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Equateur
Rafael Correa ram√®ne l’Equateur dans le camp progressiste

En promettant des investissements publics, la ren√©gociation de la dette et une r√©forme constitutionnelle, l’√©conomiste Rafael Correa a √©t√© facilement √©lu le dimanche 26 novembre √ la pr√©sidence de l’Equateur.

par Benito Pérez
16 janvier 2007

Il n’y a pas eu photo, le dimanche 26 novembre, en Equateur, entre l’entrepreneur n√©olib√©ral Alvaro Noboa et l’√©conomiste socialiste Rafael Correa. Selon des r√©sultats partiels, le candidat de la gauche √ la pr√©sidentielle se serait impos√© avec plus de quinze points d’avance [1]. Un net succ√®s qui ouvre la voie √ l’Assembl√©e constituante, principale proposition de M. Correa et de son jeune parti Alianza Pa√≠s, charg√©e de d√©mocratiser en profondeur ce petit Etat sud-am√©ricain.

Moins d’un an apr√®s la victoire d’Evo Morales en Bolivie, et quelques mois apr√®s les fortes pouss√©es de la gauche au P√©rou et en Colombie, ce succ√®s vient confirmer l’enracinement du courant progressiste dans les Andes sud-am√©ricaines. Bien que non-indig√®ne, le futur chef de l’Etat a √©t√© soutenu par l’immense majorit√© des Am√©rindiens, preuve en sont ses scores quasi sovi√©tiques obtenus en Amazonie, sur la Sierra et dans la capitale. Diff√©rent de la gauche ¬« europ√©anis√©e ¬ » qui domine au Br√©sil, en Uruguay et m√™me au Venezuela, le p√īle andin apporte sa richesse mill√©naire et communautaire au processus d’√©mancipation latino-am√©ricain.

Oublier Gutiérrez

Pour le mouvement social √©quatorien -l’un des premiers √ s’√™tre r√©volt√© avec force contre les politiques n√©olib√©rales- cette √©lection remet l’histoire sur ses rails. D√©j√ trois ans avant l’√©lection d’Evo Morales, la Conf√©d√©ration des nationalit√©s indig√®nes (CONAIE) avait facilement port√© son candidat favori √ la pr√©sidence. Mais son choix avait √©t√© malheureux, puisque l’ex-officier Lucio Guti√©rrez s’√©tait rapidement ralli√© aux dogmes du FMI.
Economiste s√©rieux, entour√© d’une √©quipe qu’on dit solide et comp√©tente, Rafael Correa para√ģt mieux arm√© pour tenir ses promesses. Cet ¬« ami personnel ¬ » d’Hugo Ch√°vez pourrait m√™me devenir l’alli√© cl√© du Venezuela et de la Bolivie dans la construction d’un bloc r√©gional autonome, capable de r√©sister ensemble aux diktats de Washington et des transnationales.

Suspendre le service de la dette ?

Dimanche, il a r√©affirm√© sans ambigu√Įt√© son refus d’un Trait√© de libre-√©change avec les Etats-Unis et son intention de ren√©gocier la dette ext√©rieure (11 milliards de dollars pour 12 millions d’habitants). Son futur ministre de l’Economie, Ricardo Pati√Īo, est d’ailleurs un chaud partisan de la suspension des remboursements, jusqu’√ ce qu’un accord soit trouv√© avec les cr√©anciers.

Rafael Correa, un social chr√©tien qui aime √ se d√©finir ¬« socialiste ¬ », s’est √©galement engag√© √ renforcer la soci√©t√© p√©troli√®re d’Etat Petroecuador et √ rejoindre l’OPEP (abandonn√©e en 1992). Il a en outre promis de ne pas renouveler la concession accord√©e jusqu’en 2009 aux Etats-Unis pour leur base militaire de Manta, point strat√©gique du Plan Colombie [2]...

On le voit, plus que la ti√®de √©lection du Nicaraguayen Daniel Ortega, le succ√®s de M. Correa est riche de promesses internationales.

