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Nicaragua : espoirs et d√©ceptions autour des maquilas
par Jon Ander Bilbao , Olga Rocha , Magdalena Mayorga
29 septembre 2004

Elles arrivent pleines d’illusions : un salaire fixe, des √©tudes, une vie meilleure... mais le temps qui passe et la r√©alit√© r√©duisent leurs r√™ves en fum√©e. La maquila a raison de leur vie. C’est ce que nous montre l’article ci-dessous en retra√ßant les conditions concr√®tes de vie de ces femmes qui constituent l’immense majorit√© de la main-d’Ň“uvre des maquilas, ces entreprises de sous-traitance, filiales de multinationales, implant√©es en zones franches, faisant appel √ une main-d’Ň“uvre non qualifi√©e, f√©minine, jeune, mal pay√©e et soumise √ un r√®glement implacable. Ce dossier concerne la maquila de S√©baco au Nicaragua.

¬«  Avec ce qui se passe au Nicaragua, avec l’√©conomie et le gouvernement que nous avons, et avec la vie que nous menons dans nos communaut√©s, la seule chose qui va se d√©velopper, ce sont les zones franches [1]. ¬ » Telle est l’analyse que fait un membre de la communaut√© indig√®ne de S√©baco, o√Ļ se trouve la maquila [2] de S√©baco, la premi√®re et, jusqu’√ pr√©sent, la seule zone franche √©tablie en milieu rural au Nicaragua.

Cette analyse appara√ģt aussi simple qu’elle est juste. Depuis de nombreuses ann√©es, la p√©nurie d’emplois est le probl√®me qui p√®se le plus sur la population nicaraguayenne. L’entreprise priv√©e n’est pas en mesure de cr√©er des emplois et s’en remet enti√®rement ou presque √ l’initiative des investisseurs √©trangers. Le gouvernement en fait de m√™me. Et les investisseurs √©trangers voient dans le Nicaragua un pays attrayant pour installer des maquilas.

Les facilit√©s offertes par les trois derniers gouvernements aux entreprises des zones franches sont telles que les maquilas repr√©sentent d√©j√ plus du quart de l’offre d’emplois au Nicaragua. La maquila a cr√©√© des milliers d’emplois directs et indirects, qui profitent √ des milliers de familles. Sans ces emplois - qui sont, certes, mal r√©mun√©r√©s et dont on sait qu’ils s’accompagnent de mauvais traitements -, les migrations seraient encore plus importantes ou le marasme √©conomique aurait entra√ģn√© une aggravation de la violence. Selon des donn√©es officielles, en 2003, plus de 47 000 Nicaraguayens travaillaient dans les entreprises des zones franches, ce qui signifie que des milliers de familles re√ßoivent, chaque semaine, tous les quinze jours ou deux fois par mois, un revenu qui leur permet de survivre.

S√©baco, la plus grande source d’emplois

Pendant six mois, nous avons men√© une enqu√™te aupr√®s de travailleurs et d’anciens travailleurs de la zone franche de S√©baco pour essayer de mieux comprendre la dynamique qui existe entre les aspirations et la r√©alit√© qui entourent une maquila.

S√©baco, qui compte 30 000 habitants, se trouve √ un carrefour strat√©gique imaginaire au centre de quatre points vitaux du Nicaragua : au nord-est Matagalpa, au sud Managua, au nord Estel√≠, et √ l’ouest Le√≥n. C’est l√ qu’est situ√©e l’entreprise Presitex Corp., usine textile √ capitaux ta√Įwanais, inaugur√©e en 2000. Sp√©cialis√©e dans la production de jeans, elle emploie aujourd’hui environ 2 000 personnes, et elle passe aux yeux de la population de cette zone pour √™tre la source d’emplois la plus importante et la plus s√ »re.

De multiples raisons expliquent une telle perception. La crise provoqu√©e par la baisse des cours internationaux du caf√©, qui a entra√ģn√© la disparition de milliers d’emplois temporaires et des quelques emplois permanents existant dans ce secteur, a priv√© les ouvriers agricoles de l’unique forme de travail qu’ils connaissaient. Elle a √©galement eu des r√©percussions sur la production agricole destin√©e √ l’autoconsommation. Beaucoup d’ouvriers du secteur du caf√© finan√ßaient leurs semences avec l’argent gagn√© dans les exploitations, ce qui leur garantissait ¬« le grain n√©cessaire √ leur famille¬ », comme ils disent. La crise du caf√© s’est traduite par une aggravation du ch√īmage, de la malnutrition et de la pauvret√©. Il faut y ajouter le d√©sengagement de l’Etat, pendant des ann√©es, dans les branches productives du secteur rural, qui ont surv√©cu avec difficult√© faute de financement et de soutien. Sans parler du mauvais rendement de la terre, imputable √ l’√©rosion, √ une application insuffisante des techniques de conservation et de gestion des sols, et √ une surexploitation.

