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Paradoxes
Les chiffres de la guerre en Colombie
par Fredy Mu√Īoz Altamiranda
22 janvier 2008

Les statistiques et les budgets mettent en √©vidence aujourd’hui une bonne s√©rie de paradoxes de la guerre en Colombie.

Fin 2007, on a pris connaissance du document ¬« Algunas consideraciones cuantitativas sobre la evoluci√≥n reciente del conflicto en Colombia ¬ » (¬« Quelques consid√©rations quantitatives sur l’√©volution r√©cente du conflit en Colombie ¬ ») [1], des chercheurs Jos√© Fernando Isaza Delgado et Di√≥genes Campos Romera.

L’√©tude est une actualisation du rapport ¬« Modelos din√°micos de guerra ¬ » (¬« Mod√®les dynamiques de guerre ¬ »), √©crits par les m√™mes auteurs en 2004 et qui m√©ritait d’√™tre mise √ jour aujourd’hui, parce qu’Isaza et Campos consid√®rent que leurs conclusions initiales sont renforc√©es.

La plus importante de ces conclusions pourraient √™tre le co√ »t de la guerre pour les Colombiens. Je fais r√©f√©rence au co√ »t strictement financier, puisque c’est la principale caract√©ristique du document.

Selon Isaza et Campos, en Colombie, on d√©pense aujourd’hui dans la guerre 22,21 billions de pesos [2], soit 6,5% du Produit Int√©rieur Brut (PIB), qui repr√©sente le total des revenus du pays. Ce PIB est √©valu√© en 2007 √ 351,2 billions de pesos, en sachant que des billions en pesos sont des millions de millions et qu’un million de pesos correspond √ environ 500 dollars.

Ces chiffres sont plus qu’une simple donn√©e si on les regarde en perspective : les Etats-Unis, qui maintiennent deux fronts de guerre actifs, en Irak et en Afghanistan, et financent √ coups de millions des appareils militaires comme ceux, entre autres, d’Isra√« l, du Pakistan et de la Colombie, consacre 4,04% de leur PIB aux d√©penses militaires.
Et en ce qui concerne les pays de l’Union europ√©enne qui font partie de l’OTAN, les d√©penses militaires arrivent dans les cas les plus extr√™mes √ 2% de leur PIB.

Rien n’indique une r√©duction dans le futur. Le rapport fait remarquer que ¬« cependant, les d√©penses militaires √©lev√©es de 2007 conna√ģtront une croissance en 2008, d√©passant la proportion du PIB de toute l’histoire enregistr√©e au XXe si√®cle ¬ ».

Dans le pass√©, au-del√ du fait de vivre un conflit social et arm√© qui connu une aggravation √ partir de l’assassinat du candidat pr√©sidentiel Jorge Eli√©cer Gait√°n en 1948, la Colombie s’affronta militairement au P√©rou en 1934. A l’√©poque, les d√©penses militaires se montaient √ 3% du PIB.

Post√©rieurement, entre 1974 et 1991, durant quasi trois d√©cennies d’ ¬« √©tat de si√®ge ¬ » ou de suppressions des garanties constitutionnelles par l’aggravation du conflit social et arm√© interne, √ une √©poque de dictatures sur le continent, les d√©penses militaires colombiennes √©taient inf√©rieures √ 2%. Avant, en 1970, elles avaient augment√© jusqu’√ 3,2% par l’achat de nouveaux fusils de type G-3 pour la force publique et l’acquisition d’avions supersoniques ¬« Mirage ¬ ».

Le m√™me rapport estime qu’il est ¬« int√©ressant ¬ » de mentionner que durant ladite ¬« dictature ¬ » du g√©n√©ral Gustavo Rojas Pinilla, entre 1954 et 1957, on enregistra en Colombie un des plus bas niveau de d√©penses militaires, 1,5% du PIB.

Pays policier

Avec de telles d√©penses, en augmentation, ce sont les budgets sociaux qui sont sacrifi√©s, les revenus du pays n’augmentant pas. Aujourd’hui, les d√©penses militaires sont √©gales au total des d√©penses en mati√®re de sant√©, d’√©ducation et d’assainissement environnemental.

Selon les √©tudes de personnalit√©s comme, notamment, Pedro Medell√≠n et l’√©conomiste conservateur Juan Camilo Restrepo, en 2008, des 566 084 postes publics que l’√‰tat financent avec le budget central, 459 687 seront occup√©s par des serviteurs publics assign√©s √ des t√Ęches de d√©fense, de s√©curit√© et de police. Cela repr√©sente 81,2% des fonctionnaires publics colombiens.

Le gouvernement a √©valu√© ses d√©penses totales √ 3,56 billions de pesos pour cette ann√©e, mais 2,3 billions, c’est-√ -dire 65%, seront destin√©s √ acheter de l’√©quipement militaire.

