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La crise de la dette mexicaine et la Banque mondiale
par Eric Toussaint
14 novembre 2006

Robert McNamara et le pr√©sident Luis Echeverria (1970-1976) s’entendent tr√®s bien. Le pr√©sident mexicain a dirig√© une r√©pression f√©roce contre la gauche radicale. A partir de 1973, les revenus en devises du Mexique croissent rapidement gr√Ęce au triplement du prix du p√©trole. Cette augmentation des revenus en devises devrait mettre le Mexique √ l’abri de la n√©cessit√© de s’endetter. Pourtant le volume des pr√™ts de la Banque mondiale au Mexique augmente fortement : il est multipli√© par 4 entre 1973 et 1981 (passant de 118 millions de dollars pr√™t√©s en 1973 √ 460 millions pr√™t√©s en 1981). Le Mexique s’endette √©galement aupr√®s des banquiers priv√©s avec l’aval de la Banque mondiale. Le volume des pr√™ts des banques priv√©es au Mexique est multipli√© par 6 entre 1973 et 1981. Les banques des √‰tats-Unis dominent largement, suivies dans l’ordre par les banques britanniques, japonaises, allemandes, fran√ßaises, canadiennes et suisses. Les montants pr√™t√©s par les banquiers priv√©s sont plus de 10 fois sup√©rieurs √ ceux pr√™t√©s par la Banque mondiale. Quand la crise √©clate en 1982, on d√©nombre 550 banques cr√©anci√®res du Mexique ! Pour la Banque mondiale, en pr√™tant au Mexique, l’enjeu est de garder une influence sur les autorit√©s mexicaines. En 1974-1976, la situation des finances publiques mexicaine se d√©t√©riore gravement. La Banque mondiale pousse le Mexique √ continuer √ s’endetter alors que les signaux d’alerte clignotent.

Le 3 f√©vrier 1978, la Banque mondiale fait la projection suivante : ¬«  Le gouvernement mexicain est √ peu pr√®s certain d’obtenir un accroissement important des ressources √ sa disposition au d√©but des ann√©es 1980. Nos projections les plus r√©centes font √©tat d’un surplus de la balance des transactions courantes en 1982, d’un accroissement important des revenus d’exportation, principalement gr√Ęce au p√©trole, ce qui devrait faciliter le probl√®me de la dette ext√©rieure et la gestion des finances publiques au d√©but des ann√©es 1980. Le service de la dette ext√©rieure qui repr√©sentait 32,6% des revenus d’exportation en 1976 augmentera progressivement jusqu’√ 53,1% en 1978 et va par la suite d√©cro√ģtre √ 49,4% en 1980 et jusqu’√ environ 30% en 1982  ! ¬ » [1] C’est le contraire qui se passe en r√©alit√©. L’enti√®ret√© du pronostic cit√© est contredit par les faits !
Au moment o√Ļ, en octobre 1979, Paul Volcker, directeur de la R√©serve f√©d√©rale des √‰tats-Unis, d√©cr√®te la forte augmentation des taux d’int√©r√™t qui va conduire inexorablement √ la crise de la dette, d√©clench√©e justement √ Mexico, la Banque mondiale se veut rassurante. Le 19 novembre 1979, elle √©crit : ¬« Tant l’accroissement de la dette ext√©rieure du Mexique que l’augmentation du ratio du service de la dette par rapport aux exportations qui pourra s’√©lever jusqu’√ 2/3 des exportations (...) donnent √ penser qu’il s’agit l√ d’une situation tr√®s critique. En fait, c’est le contraire qui est vrai [2] ¬ ». C’est litt√©ralement ahurissant.

