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Colombie
La guerre s’√©tend aux parcs nationaux
par Gary Leech
10 novembre 2006

C√©cilia faisait le tour de sa petite maison en bois en montrant du doigt les bananiers et les plants de yucca qui avaient √©t√© d√©truits par la fumigation a√©rienne qui avait eut lieu huit jours plus t√īt. Elle expliquait comment les produits chimiques ont recouvert non seulement les r√©coltes de coca qu’elle et son mari cultivent pour survivre, mais aussi leurs cultures alimentaires et leurs deux jeunes enfants. Maintenant, la famille est en train de lutter pour survivre dans cette partie de la Colombie o√Ļ habite C√©cilia depuis qu’elle est n√©e : le Parc national de la Macarena. D’apr√®s les r√©sultats des premi√®res fumigations, il semble que la d√©cision du pr√©sident colombien Alvaro Uribe de commencer √ pulv√©riser les cultures de coca dans les parcs nationaux du pays ne fera qu’intensifier le conflit, accro√ģtre la crise humanitaire et augmenter les d√©g√Ęts √©cologiques dans certaines des zones les plus vierges de la Colombie.

Le Parc national de la Macarena est situ√© √ l’Est des Andes dans le d√©partement du Meta, l√ o√Ļ les plaines d√©couvertes du Nord, connues comme Los Llanos, rencontrent la for√™t amazonienne au Sud. Le parc lui-m√™me offre une g√©ographie montagneuse spectaculaire, des montagnes recouvertes d’une v√©g√©tation luxuriante, de nombreuses rivi√®res et canyons, la plupart d’entre eux accessibles seulement aux voyageurs les plus hardis. En 1989, le gouvernement colombien a enfin fini par faire de cette merveille naturelle un parc national, tandis que l’UNESCO le classait ¬« patrimoine de l’humanit√© ¬ ».

Alors que l’int√©rieur du parc est en grande partie non habit√©, plusieurs milliers de paysans qui ont colonis√© la r√©gion au cours des 30 ann√©es avant la cr√©ation du parc, continuent √ y vivre : une pratique courante dans les parcs nationaux de Colombie. Les premiers colons √©taient des paysans fuyant la r√©pression du gouvernement dans les ann√©es 1950 et au d√©but des ann√©es 1960, pendant la p√©riode connue comme La Violencia. Les mouvements d’autod√©fense form√©s par les paysans d√©plac√©s, afin de prot√©ger leurs terres et leurs familles de l’arm√©e colombienne, sont finalement devenus en 1966 les Forces Arm√©es R√©volutionnaires de Colombie (FARC). Aujourd’hui, 40 ans plus tard, les gu√©rilleros des FARC contr√īlent toujours le Parc national de la Macarena ainsi que ses environs.

Il est impossible de d√©crire avec pr√©cision la vie dans le Parc de la Macarena sans √©voquer le r√īle des FARC. Pas seulement parce que les gu√©rilleros tirent profit de la culture de coca - un fait sur lequel ont insist√© √ maintes reprises les gouvernements √©tats-unien et colombien - mais aussi parce qu’ils sont organiquement li√©s √ la population paysanne locale - un fait que les m√™mes gouvernements pr√©cit√©s ont d√©cid√© d’ignorer. Les conditions qui ont pouss√© les paysans √ coloniser la partie colombienne de l’Amazonie et √ former les FARC il y a presque un demi-si√®cle sont toujours pr√©sentes aujourd’hui dans la Macarena. C’est une r√©gion qui a √©t√© largement n√©glig√©e par l’Etat de toutes les mani√®res imaginables except√©e une : la r√©pression militaire. La seule pr√©sence du gouvernement national dans la r√©gion a consist√© en des bombardements a√©riens, des offensives militaires de courte dur√©e et aujourd’hui des fumigations a√©riennes.

Durant ces 50 derni√®res ann√©es, sans aucun soutien du gouvernement national, la population paysanne locale a construit un r√©seau primaire de routes de terre √ travers la for√™t vierge et qui ne sont praticables qu’en 4x4. Les paysans ont mis en place des lignes √©lectriques aliment√©es par des g√©n√©rateurs √ essence, pour leurs villages et petites villes. Et ce sont les FARC qui sont devenues leur gouvernement, leur fournissant des services publics comme, entre autres, la s√©curit√©, une aide sociale et un syst√®me judiciaire.

