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Sous le parapluie bolivarien
L’internationale bolivarienne en Am√©rique du Sud
par Raul Pierri
10 septembre 2007

Un large √©ventail de groupes sociaux sud-am√©ricains brandissent le drapeau bolivarien du pr√©sident Hugo Chavez. Ils n’ont pas tous la m√™me approche et la plupart affirment ne pas recevoir d’appui financier de Caracas, mais tous disent chercher l’unit√© face au grand ennemi : Washington.

La ¬« r√©volution bolivarienne ¬ » impuls√©e par Chavez, sous l’√©tendard du Libertador Simon Bolivar, est consid√©r√©e par beaucoup comme la voie √ suivre qu’il reste √ la gauche latino-am√©ricaine apr√®s la chute de l’Union sovi√©tique en 1991.

Des syndicats et diverses organisations sociales font √©cho au discours de Chavez et promeuvent des mobilisations dans leurs pays pour l’accueillir, tandis que, depuis 2002, se reproduisent lesdits cercles bolivariens dont l’objectif est de diffuser dans la r√©gion l’exemple du processus v√©n√©zu√©lien.

L’opposition v√©n√©zu√©lienne affirme que ces cercles sont ¬« violents ¬ » et ¬« terroristes ¬ » et les accuse d’√™tre les bras arm√©s du gouvernement de Chavez pour √©tendre un processus arm√© en Am√©rique du Sud. Mais les membres de ces cercles, interview√©s par l’agence IPS, nient toute intention belliqueuse et assurent ne recevoir aucun soutien de Caracas.

L’information de la valise contenant presque 800 000 dollars non d√©clar√©s saisie le 4 ao√ »t √ Buenos Aires √ un passager d’un vol priv√© en provenance de la capitale v√©n√©zu√©lienne a fait circuler des rumeurs selon lesquelles les groupes bolivariens √©taient financ√©s par Caracas. Le gouvernement de Chavez a attribu√© l’incident √ une conspiration de Washington.

La mallette a √©t√© saisie par la douane de Buenos Aires, puisqu’elle contenait quasi 80 fois la somme maximum autoris√©e par les lois √ sortir du Venezuela et entrer en Argentine sans la d√©clarer. Cette affaire a laiss√© dans son sillage de nombreuses interrogations.

Bolivariens et kirchneristes

Le leader d’un mouvement argentin de travailleurs sans emploi, Luis D’Elia, sympathisant du gouvernement v√©n√©zu√©lien, a reconnu que ¬« de l’argent du chavisme ¬ » a financ√© des actes de masses dans son pays, mais a dit ignorer si Caracas appuyait des organisations particuli√®res.

En Argentine, ce sont des groupes de piqueteros sans emploi, qui bloquent les avenues pour protester pour le manque d’emploi, et qui sont maintenant partisans du gouvernement de Nestor Kirchner, qui organisent des mobilisations et des activit√©s publiques chaque fois que le chef d’√‰tat v√©n√©zu√©lien se rend dans le pays.

Les plus importants forment le Mouvement Libre du Sud (Movimiento Libre del Sur) dirigé par plusieurs ex-piqueteros qui occupent maintenant des postes dans le gouvernement de Kirchner.

L’agence IPS a essay√© de s’entretenir avec l’un d’eux, Isaac Rudnik, assesseur du Sous-secr√©tariat des Affaires latino-am√©ricaines du minist√®re des Relations ext√©rieures.

Au cours d’une conversation t√©l√©phonique, Rudnik a estim√© que la question sur le financement du mouvement √©tait ¬« hostile ¬ » et n’√©tait ¬« pas pertinente ¬ » et que la poser √©tait ¬« grossier ¬ » et ¬« irrespectueux ¬ ». Il a mis un terme √ la conversation.

Juan Gonzalez, dirigeant de la Centrale des Travailleurs de l’Argentine (CTA, Central de Trabajadores de la Argentina) et qui a particip√© √ l’organisation de plusieurs activit√©s chavistes, a confi√© √ IPS que beaucoup de groupes travaillent ¬« de mani√®re articul√©e ¬ » avec des ¬« mouvements sociaux du Venezuela ¬ ».

Mais il a affirm√© que la CTA ne recevait pas de fonds de Caracas et qu’elle est autonome. Il a dit ignorer les rumeurs selon lesquelles le gouvernement v√©n√©zu√©lien aurait donn√© de l’argent aux organisateurs d’une rencontre c√©l√©br√©e l’an pass√© √ Buenos Aires en pr√©sence de Chavez, alors que le chef d’√‰tat √©tats-unien, George W. Bush se trouvait en visite en Uruguay.

¬« Nous participons √ des ‘Misiones’ (des programmes sociaux v√©n√©zu√©liens) comme ‘Yo s√≠ puedo’ ou l’ ‘Op√©ration Milagro’ (programmes d’alphab√©tisation et de soins oculaires) et nous travaillons maintenant dans des projets productifs entre coop√©ratives et organisations territoriales ¬ », a-t-il indiqu√©.

