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Une autre géographie

XXI√®me si√®cle. Le si√®cle nouveau confirme et au-del√ la vocation du si√®cle pr√©c√©dent : les propositions politiques se fondent sur la domination ou sur l’exclusion de l’autre. Qu’y-a-t-il de nouveau ? ... Un nouveau texte du leader zapatiste.

par Sub-comandante insurgente Marcos
21 avril 2003

¬« Que la culture et la vie puissent fleurir et gagner contre la violence, l’arrogance, l’omnipotence, l’ignorance. ¬ » Heidi Giulani (Italie rebelle, G√™nes).

I - La tour de Babel : se grimer ou s’enfermer dans un placard

XXI√®me si√®cle. Le si√®cle nouveau confirme et au-del√ la vocation du si√®cle pr√©c√©dent : les propositions politiques se fondent sur la domination ou sur l’exclusion de l’autre. Qu’y-a-t-il de nouveau ?

Comme auparavant, on recourt aujourd’hui √ la guerre, au mensonge, √ la simulation, √ la mort. Le pouvoir r√©p√®te la m√™me histoire et tente de nous convaincre que d√©sormais il remplira sa page d’√©criture en s’appliquant.

Le projet mondial du n√©olib√©ralisme n’est rien de plus qu’une r√©√©dition de la tour de Babel. Selon le r√©cit de la Gen√®se, dans leur volont√© obstin√©e d’atteindre les hauteurs, les hommes s’entendent sur un projet extraordinaire : construire une tour si haute qu’elle atteindra le ciel. Le dieu des chr√©tiens ch√Ętie leur arrogance par la diversit√©. Parlant d√©sormais des langues diff√©rentes, les hommes ne peuvent plus continuer l’√©dification de la tour et se dispersent.

Le n√©olib√©ralisme s’attaque √ la m√™me t√Ęche, mais non pas pour
atteindre un ciel improbable, mais pour se d√©faire une fois pour toutes de la diversit√©, qu’il consid√®re comme une mal√©diction, et pour assurer le pouvoir qu’il ne sera plus menac√©. Le besoin d’√©ternit√© appara√ģt, d√®s le d√©but de l’histoire √©crite, avec ceux qui sont ¬« le pouvoir ¬ ».

La tour de Babel n√©olib√©rale ne s’entreprend cependant pas dans le but d’arriver √ l’homog√©n√©it√© n√©cessaire √ sa construction. L’√©galit√© qui d√©truit l’h√©t√©rog√©n√©it√© est en fait une √©galit√© align√©e sur un mod√®le. ¬« Soyons pareils √ cela ¬ », nous dit la nouvelle religion de l’argent.
Les hommes ne ressemblent plus √ eux-m√™mes, ni les uns aux autres, mais √ un sch√©ma impos√© par celui qui ¬« h√©g√©monise ¬ », celui qui commande, qui se trouve au sommet de cette tour qu’est le monde moderne. En bas se trouvent tous les gens qui diff√®rent. Et l’unique √©galit√© existant dans les √©tages inf√©rieurs est le renoncement √ la diff√©rence ou bien le choix d’une diff√©rence qui a honte d’elle m√™me.

Le nouveau dieu de l’argent reprend la mal√©diction primitive, mais de fa√ßon inverse : que soit condamn√© celui qui est diff√©rent, l’Autre. Dans le r√īle de l’enfer : la prison et le cimeti√®re. Le boom des b√©n√©fices des grandes entreprises transnationales est accompagn√© par la prolif√©ration des prisons et des cimeti√®res .

Dans la nouvelle tour de Babel, la t√Ęche commune est l’all√©geance √ celui qui commande. Et celui qui commande le fait seulement parce qu’il compense le manque de raison par l’exc√®s de force. L’ordre est que toutes les couleurs se griment pour adopter la couleur terne de l’argent , ou bien qu’elles ne se d√©voilent que dans l’obscurit√© de la honte. Le maquillage ou le placard. Cela vaut √©galement pour les homosexuels, les lesbiennes, les migrants, les musulmans, les
indig√®nes, les gens ¬« de couleur ¬ » , les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, les inadapt√©s et tous ceux qui sont autres, quel que soit leur nom, en tout lieu du monde.

C’est cela, le projet de la mondialisation : faire de la plan√®te une nouvelle tour de Babel. Dans tous les sens du terme. Homog√®ne dans sa fa√ßon de penser, dans sa culture, dans son mod√®le. Homog√©n√©is√©e par qui n’a pas la raison mais la force.

