Durito et une histoire de clés et de portes
par Sub-comandante insurgente Marcos
Article publi le 20 décembre 2003

Durito dit que tous les politiciens ("que l’on remarque que je ne dis pas qu’ils sont bons ou qu’ils sont mauvais", précise Durito) prêchent que l’histoire n’est rien d’autre que la recherche d’une chambre confortable où l’on se sente satisfait. Les ennemis ("qu’il soit bien clair que je ne dis pas qu’ils sont bons ou qu’ils sont mauvais", interrompt  nouveau Durito) sont enfermés dans cette chambre et ne laissent pas entrer les autres. L’objectif de l’histoire est d’entrer dans cette chambre, déloger ceux qui s’y trouvent et prendre leur place. Le politicien appelle alors  la lutte pour la possession de la clé de la porte.

Mais, dit Durito, la lutte politique n’est plus une lutte pour entrer dans la chambre, mais plutôt une lutte pour la clé de la porte, c’est- -dire pour l’enlever  ceux qui la détiennent et prendre leur place de gardien. "La démocratie a fait beaucoup de progrès", dit Durito que disent les politiciens, "maintenant on peut changer de gardien". Avoir le Pouvoir, c’est avoir la clé de la porte de l’histoire, peu importe si les propriétaires de la chambre sont toujours les mêmes.

Durito dit que les zapatistes sont le "fais-moi rire" de tous les politiciens modernes, qu’ils soient de gauche ou de droite. Durito dit que c’est parce que les zapatistes transportent sur leur dos une lourde clé pour laquelle il n’y a pas de porte, ni serrure, ni chambre.

"Regarde ces idiots", dit Durito que disent les politiciens, "cette clé, en plus d’être très lourde, ne sert pas  ouvrir la porte du Pouvoir et  parvenir  l’aboutissement des temps". Durito dit que les zapatistes ne font que sourire et continuer  marcher avec leur lourde clé dans le dos, et qu’ils ne regrettent pas qu’il n’y ait pas de porte ni de serrure qui s’ouvrent avec la clé qu’ils transportent.

Durito dit que, tous étant occupés  rire d’eux, personne ne remarque que la clé que les zapatistes transportent ressemble beaucoup  une masse, de celles qui servent  abattre des portes et des murs.

Durito dit que, pendant que les politiciens se rassemblent et se battent pour la clé devant la porte du pouvoir, les zapatistes passent leur chemin, s’arrêtent devant un des murs du labyrinthe (qui, en outre, n’a rien  voir avec la chambre du pouvoir), et  l’aide d’un marqueur noir, tracent un "X".

"Les zapatistes révèlent ainsi une énigme, mais aussi le point où il faut frapper pour la résoudre. Parce que les zapatistes ne veulent pas entrer dans la chambre du pouvoir, déloger ceux qui s’y trouvent et prendre leur place ; ils veulent plutôt percer les murs du labyrinthe de l’histoire, en sortir et, avec tous, faire un autre monde sans chambres réservées ni exclusives, et sans, non plus, de portes ni de clés", dit Durito alors qu’il me demande où diable j’ai laissé le marqueur noir avec lequel il me donne des cours de théorie politique.

Depuis les montagnes du Sud-est mexicain,

Sous-commandant insurgé Marcos

Mexique, février 2003.

Source : Revista REBELDIA, n°4, février 2003.

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