| Rťseau d'information et de solidaritť avec l'Amťrique latine |
http://www.risal.info/spip.php?article305

Venezuela : chronique de morts annonc√©s

Il y a pr√®s de deux heures, comme pr√©vu, ont eu lieu des tirs de "francs-tireurs" non identifi√©s contre des opposants qui accompagnent les militaires insurg√©s de la Plaza Francia, au coeur du quartier hupp√© d’Altamira, √ Caracas. On compterait deux morts et six bless√©s. En plein prime time, au moment o√Ļ Carlos Ortega r√©clamait en direct et sur toutes les cha√ģnes de t√©l√©vision l’intervention au V√©n√©zu√©la de l’Organisation des Etats Am√©ricains ces images ont surgi sous le titre "Massacre √ Altamira". L’ensemble des m√©dias transmet en direct et en cha√ģne cet √©v√©nement, accusant Hugo Chavez d’assassin.

par Thierry Deronne , Maximilien Arvelaiz , Paul-Emile Dupret
6 décembre 2002

L’opposition ayant √©chou√© √ r√©unir une base sociale pour sa "gr√®ve g√©n√©rale" il ne lui restait plus qu’√ fomenter la violence pour pouvoir accuser Chavez de r√©pression. D√©j√ en avril 2002, les victimes de francs-tireurs, attribu√©es aussit√īt √ Chavez par la Maison Blanche, avaient servi de pr√©texte √ un coup d’ Etat. Cette fois, incapables d’obtenir l’appui de l’arm√©e, les m√™mes secteurs cherchent √ r√©unir les conditions d’une intervention internationale, le but √©tant le m√™me : chasser du pouvoir un pr√©sident d√©mocratiquement √©lu, mais qui g√™ne les int√©r√™ts actuels de l’administration Bush .

Le p√©trole (mis √ part l’√©volution politique r√©cente de l’Am√©rique Latine) est un mobile majeur de cette longue lutte, m√©diatique, politique, et √©conomique contre l’administration Chavez, qui a √©t√© le signe avant-coureur de l’√©mergence en Am√©rique Latine d’une nouvelle vague progressiste, incarn√©e r√©cemment par l’√©lection de Lula au Br√©sil et de Gutierrez en Equateur.

Qu’elle ait √©t√© anipul√©e directement ou indirectement par les agences de presse dominantes, la matrice journalistique mondiale depuis un mois √©tait l’image d’un pays "ingouvernable, coup√© en deux, et d’un Chavez autoritaire, r√©pressif". Depuis plusieurs semaines la rumeur courait de l’irrespect par le Venezuela de ses obligations p√©troli√®res, ce qui rel√®ve directement des int√©r√™ts nationaux des Etats-Unis, L’√©ditorial du Washington Post du vendredi 29 novembre √©tait √©difiant √ cet √©gard, pressant le gouvernement Bush d’intervenir "avant qu’il ne soit pas trop tard". Rumeur devenue r√©alit√© depuis deux jours avec le refus d’un capitaine de cargo, malgr√© l’opposition de l’ ensemble de son √©quipage de rejoindre le port. Aux yeux du monde entier, le gouvernement du V√©n√©zu√©la semble donc perdre le contr√īle de la situation. Les morts de ce soir ne font que renforcer ce sentiment.

Nous l’avions indiqu√© il y a deux jours dans la lettre que vous avez re√ßu en m√™me temps que le s√©nateur belge Jean Cornil ou le maire fran√ßais Georges Sarre : l’opposition ne cherchait plus qu’une chose, cr√©er ce ou ces morts pour passer √ l’√©tape suivante. Un sc√©nario qu’avait d√©j√ pu analyser, photos √ l’appui, Maurice Lemoine, envoy√© du Monde Diplomatique, pr√©sent √ Caracas en avril 2002 au moment du coup d’Etat.

Un coup d’Etat m√©diatique d√©j√° pass√© dans les annales, mais dont on sait peu qu’il a continu√© de plus belle, en toute impunit√©. Ce soir nous en voyons une nouvelle preuve : les cha√ģnes ne cessent d’amplifier politiquement cet attentat, comme si l’auteur ne pouvait √™tre que le pr√©sident Chavez. Evidemment le gouvernement Chavez, qui vient de condamner le plus √©nergiquement ce crime, est le dernier acteur politique √ avoir

int√©r√™t √ ce que se produise ces faits qui renforcent la possibilit√© d’une intervention ou d’une reprise en main autoritaire du pays. Depuis plusieurs mois l’image dominante du "gouvernement autoritaire pr√™t √ tout pour garder le pouvoir" qui s’√©tait install√©e insidieusement dans l’opinion mondiale, risque de favoriser la version qui impute ces morts au gouvernement et ouvrir la voie √ l’acceptation par l’opinion internationale d’une intervention au V√©n√©zu√©la.

Qu’importe l’√©chec de la gr√®ve g√©n√©rale lanc√©e depuis cinq jours, qu’importe l’appui rest√© majoritaire de la population √ ce processus de changement, la situation du V√©n√©zu√©la d√©montre qu’une minorit√© associ√©e au monopole des images, - et s√ »re de l’appui des puissants de ce monde-, peut freiner toute volont√© de transformation sociale.

Aujourd’hui l’essentiel n’est pas de se d√©finir "pour ou contre Chavez" mais de d√©fendre au Venezuela comme ailleurs la d√©mocratie c’est-√ -dire le droit d’un peuple √ prendre en main son destin et de construire le mod√®le de d√©veloppement de son choix, √©ventuellement en dehors du n√©olib√©ralisme dominant.