Dans la tour de Babel de la pr√©histoire, l’unanimit√© √©tait possible gr√Ęce √ une parole commune ( un m√™me langage). Dans l’histoire n√©olib√©rale, le consensus s’obtient par la force, les menaces, l’arbitraire, la guerre.

Puisque vivre dans le monde implique de cohabiter avec celui qui est diff√©rent, nous n’avons de choix qu’entre dominer ou √™tre domin√©. Mais la sph√®re des dominants est pleine et la qualit√© de dominant h√©r√©ditaire. Au contraire, il y a toujours de la place chez les domin√©s : pour y entrer il suffit de renier sa diff√©rence ou de la cacher.

Il existe pourtant des diff√©rents qui veulent le rester. Pour les habitants de la tour qui ne se trouvent pas √ son sommet, il est plusieurs mani√®res d’affronter ces ¬« inadapt√©s ¬ » : par la condamnation ou l’indiff√©rence, le cynisme ou l’hypocrisie. Dans les lois de la tour n√©olib√©rale, accepter la diff√©rence est un d√©lit sanctionn√©. Le seul chemin autoris√© est la soumission.

A l’√©poque moderne, l’Etat national est un chateau de cartes face au vent n√©olib√©ral. Les classes politiques locales jouent √ d√©cider souverainement de la forme et de la hauteur de la construction, mais le pouvoir √©conomique a cess√© depuis longtemps de s’int√©resser √ ce jeu-l√ et laisse les hommes politiques locaux et leurs partisans s’amuser.. avec un jeu de cartes qui ne leur appartient pas. Apr√®s tout, c’est la construction de la nouvelle tour de Babel qui est int√©ressante, et tant que ne manquent pas les mat√©riaux de construction ( c’est-√ -dire des territoires d√©truits et repeupl√©s par la mort), les contrema√ģtres et les commissaires des politiques nationales peuvent continuer leur spectacle ( sans aucun doute le plus cher au monde et celui dont le public est le plus clairsem√©).

Dans la nouvelle tour, l’architecture est la guerre faite au ¬« 
diff√©rent ¬ », les pierres sont nos propres os et le mortier est notre propre sang. Le grand assassin se dissimule derri√®re le grand architecte ( qui ne se donne pas le nom de ¬« Dieu ¬ » parce qu’il ne veut pas p√™cher par fausse modestie).

Dans le r√©cit de la Bible, le dieu chr√©tien ch√Ętie ’arrogance des hommes en leur imposant la diversit√©. Dans l’histoire moderne du pouvoir, dieu n’est rien de plus que l’agent de relations publiques de la guerre ( qui n’est moderne que par le nombre de morts et le volume de destruction qu’elle r√©clame √ chaque minute).

II - LA GEOGRAPHIE DES MOTS

Il n’est pas tr√®s important de savoir si la pr√©histoire s’est termin√©e il y a trois ans ou vingt si√®cles. Tout en haut, ceux qui incarnent le pouvoir et le destin s’acharnent √ nous convaincre que l’histoire se r√©p√®te, quoi qu’en dise le calendrier. Anihiler l’ ¬« autre ¬ » est une mode toujours renouvel√©e. Bien que par nature il n’y ait rien de diff√©rent entre les catapultes de l’Empire Romain et les ¬« bombes intelligentes ¬ » de Bush, l’avanc√©e technologique fonctionne de nos jours comme le nouvel aum√īnier des troupes d’occupation (elle humanise ce qui demeure un crime √ distance) et sa mise en sc√®ne spectaculaire (les bombardements √ la t√©l√©vision deviennent un divertissement pyrotechnique ¬« fascinant ¬ » - CNN dixit-).

Peu importe que nous nous en rendions compte ou non, le pouvoir construit et impose une nouvelle g√©ographie des mots. Les noms sont les m√™mes, mais ce qu’ils d√©signent a chang√©.

C’est ainsi que l’erreur devient doctrine politique et la v√©rit√© devient h√©r√©sie. Le ¬« diff√©rent ¬ » devient maintenant le ¬« contraire ¬ », l’ ¬« autre ¬ » est l’ ¬« ennemi ¬ ». La d√©mocratie est l’unanimit√© dans l’ob√©issance. La libert√© se limite √ celle de choisir la fa√ßon de cacher notre diff√©rence. La paix est la soumission passive. Et la guerre est maintenant une m√©thode p√©dagogique d’enseignement de la g√©ographie.