Contrairement √ d’autres r√©gions de la Colombie o√Ļ les FARC -ainsi que les militaires et les paramilitaires de droite- imposent leurs r√®gles aux populations locales, les gu√©rilleros dans la Macarena forment clairement un gouvernement ¬« du peuple ¬ ». De nombreux foyers de la r√©gion ont au moins un membre de la famille qui fait partie des FARC. La population locale interagit aussi naturellement et ais√©ment avec les rebelles que les citoyens ruraux des pays du Nord le font avec les fonctionnaires de leurs gouvernements locaux et les agents de maintien de l’ordre. Comme l’explique un paysan, ¬« quand quelqu’un a un probl√®me avec une autre personne, une bagarre par exemple ou autre chose, ils peuvent aller se plaindre aupr√®s des FARC, qui enqu√™tent alors et d√©terminent qui est fautif et quelle sera la sentence ¬ ». Il continue son explication en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de prison avec les FARC, les sentences prononc√©es √ l’encontre des coupables incluent la r√©paration des routes ou du travail dans les champs des fermes communales.

Pour la plupart, les paysans ont r√©ussi √ survivre dans la r√©gion de la Macarena gr√Ęce √ l’agriculture de subsistance, dont l’√©levage de vaches, de cochons et de poulets, et les cultures alimentaires diverses comme la banane, le yucca, la papaye et les avocats. Ce n’est qu’il y a 20 ans que de petites cultures de coca ont fait leur apparition afin de permettre aux familles paysannes de compenser le manque d’infrastructure, qui les emp√™chait de transporter leurs r√©coltes de denr√©es alimentaires jusqu’aux march√©s √©loign√©s. Cependant, ce n’est que durant ces cinq derni√®res ann√©es que la plantation de coca est devenue la culture la plus importante dans la r√©gion de la Macarena. Les paysans font pousser les plants de coca, r√©coltent les feuilles et les transforment en p√Ęte qu’ils vendent aux trafiquants de drogue, qui ensuite la transforment en coca√Įne. Les FARC profitent de la culture de coca dans la Macarena en prenant une part sur toutes les transactions de la drogue dans la r√©gion.

La r√©cente intensification de la culture de coca dans la Macarena a co√Įncid√© avec la mise en place du Plan Colombie soutenu par les Etats-Unis, qui en prenant pour cible les cultures de coca du Sud du pays a provoqu√© une d√©multiplication des cultures de coca dans tout le pays. Pour r√©pondre √ ce changement des mod√®les de culture, les fonctionnaires √©tats-uniens de lutte contre la drogue ont commenc√© √ faire pression sur le pr√©sident Uribe pour approuver des fumigations a√©riennes sur les parcs nationaux colombiens, qui √©taient rest√©s √©pargn√©s des op√©rations de pulv√©risation.

Au lieu d’autoriser des fumigations a√©riennes, Uribe a annonc√© un plan alternatif en d√©cembre 2005 consistant √ envoyer 1 000 ¬« √©radicateurs ¬ » manuels dans le Parc national de la Macarena, sous la protection de 3 500 militaires. Dans les mois qui ont suivis, plus d’une douzaine de militaires on √©t√© tu√©s dans des attaques de rebelles. En r√©ponse, les militaires ont bombard√© les positions des FARC par voie a√©rienne dans le parc. La duret√© de la vie dans ce dernier, situ√© dans un endroit retir√©, et les attaques r√©p√©t√©es des FARC contre les op√©rations d’√©radication ont finalement provoqu√© le d√©part de nombreux ¬« √©radicateurs ¬ » qui sont rentr√©s chez eux, hors de la r√©gion. Finalement, apr√®s la mort de six d’entre eux, le 2 ao√ »t, Uribe a donn√© l’ordre de commencer les fumigations a√©riennes sur les cultures de coca dans le Parc national de la Macarena.

Quelques jours apr√®s, des avions vaporisateurs fournis par les Etats-Unis et des h√©licopt√®res de combat ont commenc√© les op√©rations de fumigation dans les zones du parc o√Ļ la culture de coca progressait, en pulv√©risant une concoction chimique dont l’usage n’a jamais √©t√© autoris√© aux Etats-Unis : l’herbicide gyphosate m√©lang√© avec du Cosmo Flux 411-F, un agent tensioactif, et d’autres additifs. Apr√®s une semaine de pulv√©risation, la police colombienne anti-drogue a affirm√© avoir d√©truit l’enti√®ret√© des 4 548 hectares de coca du parc.