Le message √©mis par la Banque mondiale consiste √ dire que m√™me si tout sugg√®re que tout va mal, il n’y a rien √ craindre, la situation r√©elle est excellente et il faut continuer √ s’endetter. Que dirions-nous d’un garde-barri√®re qui encouragerait les pi√©tons √ traverser la voie ferr√©e alors que le feu rouge indique l’arriv√©e imminente d’un train ? Que ferait la justice si ce type de comportement avait entra√ģn√© mort d’homme ?
Les banquiers priv√©s du Nord augmentent d’une mani√®re exponentielle les montants pr√™t√©s aux PED, √ commencer par le Mexique.
Un des √©conomistes de la Banque charg√© de suivre la situation √©crit un rapport tr√®s alarmant le 14 ao√ »t 1981 [3]. Il explique qu’il est en d√©saccord avec la position optimiste du gouvernement mexicain et de son repr√©sentant Carlos Salinas de Gortari, directeur g√©n√©ral au minist√®re de la Programmation et du Budget [4]. La hi√©rarchie lui fait des ennuis tr√®s graves, au point qu’il d√©cide d’intenter plus tard un proc√®s √ la BM (qu’il gagne) [5]. En 1981, la Banque mondiale octroie au Mexique un pr√™t de 1,1 milliard de dollars (√ d√©bourser sur plusieurs ann√©es) : de loin le plus gros pr√™t de la Banque depuis 1946. D√©but 1982, la Banque mondiale affirme que la croissance du produit int√©rieur brut mexicain atteindra annuellement 8,1% entre 1983 et 1985. Le 19 mars 1982, six mois avant que la crise n’√©clate, le pr√©sident de la Banque mondiale, Alden W. Clausen, envoie la lettre suivante au pr√©sident du Mexique, Jos√© Lopez Portillo [6] : ¬« La rencontre que nous avons eue √ Mexico avec vos principaux conseillers a renforc√© la confiance que je place dans les dirigeants √©conomiques de votre pays. Monsieur le pr√©sident, vous pouvez √™tre fier des r√©alisations de ces cinq derni√®res ann√©es. Peu de pays peuvent s’enorgueillir de tels taux de croissance ou d’autant d’emplois cr√©√©s... Je voulais vous f√©liciter pour les nombreux succ√®s d√©j√ obtenus. Comme je l’ai dit lors de la rencontre, la r√©gression r√©cente de l’√©conomie mexicaine ne peut √™tre que temporaire et nous serons heureux de vous aider pendant le processus de consolidation [7]. ¬ »
Moins d’un an auparavant, Alden W. Clausen √©tait encore pr√©sident de la Bank of America et celle-ci pr√™tait √ plein rendement au Mexique.

Le 20 ao√ »t 1982, le Mexique apr√®s avoir, au cours des sept premiers mois de l’ann√©e, rembours√© des sommes consid√©rables, annonce qu’il n’est plus en mesure de continuer les paiements. Le Mexique d√©cr√®te un moratoire (suspension de paiement) de six mois (ao√ »t 1982 √ janvier 1983). Il lui reste 180 millions de dollars en caisse alors qu’il est cens√© rembourser 300 millions le 23 ao√ »t. Le Mexique avait pr√©venu le FMI d√®s le d√©but du mois d’ao√ »t que ses r√©serves de change n’atteignaient plus que 180 millions de dollars. Le FMI se r√©unit fin ao√ »t avec la R√©serve f√©d√©rale, le Tr√©sor des Etats-Unis, la Banque des R√®glements Internationaux (BRI) et la Banque d’Angleterre. Le directeur du FMI, Jacques de Larosi√®re, annonce aux autorit√©s mexicaines que le FMI et la BRI sont dispos√©s √ pr√™ter des devises en d√©cembre 1982 √ la double condition que l’argent serve √ rembourser les banques priv√©es et que le Mexique applique des mesures de choc d’ajustement structurel. Le Mexique accepte. Il d√©value tr√®s fortement la monnaie, augmente radicalement les taux d’int√©r√™t nationaux, sauve de la faillite les banques priv√©es mexicaines en les nationalisant et d√©cide d’assumer leurs dettes. En contrepartie, il saisit 6 milliards de dollars qu’elles ont en caisse. Le Pr√©sident Jos√© Lopez Portillo pr√©sente au peuple mexicain cette derni√®re mesure comme un acte nationaliste. Il se garde bien de dire que les 6 milliards de dollars saisis serviront largement √ rembourser les banquiers √©trangers.

En fait, qui a provoqu√© la crise de la dette mexicaine ? Est-ce le Mexique qui en a pris l’initiative ?

