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Les intérêts des grandes entreprises dans le changement de régime
Les manoeuvres de la politique états-unienne envers Cuba

Dans son message aux cubains du 20 mai pass√©, notre pr√©sident, George W. Bush, n’a fait aucune r√©f√©rence sp√©cifique au fait que de nouvelles mesures
pouvant conduire √ une ¬« transition d√©mocratique ¬ » (terme qui signifie en clair capitalisme sauvage) √ Cuba sont √ l’√©tude, ni √ la politique officielle √©tablie l√©galement concernant Cuba.

par Tom Crumpacker
12 juin 2003

Au Congr√®s, on a accumul√© pendant dix ans des lois destin√©es √ en finir avec le blocus am√©ricain de Cuba, ou au moins avec certaines parties de celui-ci. Ces lois b√©n√©ficiaient fr√©quemment de majorit√©s substancielles tant √ la
Chambre des repr√©sentants qu’au S√©nat. Ainsi, chaque ann√©e, le gouvernement doit solliciter un financement pour la mise en oeuvre du blocus. Au cours des trois derni√®res ann√©es, les deux chambres ont refus√© de d√©bloquer des fonds qui devaient permettre de mettre en oeuvre les restrictions inconstitutionnelles de voyage √ Cuba (si tant est qu’il existe un juge pour contr√īler que ces restrictions soient viol√©es) et d’autres aspects du blocus. La seule fois qu’un tel vote a eu lieu, √ l’automne de l’ann√©e √©lectorale 2000, la pression populaire a contraint les leaders des partis √ 
permettre l’approbation d’une loi qui autorisait la vente de m√©dicaments et d’aliments √ Cuba. Cette loi fut vot√©e avec une marge confortable dans les deux chambres, en d√©pit du fait que cette loi s’√©tait vue radicalement amput√©e par les pr√©sidents de partis r√©unis en conf√©rence (√ laquelle ont
particip√© les membres oppos√©s √ la loi). Le financement destin√© aux m√©dicaments et aux aliments fut refus√© et, cerise sur le g√Ęteau, on attribua un caract√®re l√©gal aux restrictions de voyage, qui jusqu’alors n’√©taient que
des dispositions administratives, alors qu’elles ne faisaient pas partie de loi soumise au vote. Le d√©put√© Mark Sanford (r√©publicain de Caroline du Sud) affirma que les pr√©sidents avaient agi ¬« de mani√®re honteuse¬ » et le s√©nateur Max Baucus (d√©mocrate du Montana) qualifia la manouvre de ¬« d√©guisement d√©mocratique¬ ».

Notre Constitution stipule que la responsabilit√© en mati√®re de relations ext√©rieures incombe au pouvoir ex√©cutif et non au pouvoir l√©gislatif. Les raisons en sont √©videntes : les relations avec les autres nations ne sont pas une mati√®re relevant du l√©gislatif et le Congr√®s n’a pas cette mati√®re
dans ses attributions. La politique extérieure doit être flexible et est sujette aux changements justifiés dans des limites de temps raisonnables, changements basés sur les capacités des fonctionnaires qui sont en contact
avec les autres nations et qui en ont une bonne connaissance. Il y a un si√®cle, quand il √©tait encore une institution relativement fonctionnelle, notre Congr√®s n’avait m√™me pas song√© √ entamer une discussion sur les d√©tails de nos relations avec un autre pays. Cette mati√®re incombe
totalement √ notre d√©partement d’Etat.

Dans ses tentatives de renversement du r√©gime cubain, nos bureaucrates du pouvoir ex√©cutif, par exemple ceux du NED [National Endowment for Democracy], de la CIA, du d√©partement d’Etat (y compris ceux de l’AID) et d’autres, appliquent simplement les lois concernant Cuba approuv√©es par le Congr√®s au cours des ann√©es 1990, telles que les lois Toricelli et helms-Burton. Le principal √©v√®nement politique qui
a affect√© la politique √©tats-unienne envers Cuba au cours des vingt derni√®res ann√©es a √©t√© la cession de cette politique de notre d√©partement d’Etat √ notre Congr√®s. C’est la seule et unique fois dans l’histoire des Etats-Unis que l’on assist√© √ une chose pareille. Normalement, notre bureaucratie fait
tout ce qu’elle peut pour conserver ses aires d’influence.

Les principaux facteurs qui font r√©gir nos membres du Congr√®s sont d’ordre personnels : conserver leurs si√®ges qui leur assurent richesse et pouvoir. Par cons√©quent, ils r√©agissent en premier lieu en fonction des entreprises et d’autres lobbies puissants qui financent leurs campagnes. Notre congr√®s fonctionne lentement, quand il fonctionne. Il faut des ann√©es pour r√©soudre la majorit√© des probl√®mes et beaucoup d’entre eux ne sont jamais r√©solus. Ce qui est sujet √ d√©bat est d√©termin√© par un petit groupe de puissants appel√©s les ¬« leaders partisans¬ ». Les si√®ges se convertissent en des lieux s√ »rs quand on √©vite les prises de position publiques sur des sujets controvers√©s. La majorit√© de leurs occupants ont √©t√© √©lus lors de scrutins tr√®s serr√©s
auxquels participent entre 35 et 40 % des √©lecteurs inscrits. A force de servir en premier lieu leurs int√©r√™ts priv√©s avant les int√©r√™ts publics, notre Congr√®s a cess√© d’√™tre d√©mocratique et est devenu oligarchique. Il est √©vident pour tout le monde, y compris pour le gouvernement cubain, que le
blocus de Cuba ne sera jamais trait√© de mani√®re juste au Congr√®s et que, par cons√©quent, tout changement au sein de l’actuel syst√®me politique des Etats-Unis est impossible.