Il est apparu tr√®s rapidement que le gouvernement colombien avait exag√©r√© le succ√®s de l’op√©ration de fumigation a√©rienne ; du moins dans cette partie du parc visit√©e par l’auteur de ces lignes huit jours apr√®s la fin des fumigations. Alors que la plupart des cultures de coca ont √©t√© pulv√©ris√©es, 20% environ sont rest√©es intactes. En plus, des paysans ont sauv√© quelques r√©coltes de coca pulv√©ris√©es en coupant le haut des plants avant que les substances chimiques ne puissent atteindre et d√©truire les racines. Par cons√©quent, ces plants continueront √ donner cinq r√©coltes de feuilles de coca par an. Entre temps, la fumigation a aussi tu√© de nombreux arbustes et buissons dans le p√©rim√®tre de for√™t tropicale se trouvant autour des champs de coca.

Alors que les paysans qui agissent rapidement peuvent sauver leurs cultures de coca en les coupant en en coupant le sommet, le m√™me proc√©d√© est inefficace avec des cultures alimentaires moins r√©sistantes comme la banane, la papaye ou l’avocat, ou sur des plantes plus petites comme le yucca. Pratiquement toute la coca dans la r√©gion de la Macarena est cultiv√©e par des paysans locaux sur de petites exploitations de 5 hectares ou moins. L’argent que gagnent ces paysans de leurs r√©coltes de coca leur permet de compl√©ter les produits alimentaires qu’ils cultivent avec d’autres biens. Par cons√©quent, parce que la culture de coca ne leur fournit pas de gros revenus, la destruction des r√©coltes de denr√©es alimentaires a provoqu√© pour beaucoup de foyers une crise alimentaire majeure.

De plus, de nombreux membres des familles et des ramasseurs de coca salari√©s √©taient pr√©sents dans les exploitations agricoles quand la pulv√©risation a cibl√© de fa√ßon indiff√©renci√©e les maisons situ√©es au milieu des cultures alimentaires et de coca. C’est ainsi que de nombreux enfants et ramasseurs de coca, qui gagnent approximativement 10 dollars par jour de r√©colte, ont √©t√© asperg√©s par des substances chimiques qui leur ont caus√© diff√©rents probl√®mes gastro-intestinaux. C√©cilia a d√©crit comment ses deux enfants ont tous les deux commenc√© √ vomir peu de temps apr√®s la pulv√©risation et comment ils ont souffert de diarrh√©e pendant plusieurs jours.

Des enfants ont √©galement souffert de traumatismes psychologiques dus √ la nature militaire de l’op√©ration de fumigation. Des h√©licopt√®res de combat sont descendus en piqu√© fort bas au-dessus des exploitations seulement quelques minutes avant que les avions ne pulv√©risent les zones, afin de d√©clencher les tirs de barrage des mitrailleuses dans les p√©rim√®tres autour des champs de coca. La terre est v√©rol√©e de trous faits par les balles des fusils-mitrailleurs alors que des centaines de cartouches salissent le sol, souvent dangereusement pr√®s des maisons.

Les gouvernements √©tats-unien et colombien pr√©tendent que la destruction des cultures de coca dans la zone de la Macarena contr√īl√©e par les FARC diminuera les ressources financi√®res que les rebelles per√ßoivent du commerce ill√©gal de la drogue, ce qui les affaiblira militairement. Le ministre de la D√©fense colombien, Camilo Ospina, a expliqu√© l’objectif militaire de la campagne d’√©radication de la coca : ¬« Nous ne pouvons pr√©tendre qu’√©liminer le carnet de ch√®ques des gu√©rilleros sera un processus ais√©. Le proc√©d√© dans la r√©gion de la Macarena consiste √ √©radiquer la coca dans une des zones du monde qui a les plus hauts taux de culture, et qui repr√©sente la plus importante source de financement des groupes subversifs, en particulier les FARC. ¬ »

