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Les mouvements sociaux, laboratoires des "autres mondes possibles"

Nous imaginons souvent, peut-√™tre inspir√©s par la propre logique du syst√®me, que nous pouvons atteindre un monde diff√©rent de celui que nous supportons en cheminant vers un endroit, ind√©fini mais lointain, apr√®s d’√©puisantes journ√©es de marche. Je me propose de montrer comment ¬« l’autre monde ¬ » germe, lentement, dans les relations que les secteurs populaires sont en train de tisser - du moins en Am√©rique latine - √ l’int√©rieur des mouvements de r√©sistance au mod√®le h√©g√©monique.

par Ra√ļl Zibechi
26 mars 2005

Dans les territoires en r√©bellion, tous les jours et quelle que soit l’heure, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants travaillent √ la construction d’une alternative ; √ l’√©dification, pierre par pierre, d’un monde meilleur, un monde dans lequel peuvent tenir tous les mondes.
Gloria Mu√Īoz
("20 et 10. Le feu et la parole ")

Les regards et les mani√®res de regarder apprises restent souvent √ la superficie, sans d√©passer l’√©piderme des √©v√©nements. Des regards, disons, dans le pire style journalistique (¬« un oc√©an de connaissances d’un centim√®tre de profondeur ¬ ») : marqu√©s par l’apparence, la rapidit√© et la visibilit√© imm√©diate. Modifier ce regard suppose, selon les paroles du sous-commandant Marcos, ¬«  quelqu’un avec la patience suffisante pour acc√©der √ l’int√©rieur des choses, apr√®s avoir pass√© les √©chelons d√©sesp√©rants de notre manque de confiance. Quelqu’un sans attaches √ l’ext√©rieur ou dispos√© √ les couper pour un bon moment ¬ » (Mu√Īoz, 2003). Ce n’est pas la jungle cependant, l’obstacle majeur : la difficult√© surgit des profondeurs de l’ego, individualiste, conspirateur inn√© contre les nous collectifs.

De ce regard superficiel et institu√© - occidental, masculin et ¬« √©clair√© ¬ » - provient la sur-valorisation de l’activit√© publique et visible des mouvements et l’attention extr√™mement r√©duite port√©e sur leurs r√©alit√©s int√©rieures, sur la quotidiennet√© -qui n’est consid√©r√©e que comme grise et monotone - de la vie collective. C’est l√ que se forme le changement social de longue haleine, loin du regard √©tatique ; l√ que se croisent et s’entrecroisent des valeurs, o√Ļ se testent les discours et les moyens de la r√©sistance (Scott, 2000) ; les espaces-temps qui font jaillir les diff√©rences et permettent de les approfondir. Avec le temps et les √©checs, nous apprenons que la diff√©rence est l’une des clefs du changement, et non le pouvoir √©tatique. De l√ vient le fait que les mouvements et ses acteurs qui produisent des changements profonds (indiens, paysans, ch√īmeurs...) sont ceux qui s’efforcent d’approfondir leurs diff√©rences -culturelles, sociales, de mode de vie- par rapport aux identit√©s √©tablies depuis le haut ou h√©rit√©es.

La création de liens, pilier du nouveau monde

J’aimerais sortir un peu des exemples les plus connus (zapatistes, paysans sans terre, piqueteros) pour montrer comment, dans beaucoup de recoins du continent, se forment des mouvements qui vont dans des directions semblables et qui trouvent - dans la construction de liens solidaires et fraternels, c’est-√ -dire dans la cr√©ation de communaut√©- leurs axes communs. Et montrer, au passage, que nous sommes en train de vivre un virage profond, de longue dur√©e, appel√© √ avoir de profondes r√©percussions sur nos soci√©t√©s : les formes de r√©sistance et de construction de mondes nouveaux, qui se sont enracin√©es dans les zones rurales, commencent √ s’installer avec une force inhabituelle dans quelques grandes villes. C’est la premi√®re fois que dans des m√©tropoles, cŇ“ur du capital et de la domination, ceux d’en bas sont capables d’ouvrir des espaces autonomes, depuis ceux qui r√©sistent au syst√®me, le d√©fient, √ ceux qui construisent des mondes nouveaux.