En termes g√©n√©raux, les causes sont claires : l’augmentation des taux d’int√©r√™t d√©cid√©e √ Washington, la chute des revenus p√©troliers et le surendettement colossal sont les causes structurelles. Les deux premiers facteurs constituent des chocs externes et le Mexique n’y est pour rien. Le troisi√®me facteur, le surendettement, est le r√©sultat du choix des dirigeants mexicains qui ont √©t√© encourag√©s √ endetter leur pays par les banquiers priv√©s et la Banque mondiale.
Au-del√ des causes structurelles qui sont fondamentales, une analyse de l’encha√ģnement des faits montre que ce sont les banques priv√©es des pays industrialis√©s qui ont provoqu√© la crise en r√©duisant de mani√®re drastique les pr√™ts octroy√©s au Mexique en 1982. Alert√©es par le fait que le Tr√©sor public mexicain avait utilis√© presque toutes les devises disponibles pour payer la dette, elles ont consid√©r√© qu’il √©tait temps de r√©duire fortement les pr√™ts. Elles ont ainsi mis √ genoux un des plus grands pays endett√©s. Voyant que le Mexique √©tait confront√© √ l’effet combin√© de la hausse des taux d’int√©r√™t dont elles profitaient et √ la baisse de ses revenus p√©troliers, elles ont pr√©f√©r√© prendre les devants et se retirer. Fait aggravant, les banquiers √©trangers ont √©t√© complices des √©lites mexicaines (dirigeants d’entreprises, dirigeants du parti-√‰tat, le Parti R√©volutionnaire Institutionnel) qui transf√©raient fr√©n√©tiquement des capitaux √ l’ext√©rieur pour les placer en s√©curit√©. On estime qu’en 1981-1982, pas moins de 29 milliards de dollars ont quitt√© le Mexique sous la forme de la fuite des capitaux [8]. Apr√®s avoir pr√©cipit√© la crise, les banquiers priv√©s en ont ensuite profit√©. Ils laissent √ d’autres le soin de payer les pots cass√©s. Voici la preuve en quelques tableaux.

Tableau 1 : Pr√™ts des banques √©trang√®res sans garantie de l’√‰tat mexicain et les remboursements aux banques
(en millions de dollars)

- 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Prêts des banques 931 1.565 2.450 3 690 590 0 2.144 1.115 1.700 247 14.432
Remboursements 860 1.390 1.450 2 090 2.890 1.546 4.630 3.882 3.490 2.453 24.681
Transfert net 71 175 1.000 1 600 -2.300 -1.546 -2.486 -2.767 -1.790 -2.206 -10.249

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Ce tableau reprend l’√©volution des pr√™ts des banques priv√©es √©trang√®res ne b√©n√©ficiant pas de la garantie de l’√‰tat mexicain. On constate qu’apr√®s une √©norme augmentation entre 1978 et 1981, les pr√™ts chutent drastiquement en 1982. Par contre, les remboursements ne diminuent pas. Au contraire, ils augmentent de pr√®s de 40% en 1982. En 1983, les pr√™ts bancaires sont totalement stopp√©s. Pourtant les remboursements se poursuivent. L’√©volution du transfert net sur la dette qui a √©t√© positif jusqu’en 1981 devient tr√®s n√©gatif √ partir de 1982. Au total, entre 1978 et 1987, le transfert net n√©gatif repr√©sente plus de 10 milliards de dollars au b√©n√©fice des banquiers.

Tableau 2 : Pr√™ts des banques √©trang√®res avec garantie de l’√‰tat mexicain et les remboursements aux banques (en millions de dollars)

- 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Prêts des banques 7.235 9.465 7.625 10.063 8.085 5.284 3.134 1.878 198 4.486 57.453
Remboursements 5.349 8.582 6.706 7.226 7.260 7.571 7.654 6.922 5.345 5.170 67.785
Transfert net 1.886 883 919 2.837 825 - 2.287 - 4.520 - 5.044 - 5.147 -684 - 10.332

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Le tableau 2 montre l’√©volution des pr√™ts des banques priv√©es √©trang√®res qui b√©n√©ficient de la garantie de l’√‰tat mexicain. On constate une croissance des pr√™ts entre 1978 et 1981. En 1982, les pr√™ts diminuent de 20% tandis que les remboursements ne cessent pas, au contraire ils augmentent. Les pr√™ts bancaires connaissent alors une tr√®s forte baisse jusqu’en 1986. Par contre, les remboursements de la part de l’√‰tat mexicain se poursuivent √ un niveau tr√®s √©lev√©. Le transfert net sur la dette publique garantie par l’√‰tat aupr√®s des banques √©trang√®res, qui a √©t√© positif de 1978 √ 1982, devient tr√®s fortement n√©gatif √ partir de 1983. Au total, entre 1978 et 1987, le transfert net n√©gatif repr√©sente l√ aussi plus de 10 milliards de dollars au b√©n√©fice des banquiers.

Le cumul des transferts négatifs des deux tableaux atteint plus de 20 milliards de dollars. Les banquiers privés du Nord ont fait de juteux profits sur le dos de la population mexicaine.