Face √ une telle crise structurelle et conjoncturelle, l’arriv√©e de l’entreprise textile √ S√©baco en 2000 a engendr√© √©norm√©ment d’attentes et d’illusions dans la population de plusieurs localit√©s de Le√≥n, Matagalpa, Estel√≠ et Jinotega. Trois ans plus tard, il appara√ģt que l’usine n’a pas connu l’essor esp√©r√© en ce qui concerne le d√©veloppement des installations, la cr√©ation d’emplois et la production, en partie √ cause de conflits du travail r√©p√©t√©s et des changements survenus chez les contrema√ģtres, les cadres, √ la direction et √ la pr√©sidence. Par ailleurs, S√©baco n’a pu fournir toute la main-d’Ň“uvre projet√©e, parce que la ville avait d√©j√ sa vie √ elle et jouissait d’une ind√©pendance √©conomique. Aujourd’hui, plus de 60 % de la main-d’Ň“uvre employ√©e provient de villes et de localit√©s ext√©rieures.

La grande illusion : travailler en contrepartie d’un salaire fixe

D√®s que Presitex entreprit de r√©am√©nager, en vue de donner naissance √ une grande agro-industrie exportatrice, les installations que les Bulgares avaient cr√©√©es √ S√©baco pendant la r√©volution [la R√©volution sandiniste en 1979. (ndlr)], des bruits charg√©s d’espoir commenc√®rent √ courir dans les localit√©s voisines et √©loign√©es : les b√Ętiments abandonn√©s seraient transform√©s en une grande usine qui offrirait de nombreux emplois et qui verserait de bons salaires, de nouveaux d√©bouch√©s verraient le jour, etc. ¬« Avant m√™me l’inauguration de l’usine, les patrons nous ont fait miroiter la perspective de bons salaires... On voit aujourd’hui que c’est le premier mensonge qu’ils nous ont racont√© ¬ », se souvient une ancienne employ√©e.
Beaucoup de femmes comme elle ont cru que leur vie allait changer, surtout parce que, enfin, l’usine r√©pondrait √ l’une de leurs aspirations : l’obtention d’un salaire fixe, tous les quinze jours. Elles faisaient la comparaison avec ce que gagnaient les ouvriers agricoles dans les exploitations de caf√©, ou avec ce qu’elles gagnaient comme domestiques √ Managua ou dans d’autres villes. Elles se sentaient encourag√©es √ la pens√©e d’une concr√©tisation prochaine de ce r√™ve. La majorit√© des femmes sollicit√®rent un emploi dans l’espoir d’am√©liorer leur int√©rieur, de financer l’achat de semences pour cultiver leur lopin de terre, de payer les √©tudes de leurs enfants...

Les ouvriers et ouvri√®res de la nouvelle maquila eurent t√īt fait de comprendre que, avec le salaire qu’on leur versait, leurs aspirations demeureraient au stade du r√™ve. Malgr√© tout, ils se consolaient de leur sort : le travail √ l’usine repr√©sentait le moyen le plus s√ »r, et le seul √ leur port√©e, d’obtenir un revenu fixe toutes les quinzaines. Tout maigre qu’il √©tait, ce revenu leur permettait de survivre. L’autre choix qui s’offrait √ eux √©tait affligeant : soit le ch√īmage pur et simple, soit un emploi temporaire de plus en plus difficile √ trouver dans la zone. ¬« C’est vrai que le salaire permet tout juste de manger et, le jour m√™me de la paie, tout y passe ! Les 300 pesos qu’ils me versent tous les quinze jours, ce n’est presque rien, mais, sans eux, je ne sais pas ce que je ferais ¬ », explique une jeune m√®re de deux enfants, qui ne peut compter sur l’aide de leur p√®re, et qui vit √ dix personnes sous un m√™me toit. Elle subsiste en ajoutant √ son maigre salaire ce que gagne le beau-p√®re en cultivant du ma√Įs et des haricots et la grand-m√®re en √©levant des cochons et des poules pour confectionner des p√Ęt√©s √ la viande.

¬« Il ne se passe plus un jour sans que je sois avec mes filles. ¬ »

En f√©vrier 2003, l’entreprise Presitex employait quelque 1 970 personnes dont 90 % de femmes (1 773), 60 % issues de la campagne (1 182), 45 % de m√®res c√©libataires et 66 % de jeunes ayant entre 18 et 30 ans (1 300).

Les ouvriers de la maquila de S√©baco peuvent se diviser en deux grands groupes, selon qu’ils ont ou non des responsabilit√©s familiales. Dans le premier groupe, on trouve un grand nombre de m√®res c√©libataires et de femmes s√©par√©es ayant des enfants √ charge. Il y a √©galement des femmes mari√©es ou en concubinage, et quelques hommes chefs de famille.