Je commencerai par l’exp√©rience que vivent les milliers d’habitants des bidonvilles (¬« assentamiento ¬ ») de Montevideo, frapp√©s par la crise et le ch√īmage. Un habitant sur cinq de la capitale uruguayenne (1.500.000 habitants) vit dans un ¬«  assentamiento ¬ », auto-construit de mani√®re collective : le ch√īmage a atteint 20% au moment du pic de la crise (entre juillet et d√©cembre 2001), mais 80% des secteurs populaires n’ont pas d’emplois stables et naviguent entre le ch√īmage, les emplois auto-cr√©√©s et diverses formes d’informalit√©. A l’hiver 2001, durant la crise √©conomique et financi√®re, il s’est cr√©√© de mani√®re spontan√©e plusieurs centaines de potagers -familiaux et communautaires- pour affronter la crise alimentaire que subissaient les plus pauvres.

Deux ans plus tard, il existe plus de 150 potagers ¬« familiaux collectifs ¬ » et communautaires, en pleine zone urbaine. Les premiers sont des potagers install√©s dans le fond de maisons particuli√®res, mais ils sont cultiv√©s de mani√®re rotative par les habitants de la zone en question ; les communautaires, quant √ eux, sont situ√©s dans des espaces occup√©s par les habitants. Dans les deux cas, on note des formes d’organisation stables autour du potager, ce dernier √©tant l’axe autour duquel se regroupent les collectifs de quartier qui ont d√ » lutter pour leur autonomie vis-√ -vis des partis politiques, des syndicats et de la municipalit√©. En deux ans, les groupes initiaux ont connu diverses situations, critiques ou de d√©veloppement qui, dans beaucoup de cas, les ont men√©s √ consolider des liens qu’ils d√©finissent eux-m√™mes comme ¬« communautaires ¬ ». L’√©valuation faite par les femmes du potager communautaire Amanecer [1], dans le quartier populaire de Sayago, montre la profondeur des changements enregistr√©s en relativement peu de temps : ¬« Au d√©but, nous n’avions qu’une fiche o√Ļ chacun notait les heures travaill√©es. Au moment de la r√©colte, chacun recevait sa part selon le travail fourni. A notre surprise, lors d’une r√©union en septembre, on proposa de ne plus noter les heures de travail. Cela nous fit extr√™mement plaisir puisque le groupe commen√ßait √ avoir une conscience communautaire. C’est ce que nous avons fait jusqu’√ aujourd’hui. A la fin de ses heures de travail, chaque membre prend le n√©cessaire pour alimenter sa famille ¬ » (Oholeguy, 2004).

Trois mois plus tard, le collectif de ¬« potagistes ¬ » (environ 40, dont une immense majorit√© de femmes et de jeunes) est parvenu √ l’autosuffisance et √ d√©cider d’arr√™ter de recevoir les aliments dont la municipalit√© faisait don, en indiquant qu’ils pr√©f√©reraient qu’ils soient distribu√©s √ des cantines populaires ou √ d’autres groupes qui en auraient besoin.

Dans une autre zone de Montevideo, dans le quartier Villa Garc√≠a, le r√©seau de potagers familiaux collectifs regroupe 20 potagers. Comme dans les autres cas, ce fut au d√©part des exp√©riences isol√©es qui se sont coordonn√©es jusqu’√ cr√©er un collectif qui r√©alise des journ√©es de travail hebdomadaires rotatives dans tous les potagers. Les r√©ussites sont notables : consolidation de groupes de travail, capacit√© de maintenir les ¬« cantines collectives ¬ » avec comme base la production des potagers, d√©pendant de moins en moins des aliments donn√©s par l’Etat, la cr√©ation d’une serre et d’une banque de semences pour fournir des moyens de production √ tous les potagers de la zone, l’√©dition d’un bulletin mensuel du groupe et la coordination avec les autres initiatives de Montevideo qui se sont rassembl√©es lors de la premi√®re Rencontre d’agriculteurs urbains, en octobre 2003. Le chemin effectu√© par les collectifs de ¬« potagistes ¬ » [2] (c’est ainsi qu’ils se d√©nomment, instituant une nouvelle identit√©), depuis la solitude urbaine et l’angoisse de la survie, montre que m√™me dans nos grandes villes, rong√©es par la fragmentation et un individualisme f√©roce, il est possible de construire des liens d’un autre type, au nez du pouvoir globalis√©.