O√Ļ les raisons manquent, les dogmes pullulent. Le dogme renforce d’abord la cause, il la d√©forme ensuite et la convertit en destin. Dans la longue-vue du pouvoir, l’horizon est toujours le m√™me, immuable et √©ternel. La lentille du pouvoir est un miroir. Le ¬« diff√©rent ¬ » sera toujours inattendu et √ l’inattendu on opposera toujours la peur. Et la peur sera toujours fortement pr√©sente dans le dogme, afin d’√©craser ce qui est inattendu. Dans la longue-vue du pouvoir, le monde est plat, sale et d√©lav√© .

Si l’on ne peut se souvenir d’un homme d’Etat pour son oeuvre
humanitaire, alors que ce soit pour ses crimes. C’est ainsi que l’histoire du pouvoir se r√©p√®te : les ¬« hommes illustres ¬ » d’hier se parent aujourd’hui de toutes leurs bassesses et leurs rancoeurs. Les ¬« illumin√©s de Dieu ¬ » d’aujourd’hui seront les h√©r√©tiques de demain.

Les mots changent et les images aussi. Auparavant, le dogme se faisait pierre dans la g√©ographie des statues, afin d’honorer ses fanatiques. Aujourd’hui, c’est sur la couverture des revues, des quotidiens et des journaux t√©l√©vis√©s et radiophoniques que le dogme se perp√©tue dans la
section ¬« p√©riodiques ¬ » , et qu’il s’assure de servir d’alibi √ ceux qui perp√©tuent les cauchemars fondamentalistes.

Dans la th√©orie moderne de l’Etat, les √™tres humains naissent
diff√©rents. Leur incorporation √ la soci√©t√© se fait par un processus d’√©ducation qui ferait l’envie de la maison de redressement la plus cruelle. L’effort de l’ensemble de l’appareil de l’Etat vise √ ¬« √©galiser¬ » cet √™tre humain, c’est-√ -dire √ l’homog√©n√©iser sous l’h√©g√©monie de celui qui a le pouvoir. Le degr√© de r√©ussite sociale se mesure alors √ la proximit√© ou √ l’√©loignement du mod√®le. Homog√©n√©iser ne signifie pas que nous soyons tous pareils, mais que nous tentions tous de nous assimiler √ ce mod√®le. Et ce mod√®le est construit par celui qui d√©tient le pouvoir. L’h√©g√©monie ne signifie pas seulement que quelqu’un d√©tienne le pouvoir, mais qu’en plus nous nous efforcions tous de lui ob√©ir.

Voil√ ce qu’est l’homog√©n√©it√©. Nous n’avons pas tous les m√™mes
richesses ( sans m√™me parler du fait que certains d√©tiennent leurs richesses aux d√©pens de beaucoup d’autres) ; nous n’avons pas les m√™mes chances, mais nous avons bien tous le m√™me ma√ģtre et la m√™me volont√© de lui ob√©ir ( une autre fa√ßon de dire de ¬« le servir).

Quand on fait une similitude entre la soci√©t√© et la famille, et que l’on nous dit qu’il faut des r√®gles pour cohabiter, on ¬« oublie ¬ » que le probl√®me, c’est justement ¬« ces ¬ » r√©gles particuli√®res. Ici, les mots changent de g√©ographie, ils ne signifient plus ce qu’ils signifiaient par eux-m√™mes, mais ce que les gens au pouvoir veulent qu’ils disent.

A un certain moment de l’histoire moderne, la l√©galit√© suppl√©e la l√©gitimit√© ; quand la l√©galit√© est d√©truite par ceux d’ ¬« en haut ¬ », ce sont les lois qu’il faut adapter. Lorsqu’elle est d√©truite par ceux d’ ¬« en bas ¬ », les lois au contraire doivent √™tre appliqu√©es... il s’agit de ch√Ętier leur absence d’ex√©cution.

III - LA GEOGRAPHIE DU POUVOIR

Dans la g√©ographie du pouvoir, on ne na√ģt pas dans une partie du monde, mais plut√īt avec la possibilit√© ou non de dominer une ou l’autre partie du globe. Si autrefois le crit√®re de sup√©riorit√© √©tait l’appartenance √ la race, aujourd’hui c’est la g√©ographie. Par ceux qui habitent au nord, on entend ceux qui habitent non pas le nord g√©ographique mais le nord social, c’est-√ -dire ceux du ¬« dessus ¬ ».