La principale raison pour laquelle les femmes, notamment les m√®res de famille, sont all√©es chercher du travail dans la nouvelle usine, c’√©tait la perspective de ne plus √™tre s√©par√©es de leurs enfants, de leur foyer et de leur lieu de r√©sidence. Beaucoup travaillaient alors comme domestiques, ce qui les obligeait √ quitter leur village et √ n’y revenir qu’une fois par mois. En plus de leur assurer un revenu tous les quinze jours, l’usine leur permettait d’√™tre enfin avec leurs proches, et de rentrer chaque jour chez elles.

La signification importante que rev√™t la notion de foyer dans la soci√©t√© nicaraguayenne, en particulier en milieu rural, le sens profond que l’on a de la famille (il n’existe pas de familles nucl√©aires) et la valeur qui est accord√©e √ la vie en famille expliquent cet attachement pour le ¬« chez-soi ¬ », pour le ¬« retour √ la maison ¬ ». La maison, c’est le toit qui abrite, ce sont les murs qui apportent le soutien moral dont on a besoin pour √©lever des enfants et surmonter les difficult√©s qui se pr√©sentent. Et les difficult√©s ne manquent pas. Ecoutons une jeune m√®re de 24 ans : ¬« Je travaille toute la journ√©e √ l’usine, mais √ßa m’est √©gal, parce que je peux rentrer chaque soir chez moi et qu’il ne se passe pas un jour sans que je sois avec mes filles. ¬ » Sa m√®re est du m√™me avis : ¬« Avant, quand ma fille √©tait domestique √ Managua, elle devait laisser sa gamine et, des fois, elle ne la voyait pas pendant un mois. Chaque fois qu’elle rentrait et qu’elle devait repartir au travail, c’√©tait un moment difficile parce que la petite se mettait √ pleurer. Elle √©tait g√™n√©e et elle me disait toujours qu’elle ne voulait pas rester loin de nous. ¬ »

¬« Je veux avoir ma maison, je veux vivre ma vie. ¬ »

Beaucoup de m√®res c√©libataires que nous avons rencontr√©es dans l’usine n’avaient jamais eu de travail r√©mun√©r√© et, abandonn√©es par leur conjoint, d√©pendaient totalement du soutien √©conomique, et parfois moral, que leur apportaient leurs parents, fr√®res et sŇ“urs et autres proches. Le fait de travailler dans la zone franche a repr√©sent√© pour certaines une forme in√©dite d’ind√©pendance √©conomique et personnelle. La maquila leur a chang√© l’existence. L’argent qu’elles ont en propre leur permet d’assumer leurs d√©penses, celles de leurs enfants et, souvent, celles de leurs parents. Elles en retirent une autonomie qu’elles ne connaissaient pas.

La maquila a aid√© Mar√≠a Rosa, m√®re c√©libataire de 20 ans, √ se lib√©rer de l’emprise maternelle. Elle a deux enfants, un gar√ßon de huit ans et une fille de deux ans. Elle vit avec sa m√®re, le compagnon de cette derni√®re, une soeur cadette et une cousine. Lorsqu’elle a commenc√© √ travailler dans la zone franche, elle est devenue la seule personne de la famille √ rapporter r√©guli√®rement de l’argent √ la maison, soit 450 c√≥rdobas par quinzaine [soit 22 euros environ (N.d.T.]. Avec cet argent, elle achetait les tickets de l’autobus qui la transportait √ l’usine, elle achetait √ cr√©dit le n√©cessaire pour nourrir toute la famille ainsi que quelques v√™tements, chaussures ou produits de beaut√©. ¬« Avant d’entrer √ l’usine, raconte-t-elle, j’avais travaill√© comme domestique √ Managua. Ma m√®re s’est toujours occup√©e des enfants et m’a aid√©e quand je n’avais pas de travail. Mais aujourd’hui j’assure l’entretien de mes enfants et je suis m√™me en train de me construire une petite maison. C’est parce que cela m’est tr√®s difficile de vivre chez ma m√®re. Elle est tr√®s emb√™t√©e que je m’en aille, mais je pense que je continuerai √ l’aider. J’ai besoin de ne plus vivre sous le m√™me toit qu’elle, parce qu’elle est jalouse de moi et qu’elle ne supporte pas que je sois avec quelqu’un d’autre, qu’un homme me tourne autour. Mais moi, je veux faire ma vie et m’acheter ce qui me pla√ģt. ¬ » Lorsque nous avons achev√© notre enqu√™te, Mar√≠a Rosa avait d√©j√ d√©m√©nag√© avec ses deux enfants dans une maison de brique couverte d’un toit de t√īle. Elle continuait toutefois d’apporter une aide √©conomique √ sa m√®re, comme elle l’avait promis.

¬« Je me suis fait une raison. ¬ »

Ramona vit seule avec ses quatre enfants √ environ 65 kilom√®tres de l’usine. Elle gagne 680 c√≥rdobas par quinzaine [environ 33 euros (N.d.T.)], y compris les gratifications. Son salaire repr√©sente la principale source de revenu pour sa famille compos√©e de treize personnes. Il s’y ajoute 200 c√≥rdobas par quinzaine [environ 11 euros (N.d.T.)], qui sont rapport√©s par sa soeur, employ√©e comme domestique √ l’ext√©rieur et qui doit laisser ses deux enfants en bas √Ęge √ la maison. Quant aux gains du p√®re, qui travaille par intermittence √ la campagne, ils ne sont jamais fixes.

