraient licenciés s’ils continuaient  participer  des actions syndicales. »

Mais les travailleurs de ce secteur en ont vu d’autres. Depuis 1988, 83 militants de la USO ont été assassinés et 2 ont disparu. Plus d’une trentaine ont été criminalisés, accusés et emprisonnés injustement, avant d’être libérés. Et pourtant, courageusement, ils continuent  agir dans un cadre difficile que Paul décrit : « Quand on rentre dans l’usine, la première chose que l’on voit, c’est un peloton de l’armée avec boucliers, matraques, casques et fusils car il y a une implantation de l’armée  l’intérieur même de la raffinerie. Ils contrôlent tous les accès de l’entreprise. Dans tous les bâtiments d’ECOPETROL  Barranca, il y a deux soldats armés qui gardent les entrées. Des micros ont été installés dans toutes les salles de réunions. Tout est surveillé en permanence. »

Paul revient sur le programme de « resocialisation  » des syndicalistes, nommé Programa de Mejoramiento y Calificación : « Plus concrètement, quand on se rend dans le local où sont isolés les 40 syndicalistes, tous portent un tee-shirt de la USO flambant rouge qui dit « Non  la répression syndicale ! ». Ils s’organisent entre eux pour chanter, pour essayer de résister. Mais ils prennent un gros risque, car la direction a annoncé qu’ils seraient évalués de semaine en semaine, et qu’une évaluation négative correspondrait  une rupture de contrat unilatérale de leur part. »

A la moitié des années 90, quelques 25.000 personnalités progressistes et membres de la gauche avaient été assassinées. Et pourtant, ces mêmes secteurs continuent  opposer une résistance au terrorisme d’‰tat. Les paramilitaires contrôlent ouvertement les quartiers populaires. Et l’armée, le centre de la ville et l’industrie pétrolière. Les paramilitaires ont qualifié la USO comme une cible. De leur côté, les militaires la contrôlent, tentent de la soumettre, humilie ses dirigeants. La « plus vieille démocratie d’Amérique latine » est devenue, pour de très nombreux secteurs, une dictature, bénite par Washington. Comme le rapporte Carlos Fazio, « le chef du Commandement Sud de l’armée des ‰tats-Unis, le général James Hill, a affirmé que soutenir Uribe "a été un bon investissement pour la politique et les ressources des Etats-Unis". Phil Reeker, porte-parole du Département d’‰tat, a quant  lui qualifié de « sensationnel  » le travail de Uribe. » (La Jornada, 11-08-03)

Le cas d’Hernando Hernandez, un symbole

Hernando Hernandez est l’ancien président de la USO. Il est actuellement responsable de ses relations internationales. Personne  abattre pour les paramilitaires, il est assigné  résidence depuis plusieurs mois et accusé par la « justice  » de rébellion, « parce c’est comme ça que cela se passe l -bas », nous dit Paul qui a assisté  son procès  Bogota.

« Avec des syndicats suisse, allemand, français et belge, on a organisé son évacuation vers Cuba. Pourquoi Cuba ? Il a le cancer et Cuba est un des endroits les moins chers pour le soigner. Et c’est ce séjour  Cuba, justement, qui est un des arguments clés dans son procès pour l’accuser de rébellion. C’est la preuve qu’il est allé suivre un entraînement, qu’il a eu des contacts avec des révolutionnaires  Cuba. »