Pour sa part, l’administration Bush a √©t√© combl√©e par le fait que le pr√©sident Uribe ait finalement r√©pondu √ ses demandes r√©p√©t√©es de d√©ployer des avions pulv√©risateurs sur les parcs nationaux du pays. James O’Gara du Bureau national pour la politique de contr√īle des drogues de la Maison blanche (White House’s Office of National Drug Control Policy) a d√©clar√© : ¬« Si les FARC pensaient que le gouvernement allait autoriser les cultures de coca √ prendre de l’ampleur √©ternellement dans ses parcs nationaux, elles se sont manifestement tromp√©es. ¬ » Cependant, selon un commandant local des FARC, ¬« les fumigations ont touch√© les paysans plus que les gu√©rilleros. Ce sont eux qui sont les plus d√©pendants des cultures de coca pour leur survie ¬ ». Bien que les fumigations affectent probablement √ un certain degr√© les finances des FARC, l’application durant plus de six ans du Plan Colombie n’a que peu d√©montr√© que cette strat√©gie affaiblit de fa√ßon notable la capacit√© militaire des groupes rebelles. Si effet il y a, de telles tactiques ne font que renforcer le soutien populaire des gu√©rilleros dans les r√©gions recul√©es du pays telles que la Macarena.

En plus des op√©rations de lutte contre la drogue du Plan Colombie, les militaires colombiens ont aussi mis en oeuvre le Plan Patriota soutenu par les Etats-Unis, une op√©ration de grande envergure de contre- insurrection qui a pour but de prendre le contr√īle des r√©gions contr√īl√©es par les FARC dans le Sud et l’Est de la Colombie, dont la r√©gion de la Macarena. Mais le Plan Patriota a montr√© son inefficacit√©, consistant souvent uniquement en des offensives sporadiques au sol dans les r√©gions contr√īl√©es par les FARC. Selon des paysans de la r√©gion de la Macarena, l’arm√©e tue souvent des civils pendant ces incursions et bl√Ęme ensuite publiquement les FARC - des accusations qui sont ensuite rapport√©es en bonne et due forme par les m√©dias nationaux et internationaux sans qu’il n’y ait aucune enqu√™te sur les crimes.

Il y a eu aussi plusieurs incidents dans le cadre du Plan Patriota : des paysans de la r√©gion de la Macarena ont √©t√© arr√™t√©s arbitrairement par les troupes colombiennes et emmen√©s √ la base militaire de Vista Hermosa, situ√©e du c√īt√© de la rivi√®re Guapaya qui est contr√īl√©e par l’Etat. Lors d’un incident en janvier 2006, l’arm√©e a rassembl√© huit paysans et les a emmen√©s √ la base militaire. Des agents de l’Etat pr√©tendent que tous ceux qui furent arr√™t√©s ont √©t√© rel√Ęch√©s par la suite bien qu’un seul d’entre eux n’ait √©t√© revu jusqu’√ pr√©sent. Les sept autres paysans, semble-t-il, ¬« ont √©t√© disparus ¬ » par les paramilitaires de droite qui, selon plusieurs r√©sidents de Vista Hermosa, sont toujours actifs dans la r√©gion en d√©pit de leur suppos√©e d√©mobilisation .

La situation pour les paysans qui vivent dans la Macarena a peu chang√© depuis qu’ils s’y sont install√©s il y a de cela 50 ans. Jusqu’√ ce jour, les politiques du gouvernement national de Bogota se sont limit√©es √ des op√©rations militaires qui se sont souvent termin√©es par de flagrantes violations des droits humains. Avec le Plan Patriota sous le mandat d’Uribe, il n’y a eu aucune tentative de fournir aux paysans qui habitent traditionnellement dans les r√©gions contr√īl√©es par les rebelles, des programmes √©conomiques et sociaux afin de gagner la bataille ¬« des coeurs et des esprits ¬ » de la population locale. L’ampleur de cet √©chec a √©t√© clairement expliqu√©e √ un comit√© du Congr√®s √©tats-unien en juin 2004 par Adam Isacson, un analyste de longue date de la Colombie qui travaille pour le Center for International Policy bas√© √ Washington :

