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Le Venezuela √ la crois√©e des chemins

Apr√®s 40 jours d’une " gr√®ve " insurrectionnelle patronale, les secteurs en lutte arrivent peu √ peu √ une sorte de point de non-retour d’o√Ļ ils devront prendre des d√©cisions finales. M√™me s’il lui reste quelques ressources et du temps, celui qui est le plus mal en point est le secteur patronal/bureaucratique. Soit ceux-l√ m√™mes qui avaient appel√© √ cette " gr√®ve " pro-imp√©rialiste et qui ont d√ » utiliser, d√®s le troisi√®me jour de leur action, des actes de sabotage et de terrorisme afin de tenter de renverser le gouvernement pr√©sid√© par Hugo Chavez.

par Stalin Perez Borges
12 janvier 2003

Pour les repr√©sentants des organisations politiques, syndicales et d’ONG qui se regroupent au sein de la Coordination "d√©mocratique" oppositionnelle, ces derniers jours ont √©t√© pour le moins angoissants et d√©sesp√©rants. Malgr√© l’appui permanent des m√©dias priv√©s, ils appellent √ de multiples activit√©s d√©sesp√©r√©es qui sont imm√©diatement battues en br√®che par la pr√©sence de centaines et de milliers d’hommes et de femmes qui s’opposent √ leurs actions.

Dans de nombreux rassemblements de ce genre, on entend de plus en plus fréquemment des déclarations telles que "Moi, je ne suis pas chaviste, mais on ne peut pas laisser passer sans rien faire ce que font ces canailles".

Ce large sentiment de rejet √ l’encontre des m√©thodes et des actions de l’opposition putschiste provient avant tout des diff√©rents r√©seaux d’organisations, des cercles bolivariens et des nouveaux types d’organisations qui sont en train de surgir. Car dans de nombreuses circonstances, les organisations traditionnelles existantes qui appuient le gouvernement n’offrent pas la riposte appropri√©e et n√©cessaire.

A chaque manifestation ou rassemblement appel√© par l’opposition r√©pondent des manifestations et des rassemblements parall√®les organis√©s par les partis et les cercles bolivariens qui appuient le gouvernement. Il s’agit d’emp√™cher l’opposition d’aller au-del√ de leur objectif pr√©vu ou bien de lui interdire d’occuper un espace appartenant aux secteurs chavistes. C’est dans un tel contexte qu’ont eu lieu les √©v√©nements du 03 janvier dernier o√Ļ un groupe de chavistes a pu emp√™cher que l’opposition transgresse les limites autoris√©es pour leur marche, √ savoir les installations militaires o√Ļ a √©t√© mis en √©tat d’arr√™t depuis le 30 d√©cembre l’unique putschiste emprisonn√© depuis le coup d’Etat manqu√© du 11 avril 2002.

A la pointe du processus d’auto-organisation, on trouve de nouvelles formes d’organisations sociales et les assembl√©es populaires ; telles que celles des usagers du gaz et de l’essence, celles de ceux qui poss√®dent des comptes bancaires, celles des parents d’√©l√®ves, d’enseignants, celles des quartiers populaires.

Cette auto-organisation permet d’assurer la distribution √©quitable de l’essence et du gaz liquide ; de d√©fendre les consommateurs ; de r√©pondre aux urgences ; de d√©fendre les libert√©s d√©mocratiques dans les quartiers populaires. Ce sont elles qui garantissent la r√©ouverture des √©coles et qui r√©alisent des actions contre les appels √ la "d√©sob√©issance civile" dans le non-paiement des imp√īts.

Parmi ces nouvelles formes d’auto-organisation se d√©tachent particuli√®rement celles en faveur de l’entreprise p√©troli√®re nationale PDVSA ; celles des travailleurs p√©troliers et les assembl√©es populaires.

Quotidiennement, et dans tous les coins du pays, sont organis√©s des forums intitul√©s "PDVSA de l’int√©rieur" auxquels assistent des milliers de personnes et o√Ļ l’on informe sur le fonctionnement de cette entreprise. On y d√©nonce √©galement les plans de l’opposition visant √ privatiser l’entreprise en faveur des int√©r√™ts de l’imp√©rialisme.

