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L’agriculture centroaméricaine en danger
Le fantôme du Traité de libre-échange sur l’Amérique centrale

Un vieux proverbe dit qu’une guerre annoncée ne tue pas de soldats, mais si les gouvernants d’Amérique centrale souscrivent  un traité de libre-échange (TLC) avec les Etats-Unis, tout en connaissant l’amère expérience du Mexique sur ce sujet et les exigences des peuples opposés au projet, ils ressentiront la go »t amer de fouler au pied leur souveraineté, ce qui équivaut  mourir.

par Mariela Pérez Valenzuela
16 juillet 2003

Cinq rondes de négociations ont eu lieu, sur un total de neuf prévues avant de concrétiser l’accord  la fin de cette année, selon les plans de Washington.

La dernière de ces conversations s’est conclue il y a quelques jours  Tegicigalpa, Honduras, au milieu de manifestations populaires de rejet d’un traité qui cherche  convertir les pays de la région en paradis pour le Capital et en enfer pour les peuples, selon les propos de Carlos Reyes, leader du Bloque Popular (BP) qui regroupe 30 organisations sociales et syndicales du Honduras opposées au TLC.

Lors de cette dernière rencontre, les Etats-Unis ont clairement dit qu’ils dialogueront avec l’Amérique centrale en bloc et non séparément avec chaque pays, après que le groupe de pays ait laisser entrevoir ses différences internes sur la proposition  présenter  Washington sur les produits qui auront accès sans taxes douanières au marché du gigantesque pays.

De toute manière, les négociations avancent avec la proprosition maintenue des gouvernements centroaméricains de mettre en marche une machine qui, selon des économistes renommés, écrasera leurs économies nationales, clairement désavantagées par rapport  la première économie mondiale.

L’expérience mexicaine

Au Mexique, où 20% de la population économiquement active des quasi 39 millions d’habitants se situe dans le secteur agricol, ce chapitre (celui des taxes douanières, NdT) joue un rôle primordial dans l’économie nationale.
Cependant, depuis l’union commerciale du Mexique, en 1994, avec les Etats-Unis et le Canada dans le cadre du Traité de Libre-Echange d’Amérique du Nord (TLCAN), quasi 8 millions de personnes, la majorité paysans pauvres dépendant de l’agriculture pour survivre, sont témoins de la détérioration rapide de ce secteur, au détriment de leur qualité de vie, tandis que quelques transnationales du secteur agricole accumulent des profits millionaires.

Avant de signer cet accord, que les Etats-Unis prétendent aujourd’hui étendre avec le projet de Zone de Libre-Echange des Amériques (ALCA, sigles en espagnol), les agriculteurs mexicains avaient ressenti dans les annés 1980 les effets des premières mesures néo-libérales appliquées dans le secteur agricol, dans le cadre d’une politique d’ajustement imposée par la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International pour résoudre la crise financière du pays.

Les premiers symptômes de l’affaiblissement de la production nationale ont été ressentis avec l’adhésion du Mexique  l’Accord Général sur le Commerce et les Tarifs (GATT, sigles en anglais) en 1986, donnant le feu vert  l’ouverture commerciale, approfondie par le TLCAN.

Les chiffres montrent ce qu’a signifié cet accord pour le Mexique, quasi dix ans après son entrée en vigueur : de pays exportateur, il s’est converti en importateur de produits cultivés traditionnellement sur ses terres, comme le haricot (frijol) ou le maïs, ce dernier étant le principal aliment de la population et dont près de six millions de tonnes furent importés en 2001.

Durant les huit premières annés du TLCAN, le Mexique a dupliqué ses importations agricoles et de bétails de 2,9 millions  4,2 millions de dollars, une augmentation de 44% de ses achats de produits agricoles et agroalimentaires, tandis que ses exportations augmentaient seulement de 8%.

Les termes fixés dans l’accord pour la réduction graduelle des tarifs douaniers ont été violés en permanence. Depuis la signature même de l’accord, les importations de maïs ont été ’libérées’ des taxes, idem pour le haricot, le riz et le soja, dont la libéralisation totale fixée pour 2009 fut avancée de 13 ans.

Entre 1994 et 1999, l’acquisition de ces graines hors du pays augmenta de quasi 66%, ce qui équivaut  quelques 12 millions de tonnes en cinq ans, convertissant le Mexique en le principal importateur de ces produits en Amérique latine.

L’élevage a souffert de la même infortune. Les importations de viande bovine ont augmenté de 200% entre 1994 et 2000, celles de viande porcine de 300% et celles d’oeufs de 55%,  la même époque.

De telle manière que le Mexique, un des plus grands pays agricoles du monde, a perdu sa souveraineté alimentaire avec le TLCAN.

Selon le Département d’Agriculture des Etats-Unis, les importations mexicaines de maïs, sorgo (sorte de maïs), blé et soja vont croître de 30% dans les dix prochaines années.

Des milliers de paysans ont perdu leur emploi durant les huit premières années du TLCAN avec la réduction des cultures traditionnelles jusqu’ 1,6 millions d’hectares.

La concurrence avec les Etats-Unis est très forte, surtout depuis l’approbation, l’an passé, par le voisin du nord de la Loi de Sécurité Alimentaire et d’Investissement Rural, la dite Farm Bill, augmentant de quasi 80% les aides directes  l’agriculture, avec plus de 180.000 millions de dollars de budget destiné  cette activité jusqu’en 2011.

La propre Banque mondiale reconnaît que la situation rurale du Mexique est déplorable : deux personnes sur trois vivant  la campagne vivent sous le seuil de pauvreté, la plupart dépendant d’autres activités économiques pour survivre. Plus d’une dizaine d’Etats sont menacés par l’insécurité alimentaire, laquelle a augmenté l’émigration vers les Etats-Unis d’environ un demi-million de Mexicains chaque année.

Peut-être que c’est cela cherchent les gouvernements centroaméricains pour leurs paysans avec la signature d’un TLC avec les Etats-Unis ?


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Source : Argenpress (http://www.argenpress.info 2003.

Traduction : Frédéric Lévêque, pour le RISAL.

Les opinions exprimes et les arguments avancs dans cet article demeurent l'entire responsabilit de l'auteur-e et ne refltent pas ncessairement ceux du Rseau d'Information et de Solidarit avec l'Amrique Latine (RISAL).