Amérique latine : paramilitaires et mercenaires en action
par Hectór Mondragón Báez
Article publi le 20 mai 2004

Cet article a été écrit le 29 février 2004 et est dédié  la mémoire de celui qui est mort ce jour l au Venezuela pour avoir dénoncé l’assassinat de son fils, Pedro Doria, médecin et dirigeant socialiste, coordinateur des paysans vénézuéliens de l’état de Zulia dans la région de Perijá,  la frontière colombienne. Aujourd’hui, alors que l’on vient de mettre  jour un plan visant  attaquer le Venezuela avec des paramilitaires colombiens et que l’on a arrêté 88 de ces paramilitaires, la dénonciation de la marche de ces anges de la mort prend encore plus de force.

Le résultat le plus tangible du paramilitarisme en Colombie est le processus de déracinement de trois millions de paysans déplacés par la violence et la subordination aux grands propriétaires. C’est également l’extermination des dirigeants syndicaux les plus revendicatifs, liquidés par dizaines annuellement, et la disparition des conquêtes sociales, que les syndicats défendent, tant dans les entreprises que dans les institutions de l’Etat. Un succès du point de vue du pouvoir économique. [ Voir : La terreur antisyndicale ne faiblit pas en Colombie ]

Aujourd’hui, les résultats de la violence illégale sont institutionnalisés par le biais des réformes constitutionnelles qui éliminent des droits fondamentaux et les voies qui permettaient de les défendre. En même temps, l’appareil paramilitaire veut être légalisé via les accords passés avec le gouvernement dont l’effet le plus concret sera d’occulter les responsables intellectuels et les bénéficiaires économiques du paramilitarisme. [ Voir : Dossier €˜Paramilitarisme’ ]

Si le projet d’accord entre Uribe et les paramilitaires se consolide, un nouveau modèle résoudra les problèmes générés par l’impunité dans le Cône sud et par les lois d’ « oubli  » pour les dictatures militaires chiliennes et argentines ainsi que pour la dictature civile uruguayenne. L’impunité est en crise et est questionnée internationalement. Le modèle colombien garantirait, s’il est appuyé au niveau international, une impunité des crimes contre les mouvements sociaux sous le couvert d’un accord avec les supposés « rebelles  » (les paramilitaires). La seule idée que cet accord se concrétise a déclenché une vague d’actions paramilitaires et de tueurs  gages sur le continent.

La tentative d’assassinat du président de la Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (CONAIE), Leonidas Iza, le 1er février, reflète les méthodes et les instruments que l’on veut imposer en Amérique latine pour mater la lutte massive contre le néolibéralisme et les traités de libre-échange.

Il ne s’agit pas d’un fait isolé. En Equateur, il a été suivi par l’assassinat de l’activiste paysan écologiste Angel Shingre et du chercheur en matière pétrolière Patricio Campana qui avaient été précédés cinq ans plus tôt par l’assassinat du dirigeant de gauche Jaime Hurtado par les paramilitaires colombiens.

La situation est encore beaucoup plus grave au Venezuela où plus de 80 leaders paysans ont été assassinés parce qu’ils luttaient pour l’application de la loi de réforme agraire. Ont été également tués le médecin socialiste Pedro Doria, assesseur des paysans, trois syndicalistes et un membre d’une coopérative bolivarienne. En juin 2002, on avait annoncé la création des Autodéfenses unies du Venezuela (AUV) appuyées par les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC).

Le 27 février, il est apparu clairement que l’opposition vénézuélienne veut substituer son affaiblissement en termes de mobilisation par des armes  feu et des incendies : un petit groupe a mis le feu au siège du parti MVR (le parti de Chavez, n.d.l.r.), un autre a attaqué la radio alternative Radio Perola. Plusieurs opposants ont utilisé des pistolets et des revolvers.

Au Brésil, le rapport intitulé « Les crimes de la grande propriété terrienne  » a fait état de l’assassinat de 44 leaders des paysans sans terre. Les bandes armées des grands propriétaires terriens s’expriment aujourd’hui avec virulence contre la démarcation des terres indigènes. Des menaces de mort ont été lancées  l’encontre de l’évêque Pedro Casaldáliga pour son appui aux indiens Xavante dont les terres sont convoitées par les planteurs de soja. Dans le Roraima, les riches fermiers et les entrepreneurs du riz ont réussi  s’appuyer sur une masse de colons qui, le 6 janvier, n’ont pas hésité  séquestrer et  prendre en otage 3 curés qui appuyaient l’octroi collectif de titres de propriété aux indigènes. Ce qui s’est passé démontre que les bandes armées de droite, en plus d’augmenter leur activité, jouissent d’une confiance croissante.

On a pu observer le même phénomène en décembre passé  Mojos, Beni, en Bolivie : des bandes armées des riches propriétaires ont menacé de mort les indigènes, les paysans, les s“urs et les organisations non gouvernementales qui défendaient le droit  la terre des communautés. Profitant de l’incident isolé au cours duquel un employé furieux et agissant individuellement a tué le maire parce qu’il ne lui payait pas son salaire, des bandes armés de droite ont semé la terreur dans la région et ont pris position pour empêcher les revendications de terres. Les paysans cultivateurs de coca dénoncent le fait que dans le Chapare des groupes paramilitaires sont entraînés pour tenter de casser le mouvement social.

Le paramilitarisme frappe incessamment au Honduras et renaît en Argentine avec des menaces et des assassinats tels que celui de Sandra Cabrera, secrétaire de l’association de prostituées. Des paramilitaires sont également réapparus  Santiago del Estero où ils ont attaqué des paysans.

Les tontons macoutes (Haïti, n.d.l.r.) et les armées cannibales sont devenues des stars. Des auteurs de crimes atroces passent pour d’honorables rebelles triomphants et prennent part  l’« opposition démocratique  » haïtienne.

Les bandes armées de droite joue un rôle important alors qu’il est évident que de grands mouvements de masses latino-américains pèsent de tout leur poids, de différentes manières, que ce soit lors de grandes mobilisations ou lors d’élections. Les gangs de droite ne peuvent arguer du prétexte qu’ils combattent la guérilla comme en Colombie ou comme dans le Guatemala des années 80 ou l’Argentine des années 70. Cependant, l’objectif de leur action est exactement le même que celui obtenu en Colombie où, loin d’avoir anéanti la guérilla, ils ont contribué de manière décisive et sanguinaire  détruire les conquêtes légales des mouvements sociaux et  imposer les traités de libre-échange et une législation qui convient aux multinationales et aux grands propriétaires terriens. Ils ont également réussi  ce que la responsabilité de la violence n’incombe ni  l’Etat ni aux financiers.

Les difficultés rencontrées par ce type de modèle ont été démontrées par l’échec de la visite du président Uribe en Europe ; par les accusations de la justice italienne  l’encontre des paramilitaires colombiens en raison de leurs liens avec la mafia calabraise `Ndrangheta ; pr les ordres d’extradition vers les Etats-Unis de certains chefs des AUC et lors du scandale provoqué par la découverte de leurs cargaisons de cocaïne et la tentative des autorités colombiennes de les couvrir. Mais le gouvernement des Etats-Unis ne remet pas en question l’impunité des massacres, la liquidation des sphères dirigeantes syndicales et la dépossession des terres des paysans. Il juge seulement les activités liées au narcotrafic qui est le moyen décisif pour se défaire de ces mercenaires une fois qu’ils auront accompli leur tâche. Les assassins ont toujours été la chair  canon du véritable pouvoir.

Source : Prensa Rural.

Traduction : Anne Vereecken, pour RISAL.

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