Ceux qui vivent au sud sont ¬« en dessous ¬ ». La g√©ographie s’est simplifi√©e : il y a un haut et en bas. Le haut est √©troit et ne peut contenir que quelques √©lus. Le bas est si vaste qu’il s’√©tend √ toute la plan√®te et peut contenir toute l’humanit√©.

Dans la tour de Babel moderne une soci√©t√© est dite sup√©rieure si elle en conquiert d’autres, et pas si elle abrite davantage de progr√®s scientifiques, culturels, artistiques, de meilleures conditions de vie, une meilleure coexistence.

A l’√©poque moderne, le pouvoir m√®ne de multiples guerres de conqu√™te. Je ne dis pas ¬« multiples ¬ » dans le sens de ¬« nombreuses ¬ » mais dans le sens de ¬« en de nombreux lieux et selon de nombreuses formes ¬ ».

Ainsi, les guerres mondiales sont aujourd’hui plus mondiales que jamais. Car si le vainqueur continue √ √™tre unique, les vaincus sont maintenant nombreux et se trouvent partout.

Par l’argument des bombes on adjuge les espaces : les lanceurs de bombes sont au nord, en ¬« haut ¬ » de la tour ; ceux qui les re√ßoivent sont ¬« en bas ¬ », au sud.

Mais ce ne sont pas les bombes qui modifient la g√©ographie. Les bombes modifient la r√©partition de la g√©ographie, son domaine. Ainsi, dans cet espace limit√© par des points et des traits, aujourd’hui l’un domine, et demain ce sera un autre. C’est ce que l’on appelle ¬« g√©opolitique ¬ ». En r√©alit√© les cartes g√©ographiques ne montrent pas les richesses naturelles, les personnes, les cultures, les histoires, mais celui ou ceux qui en sont les ma√ģtres.

Pour le puissant, l’humanit√© enti√®re est un enfant, qui peut
√™tre docile ou rebelle. Les bombes rappellent √ l’enfant humain l’avantage d’√™tre l’un et l’inconv√©nient d’√™tre l’autre.

Aujourd’hui, voil√ que les civils en Irak, les hommes, les enfants, les femmes, les vieillards, ont quelque chose en commun avec le prosp√®re entrepreneur am√©ricain. Ce dernier fabrique les missiles de croisi√®re, eux les re√ßoivent. Les arm√©es des Etats Unis et de la Grande-Bretagne ne sont que les aimables pr√©pos√©s des postes qui unissent deux points si √©loign√©s g√©ographiquement. De sorte que nous devons √™tre reconnaissant √ des personnes comme Bush, Blair, Aznar, d’avoir pris la peine d’√™tre n√©s √ notre √©poque. Sans des gens comme eux, la g√©ographie moderne serait impensable.

Mais cette guerre n’est pas contre l’Irak, ou du moins pas seulement contre l’Irak. Elle se fait contre toute tentation , pr√©sente ou future, de d√©sob√©ir. C’est une guerre contre la rebellion, c’est-√ -dire contre l’humanit√©. C’est une guerre mondiale par ses effets, et surtout, par le NON qu’ils provoquent.

IV - LE DESTIN DE POLYPHEME

La guerre de l’axe tragi-comique Bush-Blair-Aznar et leurs machinistes des d√©mocraties occidentales a d√©j√ connu son premier √©chec. Elle a tent√© de nous convaincre que l’Irak est au moyen orient, eh bien non !. Ainsi que le dit tout livre de g√©ographie qui se respecte, l’Irak est en Europe, dans l’Union am√©ricaine, en Oc√©anie, en Am√©rique Latine ; dans les montagnes du sud-est mexicain, et dans ce ¬« NON ¬ » mondial et rebelle qui dessine une nouvelle carte o√Ļ la dignit√© et la honte sont notre foyer et notre drapeau.

Les mobilisations sur toute la plan√®te prouvent, entre autres choses, que ceci est une guerre contre l’humanit√©.

Si quelqu’un a bien compris que l’Irak se trouve maintennat en tout lieu de la terre, ce sont les jeunes. Quand d’autres regardent une carte et se consolent en mesurant les milliers de km qui s√©parent Bagdad de leurs propres territoires, les jeunes ont compris que ces bombes ( les explosives et celles de la d√©sinformation) ne veulent pas seulement ¬« casser ¬ » du territoire irakien, mais aussi le droit √ √™tre diff√©rent.