Ramona, mari√©e √ 18 ans, a eu quatre enfants en 15 ans de mariage. Il y a environ trois ans, elle a d√©cid√© de quitter son mari volage. Apr√®s avoir travaill√© comme domestique √ Managua, elle a voulu tenter sa chance dans la zone franche. Au terme de deux ann√©es d’un travail intense, elle consid√®re que le salaire re√ßu pendant tout ce temps n’a pas chang√© grand-chose √ sa situation √©conomique et ne lui a pas non plus permis d’avoir la vie de famille √ laquelle elle-m√™me et ses enfants aspiraient. En effet, pour gagner 680 c√≥rdobas par quinzaine, elle n’a pas d’autre solution que de se faire h√©berger √ S√©baco chez une amie, ce qui lui laisse seulement une journ√©e et demie par semaine dans son foyer. Sa maison est situ√©e loin de l’usine et, pour rentrer chaque soir chez elle, elle devrait se priver des heures suppl√©mentaires qui lui permettent d’augmenter un tant soit peu son salaire. N√©anmoins, elle fait tout pour ne pas perdre son emploi. Quelle autre choix aurait-elle, que ce soit loin ou pr√®s de son foyer ? Elle se console dans la religion : ¬« J’ai foi dans le Christ mon Sauveur, je me suis fais une raison, et tout ce que je demande √ Dieu, c’est la sant√© pour ma famille et des forces suffisantes pour travailler et lui apporter de quoi manger. ¬ »

Le machisme en question

Les femmes mari√©es qui cherchent du travail dans la zone franche y sont contraintes par le fait que leur mari s’est retrouv√© sans emploi par suite de l’effondrement des cours du caf√© et de la faillite des grandes exploitations. On assiste ainsi √ un retournement de la situation : les femmes vont travailler, pendant que les hommes restent √ la maison sans emploi.

Le machisme ambiant, plus prononc√© dans les zones rurales, explique souvent que les hommes se sentent mal √ l’aise face √ cette inversion des r√īles traditionnels, qui veulent que l’homme pourvoie aux besoins de la famille et que la femme prenne soin des enfants et du mari, outre qu’elle participe aux travaux agricoles pendant les p√©riodes de pointe, mais toujours sous la domination de l’homme. Or tout a chang√© : les femmes sortent de chez elles, rentrent tard le soir et ont un nouveau patron, √ qui elles ob√©issent durant une bonne partie de la journ√©e. L’√©poux ne conserve son r√īle de ma√ģtre que pendant de tr√®s courts instants.

Martina, 24 ans, ancienne ouvri√®re de la maquila, est mari√©e et m√®re de quatre enfants. Vivant dans des conditions d’extr√™me pauvret√©, elle s’est mise √ la recherche d’un emploi dans la zone franche. Son mari ne trouvait du travail que de mani√®re occasionnelle et, parfois, il se passait quinze jours sans que rien ne se pr√©sente. ¬« Il arrivait, se souvient-elle, que l’on n’ait rien √ donner √ manger aux enfants. Vous n’allez pas me croire, mais on n’avait m√™me pas de quoi leur acheter un caramel. ¬ »

Martina a √©t√© embauch√©e √ l’usine au d√©but de l’an 2000. Pendant neuf mois, elle a √©t√© le seul soutien de famille. La faim s’est faite moins tenace, mais les probl√®mes avec son mari se sont aggrav√©s. Les disputes devenaient quotidiennes : elle n’assumait plus son r√īle de m√®re, elle n’√©tait bonne √ rien, elle avait chang√©... L’irritation et les critiques de son mari s’amplifiaient quand un des enfants tombait malade et qu’elle ne pouvait rester pour le soigner. Lorsqu’elle restait, son employeur lui retirait la paie de la journ√©e, les gratifications et les primes. Martina s’est alors retrouv√©e devant un dilemme : supporter les r√©criminations constantes de son conjoint ou accepter les ponctions de salaire. Subir les cris de son mari ou se priver de l’argent n√©cessaire pour rembourser les dettes et pour que l’on continue de lui vendre √ cr√©dit la nourriture n√©cessaire.

