Quand Coca-Cola sponsorisait les paramilitaires
par Marina Zenobio
Article publi le 18 juillet 2002

La multinationale étasunienne a été mise en accusation en Floride pour entrave aux activités syndicales en Colombie. Elle aurait obligé les travailleurs de son usine  renoncer  toute assistance syndicale, par le biais de lettres signées sous la contrainte. Les syndicats veulent maintenant faire connaître cette vérité  travers un procès itinérant qu’ils vont mettre en scène dans les capitales du monde.

L’organisation regroupant les travailleurs de l’industrie alimentaire, le Sinaltrainal, veut la peau de Coca-Cola. Un an après la mise en accusation du géant du soda, décidée par la Cour suprême de Miami, en Floride, ce syndicat fondé en 1982 relance le projet de boycott contre la multinationale. Celle-ci s’était rendue coupable d’atteinte illicite aux activités syndicales en Colombie. A l’encontre de l’entreprise, les défenseurs des travailleurs voudraient instituer un procès publique populaire  vocation internationale. Mais leur chemin est semé d’emb »ches. L’organisation déploie ses objectifs depuis l’un des pays les plus violents de la planète, où l’arrivée au pouvoir du président Alvaro Uribe Vélez, représentant de la droite ultra-libérale, a attisé le conflit qui fait rage entre l’armée régulière et les rebelles.

L’un des promoteurs du mouvement, Edgar Paez, était de passage  Rome, lundi, avant de continuer son périple en passant par Belfast, Londres, Berlin, Madrid, Bruxelles, Amsterdam, Paris, Zurich et Berne1, où il présentera sa campagne internationale contre Coca-Cola. Le combat de Sinaltrainal et des ouvriers colombiens travaillant pour la multinationale tend d’abord  défendre la démocratie. Les contestataires dénoncent le rôle qu’a joué l’Etat dans l’anéantissement des syndicats et du mouvement social colombien, deux piliers de l’ancien édifice démocratique du pays. Dans cet Etat de l’Amérique du Sud, les leaders syndicaux se déplacent armés, sous escorte. Ils travaillent dans des bureaux blindés. Mais toutes ces mesures de sécurité ne suffisent pas  protéger leur vie.

SOLUTION MILITAIRE

Leur situation est allée en s’empirant  la suite de la paix bâclée par l’ancien président, Andres Pastrana. Celui-ci a porté un coup de poignard  la recherche d’une « solution politique » au conflit. Alimentant la tension, plus qu’en la calmant, le prédécesseur d’Alvaro Uribe avait jugé bon de réoccuper manu militari la zone dite de distension qu’il avait concédée aux rebelles. Les syndicalistes ont encaissé comme un coup de poing dans l’estomac le durcissement,  leur encontre, de la politique qui s’en est suivie. Car les groupes paramilitaires ont intensifié leurs actions contre cette cible traditionnelle que sont les travailleurs et ceux qui les défendent.

Dans la dernière décennie, quelque 4000 trabajadores (travailleurs) ont été assassinés. parmi lesquels figurent au moins trois cents militants et dirigeants syndicaux. Selon l’ONG Human Rights Watch, les groupes paramilitaires constituent une sorte de « quatrième division de l’armée régulière colombienne », occupant l’une des cinq régions contrôlées par les forces militaires. Le gouvernement n’est pas l’unique « client » des milices rebelles. Les grands patrons et les groupes industriels et financiers ont eux aussi fait recours aux services offerts par les paramilitaires. Pour menacer ou attenter  la vie des syndicalistes ou pour détruire les ressources de l’opposition.

SOUS LA CONTRAINTE

Faisant le jeu des pouvoirs locaux, les multinationales s’implantant en Colombie s’en sont elles aussi remises  la collaboration des troupes rebelles pour régler leurs difficultés. Or, selon le Sinaltrainal, le géant étasunien Coca-Cola aurait, ce faisant, menacé l’existence même du syndicat. La plainte déposée par l’organisation se fonde sur les témoignages recueillis dans les usines d’embouteillage de la région d’Uraba. Ils font état de violations répétées des droits de l’homme.

C’est dans cette région, par ailleurs, qu’a été assassiné Isidro Seguno. Il avait dénoncé l’infiltration de para-militaires  l’intérieur de l’usine, une présence menaçante, qui a obligé les ouvriers  renoncer  toute assistance syndicale, par le biais de lettres d’intention signées sous la contrainte. Les preuves de ces agissements et de l’assassinat de Isidro Seguno ont été déposées d’abord auprès d’un parquet colombien - où les magistrats  la solde des pouvoirs occultes ont réussi  dépasser les délais de prescription - puis, l’été dernier,  la Cour suprême de Floride, qui a conclu  la mise en accusation de Coca-Cola.
L’organisation Sinaltrainal se dit satisfaite de cette première victoire qu’elle considère comme unique dans l’histoire de la lutte syndicale colombienne. Mais elle estime qu’elle n’est pas suffisante pour aboutir  une condamnation définitive de la multinationale du soda. C’est dans ce but qu’une campagne internationale a été lancée. Elle s’articule sur deux axes principaux : le boycott  outrance, d’une part, et, de l’autre, le procès publique itinérant qui démarre, le 22 juillet,  Atlanta, siège de la maison mère de Coca-Cola.

D’autres dates ont déj été fixées par l’émissaire envoyé dans les villes où le procès itinérant sera mis en scène. A Rome, la caravane anti-Coca-Cola manifestera, la semaine prochaine, devant l’ambassade colombienne. A Bruxelles, elle passera le 10 octobre,  Bogota, le 5 décembre. Les preuves de l’implication du géant étasunien seront dévoilées sur la place publique,  l’intention des ONG, des syndicats et des partis politiques. Elles établissent un lien de cause  effet entre la politique commerciale de la société et la violation des droits de l’homme qu’elle a perpétrée  l’encontre des travailleurs. L’organisation syndicale Sinaltrainal vise  infliger une condamnation « sociale » de la multinationale d’Atlanta, avant d’obtenir une victoire sur le plan juridique.

Source : Le Courrier (http://www.lecourrier.ch/), 2003.

Traduction & adaptation : Fabio Lo Verso.

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