L’autre cas qui me para√ģt particuli√®rement int√©ressant est aussi √ caract√®re urbain : la ville aymara [3] de El Alto, en Bolivie. Durant l’insurrection de septembre-octobre 2003 [Guerre du gaz, ndlr], les liens qu’avaient tiss√©s les habitants de El Alto ces vingt derni√®res ann√©es devinrent visibles : quelques 500 assembl√©es d’habitants, dans lesquelles sont organis√©s tous les habitants de El Alto (environ 800.000), repr√©sent√®rent la colonne vert√©brale de l’organisation populaire et les protagonistes de la r√©volte. Les assembl√©es sont des organismes territoriaux qui recr√©ent les modes d’organisation de la communaut√© rurale, puisqu’elles sont charg√©es d’assurer l’approvisionnement en eau potable, la construction et l’entretien des rues et des autres services, et la r√©gulation de la vie collective dans chaque quartier.

Les formes d’organisation qui r√®glent la vie quotidienne √ El Alto sont les m√™mes qui √©tay√®rent la mobilisation sociale, celles qui rendirent possible l’installation de centaines de barricades et de feux qui se sont maintenus gr√Ęce √ la rotation des habitants et √ une division stricte du travail. Certains coupaient les rues et r√©sistaient √ la r√©pression, tandis que beaucoup d’autres communiquaient avec les diff√©rents groupes, d’autres encore assuraient l’approvisionnement en aliments ou diffusaient des messages sur le r√©seau de radios populaires qui jou√®rent un r√īle d√©cisif dans les jours les plus difficiles (G√≥mez, 2004).

¬«  Nous sommes fr√®res ! ¬ », criaient souvent les insurg√©s, montrant que le sort individuel et le sort collectif √©taient scell√©s par le sang de la r√©pression. Cette fraternit√©, cependant, naissait du simple fait de partager la vie collective, bien que ce soit la mort qui la favorisa. Entre le 11 et le 12 octobre, les jours les plus n√©fastes durant lesquels furent assassin√©es quelques 50 personnes, El Alto √©tait une communaut√© militaris√©e par ses propres habitants.
Aucun quartier n’√©tait alors exempt de blocage, les barricades et les veill√©es aux flamb√©es montr√®rent, dans toutes les rues et avenues √ la nuit tomb√©e, une ville en r√©volution. La capacit√© organisatrice des habitants √©tait guid√©e √ chaque moment par les logiques communautaires. L’autorit√© repr√©sentative comme organe de d√©cision perdit sa force et fut substitu√©e par les assembl√©es de zone ou de rue (...) Le travail en √©quipes, l’obligation, les assembl√©es sont revitalis√©es dans les espaces urbains et c’est pour cela que la participation des hommes et des femmes est devenue massive. (Patzi, 2003)

Durant ces journ√©es, et comme le signalent tous les t√©moignages, les dirigeants ne jou√®rent aucun r√īle, se limitant √ ob√©ir aux d√©cisions de la base et √ agir comme courroie de transmission de cette derni√®re. Le fait qu’une ville enti√®re soit capable de r√©aliser une insurrection sans dirigeants r√©v√®le la profondeur de l’esprit et de l’organisation communautaires. Il ne s’agit pas seulement d’une ¬« re-cr√©ation ¬ » des formes communautaires pr√©sentes dans les ayllus ruraux. Bien que la pr√©dominance de la culture aymara soit l’une des clefs de la construction de relations communautaires, il y a √ El Alto une v√©ritable cr√©ation de liens communautaires urbains, ce qui est sensiblement diff√©rent -et motif d’une r√©flexion profonde- de la simple transposition des habitudes rurales jusqu’√ la ville.

En effet, les Aymaras de El Alto ont √©t√© capables de maintenir et de r√©nover un ethos communautaire, mais les formes qu’il acquiert sont typiquement urbaines. L’une de ses multiples expressions sont les formes de production (aussi bien dans les services que dans l’industrie locale) qui sont majoritairement familiales et qui, bien qu’elles produisent pour le march√©, le font en contr√īlant eux-m√™mes l’organisation et les temps de travail. En somme, le quotidien des habitants de El Alto est fortement marqu√© par des relations sociales ¬« non capitalistes ¬ », tant au niveau des formes de production qu’aux formes de se mettre en relation dans les territoires urbains.

Nous sommes face √ l’appropriation du territoire par les propres habitants d’une ville, espace qu’ils ont par ailleurs construit eux-m√™mes au long de cinq d√©cennies. Cet immense tissu relationnel (pour produire, construire la ville, cr√©er des connexions avec les zones rurales, r√©soudre les probl√®mes d’alimentation, de sant√©, d’√©ducation, d’eau, de vie en commun, parmi les plus marquants) est ce qui a donn√© √ la population de El Alto cette capacit√© admirable √ r√©sister √ la r√©pression la plus dure et √ vaincre le gouvernement de Gonzalo S√°nchez de Lozada.