¬« Il n’est pas normal que, √ cause du travail, je n√©glige mon mari. ¬ »

Martina raconte que, d√©sireuse de calmer son mari, elle se levait √ quatre heures du matin pour pr√©parer les repas et laver le linge de toute la famille, faire le m√©nage, ranger la maison et tenir les a√ģn√©s de ses enfants pr√™ts pour l’√©cole. Apr√®s neuf heures pass√©es √ l’usine, elle rentrait le soir pour continuer de s’occuper de la maison et pour remplir ses devoirs d’√©pouse. ¬« J’ai souvent refus√© qu’il me touche, ajoute-t-elle l’√Ęme en peine. J’√©tais tellement fatigu√©e de toute une journ√©e de travail. Mais il se f√Ęchait, il ne comprenait pas que je m’int√©resse si peu √ lui. ¬ »

Les efforts d√©ploy√©s par Martina furent vains. Son mari lui reprochait de plus en plus souvent de quitter la maison de bonne heure et de rentrer tard. ¬« Tu nous n√©gliges, moi et mes enfants ! Ce travail te pourrit la vie ! Je ne t’ai pas demand√© de travailler ! Et le peu que je gagne me suffit pour t’entretenir. ¬ » Tous les jours, c’√©tait le m√™me refrain. Apr√®s y avoir bien r√©fl√©chi, Martina d√©cida de renoncer √ son travail la semaine m√™me o√Ļ son mari trouva un emploi fixe. Et elle se consacra de nouveau aux t√Ęches m√©nag√®res.

Les rapports du couple se sont améliorés, mais les difficultés économiques de la famille se poursuivent.
¬« Ma place est ici, dit-elle, d’un ton plus ou moins convaincu. Il avait raison parce que, m√™me si j’ai toujours voulu travailler, il n’est pas normal que, √ cause du travail, je doive n√©gliger mon mari et mes enfants. ¬ » Nombreuses sont les femmes qui, comme Martina, ont renonc√© √ leur nouvel emploi et √ une ind√©pendance √©conomique pr√©caire pour ¬« sauver ¬ » leur m√©nage. C’est parce qu’elles ont √©t√© √©lev√©es pour servir autrui, pour ob√©ir, et parce qu’elles n’osent imaginer qu’elles sont en droit de vouloir r√©aliser les aspirations et les r√™ves qui sont les leurs.

¬« Je voulais aider mon mari. ¬ »

Dans d’autres cas, la famille voit d’un Ň“il positif le fait que la femme travaille. Il n’y a pas d’autre rem√®de : c’est la seule fa√ßon de s’en sortir. Une ancienne ouvri√®re de l’usine se souvient : ¬« Avec la fermeture de Bencaf√© √ S√©baco, mon mari s’est retrouv√© au ch√īmage. Il a pens√© aller chercher du travail √ la maquila, mais comme ils emploient plus de femmes que d’hommes, je lui ai dit qu’il valait mieux que ce soit moi qui y aille et que lui cherche de son c√īt√© parce que, en tant que femme, j’avais plus de chances d’√™tre embauch√©e. ¬ »

D’autres couples ont estim√© qu’il serait bon pour la famille de pouvoir compter sur deux salaires. Beaucoup de femmes, conscientes de l’importance de leur contribution √ la situation financi√®re de leur foyer, ont vu dans la maquila un moyen de gagner un salaire d’appoint. C’est le cas de cette ancienne ouvri√®re : ¬« Avant, j’√©tais habitu√©e aux t√Ęches m√©nag√®res et mon mari travaillait sur les terres de son p√®re. Mais, les derni√®res ann√©es, apr√®s des hivers d√©sastreux, nous n’avons enregistr√© que des pertes et nous ne sommes m√™me pas rentr√©s dans nos frais. C’est la raison pour laquelle je suis all√©e chercher du travail dans la zone franche. Je voulais aider mon mari √ gagner l’argent n√©cessaire pour que nous ayons tous √ manger et pour acheter des chaussures et des v√™tements √ nos filles. ¬ » Par la suite, les faits lui ont d√©montr√© que son salaire d’ouvri√®re lui permettait uniquement d’assurer √ sa famille de quoi se nourrir et, en tirant beaucoup sur la corde, d’acheter de temps √ autre √ ses filles les chaussures et les v√™tements dont elles r√™vaient.

¬« Les salaires sont les m√™mes que quand on √©tait ouvriers agricoles. ¬ »

Presitex emploie seulement 10 % d’hommes, sur un total de 1 976 salari√©s. Ils se font souvent embaucher √ l’usine apr√®s leur femme ou leur compagne. Gr√Ęce aux nouveaux contacts qu’elles nouent √ l’int√©rieur de l’usine et aux renseignements qu’elles r√©ussissent √ glaner sur les besoins en personnel, ce sont elles qui orientent les hommes et qui les encouragent √ chercher un emploi, et c’est gr√Ęce √ elles qu’ils se font embaucher. La majorit√© de ces hommes se voient contraints d’abandonner le secteur agricole. S’ils sont autant attir√©s par l’usine, c’est parce qu’ils savent qu’ils pourront compter sur un salaire fixe. C’est ce qu’explique l’un d’eux : ¬« Quand j’√©tais journalier, je travaillais dans des conditions √©pouvantables. L’hiver avait √©t√© mauvais, et ma famille √©tait en tr√®s mauvaise posture. A la campagne, on ne sait jamais comment va √™tre l’hiver, si on va gagner de l’argent ou en perdre, alors qu’√ l’usine, on est rassur√© : on a la garantie de voir tomber le salaire tous les quinze jours. ¬ »