Tableau 3 : Pr√™ts de la Banque Mondiale au Mexique et les remboursements de celui-ci √ la BM (en millions de dollars)

- 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Prêts de la BM 167 326 422 460 408 360 682 840 1.016 983 5.664
Remboursements 184 220 255 283 328 399 485 597 819 1.072 4.642
Transfert net -17 106 167 177 80 -39 197 243 197 -89 1.022

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Le tableau 3 montre l’√©volution des pr√™ts de la Banque mondiale au Mexique. On constate une augmentation forte des pr√™ts de 1978 √ 1981. La Banque √©tait alors lanc√©e dans une course effr√©n√©e avec les banques priv√©es dans l’augmentation des pr√™ts. En 1982 et 1983, on constate une baisse mod√©r√©e de ses pr√™ts. Ceux-ci augmentent fortement √ partir de 1984. La Banque se comporte en pr√™teur de dernier ressort. Elle pr√™te √ l’√‰tat mexicain √ condition que celui-ci rembourse les banquiers priv√©s, en majorit√© nord-am√©ricains. Le transfert net reste positif car le Mexique utilise effectivement les pr√™ts de la Banque mondiale pour rembourser les banques priv√©es.

Tableau 4 : Pr√™ts du FMI au Mexique et les remboursements de celui-ci au FMI (en millions de dollars)

-1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Prêts du FMI 0 0 0 0 222 1.072 1.234 300 870 786 4.484
Remboursements 261 178 138 70 0 26 115 202 413 650 2.053
Transfert net -261 -178 -138 -70 222 1.046 1.119 98 457 136 2.431

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Le tableau 4 montre l’√©volution des pr√™ts du FMI aux autorit√©s mexicaines. Ces pr√™ts sont inexistants entre 1978 et 1981. Par contre, pendant la m√™me p√©riode, le Mexique rembourse au FMI d’anciens emprunts. A partir de 1982, le FMI pr√™te massivement au Mexique √ deux conditions : 1) celui-ci doit utiliser l’argent pour rembourser les banquiers priv√©s ; 2) le Mexique doit mettre en œuvre une politique d’ajustement structurel (r√©duction des d√©penses sociales et d’infrastructures, programme de privatisation, augmentation des taux d’int√©r√™t, augmentation des imp√īts indirects...). Le transfert net reste positif car le Mexique utilise effectivement les pr√™ts du FMI pour rembourser les banques priv√©es.

Tableau 5 : Pr√™ts des √‰tats du Nord au Mexique et les remboursements de celui-ci (en millions de dollars)

-1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Prêts des Etats 156 229 439 578 673 539 540 446 848 700 5 148
Remboursements 171 388 223 286 372 481 583 573 488 377 3 942
Transfert net -15 -159 216 292 301 58 -43 -127 360 323 1 206

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Le tableau 5 montre l’√©volution des pr√™ts octroy√©s par les √‰tats des pays les plus industrialis√©s. Comme les banquiers priv√©s et la Banque mondiale, les √‰tats du Nord augmentent fortement leurs pr√™ts au Mexique de 1978 √ 1981. Puis ils font grosso modo la m√™me chose que la Banque mondiale et le FMI. Alors que les banquiers priv√©s r√©duisent leurs pr√™ts, les √‰tats accompagnent le FMI et la Banque pour pr√™ter au Mexique afin qu’il rembourse les banquiers priv√©s et qu’il applique le programme d’ajustement structurel.

Tableau 6 : Evolution de la dette ext√©rieure mexicaine de 1978 √ 1987 (en millions de dollars)

-1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 Total
Stock total de la dette 35.712 42.774 57.378 78.215 86.081 92.974 94.830 96.867 100.891 109.471 -
Remboursements 7.423 11.595 10.962 14.340 15.684 14.825 16.960 15.293 12.944 12.087 132.113
Transfert net total 1.512 3.623 8.757 11.483 -1.799 -15.804 -12.144 -10.932 -6.648 -4.227 -26.179

Source : World Bank, Global Development Finance 2005

Le tableau 6 montre l’√©volution de la dette ext√©rieure totale du Mexique. Elle a √©t√© multipli√©e par 3 entre 1978 et 1987. Pendant ce laps de temps, le total des remboursements repr√©sente 3,5 fois le montant de la dette de 1978. Le transfert net n√©gatif total s’√©l√®ve √ plus de 26 milliards de dollars.

A partir de 1982, le peuple mexicain se saigne aux quatre veines au b√©n√©fice des diff√©rents cr√©anciers. En effet, le FMI et la Banque mondiale sauront se faire rembourser jusqu’au dernier centime ce qu’ils ont pr√™t√© au Mexique pour payer les banquiers priv√©s. Le Mexique se retrouve implacablement soumis √ la logique de l’ajustement structurel. Dans un premier temps, le choc impos√© en 1982 a produit une forte r√©cession, des pertes d’emplois massives et une forte chute du pouvoir d’achat. Ensuite les mesures structurelles ont entra√ģn√© la privatisation de centaines d’entreprises publiques. La concentration de la richesse et d’une grande partie du patrimoine aux mains de quelques grands groupes industriels et financiers mexicains et √©trangers est ph√©nom√©nale [9]...