Les nouvelles organisations des travailleurs du secteur p√©trolier sont en train d’appliquer le contr√īle ouvrier dans PDVSA : les revenus et les d√©penses du personnel, la production et la distribution sont ainsi contr√īl√©s. Dans les faits, ces organisations se substituent aux syndicats ou aux dirigeants syndicaux bureaucratiques ou bien renforcent ceux qui soutiennent le processus bolivarien.

Les assembl√©es populaires rassemblent diff√©rentes cat√©gories de travailleurs et c’est en leur sein que sont programm√©s le fonctionnement des √©coles, des lyc√©es, des universit√©s, des march√©s populaires et les nouvelles activit√©s √ mener afin de vaincre la gr√®ve insurrectionnelle patronale.

Ces derniers jours, des appels sont lanc√©s pour que ces assembl√©es se transforment en constituantes par secteurs. Le pr√©sident Chavez lui-m√™me a appel√© les assembl√©es populaires universitaires √ devenir des constituantes capables d’√©lire les nouvelles autorit√©s universitaires, √©tudiantes et syndicales et capables √©galement √ partir de l√ d’√©laborer de nouveaux programmes d’√©tudes. Jusqu’√ pr√©sent, de telles constituantes n’ont pas encore √©t√© r√©alis√©es, mais Chavez, lors de ses trois derni√®res interventions t√©l√©vis√©es, a insist√© pour qu’elles se tiennent.

Tandis que ces processus d’auto-organisation se r√©pandent parmi les travailleurs et les masses populaires, les secteurs responsables de la gr√®ve insurrectionnelle, qui sont aujourd’hui reconnus comme fascistes et putschistes du fait de leur √©vidente volont√© d’appliquer de telles m√©thodes, subissent √©galement des pressions internes.

Des entreprises importantes ont ainsi recommenc√© √ fonctionner [1]. Pour la semaine du 13 janvier, beaucoup d’entreprises ont annonc√© qu’elles r√©ouvriraient leurs portes, √ tel point que la fameuse "offensive" lanc√©e par Fedecameras (le syndicat patronal) et la Coordination "d√©mocratique", ressemble bien malgr√© eux de plus en plus √ de la "d√©fensive".

Les pertes - chiffr√©es √ plusieurs millions - endur√©es par les patrons et les commer√ßants pour ne pas avoir voulu produire et vendre leurs produits au cours de ces longues journ√©es conspiratrices ; l’impuissance dans laquelle ils se trouvent du fait de l’absence de r√©sultats de la Table de N√©gociation et d’Accord, et enfin, face √ l’√©vidence que les secteurs bolivariens restent inflexibles, tous cela m√®ne l’opposition au d√©sespoir. Le fait qu’ils poursuivent leurs appels √ manifester ne doit pas tromper ; ils tentent de d√©montrer vainement qu’ils leur restent beaucoup de forces. Ils concentrent aujourd’hui leur propagande et agitation afin d’imposer un r√©f√©rendum consultatif (qu’ils veulent √©videmment "r√©vocatoire") √ l’encontre du pr√©sident pour le 02 f√©vrier prochain.

Au cours de cette semaine, des secteurs de l’opposition ont impuls√© des actions violentes, des actes terroristes et fascistes tels que le lancement d’une grenade √ fragmentation contre l’ambassade d’Alg√©rie, des concerts de klaxons contre des d√©l√©gations √©trang√®res (dans la nuit du samedi 11 janvier, une d√©l√©gation commerciale iranienne et irakienne a √©t√© attendue et "klaxonn√©e") et quelques jours auparavant, ils avaient protest√© devant l’ambassade du Br√©sil.

Le gouvernement, quant √ lui, semble d√©cid√© √ appuyer sur l’acc√©l√©rateur. Diff√©rents √©v√©nements publics ont √©t√© organis√©s, qui ont tous compt√© avec une assistance massive, et il encha√ģne avec fr√©quence des apparitions t√©l√©vis√©es et radiophoniques. Chavez a √©galement durci son discours et cela car il compte suffisamment de force et parce qu’il s’agit √©galement de r√©pondre aux critiques de plus en plus dures des masses √ l’encontre de l’insupportable impunit√© des putschistes.

