Exploitation pétrolière et territoires indigènes
Ils veulent que les U’was payent les pots cassés
par Hectór Mondragón Báez
Article publié le 3 mars 2003

La retraite tactique de la Occidental du territoire U’wa a seulement ouvert le chemin àl’intervention militaire des Etats-Unis dans l’Etat d’Arauca en faveur des transnationales pétrolières. Investissement militaire qui n’a pas pour but évidemment de s’approprier les restes du presqu’épuisé gisement de Caño Limon, mais les nouvelles découvertes en territoire U’wa : Capachos (aux mains de la transnationale espagnole Repsol) et Gibraltar 1 (pour le moment dans celles d’Ecopetrol).

Catalina, c’est le nom du contrat par lequel le gouvernement d’Uribe Vélez, par l’intermédiaire du président d’Ecopetrol [Empresa Colombiana de Petroleos ou ECOPETROL (] le Dr. Isaac Yanovich, a livré àla transnationale Chevron-Texaco les gisements de gaz de la Guajira, dans lesquels Ecopetrol, si elle les exploitait directement, obtiendrait 22 dollars par chaque dollar investi.

Chevron-Texaco possède aussi un contrat d’exploration dans le département de Bolivar et de Sucre, dans une zone que le gouvernement actuel a proclamée "zone de réadaptation" [1], c’est-à-dire sous autorité militaire. Chevron-Texaco fut gérée en Asie Centrale par Condoleeza Rice, conseillère en Sécurité du président Bush.

La fourniture du gaz de la Guajira àla Chevron-Texaco a déclenché le 19 février un conflit entre le gouvernement et les travailleurs d’Ecopetrol. L’Union Syndicale Ouvrière (syndicat du secteur pétrolier) déclara une grève de 24 heures, pleinement accomplie. Le président d’Ecopetrol ordonna alors de refuser l’entrée des raffineries de Barrancabermeja et Cartagena aux dirigeants syndicaux, ce pourquoi le 21 février éclata une confrontation de plus grande envergure, avec 10 travailleurs blessés (os fracturés) et plus d’une centaine frappée par la force publique.

Avec la gestion d’Uribe Vélez - Yanovich en faveur de la Chevron-Texaco mise en lumière par la lutte ouvrière, on annonce la "découverte" d’un puits pétrolier "gigantesque" àGibraltar 1, dans le territoire du peuple indigène U’wa.

Une nouvelle manÅ“uvre après d’autres ! En effet, la transnationale Occidental Petroleum s’était retirée du secteur argumentant qu’elle "n’avait pas trouvé de pétrole", mais, juste après, avait été annoncée la livraison d’aide militaire états-unienne pour la région d’Arauca, région depuis laquelle les entreprises pétrolières accèdent au territoire U’wa.

La retraite tactique de la Occidental du territoire U’wa a seulement ouvert le chemin àl’intervention militaire des Etats-Unis dans l’Etat d’Arauca en faveur des transnationales pétrolières. Investissement militaire qui n’a pas pour but évidemment de s’approprier les restes du presqu’épuisé gisement de Caño Limon, mais les nouvelles découvertes en territoire U’wa : Capachos (aux mains de la transnationale espagnole Repsol) et Gibraltar 1 (pour le moment dans celles d’Ecopetrol).

Les communiqués et informations de presse sur la "découverte" de Gibraltar 1 sont enveloppés dans une rhétorique nationaliste : "On a découvert le plus grand puits avec la sueur d’Ecopetrol" ; "L’important de cette découverte, c’est que ce soit un projet 100% d’Ecopetrol, ce qui signifie que les réserves et la production dérivant de ce dernier, appartiendront uniquement et exclusivement àla nation" ; autrement dit, il paraît qu’Uribe et Yanovich ont trouvé ànouveau le chemin de la patrie, après l’avoir livrée, pieds et mains liés, àla Chevron-Texaco.

Pour compléter le tout, on annonce qu’Ecopetrol peut faire en effet ce que l’on qualifiait d’impossible auparavant pour justifier les contrats avec les transnationales : "Le puits (Gibraltar 1) a été entamé par la multinationale Occidental Petroleum, dans le cadre du contrat d’association Sirirí, mais la transnationale a abandonné le projet le 6 mai 2002 et Ecopetrol a recommencé les travaux de recherche en novembre passé, obtenant des résultats en 90 jours, un temps-record pour celle qui a investi environ dix millions de dollars." Trop beau pour être vrai, Ecopetrol le peut, mais cela ne sent pas bon. Il y a sà»rement des cachotteries.

En réalité, ce qui manquait àla Occidental Petroleum pour trouver le "grand" puits, c’était l’appareil de guerre qui fleurit maintenant dans la région. Les Etats-Unis donnent de l’argent et des conseillers militaires, l’Espagne de la Repsol donne de vieux avions, de petites embarcations (’lanchas’) et de l’information par satellite. Dans le cas du bombardement de Santo-Domingo [2], il a été démontré que la Oxy payait l’information de haute technologie sur les cibles des avions et sélectionnait ces cibles.

Les U’was ont construit avec leur culture, leur sagesse et leur organisation la solidarité pour arrêter la Occidental Petroleum. Maintenant on veut leur faire payer les pots cassés pour Catalina et malgré tout l’appareillage militaire qui entoure la région, les gens n’ont pas hésité àsoutenir les U’was et àse mobiliser jusqu’àGibraltar 1 pour s’opposer aux entreprises pétrolières et défendre la vie et la culture du peuple U’wa. Paysans, habitants des villes, étudiants, syndicats et les travailleurs pétroliers eux-mêmes ont soutenu la lutte des U’was. Des indigènes Guahibo ont donné leur propre vie dans cette lutte en faveur de leurs frères.

Mais, maintenant, Uribe et Yanovich veulent faire en sorte que les U’was payent les pots qu’Uribe et Yanovich ont cassés.

Notes :

[1" Uribe a pris son premier décret militaire le 10 septembre, en permettant la création des "zones de réhabilitation et de consolidation", où le pouvoir militaire direct remplace le gouvernement local existant et où des arrestations et des perquisitions sans ordre judiciaire peuvent être effectuées par des autorités militaires. (...) En plus de légaliser la détention des civils, le décret limite le mouvement des étrangers en surveillant et en interdisant souvent le déplacement d’activistes des droits de l’homme et de journalistes sur le territoire colombien. "
Extrait de Simon Helweg-Larsen, Colombie : autoritarisme & intérêts pétroliers transnationaux, 21-10-02.(NdT)

[2Le 13 décembre 1998, dans le département d’Arauca, en Colombie, des avions et hélicoptères des forces armées colombiennes bombardaient la population de la communauté paysanne de Santo Domingo causant la mort immédiate de 8 enfants, 9 adultes et blessant 25 autres personnes. L’armée justifia le massacre comme une action contre la guérilla, des combats ayant eu lieu dans la zone quelques heures auparavant. Le matériel utilisé par l’armée colombienne pour commettre ce massacre avait été fourni comme aide militaire par les Etats-Unis au gouvernement colombien au nom de la dite lutte anti-drogues.(NdT)

Source : Indymedia Colombia, Centro de Medios Independientes de Colombia (http://colombia.indymedia.org/), mars 2003.

Traduction : Frédéric Lévêque, pour le RISAL.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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