Dans une perspective historique, il est clair que la route vers le surendettement dans les ann√©es 1960-1970, l’√©clatement de la crise en 1982 et la gestion qui s’en est suivie ont marqu√© une rupture radicale et d√©finitive avec les politiques progressistes men√©es entre le d√©but de la r√©volution mexicaine en 1910 et les ann√©es 1940 sous la pr√©sidence de Lazaro Cardenas. De la r√©volution aux ann√©es 1940, les conditions de vie de la population se sont fortement am√©lior√©es et le Mexique a fortement progress√© du point de vue √©conomique. Il a adopt√© une politique internationale ind√©pendante. Entre 1914 et 1946, le Mexique n’a pas pay√© la dette et, en fin de compte, il a obtenu une victoire √©clatante sur les cr√©anciers quand ceux-ci accept√®rent de renoncer √ 90% du montant d√ » en 1914 et sans obtenir le paiement des int√©r√™ts dus. Depuis la crise de 1982, le Mexique a perdu le contr√īle de son destin. C’√©tait un objectif historique que les √‰tats-Unis poursuivaient depuis le 19e si√®cle.

En 1970, la dette publique externe du Mexique s’√©l√®ve √ 3,1 milliards de dollars. 33 ans plus tard, en 2003, elle est 25 fois plus √©lev√©e, elle atteint √ 77,4 milliards (la dette externe publique et priv√©e atteint 140 milliards). Pendant ce laps de temps, les pouvoirs publics mexicains ont rembours√© 368 milliards de dollars (120 fois la somme due en 1970). Le transfert net n√©gatif sur la p√©riode 1970 √ 2003 s’√©l√®ve √ 109 milliards de dollars. Entre 1983 et 2003, sur 21 ann√©es, seules deux (1990 et 1995) ont connu un transfert net positif sur la dette externe publique.

Un jour prochain, c’est s√ »r, le peuple mexicain saura reconqu√©rir la libert√© de d√©terminer son destin.

Notes:

[1D. Kapur, J. Lewis, R. Webb. 1997. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, Brookings Institution Press, Washington, D.C., 1275 p., vol. 1. p. 499

[2Idem, p. 499

[3Memorandum to files, "Mexico : Present Economic Situation - Problems and Policies", August 14, 1981.

[4Carlos Salinas de Gortari est devenu pr√©sident du Mexique en 1988 apr√®s avoir organis√© une fraude √©lectorale massive pour ravir la victoire au candidat progressiste Cuauth√©moc Cardenas. Il quittera la pr√©sidence en 1994, peu de temps apr√®s avoir sign√© l’Accord de libre-√©change nord-am√©ricain (ALENA). Voir chapitre suivant.

[5Voici ce qu’en disent les historiens de la Banque mondiale : ¬« L’√©conomiste (car il travaillait encore pour la Banque √ cette √©poque) a une vision beaucoup plus pr√©occupante des perspectives macro√©conomiques mexicaines pour 1981 et a fait conna√ģtre sa vision divergente sous forme de m√©mo ajout√© aux dossiers. Sa carri√®re future s’en est trouv√©e compromise : apr√®s une bataille de plusieurs ann√©es, il a √©t√© r√©int√©gr√© dans son poste par une d√©cision de justice. Pieter Bottelier, interview avec les auteurs, le 19 janvier 1993. ¬ » in D. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, vol. 1., p. 603.

[6Jos√© Lopez Portillo a pr√©sid√© le Mexique de 1977 √ 1982.

[7Letter, A. W. Clausen to His Excellency Jose Lopez Portillo, president, United Mexican States, March 19, 1982, in D.. Kapur, J. Lewis, R. Webb, 1997, vol. 1., p. 603

[8Morgan Guaranty Trust Co. Of New York, World Financial Markets, mars 1986, p. 15.

[9J’ai analys√© les effets des politiques d’ajustement structurel au Mexique dans la premi√®re √©dition en 1998, du livre La Bourse ou la Vie. La Finance contre les peuples, Chapitre 15, Etude de cas 2. ¬« Le Mexique : endettement ext√©rieur et crise politico-sociale ¬ », p. 270 √ 277.


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Source : Comit√© pour l’annulation de la dette du tiers Monde (CADTM - www.cadtm.org), mai 2006.

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