Continuité néo-libérale avec le nouveau président
Consolidation de la politique anti-paysans en Bolivie
Article publi le 6 décembre 2003

Le soulèvement populaire d’octobre 2003 n’a rien apporté aux paysans et aux indigènes boliviens. En effet, le nouveau gouvernement du néolibéral Carlos Mesa Gisbert poursuit la même politique anti-paysannne que l’ex-président Gonzalo Sanchez de Lozada. En outre, il s’apprête  appliquer la Stratégie nationale du développement agricole et paysan (Estrategia Nacional de Desarrollo Agropecuario y Rural - ENDAR), qui privilégie les grandes entreprises exportatrices de produits agricoles au détriment des petits producteurs paysans.

Selon les résultats d’une enquête du Centre d’études pour le Développement du Travail et de l’Agriculture (Centro de estudios para el Desarrollo Laboral y Agrario, CEDLA), la stratégie (ENDAR) élaborée par le gouvernement n’apporte guère de réponse aux lancinants problèmes de production des agriculteurs paysans.

Selon cette enquête : "Prétendre que le développement de l’agriculture et de l’élevage devrait s’appuyer sur les secteurs exportateurs de produits agricoles découle d’une vision partiale du secteur, sans tenir compte de la crise économique que subissent les acteurs moins favorisés par les politiques d’ajustement structurel et d’ouverture commerciale, tels que les paysans indigènes. En mettant les exportateurs au centre du dispositif, cette politique laisse les petits producteurs en marge des bénéfices, et cela d’autant plus si l’offre de produits  exporter reste dans le même schéma que les années précédentes".

La stratégie officielle est centrée sur le soutien apporté  trois segments d’exportation de produits agricoles (soya, produits agro-forestiers comme la châtaigne et le quinoa - une sorte de grain d’origine très ancienne). Ces segments sont contrôlés par les grandes entreprises où la participation paysanne est limitée, surtout en ce qui concerne les retombées financières. Dans le reste des activités agricoles, où la participation paysanne est majoritaire, il n’y a aucun soutien puisqu’il n’existe aucune politique d’encouragement, ni des stimulations de quelque nature que ce soit.

Le CEDLA montre qu’en cherchant surtout  consolider les secteurs exportateurs de produits agricoles, qui s’articulent de manière  faire des petits producteurs paysans le maillon le plus faible, la Stratégie nationale ne propose aucune solution effective pour des milliers de petits producteurs paysans ne faisant pas partie de l’une ou l’autre chaîne. Or, ce sont eux qui subviennent  la demande du marché intérieur et leurs produits ne sont pas nécessairement industrialisables.

Cette politique gouvernementale tend  accentuer les énormes différences qui existent dans l’agriculture bolivienne. A l’ouest du pays, dans l’altiplano et dans les vallées [l où la mobilisation sociale d’octobre a été la plus forte], il existe une économie agricole paysanne d’autosubsistance de base, où l’on utilise encore des charrues en bois pour labourer de toutes petites propriétés, et où règne la pauvreté, l’érosion des terres et une productivité extrêmement basse. Pour ce secteur, la stratégie ne prévoit ni soutien ni subventions.

Par contre,  l’est de la Bolivie, où se développent une agriculture commerciale et d’entreprises agricoles, le plan gouvernemental prévoit d’accorder des aides  la production, une mécanisation croissante et un soutien en crédits et technologique permettant d’atteindre de meilleurs niveaux de rentabilité. Néanmoins, ce développement peut se révéler être un mirage. En effet, la plus grande partie de la production orientée vers l’exportation dépend de marchés ouverts par des accords commerciaux avantageux, et n’est pas soutenue par une compétitivité  plus long terme. Malgré cela, le plan gouvernemental continue  miser sur les segments dirigés vers l’exportations de production pour la croissance et le développement

Des bénéfices pour les entreprises

Dans les chaînes exportatrices de produits agricoles, les paysans agissent en tant que pourvoyeurs de matières premières avec des prix fixés par les industries agroalimentaires et exportatrices. Ainsi, ce sont les entrepreneurs plutôt que les petits producteurs qui peuvent engranger des marges plus grandes de profits, autrement dit qui s’accaparent d’une partie croissante du surplus produit.

Les chiffres qu’on a sur le secteur d’agroexportation de la châtaigne fournissent un exemple permettant d’illustrer ce mécanisme. "Dans le premier maillon de la chaine de production il y a près de 10’000 récolteurs (moissonneurs et indigènes), qui perçoivent chacun 55 dollars pour 100 jours de travail. Dans le deuxième maillon qui vit de la châtaigne, il y a plus de 4’000 ouvrières qui reçoivent 71 dollars par mois pour des journées de travail de plus de huit heures par jour".

Selon la description du CEDLA, il y a ensuite le maillon de l’exportation, contrôlé par 20 entreprises bénéficiant de grands, moyens et petits investissements, qui concentrent le 25% du total des exportations aux Etats-Unis et en Europe. Les 75% restants sont entre les mains des transnationales. Sur le 25% du revenu perçu au niveau national, les petits producteurs de la châtaigne ne reçoivent que 8%.

Selon le CEDLA, les chiffres démontrent que les chaînes d’exportations agricoles n’apportent pas des revenus accrus pour les petits producteurs, étant donné que ces derniers représentent le maillon le plus faible de la chaîne productive, sans aucune possibilité de négociation pour obtenir une améliorations de leurs conditions de vie et des prix de leur production-travail. Réd avec agences boliviennes

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