Internationalisme revisité

A l’instar des pays socialistes du XXe si√®cle, le gouvernement v√©n√©zu√©lien accueille et finance une multiplicit√© de rencontres, comme le Forum social mondial qui s’est tenu √ Caracas en 2006.

Le Centre international Miranda [1], une sorte d’institut politique, organise avec l’argent public des forums, des √©tudes, la publication d’ouvrages et d’autres activit√©s en invitant fr√©quemment des personnalit√©s et des groupes de l’√©tranger.

Chavez et les siens appuient aussi le Congr√®s bolivarien des peuples (Congreso Bolivariano de los Pueblos), qui rassemble toutes sortes d’organisations politiques et sociales de gauche.

Le Congr√®s coordonne des luttes contre le libre-√©change et en faveur de l’Alternative Bolivarienne des Am√©riques (ALBA, Alternativa Bolivariana de las Am√©ricas). Ses membres assurent qu’ils financent leurs activit√©s par des contributions de leurs propres organisations.

L’ALBA a adopt√© en avril un m√©canisme pour incorporer des organismes sous-nationaux (provinces, municipalit√©s) et se faire accompagner de mouvements sociaux, avec des repr√©sentants choisis ad hoc. [2]

En Bolivie, l’appui v√©n√©zu√©lien est direct et tr√®s fort envers le gouvernement. Le pr√©sident Evo Morales lui-m√™me g√®re, et distribue les dons d’environ 120 millions de dollars, une somme qui d√©passe l’assistance financi√®re annuelle des Etats-Unis.

A la diff√©rence d’autres sources, l’aide v√©n√©zu√©lienne arrive sans autre formalit√© et cette flexibilit√© a permis √ Morales d’octroyer environ 30 millions de dollars provenant de ces dons √ des gouvernements municipaux indig√®nes et pauvres.

Les ressources ne sont pas inscrites au programme annuel d’investissements publics.

Une source gouvernementale a inform√© IPS que les 30 millions de dollars ne sont qu’un premier versement et que, apr√®s la pr√©sentation de nouveaux projets municipaux, Caracas approuvera le versement d’une autre partie des ressources appel√©es les ¬« ch√®ques v√©n√©zu√©liens ¬ » au niveau municipal.

Selon le parlementaire C√©sar Navarro, du Mouvement vers le socialisme (MAS) –actuellement au gouvernement -, ¬« l’aide est inconditionnelle ¬ ».

¬« C’est la solidarit√© et la diplomatie des peuples en action, qui reconna√ģt les formes politiques de chaque pays, leur syst√®me d√©mocratique ¬ », a-t-il ajout√©.

Près de Bolivar et loin de Bachelet

Au Chili, il existe plus de 30 ¬« cercles ¬ », ¬« collectifs ¬ », ¬« comit√©s ¬ » et ¬« mouvements ¬ » consid√©r√©s comme bolivariens, selon Roberto Mu√Īoz, dirigeant de la section chilienne du Congr√®s bolivarien des peuples.

Ils sont apparus il y a √ peu pr√®s trois ans comme organisations de quartier pour coordonner les voyages des Chiliens b√©n√©ficiaires du programme d’op√©rations chirurgicales contre les cataractes, l’Op√©ration Milagro [3]. Avec le temps, chaque groupe a cr√©√© sa propre structure et organis√© des activit√©s culturelles et de solidarit√© avec tous les ¬« gouvernements bolivariens ¬ ».

Ils soutiennent √©galement des mobilisations sociales chiliennes, comme celles du peuple indig√®ne mapuche. Par contre, ils n’ont pas de relation avec le gouvernement de la socialiste Michelle Bachelet.

Leur objectif est de r√©aliser le r√™ve bolivarien de l’int√©gration des r√©publiques latino-am√©ricaines, a indiqu√© Mu√Īoz, militant en outre du Mouvement Patriotique Manuel Rodriguez (MPMR, Movimiento Patriotico Manuel Rodriguez).

Luis Vega, coordinateur du Cercle bolivarien Santiago Arce de La Serena, d√©finit les cercles comme des ¬« instruments de lutte ¬ ».
L’activiste entrevoit l’Am√©rique latine comme une future ¬« conf√©d√©ration de r√©publiques ¬ », o√Ļ l’on privil√©gie l’int√©gration politique, √©conomique, sociale et culturelle, tout en respectant les diff√©rences.

Vega affirme qu’ils ne re√ßoivent pas d’argent du gouvernement de Chavez et qu’ils sont uniquement en contact avec l’ambassade du Venezuela pour coordonner les voyages de l’Operaci√≥n Milagro et l’octroi de bourses √©tudiantes.

Uruguayens sans valise

En Uruguay, il existe au moins sept cercles bolivariens, autonomes les uns des autres.