Au procès, toutes les organisations populaires, syndicales, les ONG progressistes étaient présentes. Le thème de discussion : la déclaration de guerre de Uribe contre les ONG. Paul raconte : « Les ONG organisaient une semaine pour la paix et publiaient  cette occasion un livre sur la première année de gouvernement de Uribe, sous le titre de « L’embrouille autoritaire  ». Le soir même, Uribe a fait une déclaration sur les ONG en distinguant trois sortes : 1° les bonnes qui viennent discuter avec lui sans qu’on les appelle ; 2° Les marchands des droits de l’homme qui ne travaillent que pour se financer eux-mêmes et se faire voir au niveau international, ce sont des intellectuels coupés de la réalité ; et 3° les ONG soutenues par les terroristes et dans lesquelles les terroristes se cachent eux-mêmes, et celles-l , il faut les éliminer. Il visait manifestement, dans cette troisième catégorie , ceux qui ont écrit le livre. Il a ordonné  la ministre de la Justice de faire une enquête pour classer toutes les ONG. Ils vont publier la liste. Donc, toutes les personnes travaillant pour les ONG, colombiennes ou étrangères, savent qu’ils courent un risque, surtout s’ils travaillent sur le thème des droits humains.  »

Le retour de la doctrine de sécurité nationale

Lors de son voyage en Colombie, Paul Lootens a tenu un carnet de bord . Extrait :

« Fatigué je me détends un instant en regardant la télé colombienne. Ils y passent un feuilleton incroyable. Il s’agit d’une femme médecin et de sa collaboratrice. Cette dernière se plaint de l’insécurité en ville.

Puis, le lendemain matin, elle arrive enchantée au cabinet médical.

« Tu as vu ces cadavres dans le nord de la ville, il s’agit de prostituées assassinées, enfin nous voil débarrassées de cette merde. Heureusement que les brigades d’autodéfense (= paramilitaires) ont pris en main de nettoyer les rues  ».

La femme médecin conteste. Arrive un guérillero blessé, lors d’accrochages avec l’armée.

« Il faut le soigner car c’est un être humain.  »

« Non  », dit la collaboratrice « car ce sont eux qui sont responsables du désordre dans le pays. Du coup le gouvernement doit nous défendre, il est obligé de dépenser beaucoup dans des actions militaires contre les terroristes, alors il y a de moins en moins d’argent pour s’occuper de la santé, de l’éducation et du logement de la population. »

« Le soigner lui, ce serait permettre que le désordre et l’insécurité continue  ».

Tout cela dans un soap-feuilleton avec de très jolies actrices, des scènes émotionnelles, des larmes, le tout sur fond d’une histoire sentimentale et amoureuse, etc ... J’en reste bouche bée et je ne suis pas le seul.  »

Cet épisode témoigne de l’atmosphère du pays et de la tragédie qu’il traverse. Les mêmes médias qui diffusent ce genre de ’telenovelas’ ont désigné Alvaro Uribe « homme de l’année 2002  ». Le président bénéficie du soutien d’une partie non négligeable de la population, des Forces armées et des paramilitaires, des grands groupes économiques et de Washington. Se faisant le champion de la lutte contre le « terrorisme  », main dans la main avec la Maison Blanche, la campagne du gouvernement Uribe contre les mouvements sociaux ouvriers et paysans, les organisations de défense des droits humains et toute personne allant  contre-courant s’inscrit dans le cadre d’une résurgence de la célèbre doctrine de sécurité nationale et de la guerre de basse intensité, qui marqua dans sa chaire les courants nationalistes, progressistes, et de gauche latino-américains durant la guerre froide. A l’époque, « Tout individu qui, d’une manière ou d’une autre, favorise les intentions de l’ennemi doit [devait] être considéré comme traître et traité comme tel . » [2]

Paul Lootens conclue son carnet de bord ainsi : « Dans l’avion, (...) je lis la première phrase de notre dossier présentant notre projet de coopération syndicale 2003-2005 entre l’Institut de Formation Syndical International (IFSI) et la Union syndical Obrera de la Industria del Petroleo (USO) : ’Dans un pays où le mensonge, la corruption, l’injustice et la violence de l’‰tat sont loi ; la vérité est subversion et terrorisme’  ».

Notes :

[1Human Rights Watch, Colombia Killers’ Network , Novembre 1996.

[2La Guerra moderna, Ejército de Colombia, Biblioteca del Ejército, Bogotá, 1963, cité in Tras los pasos perdidos de la guerra sucia, publié par plusieurs organisations internationales, NCOS, Bruxelles, 1995.

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