Ces derni√®res ann√©es en Colombie sont pleines d’histoires d’offensives militaires soi-disant r√©ussies. Le mod√®le est connu : des milliers de militaires d√©ferlent sur un bastion de la gu√©rilla, les gu√©rilleros offrent une r√©sistance minimale et se retirent dans la jungle. Les troupes restent quelques semaines, voire m√™me quelques mois, mais le gouvernement colombien ne consacre aucune ressource pour amener le reste du gouvernement dans la zone. Ils ne peuvent pas rester √©ternellement - et puisqu’ils agissent avec une impunit√© virtuelle, ce n’est pas toujours une mauvaise nouvelle pour les civils qui habitent dans la zone. Quand les militaires doivent finalement rentrer √ leur base, on voit pourtant qu’aucun changement n’a √©t√© fait pour installer des juges, des policiers, des professeurs, des docteurs, des constructeurs de routes, ni aucun autre service d’un gouvernement civil dont a besoin toute soci√©t√© et toute √©conomie pour fonctionner.

La r√©gion de la Macarena est un exemple parfait du processus d√©crit par Isacson. Cependant, cette histoire ne se r√©p√®te pas seulement depuis ces derni√®res ann√©es mais depuis un demi-si√®cle. Avec l’√©chec total du gouvernement pour m√™me essayer de fournir √ la population locale quelques services de base, ce sont les FARC qui ont pris en charge de remplir ce vide en aidant √ construire des routes, √ fournir l’√©lectricit√©, √ veiller au maintien de l’ordre, √ installer des juges et d’autres services publics qui sont traditionnellement assur√©s par l’Etat. Comme le fait remarquer un paysan local, ¬« quand les fermiers ou quelqu’un de leur famille tombe malade et qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter des m√©dicaments, ce sont les FARC qui leur donnent de l’argent pour acheter ce dont ils ont besoin ¬ ».

La population paysanne de la r√©gion de la Macarena ne voit aucune raison de faire confiance √ un gouvernement qui ne leur a rien offert si ce n’est la r√©pression, ou au mieux, un abandon total. En ao√ »t, le gouvernement s’est assur√© que cette m√©fiance se renforce en lan√ßant cette campagne de fumigation militaris√©e qui a rendu les enfants malades tout en d√©truisant des r√©coltes alimentaires essentielles pour les habitants. Une fois de plus, c’est la population civile qui a √©t√© victime de la strat√©gie de contre-insurrection du gouvernement. Pour la population paysanne locale, les seules personnes vers qui ils peuvent se tourner en cas de besoin, ce sont les gu√©rilleros, ce qui sape les tr√®s pr√©cieux objectifs de la contre-insurrection que le gouvernement devrait essayer d’atteindre : gagner les coeurs et les esprits des gens.

En fin de compte, il est peu probable que les fumigations √©liminent la culture de coca dans la r√©gion de la Macarena. Un pourcentage significatif des cultures a surv√©cu √ la pulv√©risation et beaucoup de celles qui ont √©t√© d√©truites seront simplement remplac√©es par de nouvelles. Parfois, ces replantations se feront sur les m√™mes terrains, parfois les paysans abattront plus d’arbres de la for√™t afin de pouvoir replanter. Mais comme l’a soulign√© un paysan, ¬« si vous commencez simplement √ abattre des arbres pour planter plus de cultures, les FARC vous condamneront √ une amende. Nous devons obtenir l’autorisation des gu√©rilleros pour pouvoir abattre des arbres de la for√™t. ¬ » Il n’est pas toujours facile d’obtenir cette autorisation, parce que les FARC tentent de trouver un √©quilibre entre le financement de leur r√©bellion par les cultures de coca, qui permettent aux paysans de vivre, et la ma√ģtrise de la destruction d’un des tr√©sors √©cologiques les plus pr√©cieux du pays.

Rien ne prouve que le gouvernement colombien soit dispos√© √ essayer de trouver un √©quilibre de son c√īt√© afin de mettre en place une strat√©gie de contre-insurrection plus globale. Tant que le gouvernement n’offrira pas aux paysans comme Cecilia autre chose que la r√©pression militaire, les populations locales des r√©gions telle que la Macarena continueront √ voir leur bien-√™tre social et leur survie comme inextricablement entrem√™l√©s aux FARC. Par cons√©quent, la violence continuera √ faire des ravages sur un autre tr√©sor national du pays : sa population.


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Source : Colombia Journal (www.colombiajournal.org), 3 septembre 2006.

Traduction : Rapha√« lle Barret, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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