Dans ces d√©penses, pour chaque peso assign√© par le gouvernement central, le minist√®re de la D√©fense destine 47 centimes, 47%, au paiement des pensions des militaires qui, durant les ann√©es d’¬« √©tat de si√®ge ¬ », plus de deux d√©cennies √ partir des ann√©es 70, ont exerc√© leur fonction sous la r√®gle du 2X1, c’est-√ -dire un an de temps chronologique compt√© comme deux ans de service.

Guerre ¬« √ la Pyrrhus ¬ »

En Colombie, pour chaque gu√©rillero des Forces Arm√©es R√©volutionnaires de Colombie (FARC-EP), de l’Arm√©e de lib√©ration nationale (ELN, sigles en espagnol) et d’autres groupes de moindre importance, il y a 15,5 militaires qui participent √ la guerre. Ce chiffre ¬« tend √ augmenter ¬ », affirme le rapport.

A ses d√©buts, en 2002, le gouvernement d’Alvaro Uribe V√©lez publia le chiffre de 20 600 rebelles de toutes les forces pr√©sentes en Colombie. Aujourd’hui, les rapports du minist√®re de la D√©fense rendent compte de 50 464 gu√©rilleros hors de combat, c’est-√ -dire abattus, captur√©s et d√©mobilis√©s.

Le rapport dit que ¬« l’on observe que le nombre de gu√©rilleros hors de combat est sup√©rieur au double du nombre initial de combattants r√©guliers ¬ ». On calcule donc que pour 100 subversifs hors de combat, la gu√©rilla a r√©ussi, au cours de la ¬« p√©riode Uribe ¬ » √ incorporer 84 nouveaux combattants, ¬« ce qui s√®me le doute sur l’efficacit√© de la lutte ¬ », conclue-t-il.

Si l’on prend le total des gu√©rilleros hors de combat durant la ¬« p√©riode Uribe ¬ » 2002-2007, on obtient 9 565 combattants. Si l’on croit la somme que le minist√®re de la D√©fense dit consacrer √ la lutte contre-insurrectionnelle, 30% de son budget, c’est-√ -dire 5,9 billions de pesos, ¬« le co√ »t par gu√©rillero mis hors de combat a √©t√© de 616 millions de pesos ¬ ».

Selon les conclusions des organismes de s√©curit√© eux-m√™mes, qui rendent compte de l’incorporation de 84 nouveaux combattants √ la gu√©rilla pour 100 qui en ¬« sortent ¬ », le co√ »t d’un gu√©rillero mis hors de combat atteindra, dans une p√©riode imm√©diate de quatre ans, un montant entre 1 000 et 1 500 millions de pesos.

Sortie politique

La r√©cente lib√©ration de Consuelo Gonz√°lez et de Clara Rojas, par l’interm√©diaire du pr√©sident v√©n√©zu√©lien Hugo Ch√°vez et de la s√©natrice Piedad C√≥rdoba, a relanc√© le d√©bat sur la n√©cessaire solution politique au conflit social et arm√© colombien.

De son c√īt√©, Chavez invite Marulanda – le principal dirigeant des FARC - √ penser √ int√©grer la gu√©rilla au jeu politique l√©gal, une proposition que ne doit pas r√©sonner tr√®s bien au sein du groupe gu√©rillero de par son exp√©rience de plus de six mille dirigeants politiques de l’Union patriotique assassin√©s, apr√®s l’accord avec le gouvernement du conservateur Belisario Betancur sur la cr√©ation de feu la plate-forme de participation populaire.

Au niveau international, la proposition de cr√©er une nouveau ¬« groupe de Contadora ¬ » pour le cas colombien a cela d’important qu’elle internationalise le conflit. Mais, selon moi, cette proposition passe par deux d√©bats : que les Etats-Unis adh√®rent √ une telle initiative et agissent autrement qu’avec le premier ¬« Groupe de Contadora ¬ », ou ¬« Groupe des huit ¬ », ou ¬« Groupe de R√≠o ¬ ». Et qu’Uribe et ses conseillers finissent par reconna√ģtre qu’il existe en Colombie un conflit et pas une guerre entre bandes contre l’√‰tat.

Parce que malgr√© toute la clart√© que les chiffres de ce rapport peuvent apporter pour comprendre l’ampleur du cauchemar guerrier colombien, les auteurs du rapport ont conclu que ¬« les chiffres cit√©s sont bien difficiles √ expliquer dans un pays qui, officiellement, n’a ni conflit interne, ni conflit externe ¬ ».

Notes:

[1[NDLR] Rapport disponible en ligne : http://www.dhcolombia.info/IMG/pdf_...(22 janvier 2008).

[2[NDLR] 1 euro √©quivaut plus ou moins √ 2 850 pesos colombiens.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : Rebeli√≥n (http://www.rebelion.org), janvier 2008.

Traduction : Fr√©d√©ric L√©v√™que, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

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