Certains, qui auraient pu cultiver leurs propres terres, racontent qu’ils ont n√©anmoins d√©cid√© d’entrer √ l’usine pour avoir l’assurance de revenus plus s√ »rs que ceux qu’ils attendaient de leurs r√©coltes. ¬« Avant d’aller voir dans la zone franche, je travaillais sur les terres de mon p√®re, raconte l’un d’eux. On allait acheter des semences, on semait des oignons, des piments et des tomates, qu’on vendait ensuite √ Managua ou Masaya, et aussi des haricots et du ma√Įs pour la famille. Mais comme les hivers empiraient, on ne produisait plus rien. C’est pour √ßa que je suis all√© √ la maquila. ¬ »

Peu de temps apr√®s avoir √©t√© embauch√©s √ l’usine, beaucoup se sont aper√ßus que le r√™ve d’une am√©lioration de leur situation √©conomique gr√Ęce √ un salaire fixe restait lettre morte. Pour la majorit√© d’entre eux, le maigre salaire est √©gal √ celui que l’on touchait quand on travaillait dans les champs. Pourtant, la plupart d’entre eux choisissent de rester √ l’usine √ cause de la stabilit√© de l’emploi par rapport au travail d’ouvrier agricole temporaire : ¬« Ils me paient presque la m√™me chose. Le seul avantage, c’est que le salaire arrive toutes les quinzaines et, pour √ßa, je resterai ici tant que je pourrai tenir. ¬ »

Femmes et hommes c√©libataires : une nette diff√©rence entre les deux sexes

Les femmes et les hommes c√©libataires, qui sont en principe libres de toute responsabilit√© familiale, ont pourtant fr√©quemment charge de famille. C’est notamment le cas des femmes qui, ici comme ailleurs, manifestent toujours un souci particulier pour le bien-√™tre et l’existence de ceux qui vivent avec elles. Cette diff√©rence entre les deux sexes appara√ģt sous de nombreuses formes. Beaucoup d’ouvri√®res c√©libataires remettent plus de la moiti√© de leur salaire √ leur famille, tandis que la majorit√© des hommes c√©libataires se r√©servent presque la totalit√© de leurs gains pour acheter des chaussures, des chemises √ la mode, des cigares, du tafia, voire des appareils pour √©couter ¬« leur musique ¬ »...

La majorit√© des jeunes ouvri√®res c√©libataires disent aspirer √ quitter l’usine pour poursuivre leurs √©tudes, tandis que les hommes n’ont pas d’objectif pr√©cis. Ce qu’ils veulent, c’est faire face au pr√©sent, sans trop se pr√©occuper de l’avenir. Pour tous ces jeunes, femmes et hommes confondus, le travail n’est pas quelque chose de nouveau. La plupart ont commenc√© √ travailler tout petits, comme aides dans le b√Ętiment, cireurs de chaussures, domestiques, journaliers, coupeurs de caf√©... Certains √©taient d√©j√ partis au Costa Rica ou au Guatemala pour chercher un emploi. La nouveaut√© de la zone franche, c’√©tait, pour tous, l’illusion d’obtenir un revenu fixe pour r√©aliser tel ou tel r√™ve personnel : entamer ou pour suivre des √©tudes, acqu√©rir son ind√©pendance, s’offrir un peu de ¬« luxe ¬ », ces petites choses qui plaisent aux jeunes et qu’ils n’ont jamais pu avoir √ cause du d√©nuement de leur famille ou m√™me de l’irresponsabilit√© de leurs parents.

¬« Ma fille est partie travailler pour pouvoir poursuivre ses √©tudes. ¬ »

A Presitex, le segment de population qui domine est celui des 18-30 ans. Ils repr√©sentent 66 % de la main-d’Ň“uvre en activit√©. En fait, pour pouvoir √™tre embauch√© √ l’usine, il faut avoir entre 18 et 35 ans. Au-del√ , il est difficile de se faire engager. Seuls quelques employ√©s - responsables de service, sp√©cialistes de la s√©curit√© - sont √Ęg√©s de plus de 35 ans.

Ce qui incite les jeunes des deux sexes √ solliciter un emploi √ l’usine, c’est la facilit√© avec laquelle on les engage, puisque l’on n’exige rien d’eux, pas m√™me la moindre exp√©rience du travail sur machine. Le niveau d’√©tudes ne constitue pas non plus un obstacle. Le travail √ l’usine se r√©sume √ une activit√© de routine, r√©p√©titive et m√©canique. Comme la seule chose que l’on recherche dans la zone franche est une main-d’Ň“uvre jeune et bon march√©, peu qualifi√©e, d√©sireuse et dans le besoin de travailler, situation qui contribue ensuite √ une exploitation du personnel, les conditions √ remplir sont quasi inexistantes. C’est uniquement lorsqu’une ouvri√®re ou un ouvrier, apr√®s quelques semaines d’essai, n’atteint pas un certain niveau de production que l’on casse son contrat. La seule chose qui compte, c’est de produire beaucoup.