L’¬« objectif est d’analyser √ fond et de vivre de pr√®s le processus bolivarien pour en extraire des exp√©riences et promouvoir la participation d√©mocratique des citoyens ¬ », a expliqu√© √ IPS le dirigeant syndical Otto Radiccioni, du Cercle bolivarien Jos√© Gervasio Artigas.

¬« Nous sommes des apprentis et notre objectif est de confronter des exp√©riences ¬ ».

Les Uruguayens ont des contacts avec l’ambassade v√©n√©zu√©lienne mais sont ind√©pendants aux niveaux financier et organisationnel, affirme-t-il.

¬« Il n’y a pas de r√®glement qui r√©gisse les cercles et nous avons une organisation horizontale, tr√®s participative. Parfois, il y a m√™me un manque de coordination √ cause de cela ¬ », pr√©cise-t-il.

Les Bolivariens uruguayens mettent l’accent sur la participation citoyenne, ¬« √ un moment o√Ļ de nombreuses exp√©riences de socialisme traditionnel sont d√©pass√©es ¬ », explique Radiccioni.

¬« Nous devons nous souder d’en bas. Il n’y a pas de solutions particuli√®res pour chaque pays. M√™me si les conditions, les d√©lais et les rythmes de chaque nation latino-am√©ricaine ne sont pas les m√™mes, ils ont des probl√®mes communs comme la dette, la d√©pendance et les difficult√©s de d√©veloppement ¬ », a dit √ IPS Raul Campanella, du Cercle bolivarien d’Uruguay.

¬« Nous ne sommes pas li√©s √ des processus arm√©s ni √ des conspirations ou √ des plans pour dresser des obstacles dans les relations entre √‰tats. Nous ne participons √ aucune aventure ou provocation. Nous avons montr√© √™tre un groupe responsable et s√©rieux. Il n’y a ni valise ni argent. Nous sommes transparents ¬ », souligne-t-il.

Pendant ce temps, au Venezuela, lesdits cercles bolivariens qui agissaient comme des brigades de chocs dans certaines villes aux moments des plus grandes confrontations, se sont dissous en silence il y a environ deux ans.

Il n’y a pas non plus √ Caracas d’articulation institutionnalis√©e avec les bolivariens latino-am√©ricains. Le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) lui-m√™me, au sein duquel Chavez veut int√©grer tous les secteurs pro-gouvernementaux, est encore en formation.

Cet article a été écrit en collaboration avec Marcela Valente (Argentine), Franz Chávez (Bolivie), Daniela Estrada (Chili) et Humberto Márquez (Venezuela), tous correspondants de IPS.

Notes:

[1http://centrointernacionalmiranda.g...

[2¬« A la r√©union r√©alis√©e au Venezuela, a √©t√© cr√©√© un Conseil des mouvements sociaux, int√©gr√© √ la structure de l’ALBA, qui dispose √©galement d’un Conseil des pr√©sidents et d’un Conseil des ministres. Les mouvements sociaux de chaque pays du continent discuteront de l’ALBA et de tous les th√®mes qu’ils d√©sirent inclure dans l’agenda des d√©bats et dans la construction d’une nouvelle Am√©rique latine post-n√©olib√©rale, en d√©finissant ses formes concr√®tes de participation, dans une r√©union pr√©alable √ la prochaine rencontre des pr√©sidents, pr√©vue en principe en d√©cembre en Bolivie ou √ Cuba. ¬ »
Extrait de Emir Sader, L’ALBA : du r√™ve √ la r√©alit√©, ALAI, Am√©rica Latina en Movimiento / RISAL, juillet 2007.

[3Caracas et La Havane ont mis en route l’op√©ration ¬« Milagro ¬ » (¬« miracle ¬ »), c’est-√ -dire un programme de soins gratuits pour les Latino-am√©ricains et Carib√©ens qui souffrent de gros probl√®mes oculaires.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : IPS Noticias (http://ipsnoticias.net), ao√ »t 2007.

Traduction : Fr√©d√©ric L√©v√™que, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).


GLOSSAIRE

Bolivar, Simon / Simon Bolivar

Simon Bolivar (1783-1830), g√©n√©ral et homme politique v√©n√©zu√©lien, patriote, leader des guerres d’ind√©pendance des colonies espagnoles d’Am√©rique du Sud.(...)

Centrale des Travailleurs argentins / C.T.A.

La Centrale des travailleurs argentins est n√©e en 1991 de la scission d’un groupe de syndicats appartenant √ la CGT p√©roniste (...)

Misiones

Les ¬« missions ¬ » sont les programmes sociaux d’alphab√©tisation, de sant√© et d’√©ducation notamment, lanc√©s par le gouvernement v√©n√©zu√©lien √ partir de 2003.

Mouvement vers le socialisme (MAS)

Le Mouvement vers le Socialisme - Instrument politique pour la souverainet√© des peuples (MAS-IPSP) est un parti politique de gauche bolivien n√© en 1996 et dont le leader historique est l’actuel pr√©sident de la Bolivie : Evo Morales. (...)