D’importants secteurs de la population exigent en effet que l’on punisse enfin les responsables des actes de sabotage dans PDVSA car ce sont eux les responsables des p√©nuries d’essence, de gaz et de certaines denr√©es. Ils exigent √©galement que l’on prenne des mesures contre les banques, qui ont fait gr√®ve pendant 48 heures (la moiti√© de ce temps en r√©alit√©) et qui imposent des horaires d’ouverture r√©duits de 9 √ 12 heures. Ils exigent de plus un contr√īle sur les messages des m√©dias t√©l√©vis√©s ; l’arrestation de Carlos Ortega, pr√©sident du syndicat corrompu CTV ; de Carlos Fernandez, pr√©sident de Fedecameras et de Juan Fernandez, l’un des principaux g√©rants de PDVSA. Ces revendications sont souvent √©lud√©es par les fonctionnaires du gouvernement qui se rejettent l’un sur l’autre la responsabilit√© de leur non-accomplissement.

Le gouvernement n’√©lude pas seulement sa responsabilit√© de ch√Ętier les putschistes par pure l√Ęchet√©. Beaucoup savent que pour accomplir les exigences des masses, ils devront aller beaucoup plus loin que la simple arrestation de quelques oppositionnels. Il faudra notamment nationaliser les banques, fermer certains m√©dias et mettre sous contr√īle une grande quantit√© d’entreprises, ce qui impliquera ainsi un affrontement ouvert contre l’imp√©rialisme, l’OEA et le FMI. Chavez lui-m√™me, d’une certaine fa√ßon, a exprim√© cette crainte lorsque, dans son discours du samedi 11.01.03 √ l’Assembl√©e Nationale "en d√©fense de l’enseignement et des droits des enfants et des adolescents", il interpella les oligarques (la bourgeoisie) en leur disant qu’ils ne "savaient pas dans quel probl√®me ils s’√©taient mis" car ce sont leurs actions qui ont fait que "le peuple s’est r√©veill√©".

La question aujourd’hui n’est pas de s’opposer √ un gouvernement capitaliste, bien qu’il se proclame "humaniste" et d’une r√©volution bas√©e sur un programme dont l’essence est r√©sum√©e par la Constitution bolivarienne. Il s’agit au contraire pour ceux qui se d√©clarent socialistes et r√©volutionnaires, dans ces heures cruciales o√Ļ s’affrontent des secteurs nationalistes, populaires et d√©mocratiques d’une part contre des secteurs pro-imp√©rialistes et fascistes de l’autre, de combattre avec √©nergie ces derniers. Mais le fait d’√™tre ensemble avec les secteurs d√©mocratiques et nationalistes ne doit pas faire taire nos objectifs, notre programme, ni hypoth√©quer notre ind√©pendance politique. Dans la crois√©e des chemins actuels, les r√©volutionnaires v√©n√©zu√©liens doivent tester jusqu’√ quels niveaux de conscience et d’actions peuvent aller les travailleurs, les classes moyennes et les secteurs populaires qui luttent aujourd’hui avec h√©ro√Įsme contre les secteurs putschistes, fascistes et pro-imp√©rialistes.

u cours des prochaines semaines, beaucoup de revendications et d’exigences vont se rajouter √ celles qui √©mergent d√©j√ . Les militants des organisations de classe et r√©volutionnaires doivent √™tre au premier rang pour les poser. Du fait des difficult√©s √©conomiques g√©n√©r√©es par le sabotage de PDVSA, l’exigence fondamentale devrait √™tre le non-payement ou le moratoire sur la dette ext√©rieure. Impulser cette campagne sera un √©l√©ment cl√© pour faire avancer le processus et pourrait aider √ regrouper les secteurs r√©volutionnaires et socialistes qui continuent √ √™tre divis√©s au Venezuela.

Notes:

[1Valencia, Etat du Carabobo, d’importantes entreprises sid√©rurgique et d’alimentation ont d√©j√ r√©ouvert telles que Kraf, Mavesa, Inlaca, Rualca, Gabriel, Danaven, SH Fundiciones, Covendisa, Rudeveca et Goodyear.


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Traduction : Ataulfo Riera, pour le RISAL.

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