A l’inauguration de l’usine, de nombreuses m√®res de famille se sont r√©jouies √ l’id√©e que leurs enfants pourraient trouver un emploi plus pr√®s de chez eux, n’auraient pas besoin de partir et resteraient √ proximit√©. Certaines ont m√™me encourag√© leurs enfants √ quitter un emploi qui les tenait loin de leur village, pour entrer √ la maquila. Telle autre m√®re, trop pauvre pour pouvoir continuer de payer les √©tudes de sa fille, a conseill√© √ son enfant de laisser l’√©cole et de tenter sa chance √ l’usine pour gagner l’argent n√©cessaire.
¬« Si ma fille √©tait rest√©e √ l’√©cole, on n’aurait pas mang√© √ notre faim. Elle est donc all√©e travailler dans la zone franche pour pouvoir poursuivre ses √©tudes. ¬ »

Quand les r√™ves s’√©vanouissent : ¬« J’ai renonc√© √ √©tudier. ¬ »

La volont√© d’entamer ou de poursuivre des √©tudes techniques ou universitaires pousse beaucoup de jeunes vers la maquila. ¬« Je suis all√©e chercher du travail, raconte une jeune fille, parce que, √ la fin de la seconde, j’ai voulu continuer d’√©tudier pour apprendre un m√©tier, mais mes parents n’avaient plus les moyens. J’ai pens√© qu’avec ce que je gagnerais, je pourrais m’en sortir, mais non, je n’ai pas pu r√©aliser mes r√™ves. ¬ » Son r√™ve, c’√©tait de devenir professeur et d’enseigner √ l’√©cole de son village, mais la seule possibilit√© de trouver un travail qui s’est offerte √ elle a √©t√© l’usine. ¬« Je pensais que je pourrais me payer un cours d’informatique et √©tudier le samedi. C’est ce que je pensais, mais ... ¬ » Mais la r√©alit√© de l’usine, o√Ļ on l’oblige √ √™tre pr√©sente tous les samedis, a r√©duit ses r√™ves en fum√©e.

Une autre jeune fille explique la situation d√©licate dans laquelle elle se trouve : ¬« L’an prochain, je veux continuer mes √©tudes, mais tout d√©pendra de la d√©cision que je prendrai. Parce que si je reste √ l’usine, je ne pourrai pas √©tudier en m√™me temps. Pourquoi ? Parce que c’est un travail qui me fatigue trop. Il ne me resterait que le dimanche pour √©tudier. Et je ne sais pas si l’on donnera des cours le dimanche √ Ciudad Dar√≠o. Et si je renonce √ mon travail pour √©tudier ? √‡a ne marche pas non plus. Avec quoi je paierais mes √©tudes ? Et, √ l’usine, ils ne nous autorisent pas √ √©tudier le samedi. Je l’ai d√©j√ demand√©, mais ils r√©pondent toujours par la n√©gative. ¬ » Une autre jeune fille, bacheli√®re, se d√©sole : ¬« A l’usine, les filles c√©libataires comme moi sont rares et la majorit√© d’entre elles travaillent pour poursuivre leurs √©tudes. Mais les illusions que l’on a quand on entre √ l’usine finissent par se dissiper. L’entreprise n’accorde aucune d√©rogation. On n’a pas le temps d’√©tudier quoi que ce soit. Et il faut choisir : ou travailler,ou√©tudier. ¬ »

Nous avons rencontr√©quelques jeunes femmes qui ont tent√© de r√©aliser leur r√™ve et de continuer leurs √©tudes, mais les obstacles et les sanctionsque leur impose la direction de l’usine les ont conduites √ renoncer rapidement. Elles ont d√ » subir des pressions constantes, et certaines ont m√™me √©t√© licenci√©es.

¬« Je leur ai demand√© de me laisser aller √ l’√©cole le samedi, mais ils ont refus√©, raconte l’une d’elles. Ils m’ont dit que si je voulais √©tudier, le mieux √©tait de quitter l’usine. J’ai d√©cid√© de ne pas travailler le samedi pour pouvoir √©tudier, mais l’employeur m’a r√©duit mon salaire, supprim√© les primes et tout ... J’ai d√©missionn√©. Qu’est-ce que je pouvais faire ? J’ai d√©missionn√©. ¬ »

Et une troisi√®me : ¬« Quand j’ai d√©cid√© d’√©tudier, la premi√®re chose que j’ai faite a √©t√© de demander √ l’entreprise l’autorisation de partir √ midi le samedi pour pouvoir arriver √ l’heure √ l’√©cole. Elle m’a oppos√© un refus. Je n’ai pas eu d’autre solution que de sacrifier une journ√©e de travail enti√®re et d’accepter une r√©duction de salaire. Cela m’a fait perdre la prime d’assiduit√©, le suppl√©ment de salaisalaire et la journ√©e compl√®te. ¬ » En plus d’entra√ģner pour elle un manque √ gagner, sa d√©cision lui a attir√© les foudres de son sup√©rieur hi√©rarchique.