Produire la vie sur son propre territoire

Les nouveaux sujets urbains passent par des exp√©riences qui ne sont pas tr√®s diff√©rentes de celles mentionn√©es plus haut, bien que l’expression publique de chaque mouvement soit tr√®s diff√©rente : alors que l’Argentine et la Bolivie ont connu de grandes mobilisations qui ont par moment adopt√© des formes insurrectionnelles, en Uruguay il n’y eut pas de grandes actions mais plut√īt un mouvement souterrain, peut-√™tre √ cause de la solidit√© avec laquelle se maintiennent toujours les institutions √©tatiques et les partis. Dans les deux cas, la solidit√© ou la faiblesse du syst√®me √©tatique a favoris√© ou a r√©fr√©n√© l’action publique mais, en dessous de la ligne de visibilit√©, les sujets semblent tester des chemins similaires.

En effet, les piqueteros argentins sont maintenant capables de produire une partie de leurs aliments dans les potagers collectifs de leurs quartiers, ils ont des postes de sant√© et commencent √ ouvrir des √©coles, en m√™me temps qu’ils √©tablissent des liens d’√©change avec d’autres groupes √ l’ext√©rieur du march√© (MTD Solano y Colectivo Situaciones, 2002 et Zibechi, 2003). En parall√®le, des usines r√©cup√©r√©es et des assembl√©es de quartier tissent des relations avec les ch√īmeurs, en cr√©ant des espaces communs, surtout dans la distribution et la commercialisation de la production. Cela est loin d’√™tre des exp√©riences isol√©es puisque dans les quartiers pauvres de nombreuses villes du continent se cr√©ent -ou se reformulent- des initiatives qui indiquent que les secteurs populaires urbains marchent dans une nouvelle direction : ils passent de la survie par les services (depuis le cireur de bottes jusqu’aux collecteurs d’ordures, et des portiers aux soupes populaires) √ l’entr√©e sur le terrain de la production. Ils ne produisent pas seulement des aliments et d’autres produits comme des v√™tements, des chaussures et des produits de tous types, mais ils prennent √©galement en main une gamme vari√©e d’aspects de leur vie quotidienne qui √©taient, auparavant, assur√©s par l’Etat (notamment la sant√© et l’√©ducation). En somme, ils produisent et reproduisent leurs vies, avec souvent comme base, des crit√®res d’autogestion et de solidarit√©, pr√©occup√©s non seulement par ce qu’ils font mais surtout par comment ils le font. C’est-√ -dire qu’ils sont engag√©s √ cr√©er de la communaut√© ou quel que soit le nom que l’on veuille donner aux liens horizontaux, sans hi√©rarchies, que nous remarquons dans ces exp√©riences urbaines.

L’on objecte souvent √ ces initiatives qu’elles ne sont que des palliatifs circonstanciels aux situations d’extr√™me gravit√©. C’est la position que d√©fendent nombre de partis de gauche. D’autres consid√®rent que ces exp√©riences seront irr√©m√©diablement absorb√©es par la logique asservissante du syst√®me, jusqu’√ ce que l’on parvienne √ changer ceux qui d√©tiennent le pouvoir √©tatique et, √ ce moment l√ , l’on pourra commencer √ construire cet ¬« autre monde ¬ » que nous souhaitons. Cependant, les activistes et les mouvements, qui semblent peu pr√©occup√©s par prendre le pouvoir et qui consacrent toute leur √©nergie √ faire mieux ce qu’ils font d√©j√ , sont de plus en plus nombreux. De fait, les multitudes argentine et bolivienne n’ont pas r√©solu d’aller √ la Casa Rosada ou au Palacio Quemado [4] mais ont rempli leurs objectifs imm√©diats, √ savoir respectivement la neutralisation de l’√©tat de si√®ge et la chute de S√°nchez de Lozada.

