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Lock-out patronal au Venezuela
Le chemin de croix des anti-Chavez ?
par Benito Pérez
18 décembre 2002

Dure semaine de No√« l pour les V√©n√©zu√©liens. Face aux p√©nuries croissantes de benzine, plus d’une famille est rest√©e √©parpill√©e aux quatre coins du pays durant le r√©veillon. Dans les favelas, par contre, l’absence de voiture a √©vit√© ce type de contrari√©t√©. L√ , c’est plut√īt la crainte de revivre les sombres jours du putsch d’avril, qui a plomb√© l’ambiance.

Reste que si la semaine f√ »t ardue pour tous les V√©n√©zu√©liens, au niveau politique, c’est surtout l’opposition au pr√©sident Hugo Chavez - une coalition patronat-m√©dias priv√©s-bureaucratie syndicale - qui a subi les principaux revers.

GR√ˆVE OU LOCK-OUT ?

Son chemin de croix a d√©but√© jeudi 19 d√©cembre, lorsque le Tribunal supr√™me de justice (TSJ) a ordonn√© aux gr√©vistes de l’industrie p√©troli√®re de reprendre le travail. Doutant de la ¬« l√©galit√©¬ » du mouvement, le TSJ a demand√© l’application de ¬« tous les d√©crets et r√©solutions¬ » adopt√©s par le gouvernement pour relancer les activit√©s de la holding publique Petroleos de Venezuela (PDVSA), partiellement bloqu√©e par ses cadres et une partie de ses ouvriers.

Cette r√©solution faisait suite √ un recours de F√©lix Rodriguez. Ce dirigeant de PDVSA mis en place par Hugo Chavez soutenait que la paralysie de l’industrie p√©troli√®re repr√©sente une ¬« menace pour l’ordre public, la paix sociale et la s√©curit√© de la Nation¬ ».

D√©cision anti-syndicale liberticide ? Pas s√ »r ! Car les m√©canismes r√©els de la dite ¬« gr√®ve¬ » commencent √ sortir de l’ombre. Ainsi, dans une interview parue il y a peu dans Liberazione [1], le sociologue v√©n√©zu√©lien Edgardo Lander d√©crit l’√Ępre conflit qui oppose une bonne part des ouvriers de PDVSA, qui refusent qu’on leur impose la gr√®ve, aux cadres et aux techniciens gr√©vistes. ¬« La paralysie [du secteur p√©trolier] ne provient pas d’un manque de main-d’Ň“uvre. Elle est le r√©sultat des sabotages r√©alis√©s par des dirigeants qui connaissent parfaitement les rouages de l’entreprise¬ », affirme le chercheur de l’Universit√© centrale de Caracas, pourtant peu soup√ßonnable de ¬« Chavezol√Ętrie¬ »... Et de citer dans l’ordre : la mise hors service de la facturation automatique, du syst√®me informatique de r√©gulation des valves de distribution et du r√©seau d’approvisionnement en gaz...

De m√™me, dans les autres secteurs √©conomiques, le caract√®re patronal ou poujadiste du mouvement de gr√®ve semble toujours plus √©vident aux observateurs accourus √ Caracas.

Apr√®s avoir √©t√© confin√©es √ la presse alternative, ces ¬« r√©v√©lations¬ » commencent √ transpirer dans la ¬« grande presse¬ ». Qui n’h√©site plus, en certaines occasions, √ parler de ¬« lock-out¬ » patronal, et non plus de ¬« gr√®ve¬ ». Cette semaine, Le Temps et Le Monde, pour ne citer qu’eux, se voyaient ainsi oblig√©s de revenir sur leurs jugements p√©remptoires des premiers jours de d√©cembre.

ACHETER UN PUTSCH ?

Au-del√ du reflux de sa propagande, l’opposition v√©n√©zu√©lienne doit aussi faire face √ ce qui ressemble √ une certaine lassitude des contestataires. Vendredi 20 d√©cembre, la tant annonc√©e ¬« prise de Caracas¬ », une marche contestataire cens√©e battre tous les records, n’a r√©uni ¬« que¬ » 200 000 participants. Une semaine auparavant, ils √©taient encore 500 000 √ battre le pav√©.

Signalons au passage que les manifestants y ont √ nouveau d√©montr√© le racisme larv√© de la contestation anti-Chavez. Ainsi, rapporte l’AFP, l’une des principales animations du cort√®ge consistait en une immense effigie de gorille sur le front duquel √©tait √©crit : ¬« Je suis Chavez¬ ». Une banderole ajoutait : ¬« Je suis sourd, idiot et aveugle¬ »...