Urgente Constituante

Au niveau interne, l’effort devrait d’abord porter sur l’instauration d’une Assembl√©e constituante, dont les contours demeurent encore flous. Or le temps presse : estimant le parlement d√©cr√©dibilis√© par la ¬« partitocratie ¬ », M. Correa avait refus√© de pr√©senter des candidats aux l√©gislatives et ne dispose donc d’aucune assise parlementaire.
Plus grave encore, dans un pays o√Ļ neuf citoyens sur dix affirment n’avoir aucune confiance dans leurs institutions [3], la r√©forme de l’Etat s’impose comme un pr√©alable incontournable √ tout projet de transformation sociale.

Tout aussi cruciale sera la r√©forme de la politique p√©troli√®re √ laquelle devra s’atteler le nouveau gouvernement. Avec le double souci, apparemment contradictoire, d’augmenter les royalties de l’Etat, tout en freinant les d√©g√Ęts caus√©s par l’extraction de l’or noir.
Pour ce qui est du premier volet, le gouvernement provisoire d’Alfredo Palacio, en place depuis la r√©volte de 2005, avait su montrer la voie. Sous l’impulsion de Carlos Pareja (le futur patron de Petroecuador), il s’√©tait attir√© les foudres de Washington, en cassant un contrat avec la multinationale Oxy et en relevant les pr√©l√®vements publics. En revanche, la dette environnementale et sociale reste enti√®re. On ne compte plus les communaut√©s indig√®nes d√©truites par les chercheurs d’or noir. Il n’y a malheureusement aucun paradoxe au fait que les deux r√©gions p√©troli√®res du pays soient aussi les plus pauvres.

72% de pauvres

Avec des institutions l√©gitim√©es et de nouveaux revenus, Rafael Correa pourra alors s’attaquer √ la principale industrie du pays : l’exportation d’immigrants ! Plus d’une centaine d’Equatoriens quittent quotidiennement leur pays pour fuir la pauvret√©. Septante-deux pour-cent [4] de ses habitants vivent avec moins de deux dollars par jour contre moins d’un sur deux dans les ann√©es 1970 !

Un ¬« cauchemar n√©olib√©ral ¬ », selon les mots de M. Correa, auquel il ne sera pas ais√© de mettre un terme. Depuis la ¬« dollarisation ¬ » de 2000, l’Equateur ne dispose m√™me plus du principal levier d’un Etat sur son √©conomie : la monnaie. Conscient du risque d’attaques mon√©taires s’il revenait au ¬« sucre ¬ », le leader d’Alianza Pa√≠s ne s’y hasardera pas ¬« durant les quatre prochaines ann√©es ¬ ».

Saign√© √ blanc

Pour l’heure, sa strat√©gie devrait se centrer sur la fiscalisation des mati√®res premi√®res et la r√©-allocation de ressources - aujourd’hui destin√©es au paiement de la dette - vers les secteurs productifs et sociaux. Ce n’est pas rien. Pr√®s de la moiti√© du budget de l’Etat - 2,8 milliards de dollars - est aujourd’hui consacr√© au service de la dette externe...

Le mandat de M. Correa s’annonce aussi prometteur que p√©rilleux. Apr√®s la calamiteuse trahison de Lucio Guti√©rrez, la gauche √©quatorienne ne se rel√®verait pas d’une nouvelle d√©ception.

Notes:

[1[NDLR] Rafael Correa a finalement reporté le second tour des élections présidentielles avec presque 57% des voix.

[2Plan militaire anti-drogue et anti-subversion mené depuis 1999 en Colombie par Washington et Bogota.

[3Rappelons que, depuis 1997, aucun pr√©sident √©lu n’est all√© au bout de son mandat...

[4Un chiffre √ mettre en balance avec les 10% d’Equatoriens qui per√ßoivent 41,6% du revenu national brut, selon le PNUD.


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Source : Le Courrier (www.lecourrier.ch), Gen√®ve, novembre 2006.

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