On constate donc que les mouvements r√©clament toujours moins √ l’Etat pour leur fournir ce dont ils ont besoin, mais ils se mettent √ le faire eux-m√™mes. Le contr√īle territorial que maintiennent ces mouvements (qui semble passer des zones rurales -comme dans le cas des sans terres du Br√©sil et du Paraguay, ou des indiens et des paysans- aux p√©riph√©ries urbaines), ajout√© √ la capacit√© de produire leurs vies, doit nous faire douter de la pertinence de continuer √ utiliser la cat√©gorie de ¬« mouvements sociaux ¬ ». Du moins dans quelques √©tapes de la mobilisation (l’Argentine et la Bolivie sont les cas les plus notables), ce sont les soci√©t√©s qui sont en mouvement, avec leurs autorit√©s quotidiennes, leurs groupes locaux et compacts, formant des multitudes h√©t√©rog√®nes capables de s’orienter sans dirigeants. Et, par l√ m√™me, sans dirig√©s.

Peut-√™tre ces grandes mobilisations ont-elles -si l’on √©tait capable de capter la logique intrins√®que des mouvements et non de leur attribuer des intentions- des objectifs diff√©rents de ce que l’on pourrait croire. Si effectivement, les mouvements sont orient√©s par des objectifs ¬« internes ¬ », l’action publique -y compris les grandes insurrections- pourrait bien √™tre orient√©e vers la d√©fense et la consolidation des espaces d’autonomie territorialis√©e tels que nous les connaissons d√©j√ en p√©riph√©rie de Buenos Aires et Montevideo (avec diff√©rents degr√©s de d√©veloppement), dans des villes comme El Alto, sur les ¬« collines ¬ » de Caracas, et dans les quartiers populaires d’autres villes du continent.

Comme cela se passe d√©j√ depuis deux d√©cennies avec les indiens et les sans terre, la d√©fense des relations ¬« non capitalistes ¬ », dans les espaces o√Ļ s’exerce un contr√īle territorial, est autant la clef qui leur permet de lancer des d√©fis de fond au syst√®me et de r√©sister √ ses attaques, que le point de d√©part de leur construction d’un monde nouveau.

Il est certain qu’un ¬« autre monde est possible ¬ ». Cependant, il serait plus ad√©quat de dire que le cŇ“ur de ce monde bat d√©j√ au sein de nos mouvements, et que les activistes ne devraient pas pr√©tendre le diriger, ni indiquer le chemin ou le rythme de sa marche. Cette forme ¬« d’incidence ¬ » dans les mouvements peut saper l’autonomie et la cr√©ativit√©, qui sont les biens les plus pr√©cieux pour leurs membres. Peut-√™tre faudrait-il mieux agir de mani√®re subtile, douce, en contribuant √ √©tendre ce monde nouveau, en l’aidant √ grandir et en √©largissant les espaces dans lesquels il vit.

Bibliographie :

G√≥mez, Juan, 2004, El Alto de pie. Una insurrecci√≥n aymara en Bolivia, La Paz : Comuna.
MTD de Solano y Colectivo Situaciones, 2002, La hip√≥tesis 891. M√°s all√° de los piquetes, Buenos Aires : De Mano en Mano.
Mu√Īoz Ram√≠rez, Gloria, 2003, 20 y 10. El fuego y la palabra, M√©xico : Rebeld√≠a y La Jornada.
Oholeguy, Cristina, 2004, "El arte de sembrar", en Alternativas desde la diversidad. Saberes y prácticas de educación popular, Montevideo, revista Multiversidad No. 13.
Patzi, F√©lix, 2003, "Rebeli√≥n ind√≠gena contra la colonialidad y la transnacionalizaci√≥n de la econom√≠a", en Ya es otro tiempo el presente. Cuatro momentos de insurgencia ind√≠gena, La Paz : Muela del Diablo.
Scott, James, 2000, Los dominados y el arte de la resistencia, M√©xico : ERA.
Zibechi, Ra√ļl, 2003, Genealog√≠a de la revuelta. Argentina : una sociedad en movimiento, La Plata : Letra Libre.

Notes:

[1Amanecer : lever du jour (ndt)

[2huerteros, néologisme en espagnol, de huerta, potager.

[3Les Aymaras sont un peuple indien vivant au P√©rou et en Bolivie. Leur population compte environ 1 million d’individus, vivant majoritairement en petites communaut√©s agraires. (N.d.T.)

[4Respectivement les palais pr√©sidentiels d’Argentine et de Bolivie.


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Source : La Fogata (www.lafogata.org), juillet 2004.

Traduction : Anne Vereecken & Isabelle Dos Reis, pour RISAL (http://risal.collectifs.net).

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