Le m√™me jour, l’influent Washington Post mettait les secteurs anti-Chavez dans un profond embarras, en r√©v√©lant des tentatives de corruption de l’arm√©e. Selon les informations r√©colt√©es par le Post, des opposants auraient propos√© jusqu’√ ¬« plusieurs centaines de milliers de dollars¬ » √ des officiers v√©n√©zu√©liens afin qu’ils ¬« mettent un terme √ la crise¬ » [2]... Des ¬« appels¬ » qui proviendraient ¬« des plus ardents opposants √ Hugo Chavez¬ », √©crit, laconique, le quotidien √©tasunien.

Oiseau de mauvaise augure, l’un des interlocuteurs aurait m√™me annonc√©, avant m√™me le d√©but des mobilisations, ¬« des morts durant la protestation¬ ». Ce qui n’a pas manqu√© d’arriver, dans des circonstances encore myst√©rieuses, au cinqui√®me jour de gr√®ve...

Malgr√© les d√©n√©gations du leader patronal Carlos Fernandez, ces accusations sont √ prendre au s√©rieux. On sait le d√©nouement putschiste de la pr√©c√©dente ¬« gr√®ve g√©n√©rale¬ » d’avril. Putsch d√©but√©, lui-aussi, apr√®s une fusillade intervenue durant une manifestation et demeur√©e pareillement inexpliqu√©e...

LE SOUTIEN DE LULA

La veille de No√« l, le sapin des opposants √©tait garni d’un nouveau paquet pi√©g√©. Futur poids lourd de la sc√®ne latino-am√©ricaine, Lula a provoqu√© l’ire des opposants v√©n√©zu√©liens par l’entremise de son envoy√© √ Caracas, Marco Aurelio Garcia. Apportant un soutien appuy√© √ Chavez, le responsable des relations internationales du Parti des travailleurs annon√ßait que d√®s l’investiture de Lula, le 1er janvier, le Br√©sil apporterait une aide technique en vue de relancer l’industrie p√©troli√®re de son voisin. Quelques jours auparavant, M. Garcia avait d√©j√ fait frissonner l’opposition v√©n√©zu√©lienne, en la rendant responsable de l’impasse politique de par les ¬« conditions draconiennes¬ » qu’elle impose au ¬« gouvernement √©lu¬ ».

Si cet appui marqu√© au pr√©sident ¬« bolivarien¬ » pr√©figure un futur axe Lula-Chavez, leurs opposants latino-am√©ricains peuvent commencer √ se faire du souci...

En tout cas, une premi√®re livraison de 520 000 barils accord√©e par Petrobras (la soci√©t√© p√©troli√®re du Br√©sil) devait arriv√© hier soir √ Guaraguao, afin de soulager les r√©serves v√©n√©zu√©liennes.

¬« DES VOTES OU DES BALLES ¬ »

Conscients que la situation leur devient moins favorable, les leaders patronaux et les bureaucrates syndicaux ont quelque peu modifi√© leur discours. Mercredi, pour la premi√®re fois en deux semaines, ils s’abstenaient de r√©clamer la ¬« d√©mission imm√©diate¬ » d’Hugo Chavez lors de leur traditionnel point de presse quotidien et demandaient l’ouverture de ¬« n√©gociations permanentes¬ » avec le gouvernement.

Parall√®lement, certains opposants prof√©raient d’hallucinantes menaces de guerre civile. ¬« L’alternative est entre des votes ou des balles¬ », n’h√©sitait pas √ menacer, jeudi, Americo Martin... Perte de sang-froid ? Chant du cygne ? Quoiqu’il en soit, avec une telle ¬« √©lite¬ » politique alternative, les V√©n√©zu√©liens ont plus que jamais int√©r√™t √ sauver Chavez...

Et le temps presse ! Car si l’Etat se montre incapable de faire red√©marrer la machine p√©troli√®re, qui assure plus de la moiti√© de ses revenus, la banqueroute est certaine √ tr√®s court terme. 1,3 milliard de dollars se seraient d√©j√ envol√©s depuis le 2 d√©cembre, d√©but du conflit social. Selon le gouvernement, qui annon√ßait hier le red√©marrage de deux raffineries, la production actuelle de brut n’atteindrait qu’un quart de son niveau normal (10%, selon l’opposition). Et, √ ce rythme, on estime que les r√©serves v√©n√©zu√©liennes en combustible ne passeront pas le cap d’une nouvelle semaine de conflit...

Notes:

[1Liberazione, 12 décembre 2002.

[2www.washingtonpost.com/wp-dyn/artic....


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Source : Le Courrier (www.lecourrier.ch), d√©cembre 2002.

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