Les sanctions appliqu√©es √ l’usine comprennent les avertissements, que les r√©calcitrantes sont tenues de signer tous les lundis, et qui sont archiv√©s dans l’√©ventualit√© d’un licenciement. Mais la sanction la plus radicale et la plus durement ressentie, qui les oblige √ renoncer √ leurs plans et √ leurs r√™ves, est la retenue effectu√©e sur leur salaire tous les quinze jours. Cette sanction se traduit par une r√©duction d’environ 42 % du salaire total d√ » pour une ¬« quinzaine pleine ¬ », qui s’√©l√®ve dans cette usine √ 516 c√≥rdobas [environ 26 euros (N.d.T.)]. Cela repr√©sente une perte √©norme qui ajoute instantan√©ment √ l’√©tat de pr√©carit√© financi√®re dans lequel se trouve d√©j√ la famille.

¬« Je suis trop vieille pour √©tudier. ¬ »

Bon nombre d’ouvri√®res et ouvriers interrog√©s avaient tout juste termin√© leurs √©tudes primaires, les communaut√©s rurales manquant de moyens. Souvent, les √©coles primaires et secondaires ne r√©pondent pas √ la demande, elles ne poss√®dent pas les infrastructures de base ni les ressources humaines n√©cessaires, ou bien leur √©loignement les rend inaccessibles.

Beaucoup de jeunes femmes se r√©signent et renoncent √ √©tudier. ¬« Pour moi, c’est fini, je suis d√©j√ trop vieille, a d√©clar√© l’une d’elles. J’aurais du mal √ me retrouver en classe avec de jeunes enfants. Il ne me reste plus qu’√ chercher du travail, et la zone franche est le seul endroit o√Ļ l’on pourra m’embaucher. ¬ » Tous ceux et celles qui pensent comme elle et qui d√©clarent ne pas aimer l’√©cole deviennent apathiques √ force de travailler √ la maquila : ici, on n’encourage personne √ commencer ou reprendre des √©tudes ; ici, on offre un travail qui n’exige aucune formation ; ici, le travail est tellement dur et √©puisant que la seule activit√© qui reste possible, c’est de se reposer et de reprendre des forces.

Sébaco est une bonne illustration de la fable de la laitière

En plus de leurs illusions, tous ceux et celles qui sont entr√©s √ l’usine ont apport√© avec eux la peur. La peur de ne pas √™tre pr√™ts √ travailler en usine. La peur d’√™tre maltrait√©s. ¬« En √©coutant ce qui se racontait dans le village, se souvient une jeune fille, j’ai su que l’on avait ouvert une zone franche √ S√©baco, mais je n’√©tais pas tr√®s chaude pour partir parce que je ne savais rien de ce que l’on faisait l√ -bas. Je n’avais jamais √©t√© devant une machine et on me disait que je serai nomm√©e op√©ratrice. Ce qu’on me disait sur les contrema√ģtres m’inqui√©tait aussi : qu’ils √©taient mal √©lev√©s et qu’ils maltraitaient les gens. Mais j’y suis all√©e ¬ ». Au contact de la r√©alit√©, tous et toutes ont appris qu’une formation √©tait superflue. Et que les mauvais traitements faisaient quotidiennement partie de leur nouveau travail. La r√©alit√© leur a surtout enseign√© que les illusions qu’ils se faisaient au moment d’√™tre embauch√©s ressemblaient beaucoup √ celles de la laiti√®re de la fable √©crite par Jean de La Fontaine il y a quatre si√®cles et demi.

Avec le lait qui se r√©pand sur le sol, Perrette voit s’√©vanouir tous ses r√™ves et il ne lui reste plus qu’√ pleurer sur son sort : ¬« Adieu, veau, vache, cochon, couv√©e ¬ ». Alors que l’avenir s’annonce radieux, il suffit d’un accident f√Ęcheux pour que l’on se retrouve Gros-Jean comme devant.

Notes:

[1Selon la Banque mondiale, Une zone franche industrielle "est une zone g√©ographiquement circonscrite dans laquelle les industriels qui produisent pour l’exportation n’ont pas √ payer de droits sur les facteurs de production qu’ils importent et √ laquelle ne sont pas applicables, souvent, certains √©l√©ments de r√©glementation nationale". Source : Glossaire du CADTM http://www.cadtm.org. (ndlr)

[2Usine de montage, d’assemblage et de fabrication utilisant beaucoup de main-d’Ň“uvre. (ndlr)


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Source : Revue Env√≠o, Nicaragua, avril 2004.

Traduction : Diffusion de l’information sur l’Am√©rique latine (DIAL http://www.dial-infos.org/).

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