La cl√© de notre politique actuelle envers Cuba se trouve dans la r√©ponse que notre pr√©sident a donn√© il y a quelques ann√©es √ la question de savoir pourquoi la politique envers Cuba diff√©rait tellement de celle men√©e envers la Chine. Il a dit que cela √©tait d√ » au fait qu’il existe en Chine une
puissante ¬« lasse d’entrepreneurs¬ ». En d’autres termes, avant que nous changions quoi que ce soit, il faut qu’il existe √ Cuba une soci√©t√© de classe bas√©e sur la richesse et le pouvoir des grandes entreprises, conduite par des √©lites qui prot√®gent leurs int√©r√™ts aux travers des moyens de
communication et de leurs repr√©sentants politiques, comme aux Etats-Unis. C’est pour cela que l’ex-secr√©taire d’Etat William Rogers a affirm√© que nous devions faire confiance aux exil√©s de Miami pour qu’ils retournent √ Cuba pour apprendre aux Cubains comment se convertir en bons capitalistes. C’est
pour cela que sont organis√©s des s√©minaires destin√©s aux entrepreneurs cubains en Floride du Sud, afin de les aider √ g√©rer les int√©r√™ts cubains sans commettre les m√™mes erreurs qu’en Europe occidentale. C’est pour cette raison que la AID, la CIA et le NED ainsi que d’autres agences gouvernementales ont fourni de l’argent et des moyens aux groupes d’Am√©ricano-cubains ¬« pour la lib√©ration de Cuba¬ » en m√™me temps qu’elles
soutenaient √©galement les ¬« dissidents¬ » cubains (terme signifiant mercenaires contre-r√©volutionnaires) parfois directement comme via notre Section d’int√©r√™ts √ La Havane. C’est pour cette raison que, non seulement les √©migr√©s cubain de la ligne dure, mais aussi les membres de notre
administration et notre gouverneur de Floride, parlent d√©j√ ouvertement d’un changement de r√©gime.

Les exil√©s de la ligne dure obtiendront tout ce qu’ils veulent pour d√©stabliliser et renverser le gouvernenement populaire de Cuba mais il leur manque le pouvoir national. Le pouvoir authentique qui soutient les politiques actuelles est entre les mains des puissants de Wall Street et de
Washington. Ce que nous pouvons observer actuellement c’est que la communaut√© Am√©ricano-cubaine est faussement pr√©sent√©e comme la responsable de cette politique impopulaire. A titre d’exemple, lorsque le leader de la majorit√© r√©publicaine de la Chambre des repr√©sentants, Dick Amey, a d√©missionn√© l’ann√©e pass√©e, on lui a demand√© quel avait √©t√© son √©chec
politique, il a r√©pondu que c’√©tait son appui au blocus de Cuba auquel il avait tent√© de mettre fin mais qu’il n’avait pu soumettre au vote √ cause de son amiti√© avec les deux congressistes Am√©ricano-cubains de Floride. Toutefois, selon des enqu√™tes r√©centes, la majorit√© des Am√©ricano-cubains souhaitent la fin du blocus.

Le gouvernement cubain semble √™tre le seul au monde qui fasse publiquement face √ la tentative nord-am√©ricaine de cr√©ation d’un empire commercial mondial bas√© sur l’id√©ologie n√©o-lib√©rale. Bien que de nombreux gouvernements du Tiers Monde soient en apparence d’accord avec cette position, ils ne paraissent pas dispos√©s √ mettre en p√©ril les investissements dans leur pays. Cuba n’est pas particuli√®rement riche en
ressources naturelles mais a 12 millions de consommateurs potentiels de nos produits et la survie exceptionnelle de sa r√©volution repr√©sente un danger au point de vue id√©ologique pour l’oligarchie mondiale bas√©e sur l’h√©g√©monie
nord-am√©riciane. Ceux d’entre-nous qui aspirent √ une d√©mocratie authentique, nous ne devrions pas nous r√©jouir du manque de d√©tails dans les commentaires faits par notre pr√©sident le 20 mai. En effet, le futur de la
r√©volution cubaine para√ģt plus sombre que jamais, √ la lumi√®re de la campagne de propagande am√©ricaine actuelle, similaire √ celle lanc√©e en ao√ »t pass√© √ l’encontre de l’Irak. Tant que la r√©volution cubaine survivra, il y
aura un espoir de d√©mocratie ici et dans le monde entier. A ce propos, la phrase de Jos√© Marti vieille de plus d’un si√®cle, para√ģt pr√©monitoire : ¬« qui se dresse pour Cuba, se dresse pour l’avenir¬ ».


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Source : Counterpunch (http://www.counterpunch.org/), 2003.

Traduction : Anne Vereecken, pour le RISAL.

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).