Et quand un jeune peint un ¬« NON ¬ » sur une affiche, dans un graffiti, sur un cahier, dans une voix, il ne dit pas seulement ¬« Non √ la guerre en Irak ¬ » il dit aussi ¬« Non √ la nouvelle tour de Babel ¬ », ¬« Non √ l’homog√©n√©isation ¬ »,¬« non √ l’h√©g√©monie ¬ », parce que les jeunes rebelles peignent avec ce ¬« Non ¬ » , et qu’avec ce ¬« Non ¬ » √ la fois √ la main et dans le regard, ils dessinent et imaginent une autre
géographie.

Comme le cyclope de la litt√©rature grecque, Polyph√®me, le pouvoir voit par le seul oeil de la haine de l’ ¬« autre ¬ ». Il est vraiment tr√®s fort, et il para√ģt invincible. Mais, tout comme √ Polyph√®me, un fant√īme nomm√© ¬« Personne ¬ » lui lance un d√©fi .

Quand le puissant se r√©f√®re aux autres, avec m√©pris il les appelle ¬« Personne ¬ ». Et ¬« Personne ¬ » , c’est la majorit√© de la plan√®te. Si l’argent veut reconstruire le monde comme une tour qui satisfasse son arrogance, le ¬« Personne ¬ » qui fait tourner la roue de l’histoire veut aussi un autre monde, mais un monde rond, qui inclue toutes les diff√©rences avec dignit√©, c’est-√ -dire avec respect. L’humanit√© n’aspire pas au ciel mais √ la terre.

Et ainsi , ¬« Personne ¬ » √©rode le ciment de la nouvelle tour de Babel.

Parce que la terre est ronde pour tourner.

Dans le monde qui est √ faire, √ la diff√©rence de celui-ci et des mondes ant√©rieurs, dont la fabrication s’attribuait √ des dieux vari√©s, quand quelqu’un demandera ¬« qui a fait ce monde ? ¬ »la r√©ponse sera ¬« Personne ¬ ».

Et pour imaginer ce monde et commencer √ le construire, il est
n√©cessaire de voir tr√®s loin dans la g√©ographie du temps. Celui qui est ¬« en haut ¬ » a la vue courte et se trompe quand il confond un miroir avec une longue-vue. Celui qui est ¬« en bas ¬ », ¬« Personne ¬ », ne se hisse m√™me pas sur la pointe des pieds pour savoir ce qui va suivre.

Parce que la longue-vue du rebelle ne servent m√™me pas √ voir quelques pas devant soi. Ce ne sont qu’un kal√©idoscope o√Ļ les formes et les couleurs, complices avec la lumi√®re, ne sont pas des outils de proph√®te, mais r√©sultent d’une intuition : le monde,l’histoire, la vie, auront des formes et des fa√ßons que nous ne connaissons pas encore, mais que nous d√©sirons. Avec son kal√©idoscope, le rebelle voit plus loin que le puissant avec sa longue-vue digitale : il voit le lendemain.

Oui, les rebelles marchent dans la nuit de l’histoire, mais c’est pour arriver au lendemain. Les ombres ne les emp√™chent pas d’agir maintenant et dans leur g√©ographie locale.

Les rebelles n’essaient pas de proc√©der √ une critique ou de r√©√©crire l’histoire pour en changer les mots et la distribution g√©ographique, ils cherchent simplement une carte neuve o√Ļ il y ait de l’espace pour toutes les paroles.

Une carte o√Ļ la diff√©rence entre les mani√®res d’√©noncer le mot ¬« vie ¬ » ne d√©pende pas de celui qui les dit, mais de la totalit√© des diff√©rentes mani√®res existantes de le prononcer. Parce que la musique ne se compose pas d’une seul note, mais de beaucoup, et que la danse n’est pas seulement le m√™me pas r√©p√©t√© jusqu’√ l’√©coeurement.

Ainsi, la paix sera un concert ouvert de mots et de regards sur une autre géographie.

Depuis l’Irak des montagnes du sud-est mexicain, et en voyant le ciel assombri par les avions et les h√©licopt√®res militaires de l’op√©ration Centinelle,

Sous-commandant insurgé Marcos

Mexico, mars 2003.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : Revue ¬« Rebeld√≠a¬ », mars 2003.

Traduction : M.F. Ressouches.

© COPYLEFT RISAL 2003.

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